Trois gouttes de mezcal dans une coupe de champagne
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Tout est parti d'une tombe. Celle que j'ai photographiée au hasard de l'une de mes promenades au Père-Lachaise (Je vous en parlais récemment). On n'y trouvait que deux choses : une petite plaque gravée d'un texte intriguant, Trois gouttes de mezcal dans une coupe de champagne, un court métrage de Teo Hernandez, 1983, et le mot “Merci”, écrit par quelqu'un en disposant des marrons sans doute ramassés dans les allées voisines. L'image m'a bouleversée et j'ai tout de suite cherché qui donc pouvait être cet homme qu'on remerciait encore après la mort.
Quelques recherches ont vite répondu à mon interrogation. Teo Hernandez est un cinéaste mexicain qui s'est installé à Paris en 1966. Une figure du cinéma expérimental. Il a réalisé plus d'une centaine de courts métrages, presque tous tournés en super 8, jusqu'à sa mort en 1992. Depuis, il repose sobrement au Père-Lachaise, dans la division 42, dans une tombe trop petite pour l'immensité de sa création.
Il m'a été facile de visionner Trois gouttes de mezcal dans une coupe de champagne. Il est trouvable en ligne et fait un peu plus de 16 minutes. 16 minutes de mon temps, ça n'est rien. Je m'y suis plongée aussitôt. Teo Hernandez y déroule des images de Paris (en commençant par le pied de la tour Montparnasse) dans lesquelles glisse progressivement son premier récit autobiographique. Une succession d'images super 8 accompagne alors un texte qu'il lit lui-même en voix off, avec cet accent qui traverse l'océan.
J'ai rarement été saisie ainsi par un court métrage. Le contexte y est pour beaucoup, bien sûr, mais le propos également. Hernandez y parle de son père, de son enfance, du Mexique qui palpite en lui jusque dans le titre qu'il a choisi (les 3 gouttes de mezcal qui lui restent de ses origines). Il y a quelque chose de vertigineux à écouter un homme évoquer sa filiation alors qu'on n'a fait sa connaissance que par l'intermédiaire de sa tombe. Le super 8, avec son grain et sa lumière fragile, donne à tout cela une texture de souvenir. C'est une sorte de journal intime qu'on feuillette au ralenti. Le film est contemplatif, presque suspendu, et cette lenteur m'a fait l'effet d'un recueillement.
Tout cet enchaînement d'évènements m'a vraiment émue. Une tombe sobre, un “Merci” en marrons, et des curieux comme moi qui repartent avec un film plein de vie. La tombe fait encore son travail : elle donne envie de voir, de découvrir, de comprendre. Si vous passez au Père-Lachaise, allez donc lui rendre visite : elle est sobre, mais elle a tant à offrir. Ça sera ma façon, à moi aussi, de lui dire Merci.
Vous pouvez visionner le court métrage sur YouTube et découvrir l'œuvre de Teo Hernandez sur la page du Centre Pompidou qui lui est consacrée.
Trois gouttes de mezcal dans une coupe de champagne | Teo Hernandez | 1983