La geste improvisée du chevalier Anowan

Il faut absolument que je commence cette chronique par vous raconter mon histoire avec Erika Valery. Il y a plus de dix ans, l'internet des livres commençait, tout était neuf et plein d'initiatives étaient lancées qui permettaient de découvrir de jeunes auteurs. C'est au détour de l'une d'entre elles que je l'ai découverte et que je suis tombée en extase devant ses écrits. J’ai dévoré la longue saga qu’elle publiait alors (7 + 1 + 1 livres inoubliables !). J'ai même eu le grand plaisir de la rencontrer en personne. Puis, comme cela arrive souvent, le temps et les évolutions d’internet ont fait que nous nous sommes un peu perdues de vue. Jusqu’à ce que, magie du web, elle me retrouve et me propose de découvrir ce nouveau roman. Autant dire que j’étais à la fois ravie… et franchement émue de rouvrir un livre d’Erika, puisque c'est ainsi que se nomme à présent ma Kylie.
Et quel bonheur de lecture.
Avec La geste improvisée du chevalier Anowan, j'ai retrouvé Erika Valery dans ce qu'elle fait de mieux : détourner gentiment les codes d'un genre tout en lui rendant un hommage évident. Elle livre ici une fantasy délicieusement impertinente. On sent à chaque page qu'elle s’amuse avec les tropes de la geste héroïque, les tord, les confronte à notre modernité… tout en gardant un vrai souffle d’aventure.
Au centre de tout cela, il y a Anowan. Une héroïne parfois maladroite, mais surtout incroyablement courageuse et intrépide. Elle avance toujours sur cette ligne délicate entre l’inexpérience et la maturité, et c’est précisément ce qui la rend si attachante. Ses failles sont modernes, profondément humaines, et donnent au personnage une vraie épaisseur.
Sous l’humour (très présent, parfois franchement irrésistible !) le roman aborde aussi des thèmes actuels. Le féminisme, à travers une héroïne forte, et l'émancipation en premier lieu : l’idée de tracer son propre destin, de faire ses choix, de se donner les moyens de ses ambitions. L’écologie s'invite également en filigrane, avec beaucoup de tact. Rien de pesant : Erika Valery préfère la nuance et fait confiance à la personne qui lit sur les conclusions qu'elle en tirera.
Enfin, il y a cette idée narrative brillante qui relie l’univers de fantasy à notre monde contemporain. Un tour de passe-passe assumé qui permet toute sa liberté créative au roman. C'est également ce qui m'a permis d'être aussi facilement séduite par la fantasy, moi qui goûte peu au genre.
Refermer ce livre m’a fait un double plaisir : celui d’avoir lu une aventure drôle, intelligente et pleine d’énergie… et celui de retrouver une autrice dont j’aime profondément le ton, à la fois espiègle, critique et profondément bienveillant.
Et croyez-moi : c'est exactement ce qu'il me fallait au moment où il le fallait.
Vivement la suite...
La geste improvisée du chevalier Anowan | Erika Valery | Paul & Mike