Flatland

Flatland

Je suis tombée sur cette adaptation de Flatland sur une table de librairie et j'ai tout de suite été attirée par sa couverture qui m'a séduite par son esthétique très graphique. Je connaissais déjà le roman de réputation, sans l'avoir jamais lu, et plusieurs de ses aspects m'intriguaient : son statut de classique, sa dimension satirique et surtout cette fascinante expérience de pensée consistant à imaginer un monde à deux dimensions. Passionnée de mathématiques comme je suis, c'est avec une grande curiosité que j'ai voulu savoir comment cette histoire allait articuler spéculation géométrique et critique sociale.

Flatland raconte l'histoire de Mr Square, un carré habitant d'un univers bidimensionnel dans lequel chaque individu est défini par sa forme géométrique. Lorsque celui-ci est abordé par un être de dimension supérieure, sa compréhension du monde se trouve totalement bouleversée.

Autant le dire, je ne m'attendais pas à une satire aussi pertinente. Le monde décrit par Square est en effet profondément misogyne, rigidement hiérarchisé et traversé par un mépris de classe assumé. Je me suis parfois sentie révoltée tant les injustices paraissent institutionnalisées. Pourtant, c'est précisément ce qui rend le récit si intéressant : derrière son apparence de curiosité mathématique se cache une réflexion toujours actuelle sur les mécanismes de domination sociale et les limites de notre vision du monde. Les œillères les plus évidentes ne sont pas forcément les plus redoutables.

Ceci étant, l'incroyable dispositif intellectuel proposé par l'auteur reste particulièrement brillant. En focalisant notre attention sur la compréhension profonde du fonctionnement d'un univers à deux dimensions, le récit nous pousse ensuite à envisager ce que pourrait être un monde à quatre dimensions, voire davantage. Cette gymnastique mentale est absolument saisissante. Elle transforme un concept abstrait en expérience concrète et donne à réfléchir bien au-delà de la simple lecture : ouvrir son esprit à un autre point de vue, quel qu'il soit.

L'adaptation de Danicollaterale s'avère particulièrement adéquate. La bande dessinée est sans doute l'un des meilleurs médiums possibles pour représenter ces concepts géométriques. Son dessin minimaliste et épuré pourra rebuter certains lecteurs, il me semble pourtant parfaitement cohérent avec le propos. Cette austérité graphique met les idées au premier plan et renforce la singularité de l'ensemble. Les planches consacrées à la découverte du Spaceland, peuplé de formes géométriques en volume, sont d'ailleurs particulièrement marquantes et d'une beauté abstraite mémorable.

Je recommande donc cette lecture, avec une petite réserve : il faut accepter son caractère parfois aride et daté. Flatland n'est pas une œuvre facile, mais cette adaptation démontre pleinement pourquoi le roman original est devenu un classique de la littérature spéculative.


Flatland | Danicollaterale | Delcourt