Les histoires de l'enfant-poubelle

C'est en parcourant Arte.tv à la découverte de nouveaux courts-métrages que je suis tombée sur l'œuvre inclassable que sont Les histoires de l'enfant-poubelle. Ayant une véritable appétence pour les œuvres expérimentales et les pensées anarchistes des années 70, je fus plus qu'intriguée en découvrant les 3 courts-métrages mis en avant d’autant plus que j’étais plongée en parallèle dans une lecture très engagée, notamment sur la question de la prostitution. Le dialogue entre les deux expériences a été particulièrement stimulant.
Ces trois courts-métrages font partie d'une série qui en compte 22 et qui met en scène un personnage marginal, l’enfant-poubelle (superbement interprété par la magnifique Kristine De Loup), dont on suit différentes situations : sa naissance, sa confrontation à des figures d’autorité absurdes, et enfin sa plongée dans le monde de la prostitution.
Scotchée à mon écran dès les premières secondes, j’ai été à la fois déroutée et fascinée. Il plane sur ces images un parfum de subversion évident. Le plus captivant, le plus marquant, c’est bien la manière dont ce personnage conserve à tout prix une forme de liberté et d’intégrité, malgré les violences qu’elle subit. Face à la tragédie de son parcours, elle oppose une résistance presque poétique. La critique sociale est frontale : une société normative, brutale avec les marginaux, obsédée par l’ordre et incapable d’accepter ce qui sort du cadre. L’œuvre devient ainsi une véritable ode à la liberté, à l’art et à toutes les formes de dissidence.
J’ai beaucoup aimé l’esthétique bricolée, très libre qui permet à la forme de faire écho au fond. C’est exactement pour ça que j'aime les courts-métrages : ils permettent une prise de risque, une créativité sans filtre, une étrangeté assumée. L’humour absurde fonctionne très bien. J’ai ri, parfois d'un rire grinçant, mais j'ai tout de même ri. Certaines répliques sont d’une efficacité redoutable, notamment cette phrase finale dans Les vieux messieurs :
une femme à la jupe relevée court plus vite qu’un homme au pantalon baissé.
En quelques mots, tout est dit : c’est drôle, irrévérencieux, et profondément politique.
J’ai vraiment apprécié les trois segments, avec une résonance particulière pour le dernier, dont le traitement de la prostitution m’a personnellement touchée. Ce n’est pas une œuvre facile d’accès, mais avec un peu de curiosité, elle révèle une richesse rare. Une expérience à la fois étrange, percutante et résolument libre. Je cherche en vain, depuis, à visionner les autres...
Les histoires de l'enfant-poubelle | Ula Stöckl et Edgar Reitz | 1971