Ne t'arrête pas de courir

Son sujet ne pouvait que m'attirer vers Ne t’arrête pas de courir. Tous les récits tournant autour de la prison et de la délinquance m'intéressent. Le parcours de Toumany Coulibaly avait de plus quelque chose de particulièrement intrigant : comment un jeune homme promis à une belle carrière d’athlète peut-il en même temps multiplier les passages à l’acte ? J’espérais comprendre un peu mieux cette trajectoire et ce qui peut conduire quelqu’un issu d’un milieu défavorisé à se retrouver enfermé dans une telle spirale.
Mathieu Palain raconte donc l’histoire de Toumany, athlète de haut niveau... et délinquant. Champion de France du 400m... et cambrioleur au même moment. Alors qu'il purge sa peine de prison, Mathieu Palain va passer le voir de plus en plus régulièrement. Au-delà de son parcours, il nous raconte également la relation qui se noue entre eux au fil des années. Une relation qui dépasse progressivement largement celle d’un journaliste et de son sujet.
Ce qui me reste surtout de Toumany après cette lecture, c’est l’image d’un homme perdu qui commence tout juste à se trouver. Sa rédemption paraît fragile, après une vie passée à se battre, surtout contre lui-même. On ne peut s'empêcher de chercher à comprendre ses passages à l’acte au-delà de l'évidence : le manque d'argent, bien sûr, la pression, et certaines de ses impulsions. Hautement empathique, le livre permet de réfléchir à ce qui relève des choix individuels, du déterminisme social et de ce que notre société laisse réellement comme portes de sortie.
Au milieu de cette histoire, le sport représente une forme de rédemption possible et révèle deux facettes presque contradictoires de Toumany : celle d’un athlète capable de maîtriser son corps et d’atteindre un très haut niveau, et celle d’un homme qui peine à maîtriser ses propres instincts. Le sport aurait pu être l’un des leviers lui permettant de s’en sortir, mais le livre montre justement que cela ne suffit pas toujours. Le constat est d’autant plus touchant qu’il est nourri par les témoignages de ceux qui ont aimé, épaulé, entrainé Toumany et ont tenté de l’aider. On y sent beaucoup de tristesse, mais surtout une immense humanité.
Mathieu Palain n'a pas hésité à s'impliquer personnellement. Il reconnaît lui-même qu’il dépasse parfois le rôle que devrait normalement avoir un journaliste, mais son empathie donne une force particulière au récit. Son écriture, fluide et prenante, mêle journalisme et intimité avec beaucoup de naturel.
Ne t’arrête pas de courir est finalement le portrait d’un homme qui cherche encore comment sortir de lui-même. Un livre profondément humain, qui laisse surtout une question en suspens : quelles chances donne-t-on réellement à ceux qui essaient de changer de trajectoire ?
Ne t’arrête pas de courir | Mathieu Palain | L'iconoclaste