Une vie de saint
Si vous me suivez depuis un moment, vous avez entendu parler de Christophe Siébert, et si vous ne voyez pas de qui je parle, je vous invite à faire un tour dans la liste de mes billets de blog et d'y rechercher son nom pour vous ouvrir à une nouvelle dimension d'écriture.
Dans Une vie de saint, il continue d'étoffer l'univers de Mertvecgorod pour la plus grande satisfaction de notre curiosité vicieuse et morbide. Plus qu'un roman, c'est un évangile. Celui de Nikolaï le Svatoj. Criminel, terroriste, prophète, martyr... saint. Le saint en question. Celui dont cet opus de près de 500 pages tente de retranscrire la vie, en compilant des textes écrits par Nikolaï lui-même avec d'autres écrits, issus d'auteurs divers s'apparentant presque donc à des évangélistes. Il n'est cependant pas seulement question de miracles dans la vie de Nikolaï et de ceux qui le côtoient, mais également et surtout, comme il devient habituel dans l'univers de Mertvecgorod, de déviances, de perversions, de l'énumération presque exhaustive de tous les vices et violences qu'il est possible de faire subir à un être vivant. Il faut le talent d'écriture de Christophe Siébert, VRAIEMENT, pour percevoir, au-delà de l'accumulation de scènes tellement infâmes qu'elles anesthésient notre perception même du bien et du mal et qu'elles finissent par glisser sur une indifférence clinique (dissociation, refoulement ou... accoutumance ?), le point névralgique d'une histoire qui passe par le choc pour distiller des propos bien plus graves, bien plus engageants que sensationnalistes. En ramifiant et dévoilant toujours plus les recoins cachés de Mertvecgorod, il regarde en face l'homme dans ce qui le caractérise le plus. Ses excès, ses frayeurs, sa faiblesse intrinsèque qui le conduit toujours à sa perte.
Christophe Siébert est et reste encore avec ce dernier roman une des plumes les plus exigeantes qu'il m'ait été donné de lire. L'excellence de son écriture va de pair avec l'intensité de ses propos et il est évident qu'on ne lit pas ses ouvrages sans en ressortir éveillé, tant le miroir qu'il nous tend reflète l'insoupçonné.
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