De beaux et grands lendemains

J'étais décidée à acheter De beaux et grands lendemains avant même d’en connaître l’intrigue. Le nom de Cory Doctorow suffisait. Son engagement de longue date pour la libération des droits d’auteur, son travail au sein de Creative Commons : tout cela fait que je connais son nom depuis longtemps et que je m’intéresse particulièrement à ses prises de parole. J’avais vraiment envie de voir comment ses idées pouvaient bien inspirer ses fictions.
J'ai découvert à cette occasion une maison d'édition pour laquelle j'ai eu un coup de cœur : les Éditions Goater, qui, dans leur collection Rechute, proposent des romans de science-fiction accompagnés de textes de mise en perspective en postface, ici une conférence et un entretien avec l'auteur. Quand j'ai appris en plus tous les engagements de cette maison d'édition (publiant du breton, de la LSF, des livres féministes, LGBT...) n'en jetez plus et prenez mes sous ! Cette démarche est tellement précieuse !
Le roman lui-même est assez dense. Transhumanisme, écologie, guerre : Doctorow explore les limites de l’augmentation humaine et la persistance des conflits. J’ai parfois été un peu confuse tant les concepts s’entrelacent, mais aussi profondément émue. Une étrange mélancolie traverse en sous-texte le récit, comme une menace perpétuelle.
Le personnage de Jimmy m’a particulièrement touchée. Coincé dans le corps d’un enfant de onze ans malgré une existence longue et chargée d’expériences, il incarne un conflit intérieur permanent : la nostalgie des jours heureux passés avec son père fait face à la frustration de ne pas pouvoir grandir et à l'impossibilité d’être pleinement un homme. Cette condition cruelle donne au roman toute sa sensibilité.
L’écriture, sans être flamboyante, est solide, claire, efficace. Elle traite des sujets ardus sans trop de complexité. La force du récit ne réside pas dans l’esbroufe mais dans la cohérence des idées et l’engagement qui les porte.
De beaux et grands lendemains est un roman plus lourd et mélancolique qu'on ne peut le penser, une lecture qui résonne, parfaitement mise en valeur par les textes qui la suivent.
De beaux et grands lendemains | Cory Doctorow | traduit par Antoine Mottier | Goater