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    <title>Féminisme &amp;mdash; Depuis les Gorces</title>
    <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/tag:Féminisme</link>
    <description>Depuis les Gorces</description>
    <pubDate>Fri, 24 Apr 2026 14:10:12 +0200</pubDate>
    <item>
      <title>Être un·e allié·e dans un groupe</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/etre-un-e-allie-e-dans-un-groupe</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Société #Féminisme&#xA;&#xA;J&#39;écris cet article pour réfléchir sur les violences au sein des groupes, qu&#39;ils soient militants, professionnels, ou amicaux. Je voudrais parler de la difficulté à dire ce qui ne va pas quand on est la victime. Et je voudrais réfléchir aux réactions qui font des autres membres du groupe des complices des agresseurs ou bien des allié·es des victimes, parce qu&#39;il n&#39;y a pas de position neutre. &#xA;&#xA;!--more--&#xA;Violences dans le groupe&#xA;Dans un groupe, il y a très souvent des violences, de la micro-agression sexiste ou raciste à l&#39;agression caractérisée. Parfois j&#39;ai été victime (c&#39;est dans cette situation qu&#39;on s&#39;en rend le plus compte), parfois j&#39;ai été témoin, et parfois j&#39;ai été l&#39;agresseuse, souvent sans le savoir. &#xA;&#xA;Il me semble que plus un groupe est dysfonctionnel, plus ces violences sont systémiques et fortes. Plus le groupe est fonctionnel et plus il y a des moyens d&#39;écouter et de réparer. &#xA;&#xA;Je suis souvent frappée par le fait que les gens sont très attachés à une gradation des violences. Il y a celles qui ne sont pas très graves et qu&#39;on devrait laisser passer s&#39;en s&#39;offenser, et celles qui sont vraiment graves et pour lesquelles il faut absolument agir. &#xA;&#xA;Moi, je suis probablement sensible, mais elles me semblent toutes aussi injustes ! Du coup, dans ce billet, je traite exactement de la même manière : &#xA;&#xA;la micro-agression comme se faire mansplainer ou invisibiliser,  &#xA;l&#39;agression passive-agressive du type : « Faut se détendre là »,&#xA;et l&#39;agression avérée comme se faire insulter : « t&#39;es vraiment trop conne ». &#xA;&#xA; Je mets tout au même niveau pour plusieurs raisons : &#xA;&#xA;Bien qu&#39;il y ait évidemment une gradation évidente, je suis convaincue que dans les mécaniques de violence, c&#39;est le fait qu&#39;une personne ou  le groupe accepte une micro-agression qui rend ensuite possible des agressions plus fortes. &#xA;Les dégâts sur la victime ne sont pas proportionnels à la violence d&#39;une agression. On peut souffrir davantage d&#39;une micro-agression de la part de quelqu&#39;un qu&#39;on estime ou dont on recherche l&#39;approbation que d&#39;une insulte de la part de quelqu&#39;un qu&#39;on n&#39;estime pas du tout. &#xA;&#xA;Les réactions des allié·es &#xA;La difficulté de dire ce qui ne va pas quand on est victime de violences&#xA;&#xA;La première chose, c&#39;est que quand on est victime c&#39;est super dur de s&#39;exprimer. On peut avoir honte d&#39;avoir été maltraitée et de ne pas avoir su répondre. Et on peut avoir peur de la réaction des autres si on exprime ce que l&#39;on a vécu et comment on l&#39;a ressenti.&#xA;&#xA;Les (mauvaises) réactions habituelles &#xA;Les réactions des autres quand on exprime quelque chose qui nous fait du mal sont souvent mauvaises au sens où elles n&#39;améliorent pas la situation, ni pour la victime, ni pour le groupe. Voici quelques exemples des réactions que j&#39;ai fréquemment rencontré :&#xA;&#xA;On va me dire que ce n&#39;est pas grave, que je suis une personne smalltrop/small sensible, que ce qui compte c&#39;est que le projet avance, etc. ... &#xA;Dans ces cas là, la personne qui écoute n&#39;écoute pas. Elle nie ce que je ressens ; et c&#39;est rajouter de la violence sur la violence. &#xA;J&#39;en avais parlé a href=&#34;https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/mais-ce-qui-compte-cest-que-les-gens-etaient-tres-contents&#34;dans cet article/a.&#xA;On va m&#39;expliquer comment j&#39;aurais du faire différemment pour que l&#39;autre se comporte mieux (« tu aurais pu utiliser d&#39;autres mots, c&#39;est vrai que &#39;je suis surprise&#39; peut être vu comme passif-agressif »). Et en fait, dans ce cas là, on inverse la responsabilité : on met sur moi, la victime, la responsabilité de l&#39;agression. &#xA;On va trouver que je suis chiante, pas cool, trop sensible, et on va faire en sorte de se passer de moi sur des nouveaux projets / pour de nouvelles activités. On va m&#39;écarter progressivement. &#xA;On va me dire qu&#39;on ne peut pas prendre position car « je n&#39;ai pas tous les tenants et les aboutissants », comme si il fallait d&#39;abord comprendre l&#39;agresseur, surtout quand c&#39;est un homme (bonjour l&#39;a href=&#34;https://femmagazine.com/feminism-101-what-is-himpathy/&#34;himpathie/a) ou quelqu&#39;un de l&#39;élite (toujours au sens de a href=&#34;https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/lecture-la-tyrannie-de-labsence-de-structures-jo-freeman&#34;Jo Freeman/a). &#xA;&#xA;Cette liste n&#39;est surement pas exhaustive. N&#39;hésitez pas à me contacter (via a href=&#34;https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu&#34;mastodon/a) pour la compléter avec vos expériences. &#xA;&#xA;Ainsi, les réticences à parler de la part des victimes ne sont pas des pensées limitantes ou des fausses peurs. Ce sont des craintes réalistes car c&#39;est ce qui se passe la majorité du temps tant que les violences ne sont pas suffisamment violentes, et qu&#39;il n&#39;y a pas suffisamment de preuves aux yeux de la personne qui écoute. &#xA;Et ça rend d&#39;autant plus désagréables les remarques du type : « Bah pourquoi t&#39;en as pas parlé plus tôt ? ». Plus on en parle tôt, plus le risque de ne pas être entendue est fort puisque les violences n&#39;auront pas encore été assez graves. &#xA;&#xA;Les meilleures réactions (plus rares)&#xA;Parfois, une victime parle, et elle est entendue ! 🎉 &#xA;&#xA;Écouter, et ne rien faire&#xA;C&#39;est déjà génial, mais souvent ça n&#39;est pas du tout suffisant car ensuite, si les allié·es potentiel·les ne font rien, la situation au sens systémique ne change pas, voir empire. Les personnes qui sont violentes, peut être sans s&#39;en rendre compte, sont renforcées dans ce comportement (pas de conséquences négatives, voir même des conséquences positives avec les autres qui rient à leur blague, qui soutiennent leurs projets, etc). À court ou moyen terme, la victime va s&#39;effacer, ou partir. &#xA;&#xA;Souvent, les allié·es qui écoutent et comprennent ne vont pas plus loin. Iels vont dire : « c&#39;est pas cool en effet », ou, « tu as raison, ils n&#39;ont pas respecté le réglement qu&#39;on avait décidé collectivement », et ça s&#39;arrête là. En général, l&#39;allié·e explique qu&#39;iel comprend les deux points de vue, (comme s&#39;il y avait violence des 2 côtés), et que ce n&#39;est pas assez grave pour passer à l&#39;action. &#xA;&#xA;Moi, j&#39;ai l&#39;impression que l&#39;allié·e s&#39;est juste acheté une bonne conscience, mais c&#39;est vrai que c&#39;est mieux que de ne pas être écoutée du tout. &#xA;&#xA;Écouter, et agir &#xA;Et parfois, la personne qui écoute va faire quelque chose  💪 🎉. &#xA;&#xA;Là je crois qu&#39;il faut encore distinguer deux situations car l&#39;enfer est pavé de bonnes intentions. &#xA;&#xA;Parfois l&#39;allié·e agit sans demander à la victime si c&#39;est une bonne idée. Et ça, ça n&#39;est pas une bonne idée (et je l&#39;ai parfois fait, et je le regrette comme je le raconte dans cet article :  a href=&#34;https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/qui-decide-quon-a-ete-un-e-bon-ne-allie-e&#34;cet article ici/a)&#xA;&#xA;Ce n&#39;est pas une bonne idée car nos bonnes idées de sauveur·se peuvent empirer la situation du point de vue de la victime.&#xA;&#xA; La bonne réaction il me semble, c&#39;est que l&#39;allié·e demande ce qu&#39;elle peut faire, ou propose des actions et demande à la victime son avis.  &#xA;&#xA;Il est vrai que récemment on m&#39;a demandé ce qu&#39;on pouvait faire pour m&#39;aider, et j&#39;ai été gênée. Je ne voulais pas embêter la personne qui propose de m&#39;aider vu que déjà elle m&#39;a écoutée. smallNote à moi-même, oser répondre sincèrement à cette question/small. Mais en réalité, c&#39;était une très bonne attitude de la part de mon amie, et je la remercie encore 💙. &#xA;&#xA;Agir en tant qu&#39;allié·e avant que les choses ne soient graves&#xA;&#xA;Mais on ne va pas se mentir, plus le temps passe, plus la situation est installée, plus il est difficile pour la personne qui écoute d&#39;avoir le courage d&#39;agir comme un·e allié·e. &#xA;&#xA;J&#39;ai entendu plusieurs fois des allié·es dire : « c&#39;est vraiment nul, je suis avec toi, je lui en parlerai quand ça sera le bon moment ». &#xA;Et spoiler : ça n&#39;a jamais été le bon moment. Maintenant quand j&#39;entends ça, je me dis que la personne s&#39;achète une bonne conscience. Et je comprends pourquoi, c&#39;est difficile et ça demande du courage car l&#39;allié·e a souvent à perdre à intervenir auprès de l&#39;élite du groupe.   &#xA;&#xA;Agir lors des micro-agressions&#xA;&#xA;J&#39;ai longtemps réfléchi au cas d&#39;une amie dont le mari est violent verbalement. Il ne l&#39;a jamais touchée (ou en tous cas pas devant moi), mais il se moque facilement d&#39;elle en ma présence, il la critique en permanence, et je n&#39;ai jamais rien dit car je n&#39;osais pas, par peur d&#39;envenimer les choses, et peut-être aussi par couardise. Avec le temps, ça me semble de plus en plus difficile d&#39;intervenir vu que je ne suis pas intervenue pour les mêmes faits par le passé. En fait, j&#39;ai normalisé certains de ses comportements toxiques en ma présence. &#xA;&#xA;J&#39;avais parlé plusieurs fois à mon amie de ces situations que je ne trouvais pas OK, et elle me disait que c&#39;était pas grave. Et puis un jour, elle m&#39;a dit que c&#39;était un problème que personne ne réagisse face à des violences conjugales. Alors je me suis promis d&#39;être une alliée la prochaine fois, mais je n&#39;avais aucune idée de comment faire. &#xA;&#xA;J&#39;étais tétanisée à l&#39;idée de réagir lors d&#39;une grosse dispute, ça me paraissait impossible. J&#39;ai fini par réaliser que c&#39;était beaucoup plus facile, et moins dangereux, de réagir à une mini-violence qu&#39;à une grosse colère. Je peux refuser de rire à des blagues offensantes (« c&#39;est pas hyper drôle comme blague si? »), ou juste de dire « ça me met mal à l&#39;aise » quand une interaction me met mal à l&#39;aise. &#xA;&#xA;Je généralise cette situation à la vie dans un groupe. L&#39;un des gros défauts des groupes est d&#39;attendre pour agir : &#xA;&#xA;Soit que les choses soient très graves,&#xA;Soit que quelqu&#39;un·e se soit plaint. &#xA;&#xA;Je pense au contraire que l&#39;inclusion, la lutte contre toutes les formes de violence est de la responsabilité de tous les membres du groupe. Et être un·e allié·e, ou un membre responsable, c&#39;est réagir dès que l&#39;on perçoit une micro-agression. &#xA;&#xA;Soit à chaud, en disant qu&#39;on est gêné, ou que la blague n&#39;est pas drôle, ou en demandant pourquoi cette phrase ? &#xA;Soit à froid, &#xA;   En allant voir la victime, pour lui apporter du soutien, &#xA;   En allant voir l&#39;agresseur·se, pour lui expliquer en quoi son comportement (et pas sa personne) n&#39;est pas OK&#xA;   En provoquant un moment de réflexion au sein du groupe sur le type de violence qu&#39;on a repéré, même si c&#39;est à un stade très léger. &#xA;&#xA;Conclusions  &#xA;Ce que je retiens de cette histoire c&#39;est qu&#39;être un·e bon·ne allié·e, c&#39;est : &#xA;&#xA;Prendre sa responsabilité dans le climat du groupe, et réagir lors des micro-agressions. Ne pas laisser passer des choses parce que : « C&#39;est pas très grave tant qu&#39;il n&#39;y a pas d&#39;insultes ou de coups ».   &#xA;Demander aux personnes qui sont victimes de micro-agressions comment elles le vivent. Si ça se trouve très bien, si ça se trouve elles ont besoin d&#39;aide. &#xA;Écouter vraiment, sans minimiser, quand quelqu&#39;un vous parle de quelque chose qui lae gène dans le groupe.&#xA;Proposer d&#39;agir (et pas juste &#34;d&#39;aider&#34;) pour la personne, et pour le groupe, et écouter pour de vrai la réponse. &#xA;&#xA;Il n&#39;y a pas de neutralité dans une société inégalitaire&#xA;Il n&#39;y a pas d&#39;observateur·trice neutre. Ne pas prendre position contre l&#39;agresseur c&#39;est de facto se placer à ses côtés, et le soutenir. &#xA;&#xA;Quand vous dites à une personne que vous la comprenez et la soutenez, et que vous vous arrêtez là, dans les faits, vous soutenez les agresseurs.  &#xA;&#xA;Voilà, j&#39;ai mis longtemps à écrire cet article, je l&#39;ai d&#39;abord fait pour m&#39;aider moi et ranger mes idées. Je pense que j&#39;aurais aimé avoir « ça » dans la formation sur les VSS qu&#39;on a eu au parti Les Écologistes. Je suis curieuse d&#39;avoir vos retours et vos ressentis... &#xA;&#xA;]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:F%C3%A9minisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Féminisme</span></a></p>

<p><em>J&#39;écris cet article pour réfléchir sur les violences au sein des groupes, qu&#39;ils soient militants, professionnels, ou amicaux. Je voudrais parler de la difficulté à dire ce qui ne va pas quand on est la victime. Et je voudrais réfléchir aux réactions qui font des autres membres du groupe des complices des agresseurs ou bien des allié·es des victimes, parce qu&#39;il n&#39;y a pas de position neutre.</em></p>



<h2 id="violences-dans-le-groupe" id="violences-dans-le-groupe">Violences dans le groupe</h2>

<p>Dans un groupe, il y a très souvent des <strong>violences</strong>, de la micro-agression sexiste ou raciste à l&#39;agression caractérisée. Parfois j&#39;ai été <strong>victime</strong> (c&#39;est dans cette situation qu&#39;on s&#39;en rend le plus compte), parfois j&#39;ai été <strong>témoin</strong>, et parfois j&#39;ai été l&#39;<strong>agresseuse</strong>, souvent sans le savoir.</p>

<p>Il me semble que plus un groupe est dysfonctionnel, plus ces violences sont systémiques et fortes. Plus le groupe est fonctionnel et plus il y a des moyens d&#39;écouter et de réparer.</p>

<p>Je suis souvent frappée par le fait que les gens sont très attachés à une <strong>gradation des violences</strong>. Il y a celles qui ne sont pas très graves et qu&#39;on devrait laisser passer s&#39;en s&#39;offenser, et celles qui sont vraiment graves et pour lesquelles il faut absolument agir.</p>

<p>Moi, je suis probablement sensible, mais elles me semblent toutes aussi injustes ! Du coup, dans ce billet, je traite exactement de la même manière :</p>
<ul><li>la <strong>micro-agression</strong> comme se faire <em>mansplainer</em> ou <em>invisibiliser</em>,<br></li>
<li>l&#39;<strong>agression passive-agressive</strong> du type : « <em>Faut se détendre là</em> »,</li>
<li>et <strong>l&#39;agression avérée</strong> comme se faire insulter : « <em>t&#39;es vraiment trop conne</em> ».</li></ul>

<p> Je mets <strong>tout au même niveau</strong> pour plusieurs raisons :</p>
<ol><li>Bien qu&#39;il y ait évidemment une gradation évidente, je suis convaincue que dans les <strong>mécaniques de violence</strong>, c&#39;est le fait qu&#39;une personne ou  le groupe accepte une micro-agression qui rend ensuite possible des agressions plus fortes.</li>
<li>Les <strong>dégâts</strong> sur la victime ne sont pas proportionnels à la violence d&#39;une agression. On peut souffrir davantage d&#39;une micro-agression de la part de quelqu&#39;un qu&#39;on estime ou dont on recherche l&#39;approbation que d&#39;une insulte de la part de quelqu&#39;un qu&#39;on n&#39;estime pas du tout.</li></ol>

<h2 id="les-réactions-des-allié-es" id="les-réactions-des-allié-es">Les réactions des allié·es</h2>

<h3 id="la-difficulté-de-dire-ce-qui-ne-va-pas-quand-on-est-victime-de-violences" id="la-difficulté-de-dire-ce-qui-ne-va-pas-quand-on-est-victime-de-violences">La difficulté de dire ce qui ne va pas quand on est victime de violences</h3>

<p>La première chose, c&#39;est que quand on est victime c&#39;est super dur de s&#39;exprimer. On peut avoir <strong>honte</strong> d&#39;avoir été maltraitée et de ne pas avoir su répondre. Et on peut avoir <strong>peur</strong> de la réaction des autres si on exprime ce que l&#39;on a vécu et comment on l&#39;a ressenti.</p>

<h3 id="les-mauvaises-réactions-habituelles" id="les-mauvaises-réactions-habituelles">Les (mauvaises) réactions habituelles</h3>

<p>Les réactions des autres quand on exprime quelque chose qui nous fait du mal sont souvent <em>mauvaises</em> au sens où elles n&#39;améliorent pas la situation, ni pour la victime, ni pour le groupe. Voici quelques exemples des réactions que j&#39;ai fréquemment rencontré :</p>
<ul><li>On va me dire que <strong>ce n&#39;est pas grave</strong>, que je suis une <em>personne <small>trop</small> sensible</em>, que <em>ce qui compte c&#39;est que le projet avance</em>, etc. ...
Dans ces cas là, la personne qui écoute n&#39;écoute pas. Elle <strong>nie ce que je ressens</strong> ; et c&#39;est rajouter de la violence sur la violence.
J&#39;en avais parlé <a href="https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/mais-ce-qui-compte-cest-que-les-gens-etaient-tres-contents" rel="nofollow">dans cet article</a>.</li>
<li>On va m&#39;expliquer <strong>comment j&#39;aurais du faire différemment</strong> pour que l&#39;autre se comporte mieux (« <em>tu aurais pu utiliser d&#39;autres mots, c&#39;est vrai que &#39;je suis surprise&#39; peut être vu comme passif-agressif</em> »). Et en fait, dans ce cas là, on <strong>inverse la responsabilité</strong> : on met sur moi, la victime, la responsabilité de l&#39;agression.</li>
<li>On va <strong>trouver que je suis chiante, pas cool, trop sensible</strong>, et on va faire en sorte de se passer de moi sur des nouveaux projets / pour de nouvelles activités. On va m&#39;<strong>écarter</strong> progressivement.</li>
<li>On va me dire qu&#39;on ne peut pas prendre position car « <em>je n&#39;ai pas tous les tenants et les aboutissants</em> », comme si il fallait d&#39;abord <strong>comprendre l&#39;agresseur</strong>, surtout quand c&#39;est un homme (bonjour l&#39;<a href="https://femmagazine.com/feminism-101-what-is-himpathy/" rel="nofollow">himpathie</a>) ou quelqu&#39;un de <em>l&#39;élite</em> (toujours au sens de <a href="https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/lecture-la-tyrannie-de-labsence-de-structures-jo-freeman" rel="nofollow">Jo Freeman</a>).</li></ul>

<p>Cette liste n&#39;est surement pas exhaustive. N&#39;hésitez pas à me contacter (via <a href="https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu" rel="nofollow">mastodon</a>) pour la compléter avec vos expériences.</p>

<p>Ainsi, les réticences à parler de la part des victimes ne sont pas des <em>pensées limitantes</em> ou des fausses peurs. Ce sont des <strong>craintes réalistes</strong> car c&#39;est ce qui se passe la majorité du temps tant que les violences ne sont pas <em>suffisamment</em> violentes, et qu&#39;il n&#39;y a pas <em>suffisamment</em> de <em>preuves</em> <em>aux yeux de la personne qui écoute</em>.
Et ça rend d&#39;autant plus désagréables les remarques du type : « <em>Bah pourquoi t&#39;en as pas parlé plus tôt</em> ? ». Plus on en parle tôt, plus le risque de ne pas être entendue est fort puisque les violences n&#39;auront pas encore été <em>assez graves</em>.</p>

<h3 id="les-meilleures-réactions-plus-rares" id="les-meilleures-réactions-plus-rares">Les meilleures réactions (plus rares)</h3>

<p>Parfois, une victime parle, et elle est entendue ! 🎉</p>

<h4 id="écouter-et-ne-rien-faire" id="écouter-et-ne-rien-faire">Écouter, et ne rien faire</h4>

<p>C&#39;est déjà génial, mais souvent ça n&#39;est pas du tout suffisant car ensuite, <strong>si les allié·es potentiel·les ne font rien, la situation</strong> au sens systémique ne change pas, voir <strong>empire</strong>. Les personnes qui sont violentes, peut être sans s&#39;en rendre compte, sont renforcées dans ce comportement (pas de conséquences négatives, voir même des conséquences positives avec les autres qui rient à leur blague, qui soutiennent leurs projets, etc). À court ou moyen terme, la victime va s&#39;effacer, ou partir.</p>

<p>Souvent, les <em>allié·es</em> qui écoutent et comprennent ne vont pas plus loin. Iels vont dire : « <em>c&#39;est pas cool en effet</em> », ou, « <em>tu as raison, ils n&#39;ont pas respecté le réglement qu&#39;on avait décidé collectivement</em> », et ça s&#39;arrête là. En général, l&#39;<em>allié·e</em> explique qu&#39;iel comprend les deux points de vue, (comme s&#39;il y avait violence des 2 côtés), et que ce n&#39;est pas assez grave pour passer à l&#39;action.</p>

<p>Moi, j&#39;ai l&#39;impression que <em>l&#39;allié·e</em> s&#39;est juste acheté une bonne conscience, mais c&#39;est vrai que c&#39;est mieux que de ne pas être écoutée du tout.</p>

<h4 id="écouter-et-agir" id="écouter-et-agir">Écouter, et agir</h4>

<p>Et parfois, la personne qui écoute va <strong>faire quelque chose</strong>  💪 🎉.</p>

<p>Là je crois qu&#39;il faut encore distinguer deux situations car l&#39;enfer est pavé de bonnes intentions.</p>

<p>Parfois <em>l&#39;allié·e</em> <strong>agit sans demander à la victime si c&#39;est une bonne idée</strong>. Et ça, ça n&#39;est pas une bonne idée (et je l&#39;ai parfois fait, et je le regrette comme je le raconte dans cet article :  <a href="https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/qui-decide-quon-a-ete-un-e-bon-ne-allie-e" rel="nofollow">cet article ici</a>)</p>

<p>Ce n&#39;est pas une bonne idée car nos bonnes idées de sauveur·se peuvent empirer la situation du point de vue de la victime.</p>

<p> La bonne réaction il me semble, c&#39;est que <em>l&#39;allié·e</em> <strong>demande ce qu&#39;elle peut faire, ou propose des actions et demande à la victime son avis</strong>.</p>

<p>Il est vrai que récemment on m&#39;a demandé ce qu&#39;on pouvait faire pour m&#39;aider, et j&#39;ai été gênée. Je ne voulais pas embêter la personne qui propose de m&#39;aider vu que déjà elle m&#39;a écoutée. <small>Note à moi-même, oser répondre sincèrement à cette question</small>. Mais en réalité, c&#39;était une très bonne attitude de la part de mon amie, et je la remercie encore 💙.</p>

<h2 id="agir-en-tant-qu-allié-e-avant-que-les-choses-ne-soient-graves" id="agir-en-tant-qu-allié-e-avant-que-les-choses-ne-soient-graves">Agir en tant qu&#39;allié·e avant que les choses ne soient <em>graves</em></h2>

<p>Mais on ne va pas se mentir, plus le temps passe, plus la situation est installée, plus il est difficile pour la personne qui écoute d&#39;avoir le <strong>courage</strong> d&#39;agir comme un·e allié·e.</p>

<p>J&#39;ai entendu plusieurs fois des <em>allié·es</em> dire : « <em>c&#39;est vraiment nul, je suis avec toi, je lui en parlerai quand ça sera le bon moment</em> ».
Et spoiler : ça n&#39;a jamais été le bon moment. Maintenant quand j&#39;entends ça, je me dis que la personne s&#39;achète une bonne conscience. Et je comprends pourquoi, c&#39;est difficile et ça demande du courage car l&#39;allié·e a souvent à perdre à intervenir auprès de <em>l&#39;élite</em> du groupe.</p>

<h3 id="agir-lors-des-micro-agressions" id="agir-lors-des-micro-agressions">Agir lors des micro-agressions</h3>

<p>J&#39;ai longtemps réfléchi au cas d&#39;une amie dont le mari est violent verbalement. Il ne l&#39;a jamais touchée (ou en tous cas pas devant moi), mais il se moque facilement d&#39;elle en ma présence, il la critique en permanence, et je n&#39;ai jamais rien dit car je n&#39;osais pas, par peur d&#39;envenimer les choses, et peut-être aussi par couardise. Avec le temps, ça me semble de plus en plus difficile d&#39;intervenir vu que je ne suis pas intervenue pour les mêmes faits par le passé. En fait, j&#39;ai normalisé certains de ses comportements toxiques en ma présence.</p>

<p>J&#39;avais parlé plusieurs fois à mon amie de ces situations que je ne trouvais pas OK, et elle me disait que c&#39;était pas grave. Et puis un jour, elle m&#39;a dit que c&#39;était un problème que personne ne réagisse face à des violences conjugales. Alors je me suis promis d&#39;être une alliée la prochaine fois, mais je n&#39;avais aucune idée de comment faire.</p>

<p>J&#39;étais tétanisée à l&#39;idée de réagir lors d&#39;une grosse dispute, ça me paraissait impossible. J&#39;ai fini par réaliser que c&#39;était beaucoup plus facile, et moins dangereux, de réagir à une mini-violence qu&#39;à une grosse colère. Je peux <strong>refuser de rire à des blagues offensantes</strong> (« c&#39;est pas hyper drôle comme blague si? »), ou juste de dire « ça me met mal à l&#39;aise » quand une interaction me met mal à l&#39;aise.</p>

<p>Je généralise cette situation à la vie dans un groupe. L&#39;un des gros défauts des groupes est d&#39;attendre pour agir :</p>
<ol><li>Soit que les choses soient <em>très</em> graves,</li>
<li>Soit que quelqu&#39;un·e se soit plaint.</li></ol>

<p>Je pense au contraire que l&#39;inclusion, la lutte contre toutes les formes de violence est de la responsabilité de tous les membres du groupe. Et être un·e allié·e, ou un membre responsable, c&#39;est <strong>réagir dès que l&#39;on perçoit une micro-agression</strong>.</p>
<ul><li>Soit <strong>à chaud</strong>, en disant qu&#39;on est gêné, ou que la blague n&#39;est pas drôle, ou en demandant pourquoi cette phrase ?</li>
<li>Soit <strong>à froid</strong>,
<ul><li>En allant <strong>voir la victime</strong>, pour lui apporter du soutien,</li>
<li>En allant <strong>voir l&#39;agresseur·se</strong>, pour lui expliquer en quoi son comportement (et pas sa personne) n&#39;est pas OK</li>
<li>En <strong>provoquant un moment de réflexion</strong> au sein du groupe sur le type de violence qu&#39;on a repéré, même si c&#39;est à un stade très léger.</li></ul></li></ul>

<h2 id="conclusions" id="conclusions">Conclusions</h2>

<p>Ce que je retiens de cette histoire c&#39;est qu&#39;être un·e bon·ne allié·e, c&#39;est :</p>
<ol><li><strong>Prendre sa responsabilité</strong> dans le climat du groupe, et réagir lors des micro-agressions. Ne pas laisser passer des choses parce que : « <em>C&#39;est pas très grave tant qu&#39;il n&#39;y a pas d&#39;insultes ou de coups</em> ».<br></li>
<li><strong>Demander aux personnes</strong> qui sont victimes de micro-agressions comment elles le vivent. Si ça se trouve très bien, si ça se trouve elles ont besoin d&#39;aide.</li>
<li><strong>Écouter vraiment</strong>, sans minimiser, quand quelqu&#39;un vous parle de quelque chose qui lae gène dans le groupe.</li>
<li><strong>Proposer d&#39;agir</strong> (et pas juste “d&#39;aider”) pour la personne, et pour le groupe, et écouter pour de vrai la réponse.</li></ol>

<h3 id="il-n-y-a-pas-de-neutralité-dans-une-société-inégalitaire" id="il-n-y-a-pas-de-neutralité-dans-une-société-inégalitaire">Il n&#39;y a pas de neutralité dans une société inégalitaire</h3>

<p>Il n&#39;y a pas d&#39;observateur·trice neutre. Ne pas prendre position contre l&#39;agresseur c&#39;est <em>de facto</em> se placer à ses côtés, et le soutenir.</p>

<p>Quand vous dites à une personne que <em>vous la comprenez et la soutenez</em>, et que vous vous arrêtez là, <strong>dans les faits, vous soutenez les agresseurs</strong>.</p>

<p>Voilà, j&#39;ai mis longtemps à écrire cet article, je l&#39;ai d&#39;abord fait pour m&#39;aider moi et ranger mes idées. Je pense que j&#39;aurais aimé avoir « ça » dans la formation sur les VSS qu&#39;on a eu au parti Les Écologistes. Je suis curieuse d&#39;avoir vos retours et vos ressentis...</p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/etre-un-e-allie-e-dans-un-groupe</guid>
      <pubDate>Tue, 20 Jan 2026 20:15:02 +0100</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Qui tricote ? </title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/qui-tricote</link>
      <description>&lt;![CDATA[Réflexions sur la place du tricot dans notre groupe social et du modèle patriarcal que nous montrons à nos enfants.&#xA;&#xA;#Féminisme #Société &#xA;!--more--&#xA;Je reviens d’un voyage au Danemark chez ma sœur qui est passionnée de tricot. C’était l’occasion pour moi de me motiver à terminer un mini projet démarré il y a très longtemps en ayant de l’aide pour réparer mes erreurs. &#xA;&#xA;On a tricoté, et je me suis aussi souvenu de ce qui ne me plaisait pas : c’est « un truc de filles ». Je n’ai vu que des femmes tricoter, acheter de la laine, ou parler de tricot.  En tricotant chez ma sœur, deux mailles à l’endroit, deux mailles à l’envers, je crois que le tricot m’a amenée un peu plus loin dans mes réflexions.&#xA;&#xA;L’égalité hommes-femmes dans ma génération&#xA;J’ai grandi à une époque et dans un groupe social où un homme qui faisait la cuisine ou qui allait chercher son enfant à l’école était un héros. Les tâches domestiques étaient encore très largement réalisées par les femmes, même quand elles travaillaient en dehors de la maison. &#xA;On a été sensibilisé·es dès l&#39;école aux inégalités entre les hommes et les femmes. On nous a expliqué que c’était dommage que les filles ne choisissent pas assez les carrières bien vues comme ingénieure ou médecin ou astronaute. On ne nous disait pas par contre que les petits garçons ne choisissaient pas assez les carrières d’infirmier ou de technicien de surface. &#xA;&#xA;L’une des luttes féministes de ma génération est de se battre pour partager équitablement la charge domestique : vaisselle, courses, cuisine, ménage, charge mentale, et pour celleux qui en ont : les soins aux enfants. On veut aussi accéder aux mêmes carrières que celles des hommes, et avoir le même salaire – qu’on n’obtient toujours pas. &#xA;Et les copaines qui ont des enfants rêvent que leurs filles veuillent être astronautes et pas princesses ; on rêve de casser le schéma ! &#xA;&#xA;On a beaucoup changé, mais rien n’a changé&#xA;Mon frère est un super papa : il cuisine, il fait les courses et la vaisselle, il nettoie le sol de sa propre initiative, il a pris du congé paternité, il sait s’occuper de sa fille sans avoir besoin de demander à sa mère ce qu’il faut mettre dans le sac. C’est pareil pour le compagnon de ma sœur. Et je pourrais dire la même chose d’un certain nombre d’hommes de ma génération et de ma classe sociale : des hommes modernes qui partagent (presque) équitablement les tâches domestiques. &#xA;&#xA;Mais quand j’écoute les copaines un peu plus âgé·es que mes frangins, visiblement, le partage des tâches domestiques ne change pas grand-chose dans les goûts genrés de leurs enfants. Malgré des pyjamas dinosaures et beaucoup de jouets non genrés, les petites filles veulent encore des trucs de princesse et les garçons des pelleteuses ou des camions de pompier. &#xA;&#xA;Alors en général je me dis que le problème est à la crèche, ou à l’école, ou à la TV (même si mes copaines bobos regardent très peu la TV), ou alors le problème ce sont les grands parents ? &#xA;&#xA;Les loisirs et le patriarcat &#xA;Au repas de Noël, quand j’ai vu les hommes et les femmes en cuisine, puis les femmes qui parlent tricot, et qui tricotent, et pas les hommes,  je me suis demandée : &#xA;&#xA;  Pourquoi les hommes cuisinent, font la vaisselle, mais ne tricotent pas ? &#xA;&#xA;En fait, la réponse est simple (mais j’ai mis plusieurs jours à comprendre). Dans notre société consumériste, le tricot est un loisir, au même titre que la céramique ou la menuiserie. Ce n’est pas une tâche domestique. &#xA;&#xA;Et autant nous nous sommes battues pour lutter contre la distribution genrée des tâches domestiques, autant, les loisirs sont majoritairement resté en dehors du champ des luttes féministes. &#xA;&#xA;Les hommes continuent à avoir des loisirs d’homme, et les femmes des loisirs de femme, comme le tricot. &#xA;&#xA;Nos loisirs montrent une socialisation genrée à nos enfants&#xA;Toustes mes copaines progressistes veulent élever leurs enfants sans distinction de genre. Iels proposent des camions aux petites filles et des poupées aux petits garçons. &#xA;&#xA;C’est aussi une des raisons qui poussent certaines de mes copines à exiger que leur compagnon partage équitablement les tâches domestiques (quel exemple on va montrer aux enfants?). C’est aussi cette raison, et aussi l’envie de réussir, qui pousse des copines à avoir une belle carrière. Montrer qu’on peut y arriver, et qu’on peut avoir un équilibre dans le couple. &#xA;&#xA;Mais je réalise que ça n’est qu’une partie du problème et qu’on incarne le patriarcat dans beaucoup d&#39;activités de notre quotidien.&#xA;&#xA;Papa fait la vaisselle, mais papa ne tricote pas, ne coud pas, ne fait pas de yoga. Et aucun papa ne tricote, ne coud ou ne fait du yoga. Par contre beaucoup de papa font du trail ou de la course, regardent le sport à la TV, et parfois un peu de bricolage. Mais aucun papa n’a des activités « typiquement féminines », ou bien c’est une exception très étrange. &#xA;Maman fait aussi la vaisselle, et souvent elle a des loisirs créatifs : elle coud, ou tricote, ou elle décore la maison… Et si elle ne le fait pas, quasiment toutes les autres mamans le font. Certaines maman font aussi quelques activités « typiquement masculines » comme faire de la course ou du vélo, et c’est plutôt bien vu.&#xA;&#xA;Rajoutons à cela que papa sort avec ses copains boire une bière et regarder le match, et que maman va avec des copines faire un thé poterie. Ou bien que les filles tricotent pendant que les gars regardent les news sur leur téléphone, et voici tout un ensemble de situations où nous expliquons par la pratique aux enfants que les garçons et les filles ne se mélangent pas et ne font pas la même chose. &#xA;&#xA;Nos loisirs expliquent aux enfants que les hommes et les femmes sont deux groupes sociaux très différents, avec des activités différentes. Et elleux apprennent à faire comme « une femme » ou comme « un homme » selon leur genre. &#xA;&#xA;(il y a aussi évidemment toutes les fois où on dit à une petite fille qu&#39;elle est jolie et à un petit garçon que c&#39;est un acrobate et un futur alpiniste).&#xA;&#xA;Le patriarcat et la dévalorisation des activités typiquement féminines&#xA;On pourrait dire : en quoi c’est grave que les petits garçons fassent massivement du foot alors que les petites filles vont à la gym ou apprennent à tricoter ? On n’apprend pas davantage de physique au foot plus qu’à la gym ? (puisque le problème au coeur de ma génération était l&#39;accès à des métiers « valorisés »). &#xA;&#xA;Mais le problème, c’est que toutes les activités féminines sont moins valorisées que celles réalisées majoritairement par des hommes.&#xA;&#xA;Les métiers masculins comme chirurgiens sont (beaucoup) mieux rémunérés que les métiers féminins comme infirmière. &#xA;Et cette hiérarchie existe aussi pour les loisirs. Un garçon qui fait de la danse sera moqué, alors qu’une fille qui fait du planeur sera valorisée.&#xA;&#xA;Et ça pourrait ne pas être grave, si cette dévalorisation des activités « typiquement féminines » n’avait pas un impact dans d’autres pans de la vie. Je ne me vois pas écrire « tricot » comme loisir sur un CV pour un poste, mais j’écrirais bricolage ou planeur. Mes loisirs et mes goûts plus généralement auront un impact sur ma carrière. &#xA;&#xA;En effet, si j’aime le foot, je peux aller voir des matchs de foot avec les collègues hommes, être bien perçu car j’ai joué dans le même club que le chef quand j’étais enfant, ou bien simplement participer aux conversations chaque midi. Si je n’aime pas le foot, ni aucune des activités typiquement masculines, il me sera très difficile de m’intégrer dans un milieu d’hommes. Et lors de mon entretien d’embauche, il est très probable qu’on me préfèrera un homme qui a l’air plus proche « de la culture de l’équipe ou de l’entreprise ».&#xA;&#xA;Et je crois que j’avais implicitement bien compris ça quand j’étais jeune. Et plutôt que de vouloir renverser le patriarcat, moi, je voulais faire les trucs cools, les trucs de mecs. Et donc je ne voulais pas être la fille qui tricote et qui rêve de se marier et d’avoir des enfants. Même si j’adorais faire des choses de mes mains et que j’avais en même temps envie de tricoter. &#xA;Et surtout, c’est à cause de cette hiérarchie de valeurs que les hommes ne trouvent pas désirables nos activités de loisir. Ce ne sont pas les activités de leurs pairs, et en plus, c’est des activités de filles. &#xA;&#xA;Je ne sais pas comment on donnera envie aux hommes de tricoter, (à part en renversant le patriarcat, mais on fait comment ?) mais je sais que tant que nos loisirs seront genrés, on ne pourra pas être surpris·es que les petites filles veuillent devenir des princesses, ou en tous cas, faire tout ce qu’il faut pour intégrer le groupe des « filles-femmes ». &#xA;&#xA;Feminisme]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><em>Réflexions sur la place du tricot dans notre groupe social et du modèle patriarcal que nous montrons à nos enfants.</em></p>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:F%C3%A9minisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Féminisme</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a>

<em>Je reviens d’un voyage au Danemark chez ma sœur qui est passionnée de tricot. C’était l’occasion pour moi de me motiver à terminer un mini projet démarré il y a très longtemps en ayant de l’aide pour réparer mes erreurs.</em></p>

<p><em>On a tricoté, et je me suis aussi souvenu de ce qui ne me plaisait pas : c’est « un truc de filles ». Je n’ai vu que des femmes tricoter, acheter de la laine, ou parler de tricot.  En tricotant chez ma sœur, deux mailles à l’endroit, deux mailles à l’envers, je crois que le tricot m’a amenée un peu plus loin dans mes réflexions.</em></p>

<h2 id="l-égalité-hommes-femmes-dans-ma-génération" id="l-égalité-hommes-femmes-dans-ma-génération">L’égalité hommes-femmes dans ma génération</h2>

<p>J’ai grandi à une époque et dans un groupe social où un homme qui faisait la cuisine ou qui allait chercher son enfant à l’école était un héros. Les tâches domestiques étaient encore très largement réalisées par les femmes, même quand elles travaillaient en dehors de la maison.
On a été sensibilisé·es dès l&#39;école aux inégalités entre les hommes et les femmes. On nous a expliqué que c’était dommage que les filles ne choisissent pas assez les carrières bien vues comme ingénieure ou médecin ou astronaute. On ne nous disait pas par contre que les petits garçons ne choisissaient pas assez les carrières d’infirmier ou de technicien de surface.</p>

<p>L’une des <strong>luttes féministes</strong> de ma génération est de se battre pour <strong>partager équitablement la charge domestique</strong> : vaisselle, courses, cuisine, ménage, charge mentale, et pour celleux qui en ont : les soins aux enfants. On veut aussi accéder aux <strong>mêmes carrières</strong> que celles des hommes, et avoir le <strong>même salaire</strong> – qu’on n’obtient toujours pas.
Et les copaines qui ont des enfants rêvent que leurs filles veuillent être astronautes et pas princesses ; on rêve de <strong>casser le schéma !</strong> </p>

<h2 id="on-a-beaucoup-changé-mais-rien-n-a-changé" id="on-a-beaucoup-changé-mais-rien-n-a-changé">On a beaucoup changé, mais rien n’a changé</h2>

<p>Mon frère est un super papa : il cuisine, il fait les courses et la vaisselle, il nettoie le sol de sa propre initiative, il a pris du congé paternité, il sait s’occuper de sa fille sans avoir besoin de demander à sa mère ce qu’il faut mettre dans le sac. C’est pareil pour le compagnon de ma sœur. Et je pourrais dire la même chose d’un certain nombre d’hommes de ma génération et de ma classe sociale : des hommes modernes qui partagent (presque) équitablement les tâches domestiques.</p>

<p>Mais quand j’écoute les copaines un peu plus âgé·es que mes frangins, visiblement, le partage des tâches domestiques ne change pas grand-chose dans les goûts genrés de leurs enfants. Malgré des pyjamas dinosaures et beaucoup de jouets non genrés, les petites filles veulent encore des trucs de princesse et les garçons des pelleteuses ou des camions de pompier.</p>

<p>Alors en général je me dis que le problème est à la crèche, ou à l’école, ou à la TV (même si mes copaines bobos regardent très peu la TV), ou alors le problème ce sont les grands parents ?</p>

<h2 id="les-loisirs-et-le-patriarcat" id="les-loisirs-et-le-patriarcat">Les loisirs et le patriarcat</h2>

<p>Au repas de Noël, quand j’ai vu les hommes et les femmes en cuisine, puis les femmes qui parlent tricot, et qui tricotent, et pas les hommes,  je me suis demandée :</p>

<blockquote><p>Pourquoi les hommes cuisinent, font la vaisselle, mais ne tricotent pas ?</p></blockquote>

<p>En fait, la réponse est simple (mais j’ai mis plusieurs jours à comprendre). Dans notre société consumériste, <strong>le tricot est un loisir</strong>, au même titre que la céramique ou la menuiserie. Ce n’est <strong>pas une tâche domestique</strong>.</p>

<p>Et autant nous nous sommes battues pour lutter contre la distribution genrée des tâches domestiques, autant, les loisirs sont majoritairement resté en dehors du champ des luttes féministes.</p>

<p><strong>Les hommes continuent à avoir des loisirs d’homme, et les femmes des loisirs de femme, comme le tricot</strong>.</p>

<h3 id="nos-loisirs-montrent-une-socialisation-genrée-à-nos-enfants" id="nos-loisirs-montrent-une-socialisation-genrée-à-nos-enfants">Nos loisirs montrent une socialisation genrée à nos enfants</h3>

<p>Toustes mes copaines progressistes veulent élever leurs enfants sans distinction de genre. Iels proposent des camions aux petites filles et des poupées aux petits garçons.</p>

<p>C’est aussi une des raisons qui poussent certaines de mes copines à exiger que leur compagnon partage équitablement les tâches domestiques (quel exemple on va montrer aux enfants?). C’est aussi cette raison, et aussi l’envie de réussir, qui pousse des copines à avoir une belle carrière. Montrer qu’<strong>on peut y arriver</strong>, et qu’<strong>on peut avoir un équilibre dans le couple</strong>.</p>

<p>Mais je réalise que ça n’est qu’une partie du problème et qu’<strong>on incarne le patriarcat dans beaucoup d&#39;activités de notre quotidien</strong>.</p>
<ul><li><strong>Papa</strong> fait la vaisselle, mais papa ne tricote pas, ne coud pas, ne fait pas de yoga. Et aucun papa ne tricote, ne coud ou ne fait du yoga. Par contre beaucoup de papa font du trail ou de la course, regardent le sport à la TV, et parfois un peu de bricolage. Mais aucun papa n’a des activités « typiquement féminines », ou bien c’est une exception très étrange.</li>
<li><strong>Maman</strong> fait aussi la vaisselle, et souvent elle a des loisirs créatifs : elle coud, ou tricote, ou elle décore la maison… Et si elle ne le fait pas, quasiment toutes les autres mamans le font. Certaines maman font aussi quelques activités « typiquement masculines » comme faire de la course ou du vélo, et c’est plutôt bien vu.</li></ul>

<p>Rajoutons à cela que papa sort avec ses copains boire une bière et regarder le match, et que maman va avec des copines faire un thé poterie. Ou bien que les filles tricotent pendant que les gars regardent les news sur leur téléphone, et voici tout un ensemble de situations où nous expliquons par la pratique aux enfants que les garçons et les filles ne se mélangent pas et ne font pas la même chose.</p>

<p><strong>Nos loisirs expliquent aux enfants que les hommes et les femmes sont deux groupes sociaux très différents</strong>, avec des activités différentes. Et elleux apprennent à faire comme « une femme » ou comme « un homme » selon leur genre.</p>

<p>(il y a aussi évidemment toutes les fois où on dit à une petite fille qu&#39;elle est jolie et à un petit garçon que c&#39;est un acrobate et un futur alpiniste).</p>

<h3 id="le-patriarcat-et-la-dévalorisation-des-activités-typiquement-féminines" id="le-patriarcat-et-la-dévalorisation-des-activités-typiquement-féminines">Le patriarcat et la dévalorisation des activités typiquement féminines</h3>

<p>On pourrait dire : en quoi c’est grave que les petits garçons fassent massivement du foot alors que les petites filles vont à la gym ou apprennent à tricoter ? On n’apprend pas davantage de physique au foot plus qu’à la gym ? (puisque le problème au coeur de ma génération était l&#39;accès à des métiers « <em>valorisés</em> »).</p>

<p>Mais le problème, c’est que <strong>toutes les activités féminines sont moins valorisées que celles réalisées majoritairement par des hommes</strong>.</p>
<ol><li>Les métiers masculins comme chirurgiens sont (beaucoup) mieux <strong>rémunérés</strong> que les métiers féminins comme infirmière.</li>
<li>Et <strong>cette hiérarchie existe aussi pour les loisirs</strong>. Un garçon qui fait de la danse sera moqué, alors qu’une fille qui fait du planeur sera valorisée.</li></ol>

<p>Et ça pourrait ne pas être grave, si cette dévalorisation des activités « typiquement féminines » n’avait pas un impact dans d’autres pans de la vie. Je ne me vois pas écrire « tricot » comme loisir sur un CV pour un poste, mais j’écrirais bricolage ou planeur. <strong>Mes loisirs et mes goûts plus généralement auront un impact sur ma carrière</strong>.</p>

<p>En effet, si j’aime le foot, je peux aller voir des matchs de foot avec les collègues hommes, être bien perçu car j’ai joué dans le même club que le chef quand j’étais enfant, ou bien simplement participer aux conversations chaque midi. Si je n’aime pas le foot, ni aucune des activités typiquement masculines, il me sera très difficile de m’intégrer dans un milieu d’hommes. Et lors de mon entretien d’embauche, il est très probable qu’on me préfèrera un homme qui a l’air plus proche « <em>de la culture de l’équipe ou de l’entreprise</em> ».</p>

<p>Et je crois que j’avais implicitement bien compris ça quand j’étais jeune. Et plutôt que de vouloir renverser le patriarcat, moi, je voulais faire les trucs cools, les trucs de mecs. Et donc je ne voulais pas être la fille qui tricote et qui rêve de se marier et d’avoir des enfants. Même si j’adorais faire des choses de mes mains et que j’avais en même temps envie de tricoter.
Et surtout, c’est à cause de cette hiérarchie de valeurs que les hommes ne trouvent pas désirables nos activités de loisir. Ce ne sont pas les activités de leurs pairs, et en plus, c’est des activités de filles.</p>

<p>Je ne sais pas <strong>comment on donnera envie aux hommes de tricoter</strong>, (à part en renversant le patriarcat, mais on fait comment ?) mais je sais que tant que nos loisirs seront genrés, on ne pourra pas être surpris·es que les petites filles veuillent devenir des princesses, ou en tous cas, faire tout ce qu’il faut pour intégrer le groupe des « filles-femmes ».</p>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Feminisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Feminisme</span></a></p>
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      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/qui-tricote</guid>
      <pubDate>Tue, 30 Dec 2025 15:56:12 +0100</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Qui décide qu&#39;on a été un·e bon·ne allié·e ?</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/qui-decide-quon-a-ete-un-e-bon-ne-allie-e</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Féminisme #Société&#xA;« Je crois qu&#39;on n&#39;a rien à se reprocher, on a fait ce qu&#39;il fallait. » &#xA;« Je suis un homme féministe.  »&#xA;« J&#39;ai agi par sororité. »&#xA;!--more--&#xA;&#xA;« Je crois qu&#39;on n&#39;a rien à se reprocher »&#xA;Je fais partie d&#39;un groupe qui a géré un incident de violences verbales il y a quelques temps maintenant.  Après la séquence, un homme m&#39;a dit : « Je crois qu&#39;on n&#39;a rien à se reprocher, on a fait ce qu&#39;il fallait faire », sous-entendant qu&#39;on avait très bien réagi. &#xA;&#xA;Je ne suis pas convaincue qu&#39;on ait très bien réagi, mais je ne suis pas non plus convaincue de l&#39;opposé. &#xA;&#xA;Après avoir raccroché de notre conversation, j&#39;ai réalisé ce qui m&#39;avait gênée. Ce n&#39;est pas à nous de décider de si on a bien réagi ou pas. On peut à la rigueur juger de si on a suivi les procédures ou pas. Et dans notre cas, il n&#39;y avait pas de procédures. &#xA;&#xA;En fait, il n&#39;y a que les victimes qui peuvent réellement juger de si on a été un·e bon·nne allié·e, de si on a été à la hauteur. Et la seule manière de le savoir c&#39;est de leur demander, et on ne l&#39;a pas fait. &#xA;Donc on ne sait pas si on a fait ce qu&#39;il fallait. On a fait ce qu&#39;on pensait qu&#39;il fallait faire, petite nuance. &#xA;&#xA;« Je suis un homme féministe »&#xA;Je parle souvent de féminisme, alors j&#39;ai souvent entendu des hommes me déclarer qu&#39;ils étaient féministes. De vrais alliés pour la cause. Au moment où j&#39;écris ce billet de blog, je repense à trois d&#39;entre eux : &#xA;&#xA;L&#39;un m&#39;explique qu&#39;il a connu les vraies années du féminismes (les années 70-80) et que le féminisme est une valeur très importante pour lui. Pourtant, il monopolise la parole lors de nos échanges et passe beaucoup de temps à m&#39;expliquer des choses que je sais déjà, voir que je lui ai dites. &#xA;Le second m&#39;explique que le vrai problème des femmes ce n&#39;est pas l&#39;écriture inclusive, mais le fait qu&#39;elle ne soit pas aussi bien payées que les hommes à travail égal. Je lui réponds que le vrai problème des femmes c&#39;est quand ce sont les hommes qui décident pour elles de ce que sont leurs vrais problèmes. &#xA;Un troisième m&#39;explique qu&#39;il apprend et qu&#39;il n&#39;y connait pas grand chose en féminisme comparativement à d&#39;autres hommes du groupe qui connaissent des mots compliqués comme l&#39;intersectionnalité. Pourtant, c&#39;est l&#39;homme qui a le moins de comportements virilistes de notre groupe. Vu de ma fenêtre, c&#39;est le plus féministe. &#xA;&#xA;Pour moi les deux premiers ne sont pas des masculinistes toxiques. Mais les deux ne sont pas franchement des féministes engagés. Ils auraient beaucoup à apprendre et à déconstruire pour être de bons alliés. Ils gagneraient à écouter pour de vrai les femmes qui les entourent sur ce qu&#39;ils peuvent faire pour elles comme le fait le troisième larron de mon histoire. &#xA;&#xA;Une bonne alliée des copines ?  &#xA;En écrivant ce billet, je repense à deux évènements où je pouvais être la bonne alliée. &#xA;&#xA;Quand j&#39;ai merdé et qu&#39;une copine m&#39;a dit que j&#39;avais agit par sororité&#xA;Récemment j&#39;ai merdé. Une femme m&#39;a confié un incident qu&#39;il lui est arrivé, je l&#39;ai écouté, je l&#39;ai crue, et je l&#39;ai soutenue. &#xA;&#xA;Le lendemain j&#39;ai eu l&#39;impression qu&#39;il était important que j&#39;en parle à une amie qui s&#39;entend bien avec les personnes impliquées, car elles ne se rendent pas compte de l&#39;impact de certains de leurs comportements. J&#39;avais l&#39;impression qu&#39;on pouvait améliorer les choses. &#xA;&#xA;Quelques heures plus tard, j&#39;ai réalisé que j&#39;avais surement merdé : je n&#39;avais pas demandé si je pouvais ou devais en parler. J&#39;ai recontacté la personne qui s&#39;était confiée, et effectivement, elle ne souhaitais pas que j&#39;en parle. J&#39;ai alors exprimé mes remords à ma copine, et je lui ai dit que je m&#39;en voulais. Elle m&#39;a répondu que j&#39;avais agit en pensant bien faire, par sororité, donc je ne devais pas m&#39;en vouloir.&#xA;&#xA;Et là, le mot sororité a sonné très faux pour moi quand elle l&#39;a dit.&#xA;&#xA;Ce n&#39;était pas de la sororité même si quelque part je voulais aider des femmes. C&#39;était plutôt une forme de paternalisme : Je me suis autorisée à penser à la place de la personne ce qui serait bien. La seule personne qui aurait pu me dire que c&#39;était de la sororité, c&#39;est la personne concernée, et j&#39;ai bien l&#39;impression qu&#39;elle ne l&#39;a pas vécu comme ça. &#xA;&#xA;Quand j&#39;ai bien réagi&#xA;Il y a quelques temps, un Jean-Michel Boomer a été pénible avec une copine. Rien de très grave, mais un petit a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mansplaining&#34;mansplaining/a comme il sait bien faire. &#xA;J&#39;en ai parlé avec la copine et je lui ai demandé si elle voulait que je lui réponde en privé. J&#39;avais le statut dans ce groupe pour le faire, elle m&#39;a dit que oui, ça l&#39;arrangeait si je lui écrivais. J&#39;ai donc écrit à Jean-Michel Boomer un message mesuré car ce n&#39;était pas moi la victime, donc c&#39;était plus facile que pour ma copine. Et j&#39;ai ensuite montré le message à ma copine. &#xA;&#xA;Quelques semaines plus tard, elle m&#39;a dit qu&#39;elle l&#39;avait vraiment vécu cet évènement comme un moment de sororité. Moi j&#39;avais vraiment l&#39;impression de pas avoir fait grand chose.  Ça m&#39;a fait vraiment plaisir d&#39;avoir été sur le coup une bonne alliée.  &#xA;&#xA;Poser la question&#xA;Ces trois petits incidents m&#39;ont fait réaliser deux choses : &#xA;&#xA;Ce n&#39;est pas aux alliés de décider qu&#39;ils sont de bons alliés. &#xA;Ce n&#39;est pas aux hommes de se déclarer féministes : c&#39;est aux femmes autour d&#39;eux qu&#39;il faut le demander. &#xA;On devient un·e bon allié·e en demandant leur avis aux victimes d&#39;oppression&#xA;&#xA;Pour être une bonne alliée, je ne dois pas penser à la place des autres. Je dois leur demander : &#xA;&#xA;Comment iels ont perçu mon action ? &#xA;Qu&#39;est-ce que je peux faire pour les aider ? &#xA;&#xA;J&#39;espère qu&#39;avoir écrit ce post va m&#39;aider à moins merder dans le futur. &#xA;&#xA;Pour aller plus loin &#xA;&#xA;J&#39;ai récemment découvert a href=&#34;https://lapiscine.substack.com/p/etre-allie-e-kesako-rencontre-avec-magali-milbergue?r=2p9mwm&amp;utmcampaign=post&amp;utmmedium=web&amp;showWelcomeOnShare=false&amp;triedRedirect=true&#34;cette newsletter/a dans laquelle Apolline, l&#39;autrice de PloufLetter, échange avec Magali Milbergue sur « comment être une bonne alliée ».  À la fin de la newsletter, elle donne quelques liens pour aller plus loin et approfondir la question. Cet échange parle beaucoup de posture, et je trouve ça super intéressant. Ça fait écho à beaucoup de mes lectures autour de l&#39;entretien motivationnel... À suivre. &#xA;&#xA;#Feminisme #Paternalisme #Sororité #Societe&#xA;]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:F%C3%A9minisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Féminisme</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a>
« <em>Je crois qu&#39;on n&#39;a rien à se reprocher, on a fait ce qu&#39;il fallait.</em> »
« <em>Je suis un homme féministe.</em>  »
« <em>J&#39;ai agi par sororité.</em> »
</p>

<h2 id="je-crois-qu-on-n-a-rien-à-se-reprocher" id="je-crois-qu-on-n-a-rien-à-se-reprocher">« <em>Je crois qu&#39;on n&#39;a rien à se reprocher</em> »</h2>

<p>Je fais partie d&#39;un groupe qui a géré un incident de violences verbales il y a quelques temps maintenant.  Après la séquence, un homme m&#39;a dit : « <em>Je crois qu&#39;on n&#39;a rien à se reprocher, on a fait ce qu&#39;il fallait faire</em> », sous-entendant qu&#39;on avait très bien réagi.</p>

<p>Je ne suis pas convaincue qu&#39;on ait très bien réagi, mais je ne suis pas non plus convaincue de l&#39;opposé.</p>

<p>Après avoir raccroché de notre conversation, j&#39;ai réalisé ce qui m&#39;avait gênée. <strong>Ce n&#39;est pas à nous de décider de si on a bien réagi ou pas</strong>. On peut à la rigueur juger de si on a suivi les procédures ou pas. Et dans notre cas, il n&#39;y avait pas de procédures.</p>

<p>En fait, il n&#39;y a que les victimes qui peuvent réellement juger de si on a été un·e bon·nne allié·e, de si on a été à la hauteur. Et la seule manière de le savoir c&#39;est de leur demander, et on ne l&#39;a pas fait.
Donc on ne sait pas si on a fait ce qu&#39;il fallait. On a fait ce qu&#39;on pensait qu&#39;il fallait faire, petite nuance.</p>

<h2 id="je-suis-un-homme-féministe" id="je-suis-un-homme-féministe">« <em>Je suis un homme féministe</em> »</h2>

<p>Je parle souvent de féminisme, alors j&#39;ai souvent entendu des hommes me déclarer qu&#39;ils étaient féministes. De vrais alliés pour la cause. Au moment où j&#39;écris ce billet de blog, je repense à trois d&#39;entre eux :</p>
<ul><li>L&#39;un m&#39;explique qu&#39;<em>il a connu les vraies années du féminismes</em> (les années 70-80) et que <em>le féminisme est une valeur très importante pour lui</em>. Pourtant, <em>il monopolise la parole</em> lors de nos échanges et passe beaucoup de temps à <em>m&#39;expliquer des choses que je sais déjà, voir que je lui ai dites</em>.</li>
<li>Le second m&#39;explique que <em>le vrai problème des femmes ce n&#39;est pas l&#39;écriture inclusive, mais le fait qu&#39;elle ne soit pas aussi bien payées que les hommes à travail égal</em>. Je lui réponds que le vrai problème des femmes c&#39;est quand ce sont les hommes qui décident pour elles de ce que sont leurs vrais problèmes.</li>
<li>Un troisième m&#39;explique qu&#39;il apprend et qu&#39;il n&#39;y connait pas grand chose en féminisme comparativement à d&#39;autres hommes du groupe qui connaissent des mots compliqués comme l&#39;intersectionnalité. Pourtant, c&#39;est l&#39;homme qui a le moins de comportements virilistes de notre groupe. Vu de ma fenêtre, c&#39;est le plus <em>féministe</em>.</li></ul>

<p>Pour moi les deux premiers ne sont pas des masculinistes toxiques. Mais les deux ne sont pas franchement des féministes engagés. Ils auraient beaucoup à apprendre et à déconstruire pour être de bons alliés. Ils gagneraient à écouter pour de vrai les femmes qui les entourent sur ce qu&#39;ils peuvent faire pour elles comme le fait le troisième larron de mon histoire.</p>

<h2 id="une-bonne-alliée-des-copines" id="une-bonne-alliée-des-copines">Une bonne alliée des copines ?</h2>

<p>En écrivant ce billet, je repense à deux évènements où je pouvais être la bonne alliée.</p>

<h3 id="quand-j-ai-merdé-et-qu-une-copine-m-a-dit-que-j-avais-agit-par-sororité" id="quand-j-ai-merdé-et-qu-une-copine-m-a-dit-que-j-avais-agit-par-sororité">Quand j&#39;ai merdé et qu&#39;une copine m&#39;a dit que j&#39;avais agit par sororité</h3>

<p>Récemment j&#39;ai merdé. Une femme m&#39;a confié un incident qu&#39;il lui est arrivé, je l&#39;ai écouté, je l&#39;ai crue, et je l&#39;ai soutenue.</p>

<p>Le lendemain j&#39;ai eu l&#39;impression qu&#39;il était important que j&#39;en parle à une amie qui s&#39;entend bien avec les personnes impliquées, car elles ne se rendent pas compte de l&#39;impact de certains de leurs comportements. J&#39;avais l&#39;impression qu&#39;on pouvait améliorer les choses.</p>

<p>Quelques heures plus tard, j&#39;ai réalisé que j&#39;avais surement merdé : je n&#39;avais pas demandé si je pouvais ou devais en parler. J&#39;ai recontacté la personne qui s&#39;était confiée, et effectivement, elle ne souhaitais pas que j&#39;en parle. J&#39;ai alors exprimé mes remords à ma copine, et je lui ai dit que je m&#39;en voulais. Elle m&#39;a répondu que j&#39;avais agit en pensant bien faire, par <strong>sororité</strong>, donc je ne devais pas m&#39;en vouloir.</p>

<p>Et là, le mot <strong>sororité</strong> a sonné très faux pour moi quand elle l&#39;a dit.</p>

<p>Ce n&#39;était <strong>pas</strong> de la <strong>sororité</strong> même si quelque part je voulais aider des femmes. C&#39;était plutôt une forme de <strong>paternalisme</strong> : <em>Je me suis autorisée à penser à la place de la personne ce qui serait bien</em>. La seule personne qui aurait pu me dire que c&#39;était de la sororité, c&#39;est la personne concernée, et j&#39;ai bien l&#39;impression qu&#39;elle ne l&#39;a pas vécu comme ça.</p>

<h3 id="quand-j-ai-bien-réagi" id="quand-j-ai-bien-réagi">Quand j&#39;ai bien réagi</h3>

<p>Il y a quelques temps, un Jean-Michel Boomer a été pénible avec une copine. Rien de très grave, mais un petit <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mansplaining" rel="nofollow">mansplaining</a> comme il sait bien faire.
J&#39;en ai parlé avec la copine et je lui ai demandé si elle voulait que je lui réponde en privé. J&#39;avais le <em>statut</em> dans ce groupe pour le faire, elle m&#39;a dit que oui, ça l&#39;arrangeait si je lui écrivais. J&#39;ai donc écrit à Jean-Michel Boomer un message mesuré car ce n&#39;était pas moi la victime, donc c&#39;était plus facile que pour ma copine. Et j&#39;ai ensuite montré le message à ma copine.</p>

<p>Quelques semaines plus tard, elle m&#39;a dit qu&#39;<em>elle l&#39;avait vraiment vécu cet évènement comme un moment de sororité</em>. Moi j&#39;avais vraiment l&#39;impression de pas avoir fait grand chose.  Ça m&#39;a fait vraiment plaisir d&#39;avoir été sur le coup une bonne alliée.</p>

<h2 id="poser-la-question" id="poser-la-question">Poser la question</h2>

<p>Ces trois petits incidents m&#39;ont fait réaliser deux choses :</p>
<ol><li><strong>Ce n&#39;est pas aux alliés de décider qu&#39;ils sont de bons alliés</strong>.
Ce n&#39;est pas aux hommes de se déclarer féministes : c&#39;est aux femmes autour d&#39;eux qu&#39;il faut le demander.</li>
<li><strong>On devient un·e bon allié·e en demandant leur avis aux victimes d&#39;oppression</strong></li></ol>

<p>Pour être une bonne alliée, je ne dois pas penser à la place des autres. Je dois leur demander :</p>
<ul><li>Comment iels ont perçu mon action ?</li>
<li>Qu&#39;est-ce que je peux faire pour les aider ?</li></ul>

<p>J&#39;espère qu&#39;avoir écrit ce post va m&#39;aider à moins merder dans le futur.</p>

<h1 id="pour-aller-plus-loin" id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin</h1>
<ul><li>J&#39;ai récemment découvert <a href="https://lapiscine.substack.com/p/etre-allie-e-kesako-rencontre-avec-magali-milbergue?r=2p9mwm&amp;utm_campaign=post&amp;utm_medium=web&amp;showWelcomeOnShare=false&amp;triedRedirect=true" rel="nofollow">cette newsletter</a> dans laquelle Apolline, l&#39;autrice de PloufLetter, échange avec Magali Milbergue sur « comment être une bonne alliée ».  À la fin de la newsletter, elle donne quelques liens pour aller plus loin et approfondir la question. Cet échange parle beaucoup de posture, et je trouve ça super intéressant. Ça fait écho à beaucoup de mes lectures autour de l&#39;entretien motivationnel... À suivre.</li></ul>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Feminisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Feminisme</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Paternalisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Paternalisme</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Sororit%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Sororité</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a></p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/qui-decide-quon-a-ete-un-e-bon-ne-allie-e</guid>
      <pubDate>Thu, 08 May 2025 17:39:14 +0200</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Quitter Facebook et Instagram ? </title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/pourquoi-cest-si-dur-de-quitter-facebook-et-instagram</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Société #Numérique&#xA;Quitter Facebook et Instagram, c&#39;est un peu comme prendre moins sa voiture. Beaucoup aimeraient le faire, mais beaucoup culpabilisent de ne pas y arriver.&#xA;!--more--&#xA;La France compte environ 42 millions adultes de plus de 20 ans, 66 millions d&#39;humains en tout, dont 30 millions sont sur Facebook. Près de la moitié des êtres humains vivant en France sont sur Facebook.&#xA;&#xA;a href=&#34;https://www.insee.fr/fr/statistiques/1906664?sommaire=1906743&#34; Lien vers le site insee avec la population française /a&#xA;a href=&#34;https://fr.statista.com/statistiques/491498/nombre-utilisateurs-facebook-france/&#34;Nombre d&#39;utilisateurs de Facebook en France/a&#xA;&#xA;Qu&#39;est-ce qui nous attire dans Facebook et Instagram ? &#xA;C’est compliqué de se passer de voiture dans un monde qui est pensé pour la voiture. Et de la même manière, c&#39;est compliqué de se passer de ces réseaux pour trois raisons principales :  &#xA;&#xA;1. Tout le monde est sur Facebook, ou presque&#xA;Ma mère n&#39;est pas geek du tout, mais elle a un compte Facebook et un compte WhatsApp. Mon frère est un geek snob ; il a un compte Facebook qu&#39;il utilise peu, mais il en a un. J&#39;ai résisté jusqu&#39;en 2016, mais quand j&#39;ai créé l&#39;association Sciences Équines, j&#39;ai créé un compte Facebook pour notre com&#39;. &#xA;&#xA;Tout le monde est sur Facebook, et parfois, Facebook (ou Instagram) nous apparaissent comme notre seul moyen de rester en contact avec certaines personnes, notre famille, proche ou éloignée, nos client·e ou nos électeurices, etc. &#xA;&#xA;2. Il y a des infos que je ne trouve que sur Facebook&#xA;Ma mairie ne communique quasiment que par Facebook. L&#39;éducatrice canine qui nous accompagne met régulièrement des infos uniquement sur Facebook. Le groupe féministe en libournais que je veux suivre ne communique que sur Instagram. &#xA;Il y a des infos que l&#39;on trouve difficilement hors de Facebook. &#xA;&#xA;3. C&#39;est addictif, et ça bouche les trous&#xA;Sur Facebook et Instagram, je scrolle sans fin. La majorité des contenus ne m&#39;intéressent pas beaucoup, mais des fois il y a une pépite. Alors je continue de scroller 10 minutes de plus. J&#39;avoue que ça me donne l&#39;impression de me reposer et de décompresser un peu. Et puis ça occupe mes minutes d&#39;attente chez le médecin ou à la gare. &#xA;Facebook et Instagram nous servent à boucher les petits trous de notre emploi du temps. Ou à se distraire d&#39;une tâche difficile. &#xA;&#xA;Toujours plus de raisons de quitter Facebook&#xA;Ces temps-ci, je n&#39;ai plus trop de discussions sur pourquoi quitter Facebook et Instagram. Tout le monde a au moins une bonne raison. &#xA;&#xA;1. Ne pas soutenir Trump et ses petits copains&#xA;C&#39;est LA raison récente de quitter ces réseaux. Ça fait quand même un peu plus mal chaque jour de se dire qu&#39;on soutient des entreprises qui enrichissent des fascistes qui menacent notre pays. &#xA;&#xA;Mais évidemment, ça n&#39;est pas la seule raison ! &#xA;&#xA;2. Perdre moins de temps &#xA;Ces réseaux sociaux ont développé des stratégies sophistiquées pour qu&#39;on y passe plusieurs heures par jour. C&#39;est intéressant de regarder sur son téléphone combien de fois on a ouvert ces applis chaque jour, et combien de temps on y a passé. Moi ça m&#39;a fait un peu peur et ça m&#39;a motivé à commencer par mettre un minuteur pour ne pas y passer plus d&#39;une demi heure par jour. Une demi heure sur Facebook, une demi heure sur Insta : ça va vite  ! &#xA;&#xA;3. Voir moins de merdes&#xA;Ces réseaux sont en fait de géantes régies publicitaires. Le service est gratuit parce qu&#39;avec toutes les données qu&#39;on y laisse, Meta peut vendre des publicités ultra ciblées. Et avec les années, le fil d&#39;actualités est devenu un fil publicitaire (de posts sponsorisés contre lesquels les bloqueurs de pubs ne peuvent rien) avec quelques posts d&#39;humains au milieu. &#xA;&#xA;Mais en plus de la pub, les algorithmes de ces réseaux favorisent le clash et les idées d&#39;extrême-droite. C&#39;est vraiment pas facile d&#39;avoir un fil d&#39;actualités qui soient reposant et bienveillant. L&#39;information intéressante, celle pour laquelle on ouvre encore ces réseaux, est noyée dans un flot de merde. J&#39;ai une copines qui m&#39;a dit qu&#39;elle a réussi à dresser l&#39;algorithme, elles est trop forte ! &#xA;&#xA;4. Nous protéger&#xA;Ces réseaux stockent énormément de nos données, ils savent tout ou presque de nous. J&#39;ai écouté récemment un podcast qui parlait d&#39;une étude qui avait montré que les traces qu&#39;on laisse sur internet permet d&#39;en savoir plus sur nous que ce que nos proches savent 😱.  &#xA;&#xA;a href=&#34;https://hiddenbrain.org/podcast/what-your-online-self-reveals-about-you/&#34;Lien vers l&#39;épisode « what your online self reveals about you » du génial podcast Hidden Brain /a&#xA;&#xA;Avant on pouvait dire (et ça n&#39;était pas très malin) : « Moi je n&#39;ai rien à cacher, et je suis contente d&#39;avoir des pubs ciblées ». Mais aujourd&#39;hui ça n&#39;est plus possible. Des données qui pouvaient sembler aussi anodines que la date où j&#39;ai mes règles peuvent devenir des données sensibles. Des femmes aux États-Unis sont aujourd&#39;hui menacées car ces données peuvent laisser penser qu&#39;elles ont avorté. Et qui sait de quoi l&#39;avenir est fait chez nous ? C&#39;est dur d&#39;être optimiste. &#xA;&#xA;Est-ce que c&#39;est possible de quitter Facebook et Instagram ? &#xA;Aujourd&#39;hui, c&#39;est difficile. Mais une fois qu&#39;on a fait la liste de ce qui nous rend dépendant·e à ces réseaux, on peut commencer à agir, un pas après l&#39;autre. &#xA;&#xA;Alors on fait comment ?&#xA;Voici quelques pistes pour diminuer progressivement notre dépendance à ces réseaux et pouvoir, un jour peut-être, s&#39;en passer. &#xA;&#xA;Dupliquer l’information&#xA;C’est super dur de mettre un pied hors de ces réseaux parce que tout se passe sur ces réseaux. La première action à mettre en place, c’est de rendre disponible ce que vous partagez sur ces réseaux hors de ces réseaux. De dupliquer l’information pour qu’elle soit accessible aux personnes qui ont fait le pas, ou qui essaient de quitter ces réseaux. Et on fait ça comment ? &#xA;&#xA;1. Si vous publiez régulièrement : ouvrez un blog !&#xA;On peut avoir un blog, on peut avoir plusieurs blogs, comme dans les années 2010 ! Pour moi, la difficulté a été (est toujours) de m&#39;autoriser à y poster des articles courts et un peu moins fouillés que ce dont j&#39;avais l&#39;habitude. J&#39;ai appris les règles pour qu&#39;un post soit bien référencé sur Google, mais en fait, là ce n&#39;est pas (plus) l&#39;objectif. Par exemple, je ne me force plus à trouver des images d&#39;illustration. &#xA;&#xA;En pratique, je continue à publier sur les réseaux sociaux (Mastodon et Linkedin). Et quand je trouve que c&#39;est un contenu un poil intéressant, j&#39;essaie d&#39;en faire rapidement un petit post de blog. &#xA;&#xA;a href=&#34;https://aude-caussarieu.com/formations-avec-aude-caussarieu/&#34; Exemple de billet de mon blog pro écrit un peu rapidement pour communiquer sur mes actus en dehors de Linkedin /a &#xA;a href=&#34;https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/bye-bye-facebook&#34; Exemple d&#39;un billet écrit en quasi copier-coller d&#39;un post que j&#39;avais fait sur Facebook /a&#xA; &#xA;2. Pour les contacts, changer de messagerie&#xA;J&#39;avais quelques contacts avec qui je n&#39;échangeais que par Facebook et Messenger. Je leur ai demandé une par une par quel autre canal on pouvait communiquer et maintenant, je n&#39;ai plus personne qui me contacte par ce biais 💪. On est passées par le mail, les SMS ou WhatsApp.&#xA;&#xA;Peut-être que certaines personnes vous répondront que c&#39;est le seul endroit où elles veulent être. C&#39;est OK. Cela n&#39;empêche pas que chaque conversation que vous déplacez hors de Facebook diminue votre dépendance à ce réseau.  Par exemple, j’ai installé Signal, mais je n’ai pas encore désinstallé les autres messageries. &#xA;&#xA;3.  Retrouver une communauté sur un forum, ou sur mastodon, ou même sur BlueSky&#xA;Une partie du plaisir de ces réseaux sociaux est / était l&#39;échange avec des gens qui s&#39;intéressent aux mêmes choses que nous. Mon conseil serait de goûter l&#39;eau en dehors de Facebook. Essayer d&#39;autres endroits. Ça prend du temps de s&#39;intégrer dans une nouvelle communauté, donc il faut commencer bien avant de devoir (ou de décider) de fermer son compte sur Facebook et Instagram. &#xA;&#xA;Forum : Pour les copines cheval, je suis retournée sur a href=&#34;https://aude-et-etoile.forumactif.com&#34;notre bon vieux forum/a. Mais ça n&#39;est pas le plus actif et le plus dynamique pour quelqu&#39;un qui n&#39;y aurait pas déjà passé du temps à son âge d&#39;or il y a 5 ou 10 ans. Je crois que le forum jaune, a href=&#34;https://equinethique.forumperso.com/&#34;equinéthique/a, est encore bien actif pour la communauté qui s&#39;intéresse à l&#39;équitation dite éthologique. &#xA;Mastodon : Pour les discussions sur tous les autres sujets, je n&#39;avais jamais vraiment développé de relations sur Facebook. Pour moi tout se passait sur Twitter. J&#39;ai quitté Twitter, et j&#39;ai tout reconstruit sur Mastodon lors de la migration de 2022. Aujourd&#39;hui j&#39;y ai une vie sociale que je trouve très chouette ! &#xA;   a href=&#34;https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/ma-petite-vie-sur-mastodon&#34; Lien vers l&#39;article de blog « Ma petite vie sur Mastodon » /a&#xA;&#xA;Signal : Et les bavardages avec les copines et les militant·es se passent sur WhatsApp ou Signal. &#xA;&#xA;a href=&#34;https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu&#34;Lien vers mon compte Mastodon /a&#xA;&#xA;4. S&#39;informer ailleurs&#xA;Avec Facebook, j&#39;ai surtout perdu les infos locales. J&#39;ai donc décidé d&#39;acheter le Haute-Gironde une fois par mois. J’ai encore du mal à me motiver à le lire (je n’ai pas le réflexe de l’ouvrir, c’est encombrant par rapport à un téléphone), mais c’est là que j’ai découvert une conférence intéressante dans le village d’à côté. &#xA;&#xA;Pour l&#39;info non locale, ça fait plusieurs années que je suis abonnée à un média indépendant. Je tourne d&#39;une année sur l&#39;autre. J&#39;ai commencé avec Arrêt sur images pendant plusieurs années, ensuite Le Monde, et en ce moment on est abonnés à Médiapart. J’ai aussi envie de soutenir Reporterre. &#xA;&#xA;Pour les infos sur mes centres d&#39;intérêt sur lesquels j&#39;ai juste envie de lire, et pas de partager, j&#39;ai deux canaux : &#xA;&#xA;Les blogs écrits par des vraies personnes que je lis via un aggrégateur de flux RSS. C&#39;est une application sur mon téléphone (et sur mon ordi) qui fait le tour de tous les blogs que je suis, et qui récupère les nouveaux articles. &#xA;Mastodon, sur lequel je suis quelques hashtags. Ce sont des mots clés que les gens mettent dans leurs messages, et moi, dès qu&#39;il y a ces mots clés, ça apparait dans mon fil. Je trouve des recommandations de lecture sur #VendrediLecture, #JardinierDuDimanche pour des infos jardinage, #LesEcologistes et #Féminisme, pour des infos politiques, #vegan pour des nouvelles recettes, et #Bordeaux pour des infos locales. &#xA;&#xA;5. S’éloigner des réseaux sociaux propriétaires &#xA;Quand on a commencé à dupliquer ses contenus ailleurs, quand on a commencé à goûter l’eau ailleurs, alors on peut commencer à s’éloigner doucement des outils numériques de la big tech. &#xA;Moi, j’y suis allée en plusieurs étapes : &#xA;&#xA;J’ai commencé par mettre un minuteur d’utilisation des applications pour limiter mon temps passé sur ces réseaux. J’ai progressivement baissé le temps que je m’autorisais sur facebook et linkedin pour augmenter celui dévoué à Mastodon. &#xA;Puis j’ai désinstallé Facebook, Instagram et Linkedin de mon téléphone et je n’y accède plus que depuis mon ordinateur.&#xA;J’ai coupé toutes les notifications de ces plateformes sur mon téléphone, et la plupart des notifications par mail (Je n’ai gardé que celles pour les messages privés)&#xA;J’ai créé un compte Mastodon que j’ai utilisé pendant 2 ans sans retourner sur Twitter sauf pour récupérer des liens ou des photos que j’avais partagées. Puis j’ai téléchargé mes données, et j’ai fermé mon compte. Mais c’était 2 ans plus tard… &#xA;&#xA;Et aujourd’hui je suis prête à fermer mes comptes Facebook et Instagram 🎉 !&#xA;&#xA;Mais il n&#39;y a pas que Facebook et instagram... Il y a aussi Whatsapp, Telegram, Messenger, Linkedin… Bref, affaire à suivre. &#xA;&#xA;#QuitMeta #Quotidien #Numerique #Societe]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Num%C3%A9rique" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Numérique</span></a>
<em>Quitter Facebook et Instagram, c&#39;est un peu comme prendre moins sa voiture. Beaucoup aimeraient le faire, mais beaucoup culpabilisent de ne pas y arriver.</em>

La France compte environ 42 millions adultes de plus de 20 ans, 66 millions d&#39;humains en tout, dont <strong>30 millions sont sur Facebook</strong>. Près de la moitié des êtres humains vivant en France sont sur Facebook.</p>
<ul><li><a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/1906664?sommaire=1906743" rel="nofollow"> Lien vers le site insee avec la population française </a></li>
<li><a href="https://fr.statista.com/statistiques/491498/nombre-utilisateurs-facebook-france/" rel="nofollow">Nombre d&#39;utilisateurs de Facebook en France</a></li></ul>

<h2 id="qu-est-ce-qui-nous-attire-dans-facebook-et-instagram" id="qu-est-ce-qui-nous-attire-dans-facebook-et-instagram">Qu&#39;est-ce qui nous attire dans Facebook et Instagram ?</h2>

<p>C’est compliqué de se passer de voiture dans un monde qui est pensé pour la voiture. Et de la même manière, c&#39;est compliqué de se passer de ces réseaux pour trois raisons principales :</p>

<h3 id="1-tout-le-monde-est-sur-facebook-ou-presque" id="1-tout-le-monde-est-sur-facebook-ou-presque">1. Tout le monde est sur Facebook, ou presque</h3>

<p>Ma mère n&#39;est pas geek du tout, mais elle a un compte Facebook et un compte WhatsApp. Mon frère est un geek snob ; il a un compte Facebook qu&#39;il utilise peu, mais il en a un. J&#39;ai résisté jusqu&#39;en 2016, mais quand j&#39;ai créé l&#39;association Sciences Équines, j&#39;ai créé un compte Facebook pour notre com&#39;.</p>

<p>Tout le monde est sur Facebook, et parfois, Facebook (ou Instagram) nous apparaissent comme notre seul moyen de rester en contact avec certaines personnes, notre famille, proche ou éloignée, nos client·e ou nos électeurices, etc.</p>

<h3 id="2-il-y-a-des-infos-que-je-ne-trouve-que-sur-facebook" id="2-il-y-a-des-infos-que-je-ne-trouve-que-sur-facebook">2. Il y a des infos que je ne trouve que sur Facebook</h3>

<p>Ma mairie ne communique quasiment que par Facebook. L&#39;éducatrice canine qui nous accompagne met régulièrement des infos uniquement sur Facebook. Le groupe féministe en libournais que je veux suivre ne communique que sur Instagram.
Il y a des infos que l&#39;on trouve difficilement hors de Facebook.</p>

<h3 id="3-c-est-addictif-et-ça-bouche-les-trous" id="3-c-est-addictif-et-ça-bouche-les-trous">3. C&#39;est addictif, et ça bouche les trous</h3>

<p>Sur Facebook et Instagram, je scrolle sans fin. La majorité des contenus ne m&#39;intéressent pas beaucoup, mais des fois il y a une pépite. Alors je continue de scroller 10 minutes de plus. J&#39;avoue que ça me donne l&#39;impression de me reposer et de décompresser un peu. Et puis ça occupe mes minutes d&#39;attente chez le médecin ou à la gare.
Facebook et Instagram nous servent à boucher les petits trous de notre emploi du temps. Ou à se distraire d&#39;une tâche difficile.</p>

<h2 id="toujours-plus-de-raisons-de-quitter-facebook" id="toujours-plus-de-raisons-de-quitter-facebook">Toujours plus de raisons de quitter Facebook</h2>

<p>Ces temps-ci, je n&#39;ai plus trop de discussions sur pourquoi quitter Facebook et Instagram. Tout le monde a au moins une bonne raison.</p>

<h3 id="1-ne-pas-soutenir-trump-et-ses-petits-copains" id="1-ne-pas-soutenir-trump-et-ses-petits-copains">1. Ne pas soutenir Trump et ses petits copains</h3>

<p>C&#39;est LA raison récente de quitter ces réseaux. Ça fait quand même un peu plus mal chaque jour de se dire qu&#39;on soutient des entreprises qui enrichissent des fascistes qui menacent notre pays.</p>

<p>Mais évidemment, ça n&#39;est pas la seule raison !</p>

<h3 id="2-perdre-moins-de-temps" id="2-perdre-moins-de-temps">2. Perdre moins de temps</h3>

<p>Ces réseaux sociaux ont développé des stratégies sophistiquées pour qu&#39;on y passe plusieurs heures par jour. C&#39;est intéressant de regarder sur son téléphone combien de fois on a ouvert ces applis chaque jour, et combien de temps on y a passé. Moi ça m&#39;a fait un peu peur et ça m&#39;a motivé à commencer par mettre un minuteur pour ne pas y passer plus d&#39;une demi heure par jour. Une demi heure sur Facebook, une demi heure sur Insta : ça va vite  !</p>

<h3 id="3-voir-moins-de-merdes" id="3-voir-moins-de-merdes">3. Voir moins de <em>merdes</em></h3>

<p>Ces réseaux sont en fait de géantes <strong>régies publicitaires</strong>. Le service est gratuit parce qu&#39;avec toutes les données qu&#39;on y laisse, Meta peut vendre des publicités ultra ciblées. Et avec les années, le fil d&#39;actualités est devenu un fil publicitaire (de posts sponsorisés contre lesquels les bloqueurs de pubs ne peuvent rien) avec quelques posts d&#39;humains au milieu.</p>

<p>Mais en plus de la pub, les algorithmes de ces réseaux favorisent le clash et les idées d&#39;extrême-droite. C&#39;est vraiment pas facile d&#39;avoir un fil d&#39;actualités qui soient reposant et bienveillant. L&#39;information intéressante, celle pour laquelle on ouvre encore ces réseaux, est noyée dans un flot de <em>merde</em>. J&#39;ai une copines qui m&#39;a dit qu&#39;elle a réussi à dresser l&#39;algorithme, elles est trop forte !</p>

<h3 id="4-nous-protéger" id="4-nous-protéger">4. Nous protéger</h3>

<p>Ces réseaux stockent énormément de nos données, ils savent tout ou presque de nous. J&#39;ai écouté récemment un podcast qui parlait d&#39;une étude qui avait montré que les traces qu&#39;on laisse sur internet permet d&#39;en savoir plus sur nous que ce que nos proches savent 😱.</p>
<ul><li><a href="https://hiddenbrain.org/podcast/what-your-online-self-reveals-about-you/" rel="nofollow">Lien vers l&#39;épisode « what your online self reveals about you » du génial podcast Hidden Brain </a></li></ul>

<p>Avant on pouvait dire (et ça n&#39;était pas très malin) : « <em>Moi je n&#39;ai rien à cacher, et je suis contente d&#39;avoir des pubs ciblées</em> ». Mais aujourd&#39;hui ça n&#39;est plus possible. Des données qui pouvaient sembler aussi anodines que la date où j&#39;ai mes règles peuvent devenir des données sensibles. Des femmes aux États-Unis sont aujourd&#39;hui menacées car ces données peuvent laisser penser qu&#39;elles ont avorté. Et qui sait de quoi l&#39;avenir est fait chez nous ? C&#39;est dur d&#39;être optimiste.</p>

<h2 id="est-ce-que-c-est-possible-de-quitter-facebook-et-instagram" id="est-ce-que-c-est-possible-de-quitter-facebook-et-instagram">Est-ce que c&#39;est possible de quitter Facebook et Instagram ?</h2>

<p>Aujourd&#39;hui, c&#39;est difficile. Mais une fois qu&#39;on a fait la liste de ce qui nous rend dépendant·e à ces réseaux, on peut commencer à agir, un pas après l&#39;autre.</p>

<h2 id="alors-on-fait-comment" id="alors-on-fait-comment">Alors on fait comment ?</h2>

<p>Voici quelques pistes pour diminuer progressivement notre dépendance à ces réseaux et pouvoir, un jour peut-être, s&#39;en passer.</p>

<h3 id="dupliquer-l-information" id="dupliquer-l-information">Dupliquer l’information</h3>

<p>C’est super dur de mettre un pied hors de ces réseaux parce que tout se passe sur ces réseaux. La première action à mettre en place, c’est de <strong>rendre disponible ce que vous partagez sur ces réseaux hors de ces réseaux</strong>. De dupliquer l’information pour qu’elle soit accessible aux personnes qui ont fait le pas, ou qui essaient de quitter ces réseaux. Et on fait ça comment ?</p>

<h4 id="1-si-vous-publiez-régulièrement-ouvrez-un-blog" id="1-si-vous-publiez-régulièrement-ouvrez-un-blog">1. Si vous publiez régulièrement : ouvrez un blog !</h4>

<p>On peut avoir un blog, on peut avoir plusieurs blogs, comme dans les années 2010 ! Pour moi, la difficulté a été (est toujours) de m&#39;autoriser à y <strong>poster des articles courts et un peu moins fouillés que ce dont j&#39;avais l&#39;habitude</strong>. J&#39;ai appris les règles pour qu&#39;un post soit bien référencé sur Google, mais en fait, là ce n&#39;est pas (plus) l&#39;objectif. Par exemple, je ne me force plus à trouver des images d&#39;illustration.</p>

<p><em>En pratique, je continue à publier sur les réseaux sociaux (Mastodon et Linkedin). Et quand je trouve que c&#39;est un contenu un poil intéressant, j&#39;essaie d&#39;en faire rapidement un petit post de blog</em>.</p>
<ul><li><a href="https://aude-caussarieu.com/formations-avec-aude-caussarieu/" rel="nofollow"> Exemple de billet de mon blog pro écrit un peu rapidement pour communiquer sur mes actus en dehors de Linkedin </a></li>
<li><a href="https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/bye-bye-facebook" rel="nofollow"> Exemple d&#39;un billet écrit en quasi copier-coller d&#39;un post que j&#39;avais fait sur Facebook </a></li></ul>

<h4 id="2-pour-les-contacts-changer-de-messagerie" id="2-pour-les-contacts-changer-de-messagerie">2. Pour les contacts, changer de messagerie</h4>

<p>J&#39;avais quelques contacts avec qui je n&#39;échangeais que par Facebook et Messenger. Je leur ai demandé une par une par <strong>quel autre canal on pouvait communiquer</strong> et maintenant, je n&#39;ai plus personne qui me contacte par ce biais 💪. On est passées par le mail, les SMS ou WhatsApp.</p>

<p>Peut-être que certaines personnes vous répondront que c&#39;est le seul endroit où elles veulent être. C&#39;est OK. Cela n&#39;empêche pas que chaque conversation que vous déplacez hors de Facebook diminue votre dépendance à ce réseau.  Par exemple, j’ai installé Signal, mais je n’ai pas encore désinstallé les autres messageries.</p>

<h4 id="3-retrouver-une-communauté-sur-un-forum-ou-sur-mastodon-ou-même-sur-bluesky" id="3-retrouver-une-communauté-sur-un-forum-ou-sur-mastodon-ou-même-sur-bluesky">3.  Retrouver une communauté sur un forum, ou sur mastodon, ou même sur BlueSky</h4>

<p>Une partie du plaisir de ces réseaux sociaux est / était <strong>l&#39;échange avec des gens qui s&#39;intéressent aux mêmes choses que nous</strong>. Mon conseil serait de goûter l&#39;eau en dehors de Facebook. Essayer d&#39;autres endroits. Ça prend du temps de s&#39;intégrer dans une nouvelle communauté, donc il faut commencer bien avant de devoir (ou de décider) de fermer son compte sur Facebook et Instagram.</p>
<ul><li><strong>Forum</strong> : Pour les copines cheval, je suis retournée sur <a href="https://aude-et-etoile.forumactif.com" rel="nofollow">notre bon vieux forum</a>. Mais ça n&#39;est pas le plus actif et le plus dynamique pour quelqu&#39;un qui n&#39;y aurait pas déjà passé du temps à son âge d&#39;or il y a 5 ou 10 ans. Je crois que le forum jaune, <a href="https://equinethique.forumperso.com/" rel="nofollow">equinéthique</a>, est encore bien actif pour la communauté qui s&#39;intéresse à l&#39;équitation dite éthologique.</li>

<li><p><strong>Mastodon</strong> : Pour les discussions sur tous les autres sujets, je n&#39;avais jamais vraiment développé de relations sur Facebook. Pour moi tout se passait sur Twitter. J&#39;ai quitté Twitter, et j&#39;ai tout reconstruit sur Mastodon lors de la migration de 2022. Aujourd&#39;hui j&#39;y ai une vie sociale que je trouve très chouette !</p>
<ul><li><a href="https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/ma-petite-vie-sur-mastodon" rel="nofollow"> Lien vers l&#39;article de blog « Ma petite vie sur Mastodon » </a></li></ul></li>

<li><p><strong>Signal</strong> : Et les bavardages avec les copines et les militant·es se passent sur WhatsApp ou Signal.</p></li>

<li><p><a href="https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu" rel="nofollow">Lien vers mon compte Mastodon </a></p></li></ul>

<h4 id="4-s-informer-ailleurs" id="4-s-informer-ailleurs">4. S&#39;informer ailleurs</h4>

<p>Avec Facebook, j&#39;ai surtout perdu les <strong>infos locales</strong>. J&#39;ai donc décidé d&#39;acheter le Haute-Gironde une fois par mois. J’ai encore du mal à me motiver à le lire (je n’ai pas le réflexe de l’ouvrir, c’est encombrant par rapport à un téléphone), mais c’est là que j’ai découvert une conférence intéressante dans le village d’à côté.</p>

<p>Pour l&#39;<strong>info non locale</strong>, ça fait plusieurs années que je suis abonnée à un média indépendant. Je tourne d&#39;une année sur l&#39;autre. J&#39;ai commencé avec Arrêt sur images pendant plusieurs années, ensuite Le Monde, et en ce moment on est abonnés à Médiapart. J’ai aussi envie de soutenir Reporterre.</p>

<p>Pour les infos sur mes centres d&#39;intérêt sur lesquels j&#39;ai juste envie de lire, et pas de partager, j&#39;ai deux canaux :</p>
<ul><li>Les <strong>blogs</strong> écrits par des vraies personnes que je lis via un aggrégateur de flux RSS. C&#39;est une application sur mon téléphone (et sur mon ordi) qui fait le tour de tous les blogs que je suis, et qui récupère les nouveaux articles.</li>
<li><strong>Mastodon</strong>, sur lequel je suis quelques hashtags. Ce sont des mots clés que les gens mettent dans leurs messages, et moi, dès qu&#39;il y a ces mots clés, ça apparait dans mon fil. Je trouve des recommandations de lecture sur <a href="/depuis-les-gorces/tag:VendrediLecture" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">VendrediLecture</span></a>, <a href="/depuis-les-gorces/tag:JardinierDuDimanche" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">JardinierDuDimanche</span></a> pour des infos jardinage, <a href="/depuis-les-gorces/tag:LesEcologistes" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">LesEcologistes</span></a> et <a href="/depuis-les-gorces/tag:F%C3%A9minisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Féminisme</span></a>, pour des infos politiques, <a href="/depuis-les-gorces/tag:vegan" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">vegan</span></a> pour des nouvelles recettes, et <a href="/depuis-les-gorces/tag:Bordeaux" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Bordeaux</span></a> pour des infos locales.</li></ul>

<h4 id="5-s-éloigner-des-réseaux-sociaux-propriétaires" id="5-s-éloigner-des-réseaux-sociaux-propriétaires">5. S’éloigner des réseaux sociaux propriétaires</h4>

<p>Quand on a commencé à dupliquer ses contenus ailleurs, quand on a commencé à goûter l’eau ailleurs, alors on peut commencer à s’éloigner doucement des outils numériques de la big tech.
Moi, j’y suis allée en plusieurs étapes :</p>
<ul><li>J’ai commencé par mettre <strong>un minuteur d’utilisation</strong> des applications pour limiter mon temps passé sur ces réseaux. J’ai progressivement baissé le temps que je m’autorisais sur facebook et linkedin pour augmenter celui dévoué à Mastodon.</li>
<li>Puis j’ai <strong>désinstallé Facebook, Instagram et Linkedin de mon téléphone</strong> et je n’y accède plus que depuis mon ordinateur.</li>
<li>J’ai <strong>coupé toutes les notifications</strong> de ces plateformes sur mon téléphone, et la plupart des notifications par mail (Je n’ai gardé que celles pour les messages privés)</li>
<li>J’ai <strong>créé un compte Mastodon</strong> que j’ai utilisé pendant 2 ans sans retourner sur Twitter sauf pour récupérer des liens ou des photos que j’avais partagées. Puis j’ai téléchargé mes données, et j’ai fermé mon compte. Mais c’était 2 ans plus tard…</li></ul>

<p>Et <strong>aujourd’hui je suis prête à fermer mes comptes Facebook et Instagram 🎉 !</strong></p>

<p>Mais il n&#39;y a pas que Facebook et instagram... Il y a aussi <strong>Whatsapp, Telegram, Messenger, Linkedin</strong>… Bref, affaire à suivre.</p>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:QuitMeta" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">QuitMeta</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Quotidien" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Quotidien</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Numerique" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Numerique</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a></p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/pourquoi-cest-si-dur-de-quitter-facebook-et-instagram</guid>
      <pubDate>Sun, 06 Apr 2025 11:20:06 +0200</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Vous ferez attention à l&#39;heure hein ↑ - Paternalisme ordinaire</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/vous-ferez-attention-a-lheure-hein-chroniques-du-paternalisme-ordinaire</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Société #Féminisme&#xA;« Vous ferez attention à l&#39;heure hein ↑ il ne faudrait pas qu&#39;elle loupe son train». &#xA;&#xA;!--more--&#xA;&#xA;La scène &#xA;Un groupe d&#39;adultes est au bar avec une invitée. L&#39;invitée est invitée par Mariesup1/sup, une femme majeure et vaccinée. L&#39;invitée à un train à prendre, et Marie est chargée de ramener l&#39;invitée au train. Jean-Michel Bsup1/sup. doit quitter le groupe un peu avant Marie et son invitée. &#xA;&#xA;Jean-Michel B est le plus vieux du groupe, l&#39;un des seuls hommes, et il a un rôle qui lui donne un peu de pouvoir dans le groupe. Lui, il préfère parler de responsabilités. &#xA;&#xA;Bref, alors qu&#39;on a encore le temps de boire un verre de plus, Jean-Michel B. se lève, met son manteau, remercie l&#39;invitée d&#39;être venue, puis se tourne vers Marie et lui dit : &#xA;&#xA;  « Vous ferez attention à l&#39;heure hein ↑ il ne faudrait pas qu&#39;elle loupe son train». &#xA;&#xA;Marie répond : &#xA;«Merci beaucoup Jean-Michel, vraiment merci» sur un ton dont l&#39;ironie est compris de toutes, mais pas de Jean-Michel B. &#xA;&#xA;Plus tard Marie dira : « Il m&#39;a vraiment parlé comme à une petite fille. » Et elle a raison. &#xA;&#xA;Analyse&#xA;JMB était très probablement inquiet que notre invitée loupe son train. Il n&#39;a pas voulu intentionnellement mal faire. &#xA;&#xA;Mais il y a un outil qu&#39;onsup2/sup (?) m&#39;a apporté pour décrypter ce genre de situations irritantes. Il s&#39;agit de se demander  : &#xA;&#xA;  Qu&#39;est-ce qu&#39;il se passerait dans la même situation si on changeait certaines des caractéristiques des sujets ?&#xA;&#xA;Prenons deux cas extrêmes : &#xA;&#xA;Si Marie avait 14 ans et que Jean-Michel B était son grand-père : alors la scène aurait paru tout à fait normale. Marie aurait peut-être été quand même agacée, mais leur familiarité, et probablement leur complicité lui aurait permis de répondre : « ça va papy, je sais j&#39;ai une montre hein. »&#xA;Si Marie s&#39;appelait en fait Bernard, avait 55 ans, et était le chef de Jean-Michel : alors cette scène n&#39;aurait pas eu lieu. Il est très peu probable, en dehors d&#39;une histoire particulière avec peut être de nombreux retards du chef et d&#39;une complicité forte, que Jean-Michel se serait permis de faire cette réflexion à son chef Bernard. &#xA;&#xA;Variations autour des rapports de pouvoir&#xA;&#xA;Dans le premier exemple, j&#39;ai accentué le rapport de pouvoir en rajeunissant encore Marie, et en mettant un lien explicite de rapport de pouvoir dans la famille. &#xA;Dans le second exemple, j&#39;ai inversé le rapport de pouvoir en faisant de Marie un homme blanc plus haut placé hiérarchiquement que Jean-Michel. &#xA;&#xA;Je trouve que ces variantes permettent de réaliser que cette phrase «vous ferez attention à l&#39;heure hein ↑ il ne faudrait pas qu&#39;elle loupe son train» n&#39;est pas du tout anodine. &#xA;&#xA;Cette phrase est possible et acceptable car on est dans un système où les vieux hommes sont en position de pouvoir par rapport aux jeunes femmes. &#xA;Cette petite phrase dit au monde que Jean-Michel B est au dessus de Marie dans la hiérarchie, surtout si rien ne vient le contredire. &#xA;Cette petite phrase renforce le système en indiquant aux femmes que Jean-Michel B, et les hommes en général, se considèrent suffisamment en position de pouvoir pour leur parler comme à des petites filles.  &#xA;Cette petite phrase pourrait être la goutte d&#39;eau qui fait déborder le vase un jour, et Jean-Michel B dira : mais je voulais juste que l&#39;invitée ne loupe pas son train. Je pensais bien faire, on ne peut plus rien dire. &#xA;&#xA;L&#39;enfer est pavé de bonnes intentions, et ces petites phrases sont des micro-agressions qui nous pourrissent la vie. &#xA;&#xA;Conclusions&#xA;Je trouve que cet &#34;outil&#34; qui consiste à inverser ou changer les rapports de pouvoir est super pédagogique pour aider des personnes qui ne voient pas le problème à en prendre conscience. Mais je ne l&#39;ai pas encore essayé avec des personnes pas du tout sensibilisées à la cause... &#xA;&#xA;Notes de bas de page &#xA;&#xA; sup1/sup Évidemment, les noms des protagonistes sont changés !&#xA;sup2/sup Je suis à la recherche de qui a théorisé cet outil, et de comment ça s&#39;appelle. Avec les copaines, le mieux qu&#39;on a trouvé c&#39;est la notion d&#39;inversion des rapports de pouvoir ou de domination qui constitue la trame de nombre d’œuvres de fiction. &#xA;&#xA;Et quelques liens pour aller plus loin... &#xA;&#xA;a href=&#34;https://philosophie.univ-paris8.fr/grange-ninon-maitres-et-serviteurs-l-inversion-du-rapport-de-domination&#34;Le lien vers la description du cours de Ninon Grangé. Maîtres et serviteurs : l’inversion du rapport de domination/a&#xA;a href=&#34;https://www.lecinemaestpolitique.fr/forums/topic/linversion-de-roles-est-elle-pertinantes/&#34; Une discussion en ligne pour savoir si ce type de récits fonctionne (avec des trolls masculinistes et racistes à la fin 🙄)/a&#xA;a href=&#34;https://www.huffpost.com/entry/this-is-what-work-would-be-like-if-gender-roles-were-swappedn56eb05bde4b03a640a69ef45?ncid=edlinkushpmg00000030&#34;Le lien vers un post du Huffington post et une vidéo qui montre les rapports de domination genrés au travail d&#39;une manière assez fine /a&#xA;a href=&#34;https://www.mondefemmes.org/product/pouvoir-sexisme/?attributepatype-dachat=telecharger-gratuitement&#34;Un outil d&#39;animation du monde selon les femmes sur le sexisme et le pouvoir/a&#xA;&#xA;#Féminisme #Patriarcat #Societe&#xA;&#xA;]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:F%C3%A9minisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Féminisme</span></a>
« <em>Vous ferez attention à l&#39;heure hein ↑ il ne faudrait pas qu&#39;elle loupe son train</em>».</p>



<h2 id="la-scène" id="la-scène">La scène</h2>

<p>Un groupe d&#39;adultes est au bar avec une invitée. L&#39;invitée est invitée par Marie<sup>1</sup>, une femme majeure et vaccinée. L&#39;invitée à un train à prendre, et Marie est chargée de ramener l&#39;invitée au train. Jean-Michel B<sup>1</sup>. doit quitter le groupe un peu avant Marie et son invitée.</p>

<p>Jean-Michel B est le plus vieux du groupe, l&#39;un des seuls hommes, et il a un rôle qui lui donne un peu de <em>pouvoir</em> dans le groupe. Lui, il préfère parler de <em>responsabilités</em>.</p>

<p>Bref, alors qu&#39;on a encore le temps de boire un verre de plus, Jean-Michel B. se lève, met son manteau, remercie l&#39;invitée d&#39;être venue, puis se tourne vers Marie et lui dit :</p>

<blockquote><p>« <em>Vous ferez attention à l&#39;heure hein ↑ il ne faudrait pas qu&#39;elle loupe son train</em>».</p></blockquote>

<p>Marie répond :
«<em>Merci beaucoup Jean-Michel, vraiment merci</em>» sur un ton dont l&#39;ironie est compris de toutes, mais pas de Jean-Michel B.</p>

<p>Plus tard Marie dira : « Il m&#39;a vraiment parlé comme à une petite fille. » Et elle a raison.</p>

<h2 id="analyse" id="analyse">Analyse</h2>

<p>JMB était très probablement inquiet que notre invitée loupe son train. Il n&#39;a pas voulu intentionnellement mal faire.</p>

<p>Mais il y a un outil qu&#39;on<sup>2</sup> (?) m&#39;a apporté pour décrypter ce genre de situations irritantes. Il s&#39;agit de se demander  :</p>

<blockquote><p>Qu&#39;est-ce qu&#39;il se passerait dans la même situation si on changeait certaines des caractéristiques des sujets ?</p></blockquote>

<p>Prenons deux cas extrêmes :</p>
<ol><li><strong>Si Marie avait 14 ans et que Jean-Michel B était son grand-père</strong> : alors la scène aurait paru tout à fait normale. Marie aurait peut-être été quand même agacée, mais leur familiarité, et probablement leur complicité lui aurait permis de répondre : « <em>ça va papy, je sais j&#39;ai une montre hein</em>. »</li>
<li><strong>Si Marie s&#39;appelait en fait Bernard, avait 55 ans, et était le chef de Jean-Michel</strong> : alors cette scène n&#39;aurait pas eu lieu. Il est très peu probable, en dehors d&#39;une histoire particulière avec peut être de nombreux retards du chef et d&#39;une complicité forte, que Jean-Michel se serait permis de faire cette réflexion à son chef Bernard.</li></ol>

<h3 id="variations-autour-des-rapports-de-pouvoir" id="variations-autour-des-rapports-de-pouvoir">Variations autour des rapports de pouvoir</h3>
<ul><li>Dans le premier exemple, j&#39;ai accentué le rapport de pouvoir en rajeunissant encore Marie, et en mettant un lien explicite de rapport de pouvoir dans la famille.</li>
<li>Dans le second exemple, j&#39;ai inversé le rapport de pouvoir en faisant de Marie un homme blanc plus haut placé hiérarchiquement que Jean-Michel.</li></ul>

<p>Je trouve que ces variantes permettent de réaliser que cette phrase «<em>vous ferez attention à l&#39;heure hein ↑ il ne faudrait pas qu&#39;elle loupe son train</em>» n&#39;est pas du tout anodine.</p>
<ul><li>Cette phrase est possible et acceptable car on est dans un système où les vieux hommes sont en position de pouvoir par rapport aux jeunes femmes.</li>
<li>Cette petite phrase dit au monde que Jean-Michel B est au dessus de Marie dans la hiérarchie, surtout si rien ne vient le contredire.</li>
<li>Cette petite phrase renforce le système en indiquant aux femmes que Jean-Michel B, et les hommes en général, se considèrent suffisamment en position de pouvoir pour leur parler comme à des petites filles.<br></li>
<li>Cette petite phrase pourrait être la goutte d&#39;eau qui fait déborder le vase un jour, et Jean-Michel B dira : mais je voulais juste que l&#39;invitée ne loupe pas son train. Je pensais bien faire, on ne peut plus rien dire.</li></ul>

<p><strong>L&#39;enfer est pavé de bonnes intentions</strong>, et ces petites phrases sont des micro-agressions qui nous pourrissent la vie.</p>

<h2 id="conclusions" id="conclusions">Conclusions</h2>

<p>Je trouve que cet “outil” qui consiste à inverser ou changer les rapports de pouvoir est super pédagogique pour aider des personnes qui ne <em>voient pas le problème</em> à en prendre conscience. Mais je ne l&#39;ai pas encore essayé avec des personnes pas du tout sensibilisées à la cause...</p>

<h3 id="notes-de-bas-de-page" id="notes-de-bas-de-page">Notes de bas de page</h3>

<p> <sup>1</sup> Évidemment, les noms des protagonistes sont changés !
<sup>2</sup> Je suis à la recherche de qui a théorisé cet outil, et de comment ça s&#39;appelle. Avec les copaines, le mieux qu&#39;on a trouvé c&#39;est la notion d&#39;<em>inversion des rapports de pouvoir ou de domination</em> qui constitue la trame de nombre d’œuvres de fiction.</p>

<p>Et quelques liens pour aller plus loin...</p>
<ul><li><a href="https://philosophie.univ-paris8.fr/grange-ninon-maitres-et-serviteurs-l-inversion-du-rapport-de-domination" rel="nofollow">Le lien vers la description du cours de Ninon Grangé. Maîtres et serviteurs : l’inversion du rapport de domination</a></li>
<li><a href="https://www.lecinemaestpolitique.fr/forums/topic/linversion-de-roles-est-elle-pertinantes/" rel="nofollow"> Une discussion en ligne pour savoir si ce type de récits fonctionne (avec des trolls masculinistes et racistes à la fin 🙄)</a></li>
<li><a href="https://www.huffpost.com/entry/this-is-what-work-would-be-like-if-gender-roles-were-swapped_n_56eb05bde4b03a640a69ef45?ncid=edlinkushpmg00000030" rel="nofollow">Le lien vers un post du Huffington post et une vidéo qui montre les rapports de domination genrés au travail d&#39;une manière assez fine </a></li>
<li><a href="https://www.mondefemmes.org/product/pouvoir-sexisme/?attribute_pa_type-dachat=telecharger-gratuitement" rel="nofollow">Un outil d&#39;animation du monde selon les femmes sur le sexisme et le pouvoir</a></li></ul>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:F%C3%A9minisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Féminisme</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Patriarcat" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Patriarcat</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a></p>
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      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/vous-ferez-attention-a-lheure-hein-chroniques-du-paternalisme-ordinaire</guid>
      <pubDate>Sat, 22 Mar 2025 10:24:26 +0100</pubDate>
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