Le prix du danger

J’ai trouvé Le prix du danger un peu par hasard, dans une librairie d’occasion, tout de suite attirée par sa couverture qui reprend l’affiche du film d’Yves Boisset. Impossible d'oublier ce visuel qui m'a rappelé un très bon souvenir de cinéma. J'ai bien évidemment voulu découvrir l’œuvre originale dont il a été tiré. Très bonne décision de ma part tant ce recueil de neuf nouvelles fut jubilatoire à lire !
Dès la première nouvelle, Le prix du danger, Sheckley frappe fort. Au-delà de la grande affection que j'ai pour son adaptation cinématographique de 1983, j’ai pris un réel plaisir à retrouver cette histoire sous sa forme originale. Le film de Boisset (porté notamment par un Michel Piccoli absolument génial, sans oublier Marie-France Pisier et Gérard Lanvin) avait marqué la jeune adulte que j'étais par son regard acerbe sur le pouvoir. Pendant ma lecture, il m'est apparu clairement que le cinéaste a su capter l’essence même du texte : la critique mordante d'un système truqué, dans lequel les puissants finissent toujours par gagner. Un propos magnifié par le cinéma politique de Boisset, qui a su donner toute sa puissance à un texte tout en ironie. Je digresse un peu : en revoyant le film récemment (il est disponible sur Arte et je ne peux qu'en conseiller le visionnage !), j’ai reconnu dans les premières minutes les Espaces d’Abraxas à Noisy-le-Grand, un ensemble architectural que je côtoie de près et que j'adore, toujours prêt à servir de décor à des futurs dystopiques !
Pour en revenir au livre, il serait toutefois très réducteur de ne s’attarder que sur cette première nouvelle. En effet, l’ensemble du recueil fait preuve d’une qualité et d'une inventivité remarquables. La clé laxienne et Permis de maraude, par exemple, sont des textes d'une drôlerie absurde particulièrement réjouissante. Sheckley excelle vraiment dans l’art de pousser une idée jusqu’à ses conséquences les plus improbables, révélant de fait l’absurdité de certaines de nos actions.
Malgré l’époque de leur écriture (les années 50), la plupart des nouvelles n’ont rien de désuet. Le style reste vif, direct, provocateur, et surtout empli d'un humour acerbe et cruel. Les thèmes abordés, notamment la défiance envers les nouvelles technologies et les dangers d’un progrès mal maîtrisé, restent parfaitement d'actualité. Le recueil interroge sans cesse notre rapport au pouvoir et notre propension à accepter certains systèmes sans même se poser de questions. Évidemment on ne peut passer à côté d'un certain virilisme et d'une vision des femmes parfois un peu datée comme dans Un billet pour Tranaï. Cependant, au-delà du fait que cela s'explique parfaitement par une remise en contexte, on se rend vite compte que cela n'empêche pas l'auteur de faire preuve d'une certaine modernité sur le sujet.
Le prix du danger est donc un recueil brillant, drôle et incisif. Une très très bonne surprise que je recommande chaleureusement aux amateurs et amatrices de science-fiction qui aiment en retracer l'histoire. Si vous avez la chance de tomber dessus en occasion, ne passez pas à côté !
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