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    <title>societe &amp;mdash; Depuis les Gorces</title>
    <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/tag:societe</link>
    <description>Depuis les Gorces</description>
    <pubDate>Thu, 16 Apr 2026 13:01:30 +0200</pubDate>
    <item>
      <title>Aller mieux ou être mieux ?</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/aller-mieux-ou-etre-mieux</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Feminisme #Societe&#xA;&#xA;Pourquoi va-t-on chez lae psy ? Pour aller mieux, ou pour être une meilleure version de nous même ?&#xA;!--more--&#xA;&#xA;Devenir une meilleure personne&#xA;J&#39;ai lu le témoignage d&#39;une femme dont l’amoureux lui demande de changer pour qu&#39;ils restent ensemble. Elle trouve que c’est bien car ça l’aide à devenir une meilleure personne. Elle va même voir un psy pour qu’il l’aide à s’améliorer. &#xA;&#xA;Devenir une meilleure version de soi-même&#xA;&#xA;J&#39;étais mal à l’aise en lisant ce témoignage. J&#39;avais l&#39;impression que son compagnon était un manipulateur et qu&#39;il la fait se sentir nulle. &#xA;&#xA;Et en même temps, qu’est-ce que je peux dire moi qui ai lu des tas de livres de développement personnel dans la bibliothèque de mon père, puis dans ma kobo pour comprendre comment devenir meilleure, savoir mieux y faire avec les humains, pour apprendre, et dans la vie ? Mais j&#39;ai l&#39;impression qu&#39;il y a une différence entre vouloir changer, et que quelqu&#39;un veuille qu&#39;on change. &#xA;&#xA;Être mieux, pas aller mieux&#xA;&#xA;Récemment, j’ai mangé avec une mastopote qui m’a dit : &#xA;&#xA;  « le psy c’est pour aller mieux pas pour être mieux »&#xA;&#xA;Et là j’ai réalisé. C’était tellement bien dit. C’était tellement ça. &#xA;&#xA;D&#39;ailleurs, j&#39;ai commencé à aller voir une psy il y a un an. Ma demande était de reprendre du contrôle sur ma vie pro, et donc de changer, j&#39;avais besoin d&#39;aller mieux (et de dormir mieux), mais pas d&#39;être meilleure...  &#xA;&#xA;Doit-on changer pour celleux qu’on aime ?  &#xA;&#xA;Ma mère m’a toujours dit qu’aimer une personne en espérant qu’elle change, c’est peine perdue. &#xA;&#xA;Et effectivement, je crois qu’aimer une personne ce n’est pas lui trouver aucun défaut. C’est de connaître ses défauts et se dire que c’est OK, ça fait partie du lot, et ça nous va. &#xA;&#xA;J’ai par exemple une de mes meilleures amies qui n’est pas fiable (un truc que je déteste à un point très très élevé), une autre qui a glissé à droite, une qui est très chouchounette et parfois un peu pénible, une qui fait souvent des longs monologues grognon, une toujours en retard, …  tout ça j’aime pas, mais chez mes amies, c’est OK. Je prends le package, je les aime avec leurs défauts, et je n’attends pas qu’elles changent. &#xA;&#xA;Mon compagnon c’est pareil. Un jour peut être je ne supporterai plus ses défauts. Mais so far so good 💙. &#xA;&#xA;Et à l’inverse, je pense aux compagnons toxiques de certaines de mes amies. Ces hommes les maltraitent : blagues dénigrantes devant les copaines et leurs enfants, reproches constants, colères et chantage affectif. J’aimerais qu’eux changent, ou que mes copines les quittent. Mais en écrivant ces lignes je me dis que ces hommes sont maltraitants car ils vont mal et ne se soignent pas. En fait, je rêverais qu’ils aillent mieux, qu’ils se soignent, et qu’ils deviennent les conjoints normaux dont mes copines sont tombé amoureuses. &#xA;&#xA;Développement personnel, coaching, ou psychothérapie ? &#xA;&#xA;Du coup je crois que je vois mieux la différence entre coaching et psychothérapie. &#xA;&#xA;👉 En tant que pédagogue ou sportive, lea coach c’est la personne qui te permet d’être performant·e et d’atteindre tes objectifs. Tu apprends des techniques, et iel t’aide à les mettre en œuvre. Parfois cela demande de réfléchir à comment tu fonctionnes, mais ça n’est pas l’objectif. La finalité est la performance. &#xA;&#xA;👉 À l’inverse, lea psychologue, c’est la personne qui t’aide à aller mieux. Parfois ça veut dire apprendre des techniques, parfois ça veut dire réfléchir à comment tu fonctionnes. La finalité c’est le mieux-être. &#xA;&#xA;Je crois que cette distinction ne m’était pas aussi claire. Peut être que vous n’avez pas exactement la même, peut être que ça n’est pas la distinction officielle, je ne suis pas allée googler vu que j’écris ce billet dans un train avec très peu de wifi. ]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Feminisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Feminisme</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a></p>

<p><em>Pourquoi va-t-on chez lae psy ? Pour aller mieux, ou pour être une meilleure version de nous même ?</em>
</p>

<h2 id="devenir-une-meilleure-personne" id="devenir-une-meilleure-personne">Devenir une meilleure personne</h2>

<p>J&#39;ai lu le témoignage d&#39;une femme dont <strong>l’amoureux lui demande de changer pour qu&#39;ils restent ensemble</strong>. Elle trouve que c’est bien car ça l’aide à <strong>devenir une meilleure personne</strong>. Elle va même voir un psy pour qu’il l’aide à s’améliorer.</p>

<h3 id="devenir-une-meilleure-version-de-soi-même" id="devenir-une-meilleure-version-de-soi-même">Devenir une meilleure version de soi-même</h3>

<p>J&#39;étais mal à l’aise en lisant ce témoignage. J&#39;avais l&#39;impression que son compagnon était un manipulateur et qu&#39;il la fait se sentir nulle.</p>

<p>Et en même temps, qu’est-ce que je peux dire moi qui ai lu des tas de livres de <strong>développement personnel</strong> dans la bibliothèque de mon père, puis dans ma kobo pour comprendre <strong>comment devenir meilleure</strong>, savoir mieux y faire avec les humains, pour apprendre, et dans la vie ? Mais j&#39;ai l&#39;impression qu&#39;il y a une différence entre vouloir changer, et que quelqu&#39;un veuille qu&#39;on change.</p>

<h3 id="être-mieux-pas-aller-mieux" id="être-mieux-pas-aller-mieux">Être mieux, pas aller mieux</h3>

<p>Récemment, j’ai mangé avec une mastopote qui m’a dit :</p>

<blockquote><p>« le psy c’est pour aller mieux pas pour être mieux »</p></blockquote>

<p>Et là j’ai réalisé. C’était tellement bien dit. C’était tellement ça.</p>

<p>D&#39;ailleurs, j&#39;ai commencé à aller voir une psy il y a un an. Ma demande était de reprendre du contrôle sur ma vie pro, et donc de changer, j&#39;avais besoin d&#39;aller mieux (et de dormir mieux), mais pas d&#39;être meilleure...</p>

<h3 id="doit-on-changer-pour-celleux-qu-on-aime" id="doit-on-changer-pour-celleux-qu-on-aime">Doit-on changer pour celleux qu’on aime ?</h3>

<p>Ma mère m’a toujours dit qu’<strong>aimer une personne en espérant qu’elle change, c’est peine perdue</strong>.</p>

<p>Et effectivement, je crois qu’aimer une personne ce n’est pas lui trouver aucun défaut. C’est de connaître ses défauts et se dire que c’est OK, ça fait partie du lot, et ça nous va.</p>

<p>J’ai par exemple une de mes meilleures amies qui n’est pas fiable (un truc que je déteste à un point très très élevé), une autre qui a glissé à droite, une qui est très chouchounette et parfois un peu pénible, une qui fait souvent des longs monologues grognon, une toujours en retard, …  tout ça j’aime pas, mais <strong>chez mes amies, c’est OK</strong>. Je prends le package, je les aime avec leurs défauts, et je n’attends pas qu’elles changent.</p>

<p>Mon compagnon c’est pareil. Un jour peut être je ne supporterai plus ses défauts. Mais so far so good 💙.</p>

<p>Et à l’inverse, je pense aux compagnons toxiques de certaines de mes amies. Ces hommes les maltraitent : blagues dénigrantes devant les copaines et leurs enfants, reproches constants, colères et chantage affectif. J’aimerais qu’eux changent, ou que mes copines les quittent. Mais en écrivant ces lignes je me dis que ces hommes sont maltraitants car ils vont mal et ne se soignent pas. En fait, je rêverais qu’ils aillent mieux, qu’ils se soignent, et qu’ils deviennent les conjoints normaux dont mes copines sont tombé amoureuses.</p>

<h3 id="développement-personnel-coaching-ou-psychothérapie" id="développement-personnel-coaching-ou-psychothérapie">Développement personnel, coaching, ou psychothérapie ?</h3>

<p>Du coup je crois que je vois mieux la différence entre coaching et psychothérapie.</p>

<p>👉 En tant que pédagogue ou sportive, lea <strong>coach</strong> c’est la personne qui te permet d’<strong>être performant·e</strong> et d’atteindre tes objectifs. Tu apprends des techniques, et iel t’aide à les mettre en œuvre. Parfois cela demande de réfléchir à comment tu fonctionnes, mais ça n’est pas l’objectif. La finalité est la <strong>performance</strong>.</p>

<p>👉 À l’inverse, lea <strong>psychologue</strong>, c’est la personne qui <strong>t’aide à aller mieux</strong>. Parfois ça veut dire apprendre des techniques, parfois ça veut dire réfléchir à comment tu fonctionnes. La finalité c’est le <strong>mieux-être</strong>.</p>

<p>Je crois que cette distinction ne m’était pas aussi claire. Peut être que vous n’avez pas exactement la même, peut être que ça n’est pas la distinction officielle, je ne suis pas allée googler vu que j’écris ce billet dans un train avec très peu de wifi.</p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/aller-mieux-ou-etre-mieux</guid>
      <pubDate>Tue, 30 Dec 2025 18:30:14 +0100</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Vivant parmi les vivants</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/film-vivant-parmi-les-vivants</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Film #Animaux&#xA;Quelques réflexions suite au visionnage du film naturaliste  « Vivant parmi les vivants » de a href=&#34;https://sylverepetit-photos.com/&#34;Sylvère Petit/a avec comme humain·es connu·es : Vinciane Despret, Hélène Roche et a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/BaptisteMorizot&#34;Baptiste Morizot/a. Ce film montre beaucoup d’animaux (du cheval de Przewalski à la mouche à viande), mais il s’intéresse en fait à tous les êtres sensibles, du peuplier d’Italie à l’humain, en passant par les insectes et les animaux domestiques.&#xA;!--more--&#xA;img src=&#34;https://api-cdn.arte.tv/img/v2/image/iJCHAyCzEsDkZ3JJgbV29W/1920x1080?type=TEXT&amp;watermark=true&#34;, alt=&#34;Affiche du film Vivant parmi les vivants avec deux chevaux de préwalski qui sont cabrés et le logo arte&#34;&#xA;&#xA;a href=&#34;https://www.arte.tv/fr/videos/115029-000-A/vivant-parmi-les-vivants/&#34;Lien pour visionner le film (gratuit pour quelques semaines sur arte)/a&#xA;&#xA;Quel type de film ? &#xA;Ce n&#39;est pas un documentaire animalier &#xA;J&#39;ai entendu (beaucoup) parler de ce film par a href=&#34;https://www.heleneroche.fr/fr/&#34;Hélène Roche/a qui est une très bonne amie. Elle est éthologue, spécialiste du comportement des chevaux de Przewalski. Je savais que beaucoup de scènes avaient été tournées au Villaret (lieu d’hébergement d’un troupeau de chevaux de Przewalski sous la responsabilité de l’association Takh). Du coup je m’attendais à un genre de documentaire animalier. &#xA;&#xA;Le dernier documentaire animalier que j’ai regardé c’était Microcosmos, et autant j’ai un bon souvenir de la bande originale, autant je me suis ennuyée ferme pendant le film. Mes souvenirs plus anciens sont des documentaires vus à la TV chez ma grand-mère avec la magnifique voix off : « et là… la panthère jaillit sur sa proie et ne lui laisse aucune chance »… &#xA;&#xA;J&#39;ai rechigné à regarder le film car je ne suis pas très friande de documentaires animaliers, et la bonne nouvelle, c&#39;est que Vivant parmi les vivants n’est pas un documentaire animalier au sens où je l’entendais, et c’est une très bonne chose.&#xA;&#xA;C&#39;est un documentaire sur le vivant &#xA;C’est un film où on voit des animaux vivre sans voix off qui expliquerait ce qu&#39;ils font. On voit à hauteur d’animaux, et on voit des humains, des animaux morts dans la nature ou sur l’étal d’un boucher, et des végétaux filmés comme les animaux. On voit des vivants. &#xA;&#xA;Mais ce n’est pas un film sans narration à la microcosmos. La bande son parlée est construite avec des lectures des ouvrages de Vinciane Despret et de Baptiste Morizot, des dialogues entre Hélène et Baptiste, et des extraits de conférences données par Baptiste et Vinciane. &#xA;&#xA;Le propos du film n’est pas de nous faire connaître les chevaux de Przewalski ni une autre espèce, mais plutôt de nous faire réfléchir sur la place des êtres sensibles non humains (les vivants) dans le monde des humains. &#xA;&#xA;Un film magnifique &#xA;La première chose qui m’a marquée en voyant ce film, c’est la beauté des images. J’avais souvent envie de faire un arrêt sur image pour imprimer ce que j’avais à l’écran et en faire un poster. Tout est beau, sans donner l’impression d’images Disney ou produites par une IA. Il y a une sensibilité, des jeux de lumière, une attention donnée à ce qu’on ne regarde pas en général quand on vit comme un·e humain·e… &#xA;&#xA;Je n’ai pas du tout une âme contemplative et je m’ennuie très vite (je ne promets pas ne jamais avoir scrollé un peu sur Mastodon pendant le film ). Mais en suivant l’œil du cameraman, il y avait en fait plein de choses à regarder. J’aurais presque aimé qu’on pousse le regard naturaliste en nommant les êtres que l’on voit comme les principages principaux sont nommés. Mais ça aurait été moins beau. &#xA;&#xA;Quels liens entre un être vivant parmi les autres vivants ? &#xA;Ce que montre l’image &#xA;J’ai l’impression d’une description presque géographique des relations entre les différentes espèces présentes. On voit des espèces qui partagent un même lieu sans trop interagir. &#xA;&#xA;Entre membres d&#39;une même espèce : beaucoup d&#39;interactions &#xA;Il y a beaucoup d’interaction intra-espèces : des humains qui parlent, des chevaux qui interagissent (conduite, jeux, grooming, …), des chiens qui « jouent », … On voit un rat, des pigeons, un goeland, des chiens dans un univers d’humains, mais pas d’interactions entre ces espèces. &#xA;&#xA;La mort qui nous relie &#xA;Les interactions inter-espèces sont surtout des scènes où des animaux mangent des animaux morts : des très longues séquences de consommation d’une espèce par une autre : les pies qui mangent le renard mort, puis les vautours, les choucas, les insectes qui mangent le cheval mort, et les humains qui achètent des animaux morts et les mangent lors d’un repas convivial. &#xA;Il y a aussi des interactions entre les animaux et les végétaux qui servent d’habitat, de nourriture ou de grattoir. &#xA;&#xA;Et les deux seules interactions dont je me souviens qui sortent de ce schéma sont le moment où un chouca embête (interprétation d’humaine qui ne connaît pas du tout l’éthologie de ces animaux) et le moment où Vinciane Despret caresse machinalement la tête de sa chienne Alba. &#xA;&#xA;Au final ça me donne une impression que, hormis par la consommation d’animaux morts, les animaux, et nous compris, n’ont pas de lien. Et ça me semble faux et triste. &#xA;&#xA;Ce qui est dit &#xA;Il faudra que je réécoute, ou plutôt que je lise les livres de Baptiste Morizot (j’en ai un en cours de lecture) et de Vinciane Despret (j’ai déjà lu un de ses livres, mais assez ancien). &#xA;&#xA;En vrac… &#xA;La crise de la sensibilité du vivant&#xA;&#xA;L’une des thèses défendues par Baptiste Morizot est que la crise écologique actuelle est une crise de la sensibilité au vivant. Nous ne connaissons plus le vivant, et nous ne voyons pas, nous ne souffrons pas pour ce que nous sommes en train de perdre à grande vitesse. Il faudra que j’aille lire davantage car l’idée me plaît, mais j’en ai vu des mises en œuvre pédagogiques discutables… Mais j&#39;imagine qu&#39;une des idées de Sylvère Petit, le réalisateur, était de faire un très beau film pour nous (re)sensibiliser au vivant. &#xA;&#xA;La place des animaux non humains dans les lieux de vie des humains&#xA;Vinciane Despret aborde l&#39;idée de ne pas isoler l’homme des autres vivants en posant la question de la place des animaux dans notre société. Elle relate l’anecdote d’une exposition au palais Baubourg dans lequel les animaux n’ont pas le droit d’entrer, sauf par effraction. Elle dit que les animaux ont de moins en moins de place parmi les humains, j’ai perçu cette réflexion comme assez géographique, et je me suis posée la question des animaux de compagnie. &#xA;Et moi je me demande : Y-a-t-il vraiment moins d’animaux auprès des humains malgré l’explosion des animaux de compagnie ? &#xA;&#xA;Un regard d&#39;humain sur les animaux&#xA;L’idée de Vinciane Despret selon laquelle on regarde les animaux avec un regard d’humains et qu’on leur pose des questions d’humains est un peu soulevée. &#xA;&#xA;Le philosophe Baptiste critique l’éthologue Hélène Roche qui utilise un vocabulaire scientifique anthropocentré (dominant, leader). &#xA;J’ai trouvé ce passage particulièrement gênant dans sa forme même si je suis d’accord avec le fond. J’ai eu l’impression d’un sorte de piège tendu pour mettre en valeur le philosophe car je sais qu’Hélène Roche connaît et partage ces critiques, mais que quand on lui demande de prendre la casquette d’éthologue, elle joue le jeu et utilise les mots dont les définitions ont été établie. Elle fait partie des observatrices des animaux qui sortent du carcan de l’éthologie moderne et des seules questions de dominance, leadership et capacités cognitives comme elle l’a montré dans son livre : a href=&#34;https://www.heleneroche.fr/fr/produits/livres/les-chevaux-nous-parlent-si-on-les-ecoute.html&#34;Les chevaux nous parlent si on les écoute/a. Baptiste Morizot laisse Hélène Roche raconter une de ses anecdotes mais ça donne l’impression d’être comprimé entre ses réflexions. &#xA;&#xA;Dans cette lignée de ce qu’on veut voir, ou pas, chez les animaux, Vinciane Despret rappelle qu’on voudrait que tout ce que font les animaux soit motivé par des raisons évolutives : manger, se reproduire, etc. &#xA;&#xA;  Mais pourquoi le bourdon copule-t-il avec l’orchidée qui ne lui apporte aucun nectar ? Peut-être par simple plaisir sensuel. Et peut-être même que l&#39;orchidée trouve ça agréable. &#xA;&#xA;Vinciane Despret aborde aussi le sujet de l’écriture chez les animaux qu’elle a exploré dans son livre livre «&amp;nbsp;a href=&#34;https://www.babelio.com/livres/Despret-Autobiographie-dun-poulpe-et-autres-recits-danti/1303339&#34;Autobiographie d’un poulpe/a&amp;nbsp;». Cette idée qu’on ne serait pas les seuls capables d’écrire, c’est-à-dire de laisser des traces qui font sens pour d’autres animaux, ou qui sont poétiques. &#xA;&#xA;Ce qui m’a gênée &#xA;&#xA;Un regard d’homme blanc &#xA;&#xA;Un film d&#39;homme&#xA;Oui il y a deux femmes et un homme. On est d&#39;ailleurs quand même largement au dessus des films habituels quand même, puisque les femmes ne sont pas sexualisées, et 2 des protagonistes humains principaux sont des femmes. &#xA;&#xA;Mais l’homme a un rôle central : &#xA;&#xA;Il parle avec chacune des femmes, mais les deux femmes ne parlent jamais entre elles (bonjour le a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Testde_Bechdel&#34;test de Bechdel/a).&#xA;Il se comporte avec Hélène d’une manière très paternaliste et mecspliquante, &#xA;&#xA;Je ne sais pas si c’est la personnalité de Baptiste Morizot, ou bien le regard sexiste du réalisateur (qui est un homme vivant dans une société sexiste), mais les choix de montage montrent vraiment une asymétrie entre l’homme qui sait, qui explique, qui coupe la parole, qui parle plus longuement, et la femme « naïve » qui écoute. Il y a moins d’asymétrie entre Vinciane Despret et Baptiste Morizot. Je crois que j&#39;aurais trouvé le film moins sexiste s&#39;il n&#39;y avait pas eu ces scènes de pseudo-discussions entre Baptiste Morizot et Hélène Roche. &#xA;&#xA;Un entre-soi bourgeois&#xA;Ce film me donne aussi l’impression d’un entre-soi bourgeois blanc. Les protagonistes humain·es sont des intellectuel·les blanc·ches qui lisent, écrivent, et disent des mots compliqués. Il et elles ont une certaine complicité, et un certain surplomb sur les reste des animaux humains présents à l’écran. &#xA;&#xA;Qu’est-ce qui aurait pu être différent ? Je serai curieuse de comprendre le choix des terrains, tous de France métropolitaine. Je suppose que c’est aussi une question de praticité, et que ça n’est pas simple aujourd’hui de filmer des chevaux de Przewalski en Russie. Mais on aurait peut être pu filmer des chiens féraux en Martinique ? Baptiste Morizot parle des peuples « primitifs » américains qui auraient connus les castors géants, peut être on aurait pu avoir des images de sources, ou bien même un entretien avec des descendant·es qui étudient les peuples premiers ? Baptiste parle à la fin de l’enjeu des luttes de protection d’éco-systèmes locaux, peut-être aurait-on pu voir des personnes qui mènent ces luttes et qui ne soient pas des écolos bourgeois blancs ? Ou même voir ces luttes dans les outremers ? &#xA;&#xA;Où sont les liens ? &#xA;Et je suis aussi surprise (et j’avoue un peu déçue) de n’avoir vu aucune interaction réelle entre humains et animaux ou végétaux. Personne qui ne soigne, ne dialogue, n’écoute, ne joue, ne chasse, ne tue… Juste de l’observation à distance. &#xA;&#xA;En regardant la filmographie de Sylvère Petit, je découvre qu&#39;il a fait des court-métrages qui montrent d&#39;autres relations avec les animaux, et d&#39;autres protagonistes humains moins intellos. Je ne sais pas trop où ils sont visionnables, mais je serai curieuse de les regarder. &#xA;&#xA;#Feminisme #AntiSpecisme #Animals #philosophie #Lecture #Societe&#xA;]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Film" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Film</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Animaux" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Animaux</span></a>
<em>Quelques réflexions suite au visionnage du film naturaliste  « Vivant parmi les vivants » de <a href="https://sylverepetit-photos.com/" rel="nofollow">Sylvère Petit</a> avec comme humain·es connu·es : Vinciane Despret, Hélène Roche et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Baptiste_Morizot" rel="nofollow">Baptiste Morizot</a>. Ce film montre beaucoup d’animaux (du cheval de Przewalski à la mouche à viande), mais il s’intéresse en fait à tous les êtres sensibles, du peuplier d’Italie à l’humain, en passant par les insectes et les animaux domestiques.</em>

<img src="https://api-cdn.arte.tv/img/v2/image/iJCHAyCzEsDkZ3JJgbV29W/1920x1080?type=TEXT&amp;watermark=true" alt="Affiche du film Vivant parmi les vivants avec deux chevaux de préwalski qui sont cabrés et le logo arte"></p>

<p><a href="https://www.arte.tv/fr/videos/115029-000-A/vivant-parmi-les-vivants/" rel="nofollow">Lien pour visionner le film (gratuit pour quelques semaines sur arte)</a></p>

<h2 id="quel-type-de-film" id="quel-type-de-film">Quel type de film ?</h2>

<h3 id="ce-n-est-pas-un-documentaire-animalier" id="ce-n-est-pas-un-documentaire-animalier">Ce n&#39;est pas un documentaire animalier</h3>

<p>J&#39;ai entendu (beaucoup) parler de ce film par <a href="https://www.heleneroche.fr/fr/" rel="nofollow">Hélène Roche</a> qui est une très bonne amie. Elle est éthologue, spécialiste du comportement des chevaux de Przewalski. Je savais que beaucoup de scènes avaient été tournées au Villaret (lieu d’hébergement d’un troupeau de chevaux de Przewalski sous la responsabilité de l’association Takh). Du coup je m’attendais à un genre de documentaire animalier.</p>

<p>Le dernier documentaire animalier que j’ai regardé c’était Microcosmos, et autant j’ai un bon souvenir de la bande originale, autant je me suis ennuyée ferme pendant le film. Mes souvenirs plus anciens sont des documentaires vus à la TV chez ma grand-mère avec la magnifique voix off : « et là… la panthère jaillit sur sa proie et ne lui laisse aucune chance »…</p>

<p>J&#39;ai rechigné à regarder le film car je ne suis pas très friande de documentaires animaliers, et la bonne nouvelle, c&#39;est que Vivant parmi les vivants n’est <strong>pas un documentaire animalier</strong> au sens où je l’entendais, et c’est une très bonne chose.</p>

<h3 id="c-est-un-documentaire-sur-le-vivant" id="c-est-un-documentaire-sur-le-vivant">C&#39;est un documentaire sur le vivant</h3>

<p>C’est un film où on voit des animaux <strong>vivre</strong> sans voix off qui expliquerait ce qu&#39;ils font. On voit à hauteur d’animaux, et on voit des humains, des animaux morts dans la nature ou sur l’étal d’un boucher, et des végétaux filmés comme les animaux. On voit des vivants.</p>

<p>Mais ce n’est pas un film sans narration à la microcosmos. La bande son parlée est construite avec des lectures des ouvrages de Vinciane Despret et de Baptiste Morizot, des dialogues entre Hélène et Baptiste, et des extraits de conférences données par Baptiste et Vinciane.</p>

<p>Le propos du film n’est pas de nous faire connaître les chevaux de Przewalski ni une autre espèce, mais plutôt de nous faire réfléchir sur la <strong>place des êtres sensibles non humains (les vivants) dans le monde des humains</strong>.</p>

<h3 id="un-film-magnifique" id="un-film-magnifique">Un film magnifique</h3>

<p>La première chose qui m’a marquée en voyant ce film, c’est la <strong>beauté</strong> des images. J’avais souvent envie de faire un arrêt sur image pour imprimer ce que j’avais à l’écran et en faire un poster. Tout est beau, sans donner l’impression d’images Disney ou produites par une IA. Il y a une sensibilité, des jeux de lumière, une attention donnée à ce qu’on ne regarde pas en général quand on vit comme un·e humain·e…</p>

<p>Je n’ai pas du tout une âme contemplative et je m’ennuie très vite (je ne promets pas ne jamais avoir scrollé un peu sur Mastodon pendant le film ). Mais en suivant l’œil du cameraman, il y avait en fait plein de choses à regarder. J’aurais presque aimé qu’on pousse le regard naturaliste en nommant les êtres que l’on voit comme les principages principaux sont nommés. Mais ça aurait été moins beau.</p>

<h2 id="quels-liens-entre-un-être-vivant-parmi-les-autres-vivants" id="quels-liens-entre-un-être-vivant-parmi-les-autres-vivants">Quels liens entre un être vivant parmi les autres vivants ?</h2>

<h3 id="ce-que-montre-l-image" id="ce-que-montre-l-image">Ce que montre l’image</h3>

<p>J’ai l’impression d’une description presque <strong>géographique</strong> des relations entre les différentes espèces présentes. On voit des espèces qui partagent un même lieu sans trop interagir.</p>

<h4 id="entre-membres-d-une-même-espèce-beaucoup-d-interactions" id="entre-membres-d-une-même-espèce-beaucoup-d-interactions">Entre membres d&#39;une même espèce : beaucoup d&#39;interactions</h4>

<p>Il y a beaucoup d’interaction <strong>intra-espèces</strong> : des humains qui parlent, des chevaux qui interagissent (conduite, jeux, grooming, …), des chiens qui « jouent », … On voit un rat, des pigeons, un goeland, des chiens dans un univers d’humains, mais pas d’interactions entre ces espèces.</p>

<h4 id="la-mort-qui-nous-relie" id="la-mort-qui-nous-relie">La mort qui nous relie</h4>

<p>Les interactions <strong>inter-espèces</strong> sont surtout des scènes où des animaux mangent des animaux morts : des très longues séquences de consommation d’une espèce par une autre : les pies qui mangent le renard mort, puis les vautours, les choucas, les insectes qui mangent le cheval mort, et les humains qui achètent des animaux morts et les mangent lors d’un repas convivial.
Il y a aussi des interactions entre les animaux et les végétaux qui servent d’habitat, de nourriture ou de grattoir.</p>

<p>Et les deux seules interactions dont je me souviens qui sortent de ce schéma sont le moment où un chouca embête (interprétation d’humaine qui ne connaît pas du tout l’éthologie de ces animaux) et le moment où Vinciane Despret caresse machinalement la tête de sa chienne Alba.</p>

<p>Au final ça me donne une impression que, hormis par la consommation d’animaux morts, les animaux, et nous compris, n’ont pas de lien. Et ça me semble faux et triste.</p>

<h3 id="ce-qui-est-dit" id="ce-qui-est-dit">Ce qui est dit</h3>

<p>Il faudra que je réécoute, ou plutôt que je lise les livres de Baptiste Morizot (j’en ai un en cours de lecture) et de Vinciane Despret (j’ai déjà lu un de ses livres, mais assez ancien).</p>

<p><em>En vrac…</em></p>

<h4 id="la-crise-de-la-sensibilité-du-vivant" id="la-crise-de-la-sensibilité-du-vivant">La crise de la sensibilité du vivant</h4>

<p>L’une des thèses défendues par Baptiste Morizot est que <strong>la crise écologique actuelle est une crise de la sensibilité au vivant</strong>. Nous ne connaissons plus le vivant, et nous ne voyons pas, nous ne souffrons pas pour ce que nous sommes en train de perdre à grande vitesse. Il faudra que j’aille lire davantage car l’idée me plaît, mais j’en ai vu des mises en œuvre pédagogiques discutables… Mais j&#39;imagine qu&#39;une des idées de Sylvère Petit, le réalisateur, était de faire un très beau film pour nous (re)sensibiliser au vivant.</p>

<h4 id="la-place-des-animaux-non-humains-dans-les-lieux-de-vie-des-humains" id="la-place-des-animaux-non-humains-dans-les-lieux-de-vie-des-humains">La place des animaux non humains dans les lieux de vie des humains</h4>

<p>Vinciane Despret aborde l&#39;idée de ne pas isoler l’homme des autres vivants en posant la question de <strong>la place des animaux dans notre société</strong>. Elle relate l’anecdote d’une exposition au palais Baubourg dans lequel les animaux n’ont pas le droit d’entrer, sauf par effraction. Elle dit que les animaux ont de moins en moins de place parmi les humains, j’ai perçu cette réflexion comme assez géographique, et je me suis posée la question des animaux de compagnie.
Et moi je me demande : <em>Y-a-t-il vraiment moins d’animaux auprès des humains malgré l’explosion des animaux de compagnie ?</em></p>

<h4 id="un-regard-d-humain-sur-les-animaux" id="un-regard-d-humain-sur-les-animaux">Un regard d&#39;humain sur les animaux</h4>

<p>L’idée de Vinciane Despret selon laquelle on regarde les animaux avec un regard d’humains et qu’on leur pose des questions d’humains est un peu soulevée.</p>

<p>Le philosophe Baptiste critique l’éthologue Hélène Roche qui utilise un vocabulaire scientifique anthropocentré (<em>dominant</em>, <em>leader</em>).
J’ai trouvé ce passage particulièrement gênant dans sa forme même si je suis d’accord avec le fond. J’ai eu l’impression d’un sorte de piège tendu pour mettre en valeur le philosophe car je sais qu’Hélène Roche connaît et partage ces critiques, mais que quand on lui demande de prendre la casquette d’éthologue, elle joue le jeu et utilise les mots dont les définitions ont été établie. Elle fait partie des observatrices des animaux qui sortent du carcan de l’éthologie moderne et des seules questions de dominance, leadership et capacités cognitives comme elle l’a montré dans son livre : <a href="https://www.heleneroche.fr/fr/produits/livres/les-chevaux-nous-parlent-si-on-les-ecoute.html" rel="nofollow">Les chevaux nous parlent si on les écoute</a>. Baptiste Morizot laisse Hélène Roche raconter une de ses anecdotes mais ça donne l’impression d’être comprimé entre ses réflexions.</p>

<p>Dans cette lignée de ce qu’on veut voir, ou pas, chez les animaux, Vinciane Despret rappelle qu’<strong>on voudrait que tout ce que font les animaux soit motivé par des raisons évolutives</strong> : manger, se reproduire, etc.</p>

<blockquote><p>Mais pourquoi le bourdon copule-t-il avec l’orchidée qui ne lui apporte aucun nectar ? Peut-être par simple plaisir sensuel. Et peut-être même que l&#39;orchidée trouve ça agréable.</p></blockquote>

<p>Vinciane Despret aborde aussi le sujet de l’<strong>écriture chez les animaux</strong> qu’elle a exploré dans son livre livre « <a href="https://www.babelio.com/livres/Despret-Autobiographie-dun-poulpe-et-autres-recits-danti/1303339" rel="nofollow">Autobiographie d’un poulpe</a> ». Cette idée qu’on ne serait pas les seuls capables d’écrire, c’est-à-dire de laisser des traces qui font sens pour d’autres animaux, ou qui sont poétiques.</p>

<h2 id="ce-qui-m-a-gênée" id="ce-qui-m-a-gênée">Ce qui m’a gênée</h2>

<h3 id="un-regard-d-homme-blanc" id="un-regard-d-homme-blanc">Un regard d’homme blanc</h3>

<h4 id="un-film-d-homme" id="un-film-d-homme">Un film d&#39;homme</h4>

<p>Oui il y a <strong>deux</strong> femmes et <strong>un</strong> homme. On est d&#39;ailleurs quand même largement au dessus des films habituels quand même, puisque les femmes ne sont pas sexualisées, et 2 des protagonistes humains principaux sont des femmes.</p>

<p>Mais l’homme a un rôle central :</p>
<ul><li>Il parle avec chacune des femmes, mais les deux femmes ne parlent jamais entre elles (bonjour le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Test_de_Bechdel" rel="nofollow">test de Bechdel</a>).</li>
<li>Il se comporte avec Hélène d’une manière très paternaliste et mecspliquante,</li></ul>

<p>Je ne sais pas si c’est la personnalité de Baptiste Morizot, ou bien le regard sexiste du réalisateur (qui est un homme vivant dans une société sexiste), mais les choix de montage montrent vraiment une asymétrie entre l’homme qui sait, qui explique, qui coupe la parole, qui parle plus longuement, et la femme « naïve » qui écoute. Il y a moins d’asymétrie entre Vinciane Despret et Baptiste Morizot. Je crois que j&#39;aurais trouvé le film moins sexiste s&#39;il n&#39;y avait pas eu ces scènes de pseudo-discussions entre Baptiste Morizot et Hélène Roche.</p>

<h4 id="un-entre-soi-bourgeois" id="un-entre-soi-bourgeois">Un entre-soi bourgeois</h4>

<p>Ce film me donne aussi l’impression d’un entre-soi bourgeois blanc. Les protagonistes humain·es sont des intellectuel·les blanc·ches qui lisent, écrivent, et disent des mots compliqués. Il et elles ont une certaine complicité, et un certain surplomb sur les reste des animaux humains présents à l’écran.</p>

<p>Qu’est-ce qui aurait pu être différent ? Je serai curieuse de comprendre le choix des terrains, tous de France métropolitaine. Je suppose que c’est aussi une question de praticité, et que ça n’est pas simple aujourd’hui de filmer des chevaux de Przewalski en Russie. Mais on aurait peut être pu filmer des chiens féraux en Martinique ? Baptiste Morizot parle des peuples « primitifs » américains qui auraient connus les castors géants, peut être on aurait pu avoir des images de sources, ou bien même un entretien avec des descendant·es qui étudient les peuples premiers ? Baptiste parle à la fin de l’enjeu des luttes de protection d’éco-systèmes locaux, peut-être aurait-on pu voir des personnes qui mènent ces luttes et qui ne soient pas des écolos bourgeois blancs ? Ou même voir ces luttes dans les outremers ?</p>

<h4 id="où-sont-les-liens" id="où-sont-les-liens">Où sont les liens ?</h4>

<p>Et je suis aussi surprise (et j’avoue un peu déçue) de n’avoir vu aucune interaction réelle entre humains et animaux ou végétaux. Personne qui ne soigne, ne dialogue, n’écoute, ne joue, ne chasse, ne tue… Juste de l’observation à distance.</p>

<p>En regardant la filmographie de Sylvère Petit, je découvre qu&#39;il a fait des court-métrages qui montrent d&#39;autres relations avec les animaux, et d&#39;autres protagonistes humains moins intellos. Je ne sais pas trop où ils sont visionnables, mais je serai curieuse de les regarder.</p>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Feminisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Feminisme</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:AntiSpecisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">AntiSpecisme</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Animals" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Animals</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:philosophie" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">philosophie</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Lecture" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Lecture</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a></p>
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      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/film-vivant-parmi-les-vivants</guid>
      <pubDate>Thu, 04 Sep 2025 07:14:02 +0200</pubDate>
    </item>
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      <title>Ce que j&#39;ai appris aux Journées d&#39;Été des Écologistes 2025 🌻</title>
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      <description>&lt;![CDATA[#Ecologie #Politique&#xA;Les notes que j&#39;ai prises lors des conférences / ateliers /  formations. Évidemment incomplètes et orientées !&#xA;!--more--&#xA;Cet été, les journées d&#39;été des écologistes avaient lieu à Strasbourg. Je m&#39;étais fait un programme un peu light pour profiter aussi de ma petite famille, et avoir du temps pour discuter avec les copaines. Mais j&#39;ai quand même pu participer à quelques ateliers et formation. En voici une restitution un peu au kilomètre. &#xA;&#xA;Sommaire&#xA;&#xA;a href=&#34;#Conference-chapoutot&#34;La conférence de J Chapoutot sur le parallèle entre l&#39;accession des nazis au pouvoir et aujourd&#39;hui/a&#xA;a href=&#34;#MediaTraining&#34;La formation au média training /a&#xA;a href=&#34;#OFF-quartiers&#34;Atelier OFF radicalement votre sur les quartiers populaires : avant garde de l’écologie/a&#xA;a href=&#34;#FormationAntisemitisme&#34;Formation sur la lutte contre l&#39;antisémitisme/a&#xA;a href=&#34;#OFF-antispecisme&#34;Atelier OFF radicalement votre - l’antispécisme/a&#xA;a href=&#34;#FormationConflit&#34;La formation – résolution de conflit /a&#xA;a href=&#34;#OFF-VSS&#34;Atelier OFF Radicalement Votre - Retour sur la commission d’enquête sur les VSS dans le monde de la culture/a&#xA;&#xA;p id=&#34;Conference-chapoutot&#34;La conférence de Chapoutot sur le parallèle entre l&#39;accession des nazis au pouvoir et aujourd&#39;hui/p&#xA;Le jeudi, j&#39;ai démarré la journée par la conférence avec l&#39;historien Johan Chapoutot qui compare l’accession des nazis au pouvoir en 1932 et le contexte politique actuel. Passionnant. Et un peu beaucoup flippant. &#xA;&#xA;Quelques learnings : &#xA;&#xA;Les nazis n&#39;ont pas gagné d&#39;élections pour arriver au pouvoir &#xA;&#xA;Les nazis n’ont pas pris le pouvoir, ils n’ont pas non plus été élus comme le dit le mythe. Ils y ont été mis par « l’extrême-centre » qui avait un mépris de classe pour Hitler et le pensait donc peu nuisible et utile. &#xA;Électoralement, les nazis perdait du pouvoir au moment où Hitler est nommé chancelier. &#xA;Il y a eu plein de petits évènements qui ont fait que le poste de chancelier a été donné à Hitler qui font que Chapoutot est convaincu que c’était évitable. &#xA;&#xA;Le contexte actuel ressemble beaucoup au contexte qui a mis Hitler au pouvoir&#xA;&#xA;Un extrême centre prêt à tout pour conserver le pouvoir et ne pas laisser la gauche aller au pouvoir &#xA;Une gauche relativement forte &#xA;Une personne extrêmement riche qui achète les médias (1/3 des titres de presse dans l’allemagne pré-nazie) pour y déverser une propagande anti progressisme. Il y avait même un terme utilisé de la même manière « wokiste » : « judéo-bolchévique »&#xA;Le rôles des industriels&#xA;&#xA;Au départ, les industriels sont pas super chauds patates pour soutenir les nazi : Ils sont condescendants envers ces personnes qu&#39;on connait mal et qui ne fréquentent pas nos cercles. &#xA;Mais les Dominique Seux de l&#39;époque font les entremetteurs etles industriels se retrouvent dans une vision de restauration de l’autorité et de réduction de la démocratie et du pouvoir des syndicats. &#xA;Ils finissent par soutenir le nazisme. Et ils auront eu &#34;raison&#34; car la guerre les aura largement enrichis. &#xA;&#xA;Point constitution&#xA;La constitution de Weimar de 1919 avait un article qui a permis à la droite et à « l’extrême centre » de gouverner en se passant du parlement. Les nazis arrivés au pouvoir n’ont eu qu’à poursuivre l’engagement dans cette brèche dans la continuité. &#xA;&#xA;OK. Pas de bol. &#xA;&#xA;Mais ! &#xA;&#xA;La constitution française est inspirée de la constitution de Weimar : un professeur des universités de Strasbourg a accompagné de Gaulle dans la rédaction de la cinquième constitution en s’inspirant de la constitution de Weimar très présidentialiste et en gardant les articles sur les pleins pouvoirs. &#xA;L’utilisation répétée des 49.3 rappelle exactement la manière de gouvernement allemand avec des 48.2 juste avant que leur président ne donne le pouvoir à Hitler. &#xA;&#xA;Conclusion &#xA;Bref, c’est (ultra)flippant. &#xA;&#xA;Mais Chapoutot conclut avec un message d&#39;espoir : l&#39;accession des nazi au pouvoir n&#39;était PAS inéluctable en allemagne, ça ne l&#39;est pas non plus chez nous. Il y a eu des « accidents » qui auraient totalement pu se passer différemment, mais clairement, le contexte est le même. &#xA;&#xA;p id=&#34;MediaTraining&#34;Formation médiatraining /p&#xA;L&#39;après midi, on change d&#39;ambiance. #Mediatraining&#xA;N&#39;ayant pas d&#39;ambition électorale, je ne suis pas dans le public cible. &#xA;&#xA;Nous avons parlé de plusieurs types de prise de parole dans le cadre de la préparation aux élections municipales. &#xA;    • L’interview :&#xA;        ◦ En direct &#xA;        ◦ Pour un reportage&#xA;    • Le débat (non abordé car beaucoup plus compliqué) &#xA;Nous avons aussi abordé le rôle de l’image et de l’impression que l’on donne ainsi que les communiqués de presse. &#xA;&#xA;J&#39;ai appris quelques trucs, et surtout ça m&#39;a donné du grain à moudre sur certains trucs dont j&#39;étais convaincue, donc ça c&#39;est intéressant.&#xA;&#xA;Conseil pour les interviews smallsurtout dans la perspective d&#39;un reportage, TV ou écrit/small&#xA;On a regardé quelques photos illustrant des articles de presse sur des écolos qui travaillent / préparent leurs campagnes pour les municipales. Bon, la photo d&#39;une bande de gars débraillés dans un jardin, c&#39;est pas super pro. &#xA;1. Gérer le cadre&#xA;Proposer un lieu neutre et qui donne une impression de sérieux et de politique :&#xA;     • Exemple : un point de vue d’où on voit la ville où on candidate&#xA;     • Contre exemple : Dans son jardin    &#xA;&#xA;2. Se déguiser en candidat·e respectable. &#xA;Ça j&#39;ai eu du mal. Pour moi c&#39;était classiste de nous demander d&#39;adopter les codes des puissants. &#xA;&#xA;L&#39;avis de la formatrice : le but des élections est de récupérer des voix de personnes qui ne voteraient pas nécessairement pour nous. La moitié des électeurices ont plus de 50 ans, et ces électeurices sont conservateurs. Iels pensent que quelqu’un qui ne fait pas l’effort de bien s’habiller (c’est-à-dire de prendre certains des codes vestimentaires des « dominants » = s’habiller comme quelqu&#39;un du PS) ne mérite pas d’être élu·e / ne sera pas sérieux. &#xA;&#xA;C’est nul, mais aujourd’hui ça fonctionne comme ça. &#xA;&#xA;3. Préparer le contenu de l’interview           &#xA;Choisir le message prioritaire que l’on veut faire passer et être capable de l’exprimer clairement en une vingtaine de secondes. &#xA;Imaginer les questions que Hanouna ou Pascal Praud poserait et préparer ses réponses ; on doit avoir des arguments avec du fond, et ça se travaille. &#xA;Ne pas accorder une interview trop longue pour la préparation d’un reportage : plus l’interview est longue plus lae journaliste pourra choisir au montage un message qui n’est pas central pour vous. &#xA;&#xA;4. Pendant l&#39;interview : garder le cap &#xA;Souvent on se plaint que lea journaliste n&#39;a retenu que ce qui ne compte pas... Mais souvent c&#39;est qu&#39;on a parlé beaucoup trop longtemps. &#xA;&#xA;Plus l’interview est longue plus lea journaliste pourra choisir au montage un message qui n’est pas central pour vous.&#xA;Ne PAS reprendre l&#39;argumentaire de nos détracteurs. &#xA;Par exemple ne pas utiliser les expressions « écologistes et agriculteurs en guerre » ou « écologie punitive » même si c’est mots ont été utilisés dans la question. L’idée est que réutiliser ces mots leur donnent de l’audience, et en plus notre cerveau a du mal à voir que c’est utilisé avec une négation, et on contribue donc à renforcer cet ancrage. &#xA;&#xA;On a travaillé le fait de ne pas reprendre l&#39;argumentaire de nos détracteurs sur un exercice (enfin, ça n&#39;a pas été fait dans ce sens là, ce qui pédagogiquement est un peu dommage) où on devait répondre à des journalistes après une action activiste d&#39;écologistes contre l&#39;utilisation d&#39;un pesticide.. &#xA;Bref, un exemple de comment répondre sans prendre l&#39;argumentaire de l&#39;opposition  : &#xA;&#xA;Q : est-ce que vous diriez aussi que c’est toujours la guerre entre écologistes et les agriculteurs ? &#xA;R : Les écologistes sont les meilleurs amis et soutiens des agriculteurs. Nous avons fait blabla nos avons des agriculteurs dans nos rangs. &#xA;&#xA;Afficher une posture « sérieuse »&#xA;On rappelle que le but est de se faire élire par des personnes qui ne liront pas notre programme et qui nous jugerons en 5 secondes sur notre apparence. Nous n’avons en général pas le luxe de casser les codes, sauf si nous avons déjà gagné ou une belle image de marque. &#xA;Donc quelques conseils au visionnage de nos vidéos brouillonnes : &#xA;&#xA;S’ancrer dans le sol, et ne pas trop bouger (mains, corps)&#xA;Garder le sérieux (pas de blague etc)&#xA;Prendre le temps de bien respirer pour pouvoir poser sa voix. &#xA;&#xA;Le communiqué de presse&#xA;Il faut faire simple, court et surtout facile à lire. C&#39;est l&#39;opposé de complet et précis. &#xA;L&#39;introduction &#xA;Tout en haut du CP, les 5 W &#xA;&#xA;Who (qui), &#xA;What (quoi), &#xA;When (quand), &#xA;Why (pourquoi), &#xA;Where (où ?)&#xA;&#xA;  Ex : le groupe local des écologistes du Grand Libournais Nord Gironde vous convient à une conférence le 23/04/2072 à la salle des fêtes de Libourne pour comprendre le scandale de la déchetterie de Lapouyade.&#xA;&#xA;Titre et sous titre &#xA;&#xA;  Ex :   • Titre :  Déchetterie à Lapouyade&#xA;    • Sous titre : un scandale financier &#xA;&#xA;Un ou deux paragraphes de contexte &#xA;On peut faire ça en 600 signes.  En faisant ça, on facilite la vie du journaliste qui peut reprendre à l’identique le communiqué pour en faire une rubrique courte dans un journal. &#xA;On a eu plusieurs témoignages de communiqué de presse repris à l&#39;identique par lae journaliste, et c&#39;est pas mal car au moins comme ça c&#39;est bien notre message qui passe.  &#xA;&#xA;p id=&#34;OFF-quartiers&#34;Atelier OFF radicalement votre sur les quartiers populaires : avant garde de l’écologie/p&#xA;1. Ne pas apporter l&#39;écologie dans les quartiers populaires &#xA;Les intervenant·es nous ont rappelé que les habitant·es de ces quartiers ont en général des modes de vie plus « écologiques » que les personnes qui ont plus de moyens. Il est donc très malvenu que les écolos urbains viennent dans les quartiers pour « apporter l’écologie » et donner des leçons de comportement. &#xA;&#xA;2. Parler positivement des quartiers populaires&#xA;Le deuxième point est qu’on voit souvent ces quartiers comme des lieux qui manquent de tout. &#xA;Et c’est en partie vrai : ils manquent d’espaces verts, ils manquent de transports en commun et d’habitats décents. &#xA;MAIS ils ont une vraie solidarité et un dynamisme impressionnant qui sont des modèles pour les quartiers pépères plus « favorisés ». &#xA;&#xA;3. Laisser sa place &#xA;Enfin, le matériel de campagne des écolos, les personnes qui les représentent, ne sont pas du tout audibles dans les quartiers populaires. Il y a nécessité d’avoir plus de diversité sociale dans le parti, surtout dans les postes de représentation.&#xA;&#xA;  Les personnes qui sont actuellement au pouvoir (têtes de liste, co-secrétaires, etc) doivent se retirer pour laisser la place à des personnes qui ont peut être parfois une moins bonne formation politique (c&#39;est l&#39;excuse pour ne pas laisser sa place) mais qui sont confronté·es à un plafond de verre. &#xA;&#xA;es personnes qui subissent le plafond de verre et qui sont issues des quartiers populaires sont intelligentes, brillantes, et ne demandent qu’à apprendre. &#xA;&#xA;Aux hommes et femmes blanches bien né·es de laisser leur place et d’être des soutiens pour les accompagner dans l’exercice du pouvoir 🙌 &#xA;&#xA;Grâce à cet atelier, j&#39;ai pu (mieux) découvrir :&#xA;    • Sabah Badji (tête de liste à Avignon), &#xA;    • Hassen Hammou (Marseille)&#xA;    • Melissa Camara (Eurodéputée)&#xA;    • Lydia Frentzl (Conseillère municipale à Marseille)&#xA;&#xA;p id=&#34;FormationAntisemitisme&#34;Formation sur la lutte contre l&#39;antisémitisme/p&#xA;Je n’ai aucune formation sur ces sujets, je ne reconnais jamais un nom d’origine juive, j’avais donc tout à apprendre. &#xA;Erreur n°1 : penser que le fait de se reconnaître (ou d’être perçu comme) juif·ve est lié à la religion&#xA;C’est une erreur qui est souvent faite, même par des personnalités politiques qui vont dire « tout mon soutien aux personnes de confession juive » au lieu de dire « tout mon soutien à la communauté juive ». &#xA;&#xA;On se sent juif car on a une histoire d’immigration juive, qu’on a des parents ou des grands parents juifs, qu’on est dans une culture juive, ou qu’on a la religion juive, ou … &#xA;Et parfois, on ne se sent pas juif, mais on nous renvoie l&#39;être. Comme dirait Sartre (m&#39;a-t-on dit sur Mastodon), « c&#39;est l&#39;antisémite qui fait le juif ».&#xA;&#xA;Erreur n°2 : partager et renforcer les mythes antisémites&#xA;Un grand nombre de messages (ou de visuels ou ...) sont antisémites quand ils propagent ou refont vivre des grands mythes antisémites (et évidemment, il y en a plein que je ne connaissais pas) &#xA;&#xA;Mythe n°1 : Le mythe déïcide &#xA;Il y a un mythe (faux donc) qui dit que c’est le peuple juif qui aurait tué Jésus. Ce mythe chrétien a justifié de nombreux massacres de juifs. Ce mythe est encore utilisé aujourd’hui pour dénoncer le génocide palestinien est ça renforce l’antisémitisme. &#xA;On a vu par exemple une image avec un jésus en croix portant le foulard palestinien avec derrière lui une foule de militaire rappelant les SS et encore derrière les ruines de Gaza. Cette image rappelle le mythe déïcide et rend responsable du génocide les juifs et non l&#39;armée israélienne.&#xA;&#xA;Mythe n°2 – les juifs sont responsables de tous les maux. &#xA;Les sociétés fonctionnent toujours avec la recherche de boucs émissaires. Les juifs ont souvent été désignés comme les boucs-émissaires évidents. Ils ont par exemples été désignés comme responsables de la peste ou des puits empoisonnés ou de tous les maux de la société. &#xA;&#xA;Pour la peste, on peut expliquer car ils étaient moins touchés par la peste car ils étaient exclus / isolés… Quand les juifs ont été expulsés de France, le rôle de bouc-émissaire a été transféré aux femmes, et en particulier aux sorcières. &#xA;&#xA;On retrouve ce trope par exemple quand : &#xA;&#xA;    ◦ Il y a un crime pédophile, on se demande si le suspect est juif &#xA;        ◦ Il y a une personnalité juive, on l’accuse de pédophilie.&#xA;&#xA;Mythes 3 et 4 : richesse et pouvoir &#xA;Mythe n°3 : les juifs seraient riches : pas plus que d’autres catégories de la population, mais ce mythe prend son origine dans le fait que dans le passé, les chrétiens n’avaient pas le droit de prêter de l’argent pour en gagner (usure). &#xA;Mythe n°4 – les juifs seraient puissants : pas plus que les chrétiens ou les protestants, mais par le passé, les juifs ont peut être eu des raisons de se rapprocher des cercles de pouvoir puisqu’ils pouvaient être exterminés ou exilés du jour au lendemain. &#xA;&#xA;Les deux derniers mythes permettent de se désolidariser de la lutte contre l’anti-sémitisme qui serait moins grave que les autres racismes. &#xA;En effet, les autres racismes seraient envers des personnes plus pauvres que la moyenne et moins puissantes que la moyenne, donc c’est plus charitable de les plaindre. L’antisémitisme serait un problème de bourgeois blancs. &#xA;&#xA;  Sauf que l’antisémitisme tue encore aujourd&#39;hui, et qu’aucune mort ne vaut davantage qu’une autre.&#xA;&#xA;Alors on fait quoi ? &#xA;On n&#39;a pas eu beaucoup d&#39;infos sur quoi faire, mais je retiens deux choses : &#xA;&#xA;Se former pour repérer les tropes anti-sémites&#xA;Écouter et ne pas se vexer si on nous fait remarquer qu&#39;on a dit quelque chose d&#39;antisémite&#xA;Ne pas mettre en concurrence des drames, des victimes, des mémoires, des nombres de morts etc. &#xA;&#xA;On peut dénoncer le massacre des gazaouis sans être antisémite. Ce n&#39;est pas utile de comparer le nombre de morts dans différents conflits pour faire des compétitions. C’est du whataboutisme qui nuit toujours aux luttes. &#xA;&#xA;p id=&#34;OFF-antispecisme&#34;OFF radicalement votre - l’antispécisme/p&#xA;Je n’ai pas été très à l’aise avec les intervenant·es de la société civile que j’ai trouvés plutôt méprisant·es ou condescendant·es avec les personnes qui ne pensent pas comme elleux. &#xA;&#xA;’ai par contre apprécié à la discussion que j’ai ensuite eue avec Théo et Charlotte qui m’ont expliqué que l’anti-spécisme n’est pas une théorie figée et que je ne suis pas obligée d’adhérer à tout ce que dit Aymeric Caron pour me revendiquer de l’anti-spécisme.&#xA;&#xA; Il suffit en gros de dire qu’on veut sortir d’un système de domination des animaux, comme on peut être féministe et ne pas adhérer aux thèses de toutes les féministes. &#xA;&#xA;Du coup, je crois que je pourrais me définir comme anti-spéciste 🤔 &#xA;&#xA;(j&#39;avoue que les posts des vegan ultra véner de masto me font avoir pas du tout envie de porter cette étiquette... mais on a probablement besoin de modérés qui portent aussi cette étiquette)&#xA;&#xA;p id=&#34;FormationConflit&#34;Formation – résolution de conflit /p&#xA;J’ai été rassurée que ça ne soit pas une formation qui utilise des outils BS comme le disc ou autres. Le formateur s’appuie sur deux cadres : &#xA;&#xA;La communication non violente, que je connaissais déjà, &#xA;et l’ATCC : Approche et Transformation Constructive des Conflits. &#xA;&#xA;Dans cette deuxième approche, l’idée est que le conflit pour souvent entre plusieurs personnes, mais il révèle un problème sous-jacent de structure ou de culture. J’ai beaucoup aimé cette idée et j’aimerais approfondir ce sujet. 📖 &#xA;&#xA;Malheureusement, la formateur a passé beaucoup de temps à présenter des anecdotes personnelles et on a peu eu l’occasion de pratiquer et/ou de conseils pratiques. &#xA;&#xA;p id=&#34;OFF-VSS&#34;Atelier OFF Radicalement Votre - Retour sur la commission d’enquête sur les VSS dans le monde de la culture/p&#xA;Il y avait 3 intervenantes pour cet atelier : &#xA;&#xA;Emmanuelle Dancourt,  journaliste fondatrice de #MeTooMedia, &#xA;Karine Huet, secrétaire générale du SNAM CGT&#xA;et Sandrine Rousseau, députée écologiste et présidente de la commission d’enquête sur les VSS. &#xA;&#xA;Je retiens deux éléments : &#xA;&#xA;Aujourd’hui il est super difficile de médiatiser une affaire de VSS &#xA;(par ex elles n&#39;arrivent pas à médiatiser une affaire avec 800 victimes présumées dont 300 ont déjà porté plainte 😦 )&#xA;Il y a un énorme besoin de formation, et de formation de qualité, qui prenne en compte la question du patriarcat et de l’aspect systémique des VSS. Et ça c&#39;est ma came, et ça me donne envie d&#39;agir. &#xA;&#xA;Conclusion &#xA;Je suis bien contente d&#39;avoir été à ces journées pour apprendre des nouvelles choses. Je suis aussi contente d&#39;avoir mis cette liste au propre pour partager, et surtout, ne pas tout oublier sitôt dans le TGV du retour 😉. &#xA;&#xA;On peut poursuivre la discussion avec plaisir, par mail ou sur a href=&#34;https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu/115083833885835623&#34;mastodon/a 😉. &#xA;&#xA;#LesEcologistes #Politique #Societe&#xA;]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Ecologie" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Ecologie</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Politique" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Politique</span></a>
<em>Les notes que j&#39;ai prises lors des conférences / ateliers /  formations. Évidemment incomplètes et orientées !</em>

Cet été, les journées d&#39;été des écologistes avaient lieu à Strasbourg. Je m&#39;étais fait un programme un peu light pour profiter aussi de ma petite famille, et avoir du temps pour discuter avec les copaines. Mais j&#39;ai quand même pu participer à quelques ateliers et formation. En voici une restitution un peu au kilomètre.</p>

<h2 id="sommaire" id="sommaire">Sommaire</h2>
<ul><li><a href="#Conference-chapoutot" rel="nofollow">La conférence de J Chapoutot sur le parallèle entre l&#39;accession des nazis au pouvoir et aujourd&#39;hui</a></li>
<li><a href="#MediaTraining" rel="nofollow">La formation au média training </a></li>
<li><a href="#OFF-quartiers" rel="nofollow">Atelier OFF radicalement votre sur les quartiers populaires : avant garde de l’écologie</a></li>
<li><a href="#FormationAntisemitisme" rel="nofollow">Formation sur la lutte contre l&#39;antisémitisme</a></li>
<li><a href="#OFF-antispecisme" rel="nofollow">Atelier OFF radicalement votre – l’antispécisme</a></li>
<li><a href="#FormationConflit" rel="nofollow">La formation – résolution de conflit </a></li>
<li><a href="#OFF-VSS" rel="nofollow">Atelier OFF Radicalement Votre – Retour sur la commission d’enquête sur les VSS dans le monde de la culture</a></li></ul>

<h2 id="p-id-conference-chapoutot-la-conférence-de-chapoutot-sur-le-parallèle-entre-l-accession-des-nazis-au-pouvoir-et-aujourd-hui-p" id="p-id-conference-chapoutot-la-conférence-de-chapoutot-sur-le-parallèle-entre-l-accession-des-nazis-au-pouvoir-et-aujourd-hui-p"><p id="Conference-chapoutot" id="Conference-chapoutot">La conférence de Chapoutot sur le parallèle entre l&#39;accession des nazis au pouvoir et aujourd&#39;hui</p></h2>

<p>Le jeudi, j&#39;ai démarré la journée par la conférence avec l&#39;historien Johan Chapoutot qui compare l’accession des nazis au pouvoir en 1932 et le contexte politique actuel. Passionnant. Et un peu beaucoup flippant.</p>

<p>Quelques learnings :</p>

<h3 id="les-nazis-n-ont-pas-gagné-d-élections-pour-arriver-au-pouvoir" id="les-nazis-n-ont-pas-gagné-d-élections-pour-arriver-au-pouvoir">Les nazis n&#39;ont pas gagné d&#39;élections pour arriver au pouvoir</h3>
<ul><li>Les nazis n’ont pas pris le pouvoir, ils n’ont pas non plus été élus comme le dit le mythe. Ils y ont été mis par « l’extrême-centre » qui avait un mépris de classe pour Hitler et le pensait donc peu nuisible et utile.</li>
<li>Électoralement, les nazis perdait du pouvoir au moment où Hitler est nommé chancelier.</li>
<li>Il y a eu plein de petits évènements qui ont fait que le poste de chancelier a été donné à Hitler qui font que Chapoutot est convaincu que c’était évitable.</li></ul>

<h3 id="le-contexte-actuel-ressemble-beaucoup-au-contexte-qui-a-mis-hitler-au-pouvoir" id="le-contexte-actuel-ressemble-beaucoup-au-contexte-qui-a-mis-hitler-au-pouvoir">Le contexte actuel ressemble beaucoup au contexte qui a mis Hitler au pouvoir</h3>
<ul><li>Un extrême centre prêt à tout pour conserver le pouvoir et ne pas laisser la gauche aller au pouvoir</li>
<li>Une gauche relativement forte</li>
<li>Une personne extrêmement riche qui achète les médias (1/3 des titres de presse dans l’allemagne pré-nazie) pour y déverser une propagande anti progressisme. Il y avait même un terme utilisé de la même manière « wokiste » : « judéo-bolchévique »</li>
<li>Le rôles des industriels</li></ul>

<p>Au départ, les industriels sont pas super chauds patates pour soutenir les nazi : Ils sont condescendants envers ces personnes qu&#39;on connait mal et qui ne fréquentent pas nos cercles.
Mais les Dominique Seux de l&#39;époque font les entremetteurs etles industriels se retrouvent dans une vision de restauration de l’autorité et de réduction de la démocratie et du pouvoir des syndicats.
Ils finissent par soutenir le nazisme. Et ils auront eu “raison” car la guerre les aura largement enrichis.</p>

<h3 id="point-constitution" id="point-constitution">Point constitution</h3>

<p>La constitution de Weimar de 1919 avait un article qui a permis à la droite et à « l’extrême centre » de gouverner en se passant du parlement. Les nazis arrivés au pouvoir n’ont eu qu’à poursuivre l’engagement dans cette brèche dans la continuité.</p>

<p>OK. Pas de bol.</p>

<p>Mais !</p>
<ul><li>La constitution française est inspirée de la constitution de Weimar : un professeur des universités de Strasbourg a accompagné de Gaulle dans la rédaction de la cinquième constitution en s’inspirant de la constitution de Weimar très présidentialiste et en gardant les articles sur les pleins pouvoirs.</li>
<li>L’utilisation répétée des 49.3 rappelle exactement la manière de gouvernement allemand avec des 48.2 juste avant que leur président ne donne le pouvoir à Hitler.</li></ul>

<h3 id="conclusion" id="conclusion">Conclusion</h3>

<p>Bref, c’est (ultra)flippant.</p>

<p>Mais Chapoutot conclut avec un message d&#39;espoir : l&#39;accession des nazi au pouvoir n&#39;était PAS inéluctable en allemagne, ça ne l&#39;est pas non plus chez nous. Il y a eu des « accidents » qui auraient totalement pu se passer différemment, mais clairement, le contexte est le même.</p>

<h2 id="p-id-mediatraining-formation-médiatraining-p" id="p-id-mediatraining-formation-médiatraining-p"><p id="MediaTraining" id="MediaTraining">Formation médiatraining </p></h2>

<p>L&#39;après midi, on change d&#39;ambiance. <a href="/depuis-les-gorces/tag:Mediatraining" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Mediatraining</span></a>
N&#39;ayant pas d&#39;ambition électorale, je ne suis pas dans le public cible.</p>

<p>Nous avons parlé de plusieurs types de prise de parole dans le cadre de la préparation aux élections municipales.
    • L’interview :
        ◦ En direct
        ◦ Pour un reportage
    • Le débat (non abordé car beaucoup plus compliqué)
Nous avons aussi abordé le rôle de l’image et de l’impression que l’on donne ainsi que les communiqués de presse.</p>

<p>J&#39;ai appris quelques trucs, et surtout ça m&#39;a donné du grain à moudre sur certains trucs dont j&#39;étais convaincue, donc ça c&#39;est intéressant.</p>

<h3 id="conseil-pour-les-interviews-small-surtout-dans-la-perspective-d-un-reportage-tv-ou-écrit-small" id="conseil-pour-les-interviews-small-surtout-dans-la-perspective-d-un-reportage-tv-ou-écrit-small">Conseil pour les interviews <small>surtout dans la perspective d&#39;un reportage, TV ou écrit</small></h3>

<p>On a regardé quelques photos illustrant des articles de presse sur des écolos qui travaillent / préparent leurs campagnes pour les municipales. Bon, la photo d&#39;une bande de gars débraillés dans un jardin, c&#39;est pas super pro.</p>

<h4 id="1-gérer-le-cadre" id="1-gérer-le-cadre">1. Gérer le cadre</h4>

<p>Proposer <strong>un lieu neutre et qui donne une impression de sérieux</strong> et de politique :
     • Exemple : un point de vue d’où on voit la ville où on candidate
     • Contre exemple : Dans son jardin</p>

<h4 id="2-se-déguiser-en-candidat-e-respectable" id="2-se-déguiser-en-candidat-e-respectable">2. Se déguiser en candidat·e respectable.</h4>

<p>Ça j&#39;ai eu du mal. Pour moi c&#39;était classiste de nous demander d&#39;adopter les codes des puissants.</p>

<p><strong>L&#39;avis de la formatrice</strong> : le but des élections est de récupérer des voix de personnes qui ne voteraient pas nécessairement pour nous. La moitié des électeurices ont plus de 50 ans, et ces électeurices sont conservateurs. Iels pensent que quelqu’un qui ne fait pas l’effort de bien s’habiller (c’est-à-dire de prendre certains des codes vestimentaires des « dominants » = s’habiller comme quelqu&#39;un du PS) ne mérite pas d’être élu·e / ne sera pas sérieux.</p>

<p>C’est nul, mais aujourd’hui ça fonctionne comme ça.</p>

<h4 id="3-préparer-le-contenu-de-l-interview" id="3-préparer-le-contenu-de-l-interview">3. Préparer le contenu de l’interview</h4>
<ul><li>Choisir le <strong>message prioritaire</strong> que l’on veut faire passer et être capable de l’exprimer clairement en une vingtaine de secondes.</li>
<li>Imaginer les questions que Hanouna ou Pascal Praud poserait et préparer ses réponses ; on doit avoir des arguments avec du fond, et ça se travaille.</li>
<li><strong>Ne pas accorder une interview trop longue</strong> pour la préparation d’un reportage : plus l’interview est longue plus lae journaliste pourra choisir au montage un message qui n’est pas central pour vous.</li></ul>

<h4 id="4-pendant-l-interview-garder-le-cap" id="4-pendant-l-interview-garder-le-cap">4. Pendant l&#39;interview : garder le cap</h4>

<p>Souvent on se plaint que lea journaliste n&#39;a retenu que ce qui ne compte pas... Mais souvent c&#39;est qu&#39;on a parlé beaucoup trop longtemps.</p>
<ul><li>Plus l’interview est longue plus lea journaliste pourra choisir au montage un message qui n’est pas central pour vous.</li>
<li><strong>Ne PAS reprendre l&#39;argumentaire de nos détracteurs</strong>.
Par exemple ne pas utiliser les expressions « écologistes et agriculteurs en guerre » ou « écologie punitive » même si c’est mots ont été utilisés dans la question. L’idée est que réutiliser ces mots leur donnent de l’audience, et en plus notre cerveau a du mal à voir que c’est utilisé avec une négation, et on contribue donc à renforcer cet ancrage.</li></ul>

<p>On a travaillé le fait de ne pas reprendre l&#39;argumentaire de nos détracteurs sur un exercice (enfin, ça n&#39;a pas été fait dans ce sens là, ce qui pédagogiquement est un peu dommage) où on devait répondre à des journalistes après une action activiste d&#39;écologistes contre l&#39;utilisation d&#39;un pesticide..
Bref, un exemple de comment répondre sans prendre l&#39;argumentaire de l&#39;opposition  :</p>
<ul><li>Q : <em>est-ce que vous diriez aussi que c’est toujours la guerre entre écologistes et les agriculteurs</em> ?</li>

<li><p>R : <em>Les écologistes sont les meilleurs amis et soutiens des agriculteurs. Nous avons fait blabla nos avons des agriculteurs dans nos rangs</em>.</p></li>

<li><p><strong>Afficher une posture « sérieuse »</strong>
On rappelle que le but est de se faire élire par des personnes qui ne liront pas notre programme et qui nous jugerons en 5 secondes sur notre apparence. Nous n’avons en général pas le luxe de casser les codes, sauf si nous avons déjà gagné ou une belle image de marque.
Donc quelques conseils au visionnage de nos vidéos brouillonnes :</p></li>

<li><p>S’ancrer dans le sol, et ne pas trop bouger (mains, corps)</p></li>

<li><p>Garder le sérieux (pas de blague etc)</p></li>

<li><p>Prendre le temps de bien respirer pour pouvoir poser sa voix.</p></li></ul>

<h3 id="le-communiqué-de-presse" id="le-communiqué-de-presse">Le communiqué de presse</h3>

<p>Il faut faire simple, court et surtout facile à lire. C&#39;est l&#39;opposé de complet et précis.</p>

<h4 id="l-introduction" id="l-introduction">L&#39;introduction</h4>

<p>Tout en haut du CP, les 5 W</p>
<ul><li>Who (qui),</li>
<li>What (quoi),</li>
<li>When (quand),</li>
<li>Why (pourquoi),</li>
<li>Where (où ?)</li></ul>

<blockquote><p>Ex : le groupe local des écologistes du Grand Libournais Nord Gironde vous convient à une conférence le 23/04/2072 à la salle des fêtes de Libourne pour comprendre le scandale de la déchetterie de Lapouyade.</p></blockquote>

<h4 id="titre-et-sous-titre" id="titre-et-sous-titre">Titre et sous titre</h4>

<blockquote><p>  Ex :   • Titre :  Déchetterie à Lapouyade
    • Sous titre : un scandale financier</p></blockquote>

<h4 id="un-ou-deux-paragraphes-de-contexte" id="un-ou-deux-paragraphes-de-contexte">Un ou deux paragraphes de contexte</h4>

<p>On peut faire ça en 600 signes.  En faisant ça, on facilite la vie du journaliste qui peut reprendre à l’identique le communiqué pour en faire une rubrique courte dans un journal.
On a eu plusieurs témoignages de communiqué de presse repris à l&#39;identique par lae journaliste, et c&#39;est pas mal car au moins comme ça c&#39;est bien notre message qui passe.</p>

<h2 id="p-id-off-quartiers-atelier-off-radicalement-votre-sur-les-quartiers-populaires-avant-garde-de-l-écologie-p" id="p-id-off-quartiers-atelier-off-radicalement-votre-sur-les-quartiers-populaires-avant-garde-de-l-écologie-p"><p id="OFF-quartiers" id="OFF-quartiers">Atelier OFF radicalement votre sur les quartiers populaires : avant garde de l’écologie</p></h2>

<h3 id="1-ne-pas-apporter-l-écologie-dans-les-quartiers-populaires" id="1-ne-pas-apporter-l-écologie-dans-les-quartiers-populaires">1. Ne pas <em>apporter</em> l&#39;écologie dans les quartiers populaires</h3>

<p>Les intervenant·es nous ont rappelé que les habitant·es de ces quartiers ont en général des modes de vie plus « écologiques » que les personnes qui ont plus de moyens. Il est donc très malvenu que les écolos urbains viennent dans les quartiers pour « apporter l’écologie » et donner des leçons de comportement.</p>

<h3 id="2-parler-positivement-des-quartiers-populaires" id="2-parler-positivement-des-quartiers-populaires">2. Parler positivement des quartiers populaires</h3>

<p>Le deuxième point est qu’on voit souvent ces quartiers comme des lieux qui <em>manquent de tout</em>.
Et c’est en partie vrai : ils manquent d’espaces verts, ils manquent de transports en commun et d’habitats décents.
MAIS ils ont <em>une vraie solidarité et un dynamisme impressionnant</em> qui sont des modèles pour les quartiers pépères plus « favorisés ».</p>

<h3 id="3-laisser-sa-place" id="3-laisser-sa-place">3. Laisser sa place</h3>

<p>Enfin, le matériel de campagne des écolos, les personnes qui les représentent, ne sont pas du tout audibles dans les quartiers populaires. Il y a nécessité d’avoir plus de diversité sociale dans le parti, <em>surtout</em> dans les postes de représentation.</p>

<blockquote><p>Les personnes qui sont actuellement au pouvoir (têtes de liste, co-secrétaires, etc) doivent <strong>se retirer</strong> pour laisser la place à des personnes qui ont peut être parfois une moins bonne formation politique (c&#39;est l&#39;excuse pour ne pas laisser sa place) mais qui sont confronté·es à un plafond de verre.</p></blockquote>

<p>es personnes qui subissent le plafond de verre et qui sont issues des quartiers populaires sont intelligentes, brillantes, et ne demandent qu’à apprendre.</p>

<p>Aux hommes et femmes blanches bien né·es de laisser leur place et d’être des soutiens pour les accompagner dans l’exercice du pouvoir 🙌</p>

<p>Grâce à cet atelier, j&#39;ai pu (mieux) découvrir :
    • Sabah Badji (tête de liste à Avignon),
    • Hassen Hammou (Marseille)
    • Melissa Camara (Eurodéputée)
    • Lydia Frentzl (Conseillère municipale à Marseille)</p>

<h2 id="p-id-formationantisemitisme-formation-sur-la-lutte-contre-l-antisémitisme-p" id="p-id-formationantisemitisme-formation-sur-la-lutte-contre-l-antisémitisme-p"><p id="FormationAntisemitisme" id="FormationAntisemitisme">Formation sur la lutte contre l&#39;antisémitisme</p></h2>

<p>Je n’ai aucune formation sur ces sujets, je ne reconnais jamais un nom d’origine juive, j’avais donc tout à apprendre.</p>

<h3 id="erreur-n-1-penser-que-le-fait-de-se-reconnaître-ou-d-être-perçu-comme-juif-ve-est-lié-à-la-religion" id="erreur-n-1-penser-que-le-fait-de-se-reconnaître-ou-d-être-perçu-comme-juif-ve-est-lié-à-la-religion">Erreur n°1 : penser que le fait de se reconnaître (ou d’être perçu comme) juif·ve est lié à la religion</h3>

<p>C’est une erreur qui est souvent faite, même par des personnalités politiques qui vont dire « tout mon soutien aux personnes de confession juive » au lieu de dire « tout mon soutien à la communauté juive ».</p>

<p>On se sent juif car on a une histoire d’immigration juive, qu’on a des parents ou des grands parents juifs, qu’on est dans une culture juive, ou qu’on a la religion juive, ou …
Et parfois, on ne se sent pas juif, mais on nous renvoie l&#39;être. Comme dirait Sartre (m&#39;a-t-on dit sur Mastodon), « c&#39;est l&#39;antisémite qui fait le juif ».</p>

<h3 id="erreur-n-2-partager-et-renforcer-les-mythes-antisémites" id="erreur-n-2-partager-et-renforcer-les-mythes-antisémites">Erreur n°2 : partager et renforcer les mythes antisémites</h3>

<p>Un grand nombre de messages (ou de visuels ou ...) sont antisémites quand ils propagent ou refont vivre des grands mythes antisémites (et évidemment, il y en a plein que je ne connaissais pas)</p>

<h4 id="mythe-n-1-le-mythe-déïcide" id="mythe-n-1-le-mythe-déïcide">Mythe n°1 : Le mythe déïcide</h4>

<p>Il y a un mythe (faux donc) qui dit que c’est le peuple juif qui aurait tué Jésus. Ce mythe chrétien a justifié de nombreux massacres de juifs. Ce mythe est encore utilisé aujourd’hui pour dénoncer le génocide palestinien est ça renforce l’antisémitisme.
On a vu par exemple une image avec un jésus en croix portant le foulard palestinien avec derrière lui une foule de militaire rappelant les SS et encore derrière les ruines de Gaza. Cette image rappelle le mythe déïcide et rend responsable du génocide les juifs et non l&#39;armée israélienne.</p>

<h4 id="mythe-n-2-les-juifs-sont-responsables-de-tous-les-maux" id="mythe-n-2-les-juifs-sont-responsables-de-tous-les-maux">Mythe n°2 – les juifs sont responsables de tous les maux.</h4>

<p>Les sociétés fonctionnent toujours avec la recherche de boucs émissaires. Les juifs ont souvent été désignés comme les boucs-émissaires évidents. Ils ont par exemples été désignés comme responsables de la peste ou des puits empoisonnés ou de tous les maux de la société.</p>

<p>Pour la peste, on peut expliquer car ils étaient moins touchés par la peste car ils étaient exclus / isolés… Quand les juifs ont été expulsés de France, le rôle de bouc-émissaire a été transféré aux femmes, et en particulier aux sorcières.</p>

<p>On retrouve ce trope par exemple quand :</p>

<blockquote><p>      ◦ Il y a un crime pédophile, on se demande si le suspect est juif
        ◦ Il y a une personnalité juive, on l’accuse de pédophilie.</p></blockquote>

<h4 id="mythes-3-et-4-richesse-et-pouvoir" id="mythes-3-et-4-richesse-et-pouvoir">Mythes 3 et 4 : richesse et pouvoir</h4>
<ul><li>Mythe n°3 : <strong>les juifs seraient riches</strong> : pas plus que d’autres catégories de la population, mais ce mythe prend son origine dans le fait que dans le passé, les chrétiens n’avaient pas le droit de prêter de l’argent pour en gagner (usure).</li>
<li>Mythe n°4 – <strong>les juifs seraient puissants</strong> : pas plus que les chrétiens ou les protestants, mais par le passé, les juifs ont peut être eu des raisons de se rapprocher des cercles de pouvoir puisqu’ils pouvaient être exterminés ou exilés du jour au lendemain.</li></ul>

<p>Les deux derniers mythes permettent de se désolidariser de la lutte contre l’anti-sémitisme qui serait moins grave que les autres racismes.
En effet, les autres racismes seraient envers des personnes plus pauvres que la moyenne et moins puissantes que la moyenne, donc c’est plus charitable de les plaindre. L’antisémitisme serait un problème de bourgeois blancs.</p>

<blockquote><p>Sauf que l’antisémitisme <strong>tue</strong> encore aujourd&#39;hui, et qu’aucune mort ne vaut davantage qu’une autre.</p></blockquote>

<h4 id="alors-on-fait-quoi" id="alors-on-fait-quoi">Alors on fait quoi ?</h4>

<p>On n&#39;a pas eu beaucoup d&#39;infos sur quoi faire, mais je retiens deux choses :</p>
<ol><li>Se former pour repérer les tropes anti-sémites</li>
<li>Écouter et ne pas se vexer si on nous fait remarquer qu&#39;on a dit quelque chose d&#39;antisémite</li>
<li>Ne pas mettre en concurrence des drames, des victimes, des mémoires, des nombres de morts etc.</li></ol>

<p>On peut dénoncer le massacre des gazaouis sans être antisémite. Ce n&#39;est pas utile de comparer le nombre de morts dans différents conflits pour faire des <em>compétitions</em>. C’est du <em>whataboutisme</em> qui nuit toujours aux luttes.</p>

<h2 id="p-id-off-antispecisme-off-radicalement-votre-l-antispécisme-p" id="p-id-off-antispecisme-off-radicalement-votre-l-antispécisme-p"><p id="OFF-antispecisme" id="OFF-antispecisme">OFF radicalement votre – l’antispécisme</p></h2>

<p>Je n’ai pas été très à l’aise avec les intervenant·es de la société civile que j’ai trouvés plutôt méprisant·es ou condescendant·es avec les personnes qui ne pensent pas comme elleux.</p>

<p>’ai par contre apprécié à la discussion que j’ai ensuite eue avec Théo et Charlotte qui m’ont expliqué que l’anti-spécisme n’est pas une théorie figée et que je ne suis pas obligée d’adhérer à tout ce que dit Aymeric Caron pour me revendiquer de l’anti-spécisme.</p>

<p> Il suffit en gros de dire qu’on veut <strong>sortir d’un système de domination des animaux</strong>, comme on peut être féministe et ne pas adhérer aux thèses de toutes les féministes.</p>

<p>Du coup, je crois que je pourrais me définir comme anti-spéciste 🤔</p>

<p>(j&#39;avoue que les posts des vegan ultra véner de masto me font avoir pas du tout envie de porter cette étiquette... mais on a probablement besoin de modérés qui portent aussi cette étiquette)</p>

<h2 id="p-id-formationconflit-formation-résolution-de-conflit-p" id="p-id-formationconflit-formation-résolution-de-conflit-p"><p id="FormationConflit" id="FormationConflit">Formation – résolution de conflit </p></h2>

<p>J’ai été rassurée que ça ne soit pas une formation qui utilise des outils BS comme le disc ou autres. Le formateur s’appuie sur deux cadres :</p>
<ul><li>La communication non violente, que je connaissais déjà,</li>
<li>et l’ATCC : Approche et Transformation Constructive des Conflits.</li></ul>

<p>Dans cette deuxième approche, l’idée est que le conflit pour souvent entre plusieurs personnes, mais il révèle un problème sous-jacent de structure ou de culture. J’ai beaucoup aimé cette idée et j’aimerais approfondir ce sujet. 📖</p>

<p>Malheureusement, la formateur a passé beaucoup de temps à présenter des anecdotes personnelles et on a peu eu l’occasion de pratiquer et/ou de conseils pratiques.</p>

<h2 id="p-id-off-vss-atelier-off-radicalement-votre-retour-sur-la-commission-d-enquête-sur-les-vss-dans-le-monde-de-la-culture-p" id="p-id-off-vss-atelier-off-radicalement-votre-retour-sur-la-commission-d-enquête-sur-les-vss-dans-le-monde-de-la-culture-p"><p id="OFF-VSS" id="OFF-VSS">Atelier OFF Radicalement Votre – Retour sur la commission d’enquête sur les VSS dans le monde de la culture</p></h2>

<p>Il y avait 3 intervenantes pour cet atelier :</p>
<ul><li>Emmanuelle Dancourt,  journaliste fondatrice de <a href="/depuis-les-gorces/tag:MeTooMedia" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">MeTooMedia</span></a>,</li>
<li>Karine Huet, secrétaire générale du SNAM CGT</li>
<li>et Sandrine Rousseau, députée écologiste et présidente de la commission d’enquête sur les VSS.</li></ul>

<p>Je retiens deux éléments :</p>
<ol><li>Aujourd’hui il est super difficile de médiatiser une affaire de VSS
(par ex elles n&#39;arrivent pas à médiatiser une affaire avec 800 victimes présumées dont 300 ont déjà porté plainte 😦 )</li>
<li>Il y a un énorme besoin de formation, et de formation de qualité, qui prenne en compte la question du patriarcat et de l’aspect systémique des VSS. Et ça c&#39;est ma came, et ça me donne envie d&#39;agir.</li></ol>

<h2 id="conclusion-1" id="conclusion-1">Conclusion</h2>

<p>Je suis bien contente d&#39;avoir été à ces journées pour apprendre des nouvelles choses. Je suis aussi contente d&#39;avoir mis cette liste au propre pour partager, et surtout, ne pas tout oublier sitôt dans le TGV du retour 😉.</p>

<p>On peut poursuivre la discussion avec plaisir, par mail ou sur <a href="https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu/115083833885835623" rel="nofollow">mastodon</a> 😉.</p>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:LesEcologistes" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">LesEcologistes</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Politique" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Politique</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a></p>
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      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/ce-que-jai-appris-aux-journees-dete-des-ecologistes-2025</guid>
      <pubDate>Wed, 27 Aug 2025 06:55:01 +0200</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Des recommandations de lecture pas si anodines</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/tu-lis-quoi-cet-ete-toi</link>
      <description>&lt;![CDATA[Société&#xA;Tu lis quoi cet été, toi ? Récemment, sur l&#39;application messagerie d&#39;un groupe militant, on a commencé à s&#39;échanger nos lectures de l&#39;été. Alors que je me réjouissais de toutes ces idées de lectures, en même temps que je me désolais de ce que je n&#39;aurais jamais le temps de tout lire, je me suis demandée si cette pratique n&#39;était pas excluante...&#xA;!--more--&#xA;Hiérarchie des genres  &#xA;Ado, je lisais tout. Je m&#39;ennuyais chez mon père, chez ma grand-mère, au collège, donc je lisais tout ce que je trouvais. &#xA;&#xA;Jeune adulte, j&#39;ai eu ma période romans de gare, que je lisais surtout dans le train et dans les transports. &#xA;&#xA;Je lis encore quelques romans l&#39;été. Je veux que ça soit de très bons romans. Pas un roman policier de gare, ou plein de bons sentiments ou de SF. Nan, je veux de la littérature, des classiques, ou des romans modernes. Et puis si possible, en version originale quand c&#39;est en anglais. &#xA;&#xA;Je me suis rapidement rendue compte que je classais les genres littéraires. Tout en haut, l&#39;essai philosophique à la « Le mythe de Sisyphe » de Camus que je me rappelle essayer de lire en prépa (sans grand succès). Tout en bas, la romance, les livres fleur-bleu, ou les livres guimauves comme « L&#39;alchimiste » de Paulo Coelho. Au milieu, les romans policier bien travaillés, comme « Le nom de la rose » d&#39;Umberto Eco ; ou les grands classiques comme Zola, Zweig ou Herman Hesse. &#xA;&#xA;Je fais donc partie des gens qui jugent fort les livres. Avant, je me faisais un avis en 30 secondes sur les gens en regardant leur bibliothèque ou leurs lectures. Maintenant je crois que j&#39;enregistre juste l&#39;information des lectures que cette personne aime sans l&#39;utiliser pour nous classer sur une sorte d&#39;échelle sociale. &#xA;&#xA;Récemment, j&#39;ai organisé une causerie féministe chez moi. Mon but était de faire se parler des femmes de milieux sociologiques différents. On a préparé cet échange avec une copine et j&#39;ai proposé qu&#39;à un moment chacune puisse recommander une lecture. Et ma copine m&#39;a fait remarquer à juste titre que c&#39;était une super mauvaise idée. Ça risquait de mettre mal à l&#39;aise celles qui n&#39;auraient pas eu un livre intello, ou juste un livre tout court, à recommander. Elle me rappelait à quel point nos lectures sont un marqueur social. &#xA;&#xA;Bavardages culturels &#xA;Quand je suis arrivée à l&#39;ENS, je me sentais pas du bon milieu quand mes camarades discutaient d&#39;opéra et de musique classique (je ne connais que Carmina Burana), savaient tous skier, et avaient tous des références en politique. Ça a participé à mon sentiment de ne pas être à la bonne place et à mon mal-être à cette période, et je suis sure qu&#39;essayant d&#39;être à la hauteur, j&#39;étalais comme de la confiture ce que j&#39;avais de capital culturel et mettait mal à l&#39;aise d&#39;autres personnes. &#xA;&#xA;Mais je me sentais aussi un peu exclue quand j&#39;avais 20 ans et que ma bande de copains d&#39;alors passait des heures à bavarder sur les dessins animés qu&#39;ils avaient vu enfants. Moi je n&#39;avais pas eu la TV et donc je ne connaissais rien. Ma petite cousine fille de bourgeois sans TV achetait avec son argent de poche Télé 7 jours pour avoir les résumés des séries à la mode et pouvoir discuter avec les copines à la récré.  &#xA;&#xA;J&#39;ai donc l&#39;impression que ces discussions sur nos pratiques culturelles fondent l&#39;identité d&#39;un groupe en excluant celleux qui sont différent·es, et en rapprochant celleux qui se ressemblent. &#xA;&#xA;Pour un groupe d&#39;ami·es, dans une famille c&#39;est surement normal. On se rapproche (je crois) des gens qui nous ressemblent, et on renforce une culture commune. On pourrait discuter du sentiment d&#39;illégitimité que ça crée pour les personnes qui arrivent dans le groupe (par exemple les conjoint·es), du renforcement des différences entre groupes sociaux, mais ça n&#39;est pas l&#39;objet de cet article. &#xA;&#xA;Dans un groupe qui ne se base pas sur les affinités &#xA;J&#39;en arrive à mon interrogation du moment. Je distingue le groupe d&#39;ami·es du lieu que l&#39;on construit pour qu&#39;il soit accueillant pour des personnes différentes de nous.  &#xA;&#xA;Par exemple, dans un groupe militant, on veut à la fois : &#xA;&#xA;Partager ce qui nous fait grandir et progresser, et donc des livres, des reportages, et des articles de presse.  &#xA;Être un groupe inclusif qui inclue de la même manière toutes les personnes quels que soient leurs capital(s) : culturel, économique et social, ou leurs privilèges (ou absence de privilèges).  &#xA;&#xA;Des attentions pour ne pas reproduire les inégalités de la société &#xA;On met en place une cagnotte solidaire ou de l&#39;hébergement militant pour permettre aux personnes qui n&#39;ont pas beaucoup de ressources financières de participer à nos évènements. &#xA;&#xA;On réfléchit à des solutions de garde (pour le moment ça n&#39;est pas très effectif) pour permettre aux parents isolé·es de venir aux évènements militants. &#xA;&#xA;Un manque d&#39;attention qui peut exclure doucement&#xA;Récemment, nous avons échangé une quinzaine de messages montrant nos lectures toutes plus intellos les unes que les autres sur le fil discussion de notre groupe militant. &#xA;&#xA;Il y avait : &#xA;&#xA;Des personnes qui montrent leurs lectures du moment avec des photos de couvertures de livres, tous un peu intellos. &#xA;Des personnes qui commentent en disant qu&#39;elles en ont lu certains (j&#39;en fais partie) &#xA;Et surement beaucoup de personnes qui n&#39;ont pas participé. &#xA;&#xA;J&#39;ai vécu la même chose sur le canal discussion d&#39;un slack professionnel. &#xA;&#xA;Norme sociale &#xA;J&#39;ai l&#39;impression que ce type d&#39;échange donne  l&#39;impression que la norme sociale de ce groupe (= ce qui se fait) c&#39;est de lire des gros livres intellos. Implicitement, ça dit que c&#39;est un comportement qui permet d&#39;appartenir davantage au groupe. Et on peut se sentir illégitime quand on n&#39;a pas ces pratiques culturelles. &#xA;&#xA;Boy&#39;s club &#xA;Un peu comme dans l&#39;article de Jo Freeman que j&#39;avais résumé a href=&#34;https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/lecture-la-tyrannie-de-labsence-de-structures-jo-freeman&#34;ici/a, ce type de pratique renforce la création d&#39;une élite informelle au sein du groupe militant. Les personnes qui partagent les mêmes lectures vont naturellement se sentir plus proches. Ces conversations semi privées vont renforcer des liens d&#39;amitiés qui deviendront peut-être des moyens d&#39;exercer le pouvoir au sein du groupe. &#xA;&#xA;Alors on fait quoi ? &#xA;En même temps que je me posais ces questions, je n&#39;ai pas pu résister à partager la a href=&#34;https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/lectures-des-romans-ecrits-par-des-femmes&#34;liste de livres feel good écrits par des femmes qui m&#39;avait été récemment partagée sur Mastodon/a. Je me suis rassurée en me disant qu&#39;il y avait aussi des livres moins snobs dans cette liste. Mais est-ce que je n&#39;aurais pas du m&#39;abstenir pour éviter de remettre une pièce dans la machine ? &#xA;&#xA;⚠️ La réflexion qui suit concerne les espaces que l&#39;on veut inclusifs, et en particulier les messageries de groupes militants ou professionnels.&#xA;&#xA;Voici quelques pistes auxquelles j&#39;ai pensé, aidée par les conversation avec les copaines de mastodon et de la vraie vie. &#xA;&#xA;Ne pas confondre réseau social, blog, et messagerie de groupe&#xA;Aujourd&#39;hui, les réseaux sociaux servent souvent une mise en scène de nous même. On se montre comme on aimerait qu&#39;on nous voit, et ça peut être en train de lire un gros livre. On fait alors un selfie avec le livre, ou bien une photo de la couverture avec en arrière plan cet endroit trop beau où on a la chance d&#39;être. On instagramme notre quotidien. &#xA;Ça me fait penser à l&#39;épisode sur Instagram du podcast le code a changé où Xavier Delaporte interviewe un de ses copains qui poste des selfies sur Instagram. &#xA;&#xA;a href=&#34;https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-code-a-change/comment-peut-on-aimer-instagram-avec-philippe-mangeot-8800926&#34;Lien vers l&#39;épisode : comment peut on aimer instagram avec Philippe Mangeot/a. &#xA;&#xA;Mais il n&#39;y a pas que l&#39;aspect narcissique dans nos partages de lectures sur les réseaux sociaux. Il y a aussi un aspect de micro-blogging. On partage nos lectures pour faire découvrir un livre ou pour parler avec des personnes qui ont aussi lu ce livre. C&#39;est sur Mastodon avec le hashtag #VendrediLecture que je trouve un grand nombre d&#39;idées de lecture. Et c&#39;est aussi pour ça que je partage sur ce blog mes notes de lecture. &#xA;&#xA;Mais une messagerie de groupe militant n&#39;est PAS un réseau social à la Instagram ni une plateforme de micro-blogging. Je pense qu&#39;il faut donc éviter les pratiques de ces réseaux et en particulier : &#xA;&#xA;Ne pas faire du name-dropping de livres qu&#39;on a lus, &#xA;Ne pas surenchérir d&#39;un : « Moi aussi je l&#39;ai lu » qui implicitement dit : t&#39;as vu on fait partie du même groupe social !!! &#xA;&#xA;Partager et raconter ce que nos lectures apportent pour les préoccupations du groupe &#xA;&#xA;À l&#39;inverse, il me semble que c&#39;est ok de partager ce qu&#39;on a lu/vu en expliquant ce que ça apporte par rapport aux préoccupations du groupe. &#xA;&#xA;Par exemple de dire qu&#39;on a lu tel roman (au hasard « Paresse pour tous »), qu&#39;on a beaucoup aimé parce que ça dépeint l&#39;arrivée au pouvoir d&#39;un politique comment on en rêve etc. &#xA;Comme ça, la personne qui n&#39;a pas lu le livre, et qui ne le lira pas parce que ça n&#39;est pas trop son truc, gagne quelque chose de notre message. Elle peut faire quelque chose de cette information autre que de juste l&#39;utiliser pour se juger de manière dépréciative (« moi je ne lis pas ») ou au contraire, en se sentant supérieure (« Moi je lis des trucs plus intellos »). &#xA;&#xA;Get a room ! &#xA;Parfois on a très envie de réagir pour discuter avec une personne, et ça devient plus une discussion à 2 qu&#39;une discussion avec le groupe. On peut se demander pourquoi on garde cette discussion publique. Est-ce qu&#39;on veut se donner à voir ayant ce type de discussion ? &#xA;&#xA;Peut-être ce serait aussi simple dans ce cas de passer en privé pour continuer l&#39;échange sans se donner en spectacle. &#xA;&#xA;Interagir avec toustes&#xA;Pour éviter l&#39;effet Boys&#39; club, on peut aussi essayer d&#39;interagir (mettre un pouce, répondre) autant, si ce n&#39;est plus, avec les personnes qui s&#39;expriment peu, ou qui ne font pas partie du boys&#39; club, de la petite élite de ce groupe. &#xA;&#xA;Conclusion&#xA;Je serai très intéressée pour avoir le point de vue de personnes qui lisent peu, ou pas des gros livres intellos parce qu&#39;en vrai, j&#39;ai très peu de certitudes sur ce que serait une bonne pratique inclusive vis à vis du capital culturel dans les espaces militants. &#xA;&#xA;Et pour poursuivre la discussion, on peut se retrouver sur a href=&#34;https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu&#34;mastodon/a, comme je ne sais pas activer les commentaires sur ce blog, et que j&#39;ai hâte de vous lire !&#xA;&#xA;Pour aller plus loin&#xA;Sur les conseils des mastonautes, j&#39;ai écouté l&#39;épisode a href=&#34;https://www.arteradio.com/son/chacun-son-beauf&#34;« Chacun son beauf » /adu podcast « Vivons heureux avant la fin du monde » et je l&#39;ai trouvé éclairant. Je trouve qu&#39;il justifie vraiment qu&#39;on travaille dans nos espaces militants sur comment être moins méprisant culturellement. &#xA;&#xA;#Lecture #Societe ]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a>
<em>Tu lis quoi cet été, toi ? Récemment, sur l&#39;application messagerie d&#39;un groupe militant, on a commencé à s&#39;échanger nos lectures de l&#39;été. Alors que je me réjouissais de toutes ces idées de lectures, en même temps que je me désolais de ce que je n&#39;aurais jamais le temps de tout lire, je me suis demandée si cette pratique n&#39;était pas excluante...</em>
</p>

<h2 id="hiérarchie-des-genres" id="hiérarchie-des-genres">Hiérarchie des genres</h2>

<p>Ado, je lisais tout. Je m&#39;ennuyais chez mon père, chez ma grand-mère, au collège, donc je lisais tout ce que je trouvais.</p>

<p>Jeune adulte, j&#39;ai eu ma période romans de gare, que je lisais surtout dans le train et dans les transports.</p>

<p>Je lis encore quelques romans l&#39;été. Je veux que ça soit de très bons romans. Pas un roman policier de gare, ou plein de bons sentiments ou de SF. Nan, je veux de la littérature, des classiques, ou des romans modernes. Et puis si possible, en version originale quand c&#39;est en anglais.</p>

<p>Je me suis rapidement rendue compte que je classais les genres littéraires. Tout en haut, l&#39;essai philosophique à la « Le mythe de Sisyphe » de Camus que je me rappelle essayer de lire en prépa (sans grand succès). Tout en bas, la romance, les livres fleur-bleu, ou les livres guimauves comme « L&#39;alchimiste » de Paulo Coelho. Au milieu, les romans policier bien travaillés, comme « Le nom de la rose » d&#39;Umberto Eco ; ou les grands classiques comme Zola, Zweig ou Herman Hesse.</p>

<p>Je fais donc partie des gens qui jugent fort les livres. Avant, je me faisais un avis en 30 secondes sur les gens en regardant leur bibliothèque ou leurs lectures. Maintenant je crois que j&#39;enregistre juste l&#39;information des lectures que cette personne aime sans l&#39;utiliser pour nous classer sur une sorte d&#39;échelle sociale.</p>

<p>Récemment, j&#39;ai organisé une causerie féministe chez moi. Mon but était de faire se parler des femmes de milieux sociologiques différents. On a préparé cet échange avec une copine et j&#39;ai proposé qu&#39;à un moment chacune puisse recommander une lecture. Et ma copine m&#39;a fait remarquer à juste titre que c&#39;était une super mauvaise idée. Ça risquait de mettre mal à l&#39;aise celles qui n&#39;auraient pas eu un livre intello, ou juste un livre tout court, à recommander. Elle me rappelait à quel point <strong>nos lectures sont un marqueur social</strong>.</p>

<h2 id="bavardages-culturels" id="bavardages-culturels">Bavardages culturels</h2>

<p>Quand je suis arrivée à l&#39;ENS, je me sentais <em>pas du bon milieu</em> quand mes camarades discutaient d&#39;opéra et de musique classique (je ne connais que Carmina Burana), savaient tous skier, et avaient tous des références en politique. Ça a participé à mon sentiment de ne pas être à la bonne place et à mon mal-être à cette période, et je suis sure qu&#39;essayant d&#39;être à la hauteur, j&#39;étalais comme de la confiture ce que j&#39;avais de capital culturel et mettait mal à l&#39;aise d&#39;autres personnes.</p>

<p>Mais je me sentais aussi un peu exclue quand j&#39;avais 20 ans et que ma bande de copains d&#39;alors passait des heures à bavarder sur les dessins animés qu&#39;ils avaient vu enfants. Moi je n&#39;avais pas eu la TV et donc je ne connaissais rien. Ma petite cousine fille de bourgeois sans TV achetait avec son argent de poche Télé 7 jours pour avoir les résumés des séries à la mode et pouvoir discuter avec les copines à la récré.</p>

<p>J&#39;ai donc l&#39;impression que ces <strong>discussions sur nos pratiques culturelles fondent l&#39;identité d&#39;un groupe</strong> en excluant celleux qui sont différent·es, et en rapprochant celleux qui se ressemblent.</p>

<p><strong>Pour un groupe d&#39;ami·es, dans une famille c&#39;est surement normal</strong>. On se rapproche (je crois) des gens qui nous ressemblent, et on renforce une culture commune. On pourrait discuter du sentiment d&#39;illégitimité que ça crée pour les personnes qui arrivent dans le groupe (par exemple les conjoint·es), du renforcement des différences entre groupes sociaux, mais ça n&#39;est pas l&#39;objet de cet article.</p>

<h2 id="dans-un-groupe-qui-ne-se-base-pas-sur-les-affinités" id="dans-un-groupe-qui-ne-se-base-pas-sur-les-affinités">Dans un groupe qui ne se base pas sur les affinités</h2>

<p>J&#39;en arrive à mon interrogation du moment. Je distingue le groupe d&#39;ami·es du lieu que l&#39;on construit <strong>pour qu&#39;il soit accueillant pour des personnes différentes de nous</strong>.</p>

<p>Par exemple, <strong>dans un groupe militant</strong>, on veut à la fois :</p>
<ul><li><strong>Partager</strong> ce qui nous fait grandir et progresser, et donc des livres, des reportages, et des articles de presse.<br></li>
<li><strong>Être un groupe inclusif</strong> qui inclue de la même manière toutes les personnes quels que soient leurs capital(s) : culturel, économique et social, ou leurs privilèges (ou absence de privilèges).<br></li></ul>

<h3 id="des-attentions-pour-ne-pas-reproduire-les-inégalités-de-la-société" id="des-attentions-pour-ne-pas-reproduire-les-inégalités-de-la-société">Des attentions pour ne pas reproduire les inégalités de la société</h3>

<p>On met en place une cagnotte solidaire ou de l&#39;hébergement militant pour permettre aux personnes qui n&#39;ont pas beaucoup de <strong>ressources financières</strong> de participer à nos évènements.</p>

<p>On réfléchit à <strong>des solutions de garde</strong> (pour le moment ça n&#39;est pas très effectif) pour <strong>permettre aux parents isolé·es de venir aux évènements militants</strong>.</p>

<h2 id="un-manque-d-attention-qui-peut-exclure-doucement" id="un-manque-d-attention-qui-peut-exclure-doucement">Un manque d&#39;attention qui peut exclure doucement</h2>

<p>Récemment, nous avons échangé une quinzaine de messages montrant nos lectures toutes plus intellos les unes que les autres sur le fil discussion de notre <strong>groupe militant</strong>.</p>

<p>Il y avait :</p>
<ul><li>Des personnes qui montrent leurs <em>lectures du moment</em> avec des photos de couvertures de livres, tous un peu intellos.</li>
<li>Des personnes qui commentent en disant qu&#39;elles en ont lu certains (j&#39;en fais partie)</li>
<li>Et surement beaucoup de personnes qui n&#39;ont pas participé.</li></ul>

<p>J&#39;ai vécu la même chose sur le canal discussion d&#39;un slack professionnel.</p>

<h3 id="norme-sociale" id="norme-sociale">Norme sociale</h3>

<p>J&#39;ai l&#39;impression que ce type d&#39;échange donne  l&#39;impression que la <strong>norme sociale de ce groupe</strong> (= ce qui se fait) c&#39;est de lire des gros livres intellos. Implicitement, ça dit que c&#39;est un comportement qui permet d&#39;appartenir davantage au groupe. Et on peut se sentir illégitime quand on n&#39;a pas ces pratiques culturelles.</p>

<h3 id="boy-s-club" id="boy-s-club">Boy&#39;s club</h3>

<p>Un peu comme dans l&#39;article de Jo Freeman que j&#39;avais résumé <a href="https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/lecture-la-tyrannie-de-labsence-de-structures-jo-freeman" rel="nofollow">ici</a>, ce type de pratique renforce la création d&#39;une élite informelle au sein du groupe militant. Les personnes qui partagent les mêmes lectures vont naturellement se sentir plus proches. Ces conversations semi privées vont renforcer des liens d&#39;amitiés qui deviendront peut-être des moyens d&#39;exercer le pouvoir au sein du groupe.</p>

<h2 id="alors-on-fait-quoi" id="alors-on-fait-quoi">Alors on fait quoi ?</h2>

<p>En même temps que je me posais ces questions, je n&#39;ai pas pu résister à partager la <a href="https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/lectures-des-romans-ecrits-par-des-femmes" rel="nofollow">liste de livres feel good écrits par des femmes qui m&#39;avait été récemment partagée sur Mastodon</a>. Je me suis rassurée en me disant qu&#39;il y avait aussi des livres moins snobs dans cette liste. Mais est-ce que je n&#39;aurais pas du m&#39;abstenir pour éviter de remettre une pièce dans la machine ?</p>

<p>⚠️ <em>La réflexion qui suit concerne les espaces que l&#39;on veut inclusifs, et en particulier les messageries de groupes militants ou professionnels.</em></p>

<p>Voici quelques pistes auxquelles j&#39;ai pensé, aidée par les conversation avec les copaines de mastodon et de la vraie vie.</p>

<h3 id="ne-pas-confondre-réseau-social-blog-et-messagerie-de-groupe" id="ne-pas-confondre-réseau-social-blog-et-messagerie-de-groupe">Ne pas confondre réseau social, blog, et messagerie de groupe</h3>

<p>Aujourd&#39;hui, les réseaux sociaux servent souvent <strong>une mise en scène de nous même</strong>. On se montre comme on aimerait qu&#39;on nous voit, et ça peut être en train de lire un gros livre. On fait alors un selfie avec le livre, ou bien une photo de la couverture avec en arrière plan cet endroit trop beau où on a la chance d&#39;être. On instagramme notre quotidien.
Ça me fait penser à l&#39;épisode sur Instagram du podcast <em>le code a changé</em> où Xavier Delaporte interviewe un de ses copains qui poste des selfies sur Instagram.</p>
<ul><li><a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-code-a-change/comment-peut-on-aimer-instagram-avec-philippe-mangeot-8800926" rel="nofollow">Lien vers l&#39;épisode : comment peut on aimer instagram avec Philippe Mangeot</a>.</li></ul>

<p>Mais il n&#39;y a pas que l&#39;aspect narcissique dans nos partages de lectures sur les réseaux sociaux. Il y a aussi un aspect de <strong>micro-blogging</strong>. On partage nos lectures pour faire découvrir un livre ou pour parler avec des personnes qui ont aussi lu ce livre. C&#39;est sur Mastodon avec le hashtag <a href="/depuis-les-gorces/tag:VendrediLecture" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">VendrediLecture</span></a> que je trouve un grand nombre d&#39;idées de lecture. Et c&#39;est aussi pour ça que je partage sur ce blog mes notes de lecture.</p>

<p>Mais <strong>une messagerie de groupe militant n&#39;est PAS un réseau social à la Instagram ni une plateforme de micro-blogging</strong>. Je pense qu&#39;il faut donc éviter les pratiques de ces réseaux et en particulier :</p>
<ul><li>Ne pas faire du name-dropping de livres qu&#39;on a lus,</li>
<li>Ne pas surenchérir d&#39;un : « Moi aussi je l&#39;ai lu » qui implicitement dit : t&#39;as vu on fait partie du même groupe social !!!</li></ul>

<h3 id="partager-et-raconter-ce-que-nos-lectures-apportent-pour-les-préoccupations-du-groupe" id="partager-et-raconter-ce-que-nos-lectures-apportent-pour-les-préoccupations-du-groupe">Partager et raconter ce que nos lectures apportent pour les préoccupations du groupe</h3>

<p>À l&#39;inverse, il me semble que c&#39;est <strong>ok de partager ce qu&#39;on a lu/vu en expliquant ce que ça apporte par rapport aux préoccupations du groupe</strong>.</p>

<p>Par exemple de dire qu&#39;on a lu tel roman (au hasard « Paresse pour tous »), qu&#39;on a beaucoup aimé parce que ça dépeint l&#39;arrivée au pouvoir d&#39;un politique comment on en rêve etc.
Comme ça, la personne qui n&#39;a pas lu le livre, et qui ne le lira pas parce que ça n&#39;est pas trop son truc, gagne quelque chose de notre message. Elle peut faire quelque chose de cette information autre que de juste l&#39;utiliser pour se juger de manière dépréciative (« moi je ne lis pas ») ou au contraire, en se sentant supérieure (« Moi je lis des trucs plus intellos »).</p>

<h3 id="get-a-room" id="get-a-room">Get a room !</h3>

<p>Parfois on a très envie de réagir pour discuter avec une personne, et ça devient plus une discussion à 2 qu&#39;une discussion avec le groupe. On peut se demander pourquoi on garde cette discussion publique. Est-ce qu&#39;on veut se donner à voir ayant ce type de discussion ?</p>

<p>Peut-être ce serait aussi simple dans ce cas de passer en privé pour continuer l&#39;échange sans se donner <em>en spectacle</em>.</p>

<h3 id="interagir-avec-toustes" id="interagir-avec-toustes">Interagir avec toustes</h3>

<p>Pour éviter l&#39;effet Boys&#39; club, on peut aussi essayer d&#39;interagir (mettre un pouce, répondre) autant, si ce n&#39;est plus, avec les personnes qui s&#39;expriment peu, ou qui ne font pas partie du boys&#39; club, de la petite élite de ce groupe.</p>

<h2 id="conclusion" id="conclusion">Conclusion</h2>

<p>Je serai très intéressée pour avoir le point de vue de personnes qui lisent peu, ou pas des gros livres intellos parce qu&#39;en vrai, j&#39;ai très peu de certitudes sur ce que serait une bonne pratique inclusive vis à vis du capital culturel dans les espaces militants.</p>

<p>Et pour poursuivre la discussion, on peut se retrouver sur <a href="https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu" rel="nofollow">mastodon</a>, comme je ne sais pas activer les commentaires sur ce blog, et que j&#39;ai hâte de vous lire !</p>

<h2 id="pour-aller-plus-loin" id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin</h2>

<p>Sur les conseils des mastonautes, j&#39;ai écouté l&#39;épisode <a href="https://www.arteradio.com/son/chacun-son-beauf" rel="nofollow">« Chacun son beauf » </a>du podcast « Vivons heureux avant la fin du monde » et je l&#39;ai trouvé éclairant. Je trouve qu&#39;il justifie vraiment qu&#39;on travaille dans nos espaces militants sur comment être moins méprisant culturellement.</p>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Lecture" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Lecture</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a></p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/tu-lis-quoi-cet-ete-toi</guid>
      <pubDate>Wed, 06 Aug 2025 18:14:53 +0200</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Le communisme n’est pas l’alternative du capitalisme</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/le-communisme-nest-pas-lalternative-du-capitalisme</link>
      <description>&lt;![CDATA[Politique&#xA;Régulièrement, quand je discute avec mon père de politique et que je lui montre en quoi le capitalisme c’est pourri, il me répond : « parce que tu trouves que le communisme de Russie c’est mieux ?» Et je ne savais pas trop quoi répondre. Depuis que j’ai écouté les grandes traversées sur Staline, j’ai compris que cet argument était complètement éclaté.&#xA;!--more--&#xA;La gauche et la droite&#xA;Quand j’étais petite, j’avais demandé à ma mère ce que c’était la différence entre la gauche et la droite. Elle m’avait répondu : « tu demanderas à ton grand-père ». Bien joué maman. Donc je demandais à mon grand-père chéri qui m’a alors répondu avec une petite histoire. &#xA;&#xA;  « Imagine que je te donne 10 bonbons à toi, et 10 bonbons à ton frère. Ton frère mange ses 10 bonbons et toi tu n’en manges qu’un. La gauche va partager tes bonbons pour que toi et ton frère vous en ayez autant, et la droite va te laisser tes bonbons ». &#xA;&#xA;Je sais pas pourquoi, mais déjà à l’époque j’avais l’impression de m’être faite avoir car j&#39;avais l&#39;impression que c&#39;était mieux d&#39;être de gauche que de droite (ce qui était l&#39;avis de ma mère mais pas de mon grand-père !). Il m’a fallu une bonne vingtaine d’années pour comprendre ce qui n’allait pas dans cette histoire : on ne nait pas toustes avec 10 bonbons. Le début de l’histoire c’est plutôt : « je te donne 10 bonbons parce que tu es née dans une bonne famille, et à Guillaume je ne lui donne qu’un bonbon parce qu’il n’est pas né au bon endroit ».  &#xA;&#xA;Bref, j’ai grandi, et puis la droite dans ma tête c’est devenu le parti des patrons de des riches, et la gauche le parti qui défendait les opprimé·es. Un peu plus tard j’ai compris qu’à droite on croyait au mythe « quand on veut on peut », et qu&#39;à gauche on a compris qu’on ne nait pas toustes avec les mêmes privilèges. &#xA;&#xA;Le capitalisme&#xA;Gagner de l’argent avec l’argent&#xA;Un jour, mon père  a dit : « nan mais je trouve que le problème du capitalisme aujourd&#39;hui, c’est qu’on récompense plus les capitaux que le travail ». J’ai pas vraiment compris tout de suite. &#xA;Et puis petit à petit j’ai compris que les ultra-riches d’aujourd’hui ne travaillent pas comme moi. Ils ont de l’argent, beaucoup d’argent, ils le prêtent, et ils gagnent de l’argent avec cet argent. Ainsi, aujourd’hui il me faudrait des millions d’années de travail pour arriver au niveau de richesse d’un Elon Musk ou d’un Bernard Arnaud. C’est bien la preuve que ça n’est pas le travail qui est rétribué. &#xA;&#xA;Effets secondaires du capitalisme&#xA;Plus les années passent, plus je me rends compte que la société dans laquelle on vit n’est pas désirable.&#xA;Ma première prise de conscience a été envers le patriarcat. Pourquoi les femmes sont-elles moins bien traitées que les hommes dans notre société ? Pourquoi autant de femmes sont-elles tuées par leurs conjoints chaque année ? Et puis j’ai compris que dans une société capitaliste, les hommes tiraient profit du travail gratuit des femmes quand elles étaient à la maison. &#xA;&#xA;J’ai ensuite pris conscience un peu en même temps que le monde du travail nous détruisait en nous conduisant à des burn-out avant 35 ans, et que notre société était en train de bousiller la planète. Je me rendais compte que notre société capitaliste cherchait à faire du profit, des bénéfices sur le dos des humains (la ressource humaine) et de la nature (la ressource tout court). &#xA;&#xA;Bref, j’en arrivais à la conclusion : &#xA;  Mort au capitalisme.  &#xA;&#xA;Le communisme&#xA;Et donc c’est quoi l’alternative ? Pour mon père, l’alternative, c’est le communisme, et ça mène à la dictature. Étant donnée mon inculture crasse en politique, histoire, et géopolitique, je répondais rien, mais j’étais pas super convaincue. &#xA;&#xA;Cette semaine, j’ai écouté a href=&#34;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-devenir-staline&#34;un super podcast de France Culture (Les grandes traversées) sur Staline/a. &#xA;&#xA;img src=&#34;https://www.radiofrance.fr/s3/cruiser-production-eu3/2025/05/4037a25b-6210-4090-86e0-07db8965505e/400x400scvisuel-carree-staline.jpg&#34;&#xA;&#xA;Alors je sais bien que le communisme ce n’est pas le stalinisme, mais quand même, j’ai été ultra choquée des points communs entre leur monde et le notre. &#xA;&#xA;Le productivisme&#xA;J’ai été choquée par la notion de productivisme. Je me souvenais bien de la grande planification, et des grands projets de l’URSS. Mais je n’avais pas perçu à quel point ils étaient semblables aux grands projets financés par le privé chez nous. L&#39;exemple qui me vient tout de suite en tête, c&#39;est le pipeline de Total en Afrique, mais il y a aussi les centrales nucléaires, les grandes cités HLM, les autoroutes, le TGV, ... &#xA;&#xA;Même exctractivisme, même folie des grandeurs, et même ingénieurisme. &#xA;&#xA;On avait les mêmes rêves de gigantisme, la même foi en l’ingénieur qui peut contrôler le vivant et la nature pour l’asservir à l’homme, la même conception colonialiste qui dit qu’on peut prendre la terre des peuples qui ne l’exploitent pas assez. La même conquête spatiale. &#xA;&#xA;Même rapport à la consommation&#xA;À un moment dans l’un des épisodes, il est dit que le modèle c’est de produire beaucoup pour que le peuple ait accès à tous les objets de la modernité, et qu’il soit heureux. À un autre moment, il est dit que le but était de produire du cinéma comme à Hollywood, qu’il fallait faire aussi bien que les américains. Le but poursuivi était le même. &#xA;&#xA;Même rapport au travail &#xA;Et puis le même rapport au travail. Je me souviens bien du ridicule de l’ouvrier Stakhanoviste qui dépasse tous les objectifs fixés par le plan. Mais en écoutant ce podcast sur l’URSS de Staline, j’avais l’impression d’entendre une description du monde du travail dans les grands groupes et les start-ups : en faire toujours plus pour le projet, se dépasser, ne pas se plaindre, être le meilleur ouvrier, produire le plus… &#xA;&#xA;Même patriarcat &#xA;J’ai ressenti le même patriarcat que dans nos sociétés capitalistes. La même valorisation de la force, de la puissance, de toutes les qualités masculinistes en vogue dans la start-up nation. &#xA;&#xA;L’autoritarisme en plus ?&#xA;Pour mon père, la preuve que le communisme ça ne marche pas, c’est que ça crée des dictateurs. Le podcast sur Staline montre bien que cet homme prend le prétexte de la cause communiste pour prendre le pouvoir et le rendre autocratique. &#xA;Tout ce qu’il fait ressemble beaucoup trop à ce que nous vivons aujourd’hui aux États-Unis. La distorsion de la vérité, le clientélisme, la paranoïa de l’ennemi intérieur qui conduit aux purges… C’est ultra flippant. &#xA;&#xA;Mais surtout, ça montre bien que de ce point de vue là non plus, il n’y a pas de différence entre le capitalisme et le communisme. &#xA;&#xA;Quelle est l’alternative du capitalisme ? &#xA;&#xA;La fausse alternative communisme-capitalisme&#xA;Aujourd’hui, je lutte contre un monde basé sur la domination et l’exploitation des plus vulnérables pour produire de la richesse. Dans les plus vulnérables, je mets en vrac les femmes, les animaux, la nature, les personnes racisées, les personnes pauvres, … &#xA;&#xA;Dans cette lutte, je ne vois pas de différence majeure entre le capitalisme et le communisme. &#xA;&#xA;  Je ne crois pas du tout que l’objectif ce soit de choisir entre le capitalisme et le communisme. Aucun de ces deux modèles de société n’est désirable. &#xA;&#xA;Ces deux modèles sont extractivistes, productivistes, violent, patriarcaux... &#xA;&#xA;Il existe de nombreux autres modèles&#xA;Pour plein de gens, il n’y aurait pas d’autres modèles. C&#39;est aussi ce que j&#39;ai cru. Mais c’est oublier que le monde des hommes existe depuis bien avant la révolution industrielle, et que de nombreux autres modes de faire société ont existé. Et que ces sociétés n’étaient pas capitalistes. Quelques pistes à explorer : &#xA;&#xA;a &#34;href=https://maniaemma.blog/&#34;Blog de ManiaEmma sur les matriarcats/a&#xA;a &#34;href= https://www.payot-rivages.fr/payot/livre/pourquoi-sommes-nous-capitalistes-malgr%C3%A9-nous-9782228929714&#34;Livre de l’économiste  Denis Colombi : Sommes tous capitalistes ?/a&#xA;&#xA;Et d’ailleurs, il reste encore des petits pans de nos vies qui ne sont pas encore monétisées / marchandisées par le capitalisme. Quand un arbre chez moi produit plus de fruits que je ne peux en consommer, j’en donne à mes voisins. Je ne leur vends pas, je n’attends pas un service en retour qui vaudrait exactement la même chose. Juste je leur donne, et un jour ils me rendront un service, et on sera quitte. &#xA;&#xA;Mais avant on était moins heureux&#xA;Quand on cite d’autres modèles de société, on nous répond en général tout de suite : « mais tu ne veux pas retourner à l’âge de pierre quand même ??? », ou bien « bah t’as qu’a arrêter d’utiliser le lave linge et ta voiture pendant une semaine et on verra si tu veux vivre dans une autre société !!! ». &#xA;&#xA;Alors déjà, je suis convaincue qu&#39;on n&#39;est pas dans une société où les gens sont chaque année globalement plus heureux. &#xA;&#xA;Ensuite, je trouve ça fou que la société de consommation ait aussi réussi à nous mettre dans la tête que posséder des choses qui font à notre place = être heureux. Faire soi même = être malheureux. Avoir des contraintes = être malheureux. Ne rien faire = bonheur. &#xA;&#xA;Et c’est marrant car en même temps, on voit se développer tout un monde du « Do It Yourself », on va a des cours de dessin, on regarde des tutos pour faire des pâtisseries, on ne veut plus marcher et on prend la voiture, mais on va faire du sport dans une salle. Est-ce qu’on serait vraiment plus malheureux si on devait refaire certaines choses nous mêmes dans un monde qui irait moins vite et qui serait moins violent ? &#xA;&#xA;Je ne crois pas. &#xA;&#xA;Et pour poursuivre la discussion, on peut se retrouver sous ce a href=&#34;https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu/114966099493591776&#34; fil sur mastodon /a comme je ne sais pas activer les commentaires sur ce blog, et que j&#39;ai hâte de vous lire ! &#xA;&#xA;Et soyez gentils et pas trop condescendants quand vous m&#39;expliquerez que j&#39;ai rien compris à la géopolitique car c&#39;est surement vrai, mais j&#39;essaie ! &#xA;&#xA;Notes&#xA;Ne vous fâchez pas 🫣. Ici j&#39;utilise le mot communisme comme dans le langage courant des non-spécialistes (ce qui est mon cas). Je fais partie des  personnes qui n&#39;ont pas trop compris les subtilités entre le marxisme, le bolchévisme, le socialisme et tous ces noms en &#34;isme&#34;... Ici, ça veut donc dire grosso merdo l&#39;idéologie politique vue par les gens qui n&#39;y comprennent pas grand chose et qui serait celle des pays qui n&#39;ont pas embrassé le capitalisme au XXème siècle 😬.  &#xA;* Je comprends de mieux en mieux celleux qui se plaignent du monde des ingénieurs. En effet, depuis la révolution industrielle, les ingénieurs sont ceux qui ont permis de prendre le contrôle de la nature, de passer d&#39;un rapport de négociations ou d&#39;équilibre à un rapport de domination. Et c&#39;est ce qui nous mène aujourd&#39;hui dans le mur. &#xA;&#xA;#Societe #Lecture]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Politique" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Politique</span></a>
<em>Régulièrement, quand je discute avec mon père de politique et que je lui montre en quoi le capitalisme c’est pourri, il me répond : « </em>parce que tu trouves que le communisme de Russie c’est mieux ?<em>» Et je ne savais pas trop quoi répondre. Depuis que j’ai écouté les grandes traversées sur Staline, j’ai compris que cet argument était complètement éclaté.</em>
</p>

<h2 id="la-gauche-et-la-droite" id="la-gauche-et-la-droite">La gauche et la droite</h2>

<p>Quand j’étais petite, j’avais demandé à ma mère ce que c’était la différence entre la gauche et la droite. Elle m’avait répondu : « <em>tu demanderas à ton grand-père</em> ». Bien joué maman. Donc je demandais à mon grand-père chéri qui m’a alors répondu avec une petite histoire.</p>

<blockquote><p>« Imagine que je te donne 10 bonbons à toi, et 10 bonbons à ton frère. Ton frère mange ses 10 bonbons et toi tu n’en manges qu’un. La gauche va partager tes bonbons pour que toi et ton frère vous en ayez autant, et la droite va te laisser tes bonbons ».</p></blockquote>

<p>Je sais pas pourquoi, mais déjà à l’époque j’avais l’impression de m’être faite avoir car j&#39;avais l&#39;impression que c&#39;était mieux d&#39;être de gauche que de droite (ce qui était l&#39;avis de ma mère mais pas de mon grand-père !). Il m’a fallu une bonne vingtaine d’années pour comprendre ce qui n’allait pas dans cette histoire : on ne nait pas toustes avec 10 bonbons. Le début de l’histoire c’est plutôt : « <em>je te donne 10 bonbons parce que tu es née dans une bonne famille, et à Guillaume je ne lui donne qu’un bonbon parce qu’il n’est pas né au bon endroit</em> ».</p>

<p>Bref, j’ai grandi, et puis <em>la droite</em> dans ma tête c’est devenu le parti des patrons de des riches, et <em>la gauche</em> le parti qui défendait les opprimé·es. Un peu plus tard j’ai compris qu’à droite on croyait au mythe « <em>quand on veut on peut</em> », et qu&#39;à gauche on a compris qu’on ne nait pas toustes avec les mêmes privilèges.</p>

<h2 id="le-capitalisme" id="le-capitalisme">Le capitalisme</h2>

<h3 id="gagner-de-l-argent-avec-l-argent" id="gagner-de-l-argent-avec-l-argent">Gagner de l’argent avec l’argent</h3>

<p>Un jour, mon père  a dit : « <em>nan mais je trouve que le problème du capitalisme aujourd&#39;hui, c’est qu’on récompense plus les capitaux que le travail</em> ». J’ai pas vraiment compris tout de suite.
Et puis petit à petit j’ai compris que les ultra-riches d’aujourd’hui ne travaillent pas comme moi. Ils ont de l’argent, beaucoup d’argent, ils le prêtent, et ils gagnent de l’argent avec cet argent. Ainsi, aujourd’hui il me faudrait des millions d’années de travail pour arriver au niveau de richesse d’un Elon Musk ou d’un Bernard Arnaud. C’est bien la preuve que ça n’est pas le travail qui est rétribué.</p>

<h3 id="effets-secondaires-du-capitalisme" id="effets-secondaires-du-capitalisme">Effets secondaires du capitalisme</h3>

<p>Plus les années passent, plus je me rends compte que la société dans laquelle on vit n’est pas désirable.
Ma première prise de conscience a été envers <strong>le patriarcat</strong>. Pourquoi les femmes sont-elles moins bien traitées que les hommes dans notre société ? Pourquoi autant de femmes sont-elles tuées par leurs conjoints chaque année ? Et puis j’ai compris que dans une société capitaliste, les hommes tiraient profit du travail gratuit des femmes quand elles étaient à la maison.</p>

<p>J’ai ensuite pris conscience un peu en même temps que <strong>le monde du travail</strong> nous détruisait en nous conduisant à des burn-out avant 35 ans, et que notre société était en train de <strong>bousiller la planète</strong>. Je me rendais compte que notre société capitaliste cherchait à faire du profit, des bénéfices sur le dos des humains (la ressource humaine) et de la nature (la ressource tout court).</p>

<p>Bref, j’en arrivais à la conclusion :
&gt; Mort au capitalisme.</p>

<h2 id="le-communisme" id="le-communisme">Le communisme</h2>

<p>Et donc c’est quoi l’alternative ? Pour mon père, l’alternative, c’est le communisme*, et ça mène à la dictature. Étant donnée mon inculture crasse en politique, histoire, et géopolitique, je répondais rien, mais j’étais pas super convaincue.</p>

<p>Cette semaine, j’ai écouté <a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-devenir-staline" rel="nofollow">un super podcast de France Culture (Les grandes traversées) sur Staline</a>.</p>

<p><img src="https://www.radiofrance.fr/s3/cruiser-production-eu3/2025/05/4037a25b-6210-4090-86e0-07db8965505e/400x400_sc_visuel-carree-staline.jpg"></p>

<p>Alors je sais bien que le communisme ce n’est pas le stalinisme, mais quand même, j’ai été ultra choquée des** points communs entre leur monde et le notre**.</p>

<h3 id="le-productivisme" id="le-productivisme">Le productivisme</h3>

<p>J’ai été choquée par la notion de <strong>productivisme</strong>. Je me souvenais bien de la grande planification, et des grands projets de l’URSS. Mais je n’avais pas perçu à quel point ils étaient semblables aux grands projets financés par le privé chez nous. L&#39;exemple qui me vient tout de suite en tête, c&#39;est le pipeline de Total en Afrique, mais il y a aussi les centrales nucléaires, les grandes cités HLM, les autoroutes, le TGV, ...</p>

<p>Même exctractivisme, même folie des grandeurs, et même ingénieurisme**.</p>

<p>On avait les mêmes rêves de gigantisme, la même foi en l’ingénieur qui peut contrôler le vivant et la nature pour l’asservir à l’homme, la même conception colonialiste qui dit qu’on peut prendre la terre des peuples qui ne l’exploitent pas assez. La même conquête spatiale.</p>

<h3 id="même-rapport-à-la-consommation" id="même-rapport-à-la-consommation">Même rapport à la consommation</h3>

<p>À un moment dans l’un des épisodes, il est dit que le modèle c’est de produire beaucoup pour que le peuple ait accès à tous les objets de la modernité, et qu’il soit heureux. À un autre moment, il est dit que le but était de produire du cinéma comme à Hollywood, qu’il fallait faire aussi bien que les américains. Le but poursuivi était le même.</p>

<h3 id="même-rapport-au-travail" id="même-rapport-au-travail">Même rapport au travail</h3>

<p>Et puis le même rapport au travail. Je me souviens bien du ridicule de l’ouvrier Stakhanoviste qui dépasse tous les objectifs fixés par le plan. Mais en écoutant ce podcast sur l’URSS de Staline, j’avais l’impression d’entendre une description du monde du travail dans les grands groupes et les start-ups : en faire toujours plus pour le projet, se dépasser, ne pas se plaindre, être le meilleur ouvrier, produire le plus…</p>

<h3 id="même-patriarcat" id="même-patriarcat">Même patriarcat</h3>

<p>J’ai ressenti le même patriarcat que dans nos sociétés capitalistes. La même valorisation de la force, de la puissance, de toutes les qualités masculinistes en vogue dans la start-up nation.</p>

<h3 id="l-autoritarisme-en-plus" id="l-autoritarisme-en-plus">L’autoritarisme en plus ?</h3>

<p>Pour mon père, la preuve que le communisme ça ne marche pas, c’est que ça crée des dictateurs. Le podcast sur Staline montre bien que cet homme prend le <em>prétexte</em> de la cause communiste pour prendre le pouvoir et le rendre autocratique.
Tout ce qu’il fait ressemble beaucoup trop à ce que nous vivons aujourd’hui aux États-Unis. La distorsion de la vérité, le clientélisme, la paranoïa de l’ennemi intérieur qui conduit aux purges… C’est ultra flippant.</p>

<p>Mais surtout, ça montre bien que de ce point de vue là non plus, il n’y a pas de différence entre le capitalisme et le communisme.</p>

<h2 id="quelle-est-l-alternative-du-capitalisme" id="quelle-est-l-alternative-du-capitalisme">Quelle est l’alternative du capitalisme ?</h2>

<h3 id="la-fausse-alternative-communisme-capitalisme" id="la-fausse-alternative-communisme-capitalisme">La fausse alternative communisme-capitalisme</h3>

<p>Aujourd’hui, je lutte contre un monde basé sur la <strong>domination</strong> et l’exploitation des plus vulnérables pour produire de la richesse. Dans les plus vulnérables, je mets en vrac les femmes, les animaux, la nature, les personnes racisées, les personnes pauvres, …</p>

<p>Dans cette lutte, je ne vois pas de différence majeure entre le capitalisme et le communisme.</p>

<blockquote><p>Je ne crois pas du tout que l’objectif ce soit de choisir entre le capitalisme et le communisme. Aucun de ces deux modèles de société n’est désirable.</p></blockquote>

<p>Ces deux modèles sont extractivistes, productivistes, violent, patriarcaux...</p>

<h2 id="il-existe-de-nombreux-autres-modèles" id="il-existe-de-nombreux-autres-modèles">Il existe de nombreux autres modèles</h2>

<p>Pour plein de gens, il n’y aurait pas d’autres modèles. C&#39;est aussi ce que j&#39;ai cru. Mais c’est oublier que le monde des hommes existe depuis bien avant la révolution industrielle, et que de nombreux autres modes de faire société ont existé. Et que ces sociétés n’étaient pas capitalistes. Quelques pistes à explorer :</p>
<ul><li>Blog de ManiaEmma sur les matriarcats</li>
<li>Livre de l’économiste  Denis Colombi : Sommes tous capitalistes ?</li></ul>

<p>Et d’ailleurs, il reste encore des petits pans de nos vies qui ne sont pas encore monétisées / marchandisées par le capitalisme. Quand un arbre chez moi produit plus de fruits que je ne peux en consommer, j’en donne à mes voisins. Je ne leur vends pas, je n’attends pas un service en retour qui vaudrait exactement la même chose. Juste je leur donne, et un jour ils me rendront un service, et on sera quitte.</p>

<h2 id="mais-avant-on-était-moins-heureux" id="mais-avant-on-était-moins-heureux">Mais avant on était moins heureux</h2>

<p>Quand on cite d’autres modèles de société, on nous répond en général tout de suite : « <em>mais tu ne veux pas retourner à l’âge de pierre quand même ???</em> », ou bien « <em>bah t’as qu’a arrêter d’utiliser le lave linge et ta voiture pendant une semaine et on verra si tu veux vivre dans une autre société !!!</em> ».</p>

<p>Alors déjà, je suis convaincue qu&#39;on n&#39;est pas dans une société où les gens sont chaque année globalement plus heureux.</p>

<p>Ensuite, je trouve ça fou que la société de consommation ait aussi réussi à nous mettre dans la tête que posséder des choses qui font à notre place = être heureux. Faire soi même = être malheureux. Avoir des contraintes = être malheureux. Ne rien faire = bonheur.</p>

<p>Et c’est marrant car en même temps, on voit se développer tout un monde du « Do It Yourself », on va a des cours de dessin, on regarde des tutos pour faire des pâtisseries, on ne veut plus marcher et on prend la voiture, mais on va faire du sport dans une salle. Est-ce qu’on serait vraiment plus malheureux si on devait refaire certaines choses nous mêmes dans un monde qui irait moins vite et qui serait moins violent ?</p>

<p>Je ne crois pas.</p>

<p>Et pour poursuivre la discussion, on peut se retrouver sous ce <a href="https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu/114966099493591776" rel="nofollow"> fil sur mastodon </a> comme je ne sais pas activer les commentaires sur ce blog, et que j&#39;ai hâte de vous lire !</p>

<p>Et soyez gentils et pas trop condescendants quand vous m&#39;expliquerez que j&#39;ai rien compris à la géopolitique car c&#39;est surement vrai, mais j&#39;essaie !</p>

<h2 id="notes" id="notes">Notes</h2>
<ul><li>Ne vous fâchez pas 🫣. Ici j&#39;utilise le mot <em>communisme</em> comme dans le langage courant des non-spécialistes (ce qui est mon cas). Je fais partie des  personnes qui n&#39;ont pas trop compris les subtilités entre le marxisme, le bolchévisme, le socialisme et tous ces noms en “isme”... Ici, ça veut donc dire grosso merdo l&#39;idéologie politique vue par les gens qui n&#39;y comprennent pas grand chose et qui serait celle des pays qui n&#39;ont pas embrassé le capitalisme au XXème siècle 😬.<br>
** Je comprends de mieux en mieux celleux qui se plaignent du monde des ingénieurs. En effet, depuis la révolution industrielle, les ingénieurs sont ceux qui ont permis de prendre le contrôle de la nature, de passer d&#39;un rapport de négociations ou d&#39;équilibre à un rapport de domination. Et c&#39;est ce qui nous mène aujourd&#39;hui dans le mur.</li></ul>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Lecture" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Lecture</span></a></p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/le-communisme-nest-pas-lalternative-du-capitalisme</guid>
      <pubDate>Sun, 03 Aug 2025 19:28:53 +0200</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Grossophobie</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/grossophobie</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Société #Psycho&#xA;Je suis née dans une famille grossophobe dans une société grossophobe. Je ne suis pas grosse aux yeux de la société, mais je vis, comme la majorité des femmes, avec cette culpabilité de ne pas être assez mince. Et avec l&#39;injonction contradictoire dans ma famille d&#39;intellos qu&#39;il ne faudrait pas accorder d&#39;importance au physique, car ça n&#39;est pas ce qui compte.&#xA;&#xA;Depuis 20 ans, j&#39;ai compris beaucoup de choses, et récemment encore plus. Maintenant, j&#39;ai envie de partager ! &#xA;!--more--&#xA;J&#39;ai découvert la grossophobie&#xA;J&#39;ai pris conscience de ce jugement sur le poids de toustes, enfin surtout des femmes vers 25 - 30 ans, grâce à Twitter. J&#39;y suivais des comptes de femmes grosses qui racontaient leurs vies, et j&#39;ai progressivement ouvert les yeux et compris des trucs. &#xA;&#xA;Je me rappelle lire de nombreux témoignages de femmes découvrant les albums photos de leur enfance, à une époque où on leur reprochait déjà leur poids (médecin et/ou famille), alors qu&#39;elles n&#39;étaient pas du tout grosses. Elles partageaient leurs photos. Elles étaient peut être juste un tout petit peu plus rondes, peut-être avec des bonnes joues, mais franchement, pas grosses. Mais l&#39;angoisse familiale et médicale qu&#39;elles deviennent grosses leur étaient déjà tombé dessus, avec les injonctions à faire attention. Et j&#39;ai compris que souvent c&#39;était ce contexte, cette attention permanente portée au poids qui transforme un je ne sais quoi de l&#39;adolescence en trouble du comportement alimentaire. &#xA;&#xA;Je me rappelle découvrir les conséquences sur leurs vies de la grossophobie. Comment les médecins les soignent moins bien puisque de toutes façons, tous leurs problèmes doivent être liés à leur poids (spoiler : il y a beaucoup trop d&#39;histoires d&#39;erreurs médicales associées à leurs histoires). Comment les gens de la rue, leurs « ami·es » se permettent des commentaires et des conseils sur leurs poids et sur leurs habitudes alimentaires. Ces médecins qui conseillent à des femmes grosses d&#39;arrêter d&#39;aller au fast-food, sans savoir que ces femmes n&#39;y vont jamais. J&#39;ai découvert que nombre de ces femmes essayaient de ne jamais manger en public pour moins se sentir jugées. &#xA;&#xA;Et enfin, j&#39;ai découvert qu&#39;une remarque qui me semblait anodine à moi, femme mince née dans une famille et une société grossophobe, était en fait violente et débile. C&#39;est le compliment : « oh tu as perdu du poids, ça te va bien » et toutes les autres remarques sur la perte de poids. On veut faire plaisir, et on ramène l&#39;autre à son poids, en lui signalant que dans notre société il y a un bon poids, et un mauvais. On le félicite peut-être pour un régime qui a de grandes chances de terminer avec un effet rebond et que la personne reprenne davantage de poids, et soit tentée de recommencer un régime encore plus drastique, qui fera un rebond encore plus haut. Et c&#39;est comme ça qu&#39;on passe de joues rondes à une obésité forte. Et puis surtout, une perte de poids c&#39;est souvent associé à du mal-être ou à une maladie. J&#39;ai en tête cette personne qui a perdu du poids, s&#39;en est réjouie. Comme par chance elle n&#39;était pas obèse au départ, son médecin a demandé un check-up santé. Elle avait déclenché du diabète et sa santé était en danger. J&#39;ai lu plusieurs témoignages de femmes qui avaient été complimentées sur leur prise de poids alors que c&#39;était lié à de la maladie ou à de la dépression. &#xA;&#xA;Un super reportage sur Arte&#xA;Je me rappelle qu&#39;on m&#39;avait conseillé sur Twitter (à l&#39;époque où ça n&#39;était pas un empire nazi) un documentaire qui avait beaucoup bousculé mes convictions.  Il était en accès libre à l&#39;époque, aujourd&#39;hui il est disponible en VOD. &#xA;&#xA;a href=&#34;https://boutique.arte.tv/detail/onachevebienlesgros?srsltid=AfmBOopyvWK0cdbB2--n-Ea72A0yQrwGF2bGs63LrHXuDsYMBvH8uQhX&#34; Lien vers le documentaire « On achève bien les gros »/a&#xA;&#xA;iframe width=&#34;560&#34; height=&#34;315&#34; src=&#34;https://www.youtube.com/embed/GaH2ZhRigg?si=zlIvQPT1kz8zFc1&#34; title=&#34;YouTube video player&#34; frameborder=&#34;0&#34; allow=&#34;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#34; referrerpolicy=&#34;strict-origin-when-cross-origin&#34; allowfullscreen/iframe&#xA;&#xA;Je me rappelle avoir compris avec ce documentaire que le surpoids c&#39;est bien plus compliqué que « juste une mauvaise alimentation de quelqu&#39;une qui ne fait pas attention » comme la société, ma famille, me l&#39;avait fait croire. &#xA;&#xA;Après ce documentaire, j&#39;ai essayé de faire très attention pour ne plus être grossophobe dans mes actions et dans mes paroles. Et j&#39;ai continué à lire pour être mieux informée. Pour autant, je n&#39;ai pas réussi à diminuer le jugement que j&#39;ai envers moi. &#xA;&#xA;Un roman génial &#xA;10 ans plus tard, c&#39;est sur Mastodon que je découvre une recommandation de lecture en lien avec la grossophobie : a href=&#34;https://markarayner.com/the-fatness/&#34;« The Fatness&amp;nbsp;»/a. Je suivais depuis un certain temps son auteur a href=&#34;https://mas.to/@markarayner&#34;Mark A Rayner/a, et je recherchais une lecture d&#39;été. J&#39;ai dévoré le livre qui est un roman très bien ficelé et plutôt drôle alors qu&#39;il présente une dystopie terriblement réaliste. &#xA;&#xA;img src=&#34;https://markarayner.com/wp-content/uploads/2017/08/thefatness-frontonly2-395x600.jpg&#34;&#xA;&#xA;J&#39;ai adoré cette lecture. D&#39;abord parce qu&#39;elle m&#39;a vraiment distraite, j&#39;ai vraiment accroché à l&#39;histoire. Ensuite parce qu&#39;elle montre bien l&#39;absurde et la violence de la petite grossophobie ordinaire de nos sociétés. Si on va au bout du raisonnement, le monde que l&#39;on encourage est atroce. Enfin, parce que j&#39;ai appris plein de choses sur l&#39;aspect scientifique de l&#39;obésité : comment on devient obèse, comment les régimes fonctionnent (mal), l&#39;importance du sommeil et du stress, ... &#xA;&#xA;Mon seul regret : que ce livre ne soit pas disponible en français pour le recommander et l&#39;offrir en grand nombre ! &#xA;&#xA;Après la lecture de ce livre, j&#39;ai passé un cap. J&#39;ai décidé de ne plus laisser passer de paroles grossophobes autour de moi. &#xA;J&#39;étais récemment au bar avec une femme d&#39;un cinquantaine d&#39;année et une étudiante qu&#39;elle encadre. On parle de l&#39;été, et je fais une blague sur le fait qu&#39;il faudra manger, au moins des cacahuètes. La chercheuse, sur le ton du second degré, répond : « Oh bah non, on veut quand même pas que XXX prenne du poids cet été ». Avant la lecture de The Fatness, ça m&#39;aurait agacée, mais je n&#39;aurais rien répondu. Là j&#39;ai dit que c&#39;était une remarque grossophobe et que le poids de XXX ne nous regardait pas. Qu&#39;on n&#39;avait pas à avoir de jugement. Elle a été totalement surprise, et m&#39;a sincèrement dit qu&#39;elle ne croyait pas que je pouvais penser ce que je disais. Que ça ne serait pas un problème si XXX prenait du poids. Et là, elle a dit quelque chose qui m&#39;a vraiment choquée : « Est-ce que tu connais une chercheuse dans notre domaine qui soit grosse ? ». J&#39;ai rigolé en demandant si c&#39;était un des critères obscurs de sélection dans les comités ? Elle a dit « heureusement non »... Mais bon, après quelques échanges la conversation s&#39;est arrêtée et l&#39;étudiante m&#39;a remerciée d&#39;être intervenue. &#xA;&#xA;Un podcast sympa &#xA;Et je termine ce billet de blog par un podcast que m&#39;a recommandé récemment une amie sur un forum (oui, ma socialisation est majoritairement numérique 😆) : &#xA;&#xA;Vivons heureux avant la fin du monde, épisode : a href=&#34;https://www.arteradio.com/son/mince-une-injonction&#34;« Mince une injonction » /a&#xA;&#xA;Dans ce podcast, Delphine Saltel démarre sur sa fille de 12 ans qui se trouve déjà trop grosse pour nous emmener dans une réflexion sur les injonctions à la maigreur de notre société. &#xA;&#xA;Elle interroge des chercheurs et des chercheuses, et nous fait comprendre un peu mieux les mécanismes psychologiques qui font qu&#39;on entend cette injonction... Avec cet épisode, on est un tout petit peu plus du côté des solutions que dans mes précédentes recommandations. Par exemple, à l&#39;échelle de la société, ça serait pas mal aidant qu&#39;on arrête de valoriser les maigres dans les publicités, dans les concours de miss et dans toutes les séries TV. Donnons tous les rôles aux gros, et pas juste le moche et méchant quand c&#39;est un homme et la grosse rigolotte et sympa quand c&#39;est une femme. &#xA;&#xA;Je faisais déjà un peu attention à la représentativité des personnes dans les visuels quand j&#39;en commandais pour des elearning, mais il va falloir que j&#39;y fasse encore plus attention. Je pense par exemple à une affiche faite pour les écolos (pas par moi) où on voyait une famille modèle toute mince. &#xA;&#xA;Conclusion&#xA;J&#39;écris sur un sujet qui me touche, mais où je suis plutôt du côté des oppresseurs étant une femme plutôt mince. J&#39;espère avoir réussi à ne pas être contre-productive dans cet écrit, en ne parlant pas à la place des personnes concernées en ramenant la couverture à moi 🫣. Je suis preneuse de tout feedback, ainsi que d&#39;autres références à partager, et des voix à faire entendre. &#xA;&#xA;Et pour poursuivre la discussion, on peut se retrouver sous ce a href=&#34;https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu/114958019044080313&#34; fil sur mastodon /a comme je ne sais pas activer les commentaires sur ce blog, et que j&#39;ai hâte de vous lire ! &#xA;&#xA;#VendrediLecture #Grossophobie &#xA;Societe]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Psycho" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Psycho</span></a>
<em>Je suis née dans une famille grossophobe dans une société grossophobe. Je ne suis pas grosse aux yeux de la société, mais je vis, comme la majorité des femmes, avec cette culpabilité de ne pas être assez mince. Et avec l&#39;injonction contradictoire dans ma famille d&#39;intellos qu&#39;il ne faudrait pas accorder d&#39;importance au physique, car ça n&#39;est pas ce qui compte.</em></p>

<p><em>Depuis 20 ans, j&#39;ai compris beaucoup de choses, et récemment encore plus. Maintenant, j&#39;ai envie de partager !</em>
</p>

<h2 id="j-ai-découvert-la-grossophobie" id="j-ai-découvert-la-grossophobie">J&#39;ai découvert la grossophobie</h2>

<p>J&#39;ai pris conscience de ce jugement sur le poids de toustes, enfin surtout des femmes vers 25 – 30 ans, grâce à Twitter. J&#39;y suivais des comptes de femmes grosses qui racontaient leurs vies, et j&#39;ai progressivement ouvert les yeux et compris des trucs.</p>

<p>Je me rappelle lire de nombreux témoignages de femmes découvrant les albums photos de leur enfance, à une époque où on leur reprochait déjà leur poids (médecin et/ou famille), alors qu&#39;elles n&#39;étaient pas du tout grosses. Elles partageaient leurs photos. Elles étaient peut être juste un tout petit peu plus rondes, peut-être avec des bonnes joues, mais franchement, pas grosses. Mais l&#39;angoisse familiale et médicale qu&#39;elles deviennent grosses leur étaient déjà tombé dessus, avec les injonctions à faire attention. Et j&#39;ai compris que souvent c&#39;était ce contexte, <strong>cette attention permanente portée au poids qui transforme un je ne sais quoi de l&#39;adolescence en trouble du comportement alimentaire</strong>.</p>

<p>Je me rappelle découvrir les <strong>conséquences sur leurs vies</strong> de la grossophobie. Comment les médecins les soignent moins bien puisque de toutes façons, tous leurs problèmes doivent être liés à leur poids (spoiler : il y a <em>beaucoup trop</em> d&#39;histoires d&#39;erreurs médicales associées à leurs histoires). Comment les gens de la rue, leurs « ami·es » se permettent des commentaires et des conseils sur leurs poids et sur leurs habitudes alimentaires. Ces médecins qui conseillent à des femmes grosses d&#39;arrêter d&#39;aller au fast-food, sans savoir que ces femmes n&#39;y vont jamais. J&#39;ai découvert que nombre de ces femmes essayaient de ne jamais manger en public pour moins se sentir jugées.</p>

<p>Et enfin, j&#39;ai découvert qu&#39;une remarque qui me semblait anodine à moi, femme mince née dans une famille et une société grossophobe, était en fait violente et débile. C&#39;est le compliment : « <em>oh tu as perdu du poids, ça te va bien</em> » et toutes les autres remarques sur la perte de poids. On veut faire plaisir, et on ramène l&#39;autre à son poids, en lui signalant que dans notre société il y a un bon poids, et un mauvais. On le félicite peut-être pour un régime qui a de grandes chances de terminer avec un effet rebond et que la personne reprenne davantage de poids, et soit tentée de recommencer un régime encore plus drastique, qui fera un rebond encore plus haut. Et c&#39;est comme ça qu&#39;on passe de joues rondes à une obésité forte. Et puis surtout, <strong>une perte de poids c&#39;est souvent associé à du mal-être ou à une maladie</strong>. J&#39;ai en tête cette personne qui a perdu du poids, s&#39;en est réjouie. Comme par chance elle n&#39;était pas obèse au départ, son médecin a demandé un check-up santé. Elle avait déclenché du diabète et sa santé était en danger. J&#39;ai lu plusieurs témoignages de femmes qui avaient été complimentées sur leur prise de poids alors que c&#39;était lié à de la maladie ou à de la dépression.</p>

<h2 id="un-super-reportage-sur-arte" id="un-super-reportage-sur-arte">Un super reportage sur Arte</h2>

<p>Je me rappelle qu&#39;on m&#39;avait conseillé sur Twitter (à l&#39;époque où ça n&#39;était pas un empire nazi) un documentaire qui avait beaucoup bousculé mes convictions.  Il était en accès libre à l&#39;époque, aujourd&#39;hui il est disponible en VOD.</p>
<ul><li><a href="https://boutique.arte.tv/detail/on_acheve_bien_les_gros?srsltid=AfmBOopyvWK0cdbB2--n-Ea72A0yQrwGF2bGs63LrHXuDsYMBvH8uQhX" rel="nofollow"> Lien vers le documentaire « On achève bien les gros »</a></li></ul>

<iframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/GaH_2ZhRigg?si=zlIvQPT1kz_8zFc1" title="YouTube video player" frameborder="0" allowfullscreen=""></iframe>

<p>Je me rappelle avoir compris avec ce documentaire que le surpoids c&#39;est bien plus compliqué que « <em>juste une mauvaise alimentation de quelqu&#39;une qui ne fait pas attention</em> » comme la société, ma famille, me l&#39;avait fait croire.</p>

<p>Après ce documentaire, j&#39;ai essayé de faire <em>très</em> attention pour ne plus être grossophobe dans mes actions et dans mes paroles. Et j&#39;ai continué à lire pour être mieux informée. Pour autant, je n&#39;ai pas réussi à diminuer le jugement que j&#39;ai envers moi.</p>

<h2 id="un-roman-génial" id="un-roman-génial">Un roman génial</h2>

<p>10 ans plus tard, c&#39;est sur Mastodon que je découvre une recommandation de lecture en lien avec la grossophobie : <a href="https://markarayner.com/the-fatness/" rel="nofollow">« The Fatness »</a>. Je suivais depuis un certain temps son auteur <a href="https://mas.to/@markarayner" rel="nofollow">Mark A Rayner</a>, et je recherchais une lecture d&#39;été. J&#39;ai dévoré le livre qui est un roman très bien ficelé et plutôt drôle alors qu&#39;il présente une dystopie terriblement réaliste.</p>

<p><img src="https://markarayner.com/wp-content/uploads/2017/08/thefatness-frontonly2-395x600.jpg"></p>

<p>J&#39;ai adoré cette lecture. D&#39;abord parce qu&#39;elle m&#39;a vraiment distraite, j&#39;ai vraiment accroché à l&#39;histoire. Ensuite parce qu&#39;elle montre bien l&#39;absurde et la violence de la petite grossophobie ordinaire de nos sociétés. Si on va au bout du raisonnement, le monde que l&#39;on encourage est atroce. Enfin, parce que j&#39;ai appris plein de choses sur l&#39;aspect scientifique de l&#39;obésité : comment on devient obèse, comment les régimes fonctionnent (mal), l&#39;importance du sommeil et du stress, ...</p>

<p>Mon seul regret : que ce livre ne soit pas disponible en français pour le recommander et l&#39;offrir en grand nombre !</p>

<p>Après la lecture de ce livre, j&#39;ai passé un cap. J&#39;ai décidé de ne plus laisser passer de paroles grossophobes autour de moi.
J&#39;étais récemment au bar avec une femme d&#39;un cinquantaine d&#39;année et une étudiante qu&#39;elle encadre. On parle de l&#39;été, et je fais une blague sur le fait qu&#39;il faudra manger, au moins des cacahuètes. La chercheuse, sur le ton du second degré, répond : « <em>Oh bah non, on veut quand même pas que XXX prenne du poids cet été</em> ». Avant la lecture de The Fatness, ça m&#39;aurait agacée, mais je n&#39;aurais rien répondu. Là j&#39;ai dit que c&#39;était une remarque grossophobe et que le poids de XXX ne nous regardait pas. Qu&#39;on n&#39;avait pas à avoir de jugement. Elle a été totalement surprise, et m&#39;a sincèrement dit qu&#39;elle ne croyait pas que je pouvais penser ce que je disais. Que ça ne serait pas un problème si XXX prenait du poids. Et là, elle a dit quelque chose qui m&#39;a vraiment choquée : « Est-ce que tu connais une chercheuse dans notre domaine qui soit grosse ? ». J&#39;ai rigolé en demandant si c&#39;était un des critères obscurs de sélection dans les comités ? Elle a dit « <em>heureusement non</em> »... Mais bon, après quelques échanges la conversation s&#39;est arrêtée et l&#39;étudiante m&#39;a remerciée d&#39;être intervenue.</p>

<h2 id="un-podcast-sympa" id="un-podcast-sympa">Un podcast sympa</h2>

<p>Et je termine ce billet de blog par un podcast que m&#39;a recommandé récemment une amie sur un forum (oui, ma socialisation est majoritairement numérique 😆) :</p>
<ul><li>Vivons heureux avant la fin du monde, épisode : <a href="https://www.arteradio.com/son/mince-une-injonction" rel="nofollow">« Mince une injonction » </a></li></ul>

<p>Dans ce podcast, Delphine Saltel démarre sur sa fille de 12 ans qui se trouve déjà trop grosse pour nous emmener dans une réflexion sur les injonctions à la maigreur de notre société.</p>

<p>Elle interroge des chercheurs et des chercheuses, et nous fait comprendre un peu mieux les mécanismes psychologiques qui font qu&#39;on entend cette injonction... Avec cet épisode, on est un tout petit peu plus du côté des solutions que dans mes précédentes recommandations. Par exemple, à l&#39;échelle de la société, ça serait pas mal aidant qu&#39;on arrête de valoriser les maigres dans les publicités, dans les concours de miss et dans toutes les séries TV. Donnons tous les rôles aux gros, et pas juste le moche et méchant quand c&#39;est un homme et la grosse rigolotte et sympa quand c&#39;est une femme.</p>

<p>Je faisais déjà un peu attention à la représentativité des personnes dans les visuels quand j&#39;en commandais pour des elearning, mais il va falloir que j&#39;y fasse encore plus attention. Je pense par exemple à une affiche faite pour les écolos (pas par moi) où on voyait une famille modèle toute mince.</p>

<h3 id="conclusion" id="conclusion">Conclusion</h3>

<p>J&#39;écris sur un sujet qui me touche, mais où je suis plutôt du côté des oppresseurs étant une femme plutôt mince. J&#39;espère avoir réussi à ne pas être contre-productive dans cet écrit, en ne parlant pas à la place des personnes concernées en ramenant la couverture à moi 🫣. Je suis preneuse de tout feedback, ainsi que d&#39;autres références à partager, et des voix à faire entendre.</p>

<p>Et pour poursuivre la discussion, on peut se retrouver sous ce <a href="https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu/114958019044080313" rel="nofollow"> fil sur mastodon </a> comme je ne sais pas activer les commentaires sur ce blog, et que j&#39;ai hâte de vous lire !</p>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:VendrediLecture" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">VendrediLecture</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Grossophobie" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Grossophobie</span></a>
<a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a></p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/grossophobie</guid>
      <pubDate>Sat, 02 Aug 2025 08:38:28 +0200</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Des commentaires jugeants</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/des-commentaires-jugeants</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Société #Psycho&#xA;On est nombreux·ses à se dire que c&#39;est mal de juger. Et pourtant, j&#39;ai l&#39;impression qu&#39;on fait plein de commentaires qui sont en fait des jugements et qui sont socialement tolérés.&#xA;!--more--&#xA;Je voulais revenir dans cet article sur quelques commentaires jugeants que j&#39;ai trouvés blessants ou agaçants. &#xA;&#xA;Dans un premier temps je vais analyser quelques commentaires jugeant pour essayer de mieux comprendre ce qui s&#39;y joue. &#xA;Dans un deuxième temps, j&#39;essaierai de voir ce qu&#39;on pourrait faire différemment. &#xA;&#xA;1. Quelques commentaires jugeants&#xA;a) Le commentaire jugeant caricatural &#xA;À un évènement militant, un homme d’une quarantaine d’années est venu me dire que c’était « une honte » (je cite) que je sois élue à un poste à responsabilité dans mon mouvement alors que je ne suis pas venue tracter pour cet évènement. Ici, le jugement négatif est explicite. Cet homme considère que la valeur d’un·e militant·e se juge uniquement à sa présence lors du tractage, et à sa capacité à sacrifier le reste de sa vie pour cet engagement. &#xA;&#xA;Ce soir là j’étais assez sure de moi. Je suis convaincue que chacun·e apporte à un mouvement ce dont il/elle a envie ou est capable, et que c’est toujours mieux que de ne rien faire car on a peur de ne pas faire assez. Je n’ai donc pas été trop affectée par ce jugement. Si j&#39;avais assisté à cette scène alors que je venais d&#39;intégrer le groupe, je me serai probablement dit que ça n&#39;était pas un lieu pour moi car je ne correspondait pas à la norme valorisée. Et je serai probablement partie. &#xA;&#xA;b) Le commentaire jugeant implicite&#xA;Nous sommes quelques femmes à discuter d’où nous faisons nos courses. L’une des femmes a dit  : « ah non mais moi je vais jamais dans les supermarchés, je vais toujours au maraîcher ». Ça peut sembler anodin, mais le ton disait clairement une fierté, et du coup, en creux, un jugement négatif par rapport au fait d’aller faire ses courses au supermarché. J&#39;ai été mal à l&#39;aise quand cette femme d’une classe sociale plutôt élevée dise ça devant des femmes qui, je le savais, n&#39;avaient pas ce comportement de consommation.&#xA;Un peu plus tard, quand on partageait le repas ensemble, et que je me régalais du dessert, la personne qui l&#39;avait apporté m’a dit en me chuchotant à l’oreille : « c’est de chez Lidl ». Je ne sais pas si c&#39;était lié à la remarque en début de soirée. &#xA;&#xA;Pour moi, ce commentaire était implicitement jugeant. Il réaffirmait que c&#39;est bien d&#39;avoir cette pratique de consommation et en osant le dire à voix haute, ça dit que c&#39;est la pratique sociale valorisée dans notre petit groupe. Or ce commentaire était classiste. C&#39;est un privilège d&#39;avoir les moyens et le temps de faire ses courses à différents endroits, etc. J&#39;étais gênée car ce commentaire pouvait faire que certaines personnes invitées se sentent mal à l&#39;aise ou faire moins partie du groupe.  &#xA;&#xA;c) L’antiphrase jugeante&#xA;Il y a quelques temps, ma mère a pris l&#39;avion pour un voyage avec des copines, et c&#39;était OK de son point de vue car elle ne l&#39;avait pas pris depuis très longtemps. J&#39;étais hyper déçue et j&#39;ai du dire quelque chose comme « Si ça te fait plaisir, chacun est encore libre de faire ce qu&#39;il veut pendant ses vacances ». Et je n&#39;ai aucun doute sur le fait qu&#39;elle savait très bien que je désapprouvais. Tout comme je perçois totalement qu&#39;elle désapprouve dès que je sors d&#39;une alimentation parfaitement bio et équilibrée quand elle me dit :  « Écoute, tu fais bien ce que tu veux maintenant ». &#xA;&#xA;Et vu comme ses remarques m&#39;agacent, je ne doute pas de l&#39;avoir aussi agacée. &#xA;&#xA;d) Le commentaire jugeant positif &#xA;Dans une discussion où on s’était promis de ne pas émettre de jugement, une personne dit en réponse à un témoignage : « c’est courageux de pouvoir aujourd’hui poser des limites ». Cette réflexion est positive et pourtant je la trouve jugeante. &#xA;Je me suis beaucoup dit : ça ne fait jamais de mal de dire du positif. En fait, je ne crois plus que ça soit le cas et je trouve que les choses sont plus compliquées que ça. &#xA;&#xA;Quand ma mère me dit « c’est bien que tu sois allée courir », je me sens jugée. J&#39;ai l&#39;impression qu&#39;on me distribue des bons points comme si on cherchait à me dresser, et ça m&#39;agace. &#xA;&#xA;Quand une amie m’a dit « bravo d’avoir osé dire xxxxx à yyy», ça me met mise super mal à l’aise. Je me suis demandée pourquoi elle me félicitait, j’avais l’impression qu’elle se plaçait au dessus de moi en faisant ça. Qu’elle se prenait pour ma psy ou pour ma mère. &#xA;&#xA;Le pompon, c&#39;est mon oncle qui dit souvent : « Je n&#39;aurais pas mieux fait » 🤭. Je suis toujours hyper choquée quand j&#39;entends cette expression de la part de quelqu&#39;un à qui je n&#39;ai pas demandé de m&#39;apprendre quelque chose.  &#xA;&#xA;2. Qu’est-ce qu’on pourrait faire à la place ? &#xA;Souvent, quand des situations me mettent mal à l’aise, je ressens le besoin d’écrire pour les analyser, mieux les comprendre, et me demander ce que j’aurais pu faire de différent : &#xA;si j’avais été à la place de l’autre personne,&#xA;et de là où j&#39;étais.&#xA;&#xA;a) Le caricatural &#xA;Je ne sais pas exactement ce que voulait l’homme qui m’a dit que seul les personnes qui vont tracter sont des vrai·es militant·es. Peut-être avait-il un (énorme) besoin de reconnaissance ? Ou bien cherchait-il un moyen d’extérioriser sa colère ? Ou bien il était juste sexiste et cherchait un prétexte pour essayer d’écraser une militante qui a de la reconnaissance qu’il n’a pas ? &#xA;En essayant de lui prêter la meilleure des intentions, on pourrait imaginer qu’il essayait d’exprimer sa frustration et sa colère, et dans ce cas, on pourrait recommander une parole en « je » : &#xA;&#xA;  Proposition : « Quand j’ai vu qu’on n’était que 2 à tracter, j’ai été déçu et en colère.  » &#xA;&#xA;Et moi, comment aurais-je pu réagir ? &#xA;J’ai argumenté sur le fond : la valeur d’un·e militant·e ne se mesure pas au nombre de tracts distribués. On est inclusif et accueillant et donc on est reconnaissant·es de chaque petite ou grande chose qu’une personne fait pour le collectif. J’étais assez contente de mes arguments, mais clairement, on a été dans un dialogue de sourds. &#xA;&#xA;Je lui ai aussi demandé s’il avait été content de tracter, pour contrer son besoin d’avoir une médaille, en mode : « on ne te demande pas de te sacrifier pour le groupe ». Cet argument a porté, mais comme un coup, pas comme quelque chose qui nous réconcilie et nous rapproche (en même temps, je ne crois pas que c’était ce que je cherchais). &#xA;&#xA;Dans son livre « Where to draw the line. How to set healthy boundaries», l’autrice recommande de poser des barrières claires à certains comportements qui ne sont pas acceptables, et je pense que celui-ci en fait partie. À la lecture de son livre, je me dis que j’aurais pu dire : &#xA;&#xA;  « Je n’accepte pas que tu portes des jugements de valeur sur les militant·es de ce groupe, soit tu arrêtes, soit j’arrête de discuter avec toi ». &#xA;&#xA;b) Le commentaire jugeant implicite&#xA;Moi aussi je fais toutes mes courses de légumes au maraîcher ou à la biocoop. Mais je sais que c’est un privilège (j’en ai le temps et les moyens financiers). &#xA;D’un côté, j’ai envie de me dire que dans ce contexte, la meilleure option serait de se taire. &#xA;&#xA;Si tout le monde consomme comme moi, ça ne change rien de le dire. &#xA;Si certaines personnes ne font pas comme moi, je leur balance un peu mon mépris de classe à la tête. &#xA;&#xA;Et en même temps, je crois beaucoup à l’exemple et à l’exemplarité pour faire évoluer les normes sociales. En disant où j’achète mes légumes, je normalise le fait de les acheter ailleurs qu’en supermarché. Alors comment présenter ce que je fais sans impliquer que ne pas faire pareil c’est mal ? &#xA;&#xA;J’ai l’impression qu’il y a plusieurs stratégies : &#xA;&#xA;Show, don’t tell : rendre visible ce que je fais, sans en faire un fromage. Dire par exemple : « Je reviens des courses chez le maraîcher », sans aller plus loin. &#xA;Expliquer ce que je gagne à avoir un certain comportement. Je peux par exemple dire : « Je suis vraiment contente d’acheter mes légumes chez le maraîcher car comme ça j’ai toujours des légumes de saison, et j’ai bonne conscience d’aider des jeunes agriculteurs locaux qui font du bio ».&#xA;Avoir une formulation plus mesurée : « j’essaie d’aller autant que possible chez le maraîcher et pas au supermarché pour mes légumes ».&#xA;&#xA;Et qu’est-ce que j’aurais pu répondre quand j’ai assisté à cet échange ? &#xA;&#xA;Sur le moment, j’ai juste dit : « £moi je n’y arrive pas, j’achète les citrons au supermarché bio ». &#xA;&#xA;J’aurais pu aussi faire un appel à nos valeurs que je sais partagées : &#xA;&#xA;  « On est d’accord que chacun·e fait comme elle peut et qu’on ne juge pas des comportements des autres ? ». &#xA;&#xA;Ou en mode CNV (Communication non violente) : &#xA;&#xA;  « Quand tu dis ça, j’ai l’impression que si je ne fais pas comme toi, alors tu auras une mauvaise opinion de moi ». &#xA;&#xA;c) L’antiphrase&#xA;L’antiphrase est une sorte de « non-commentaire » qui en est en fait un. Il me semble que l’idéal dans ce cas est de s’abstenir de commenter. Toutes les informations que l’on entend ne demande pas une réponse de notre part ! (ça c&#39;est une note à moi-même). D&#39;ailleurs, ce matin, quand mon interlocuteur m&#39;a dit que pour lui les vacances c&#39;était 3 semaines au soleil en Guadeloupe, je me suis tue. Point. Et c&#39;était la bonne réaction à avoir je pense. &#xA;&#xA;Avec ma mère, j&#39;aurais pu dire ce que je ressentais. Je le lui ai d&#39;ailleurs dit plus tard : « ça me rend triste de voir que tu te mets à prendre l&#39;avion car je me dis que si même les personnes écolos comme toi s&#39;y mettent, on est vraiment foutus ». &#xA;&#xA;De l&#39;autre côté, je ne sais jamais quoi répondre quand on me fait ce genre de commentaires. En général, ça me met mal à l’aise et je ne réponds rien. À la réflexion, je me dis que je pourrais essayer deux stratégies : &#xA;&#xA;1) Questionner : « Pourquoi est-ce que tu fais ce commentaire ? ».&#xA;2) Poser une limite : « Je ne souhaite pas t’entendre commenter mes choix de vie quand je ne te demande pas ton avis, et là c’est un commentaire en creux. Si tu le refais, je raccroche. ».&#xA;&#xA;d) Le commentaire jugeant positif &#xA;Le commentaire positif est celui qui me travaille le plus depuis plusieurs années. J’aime faire des compliments sincères, et ça me semble hyper important. J’ai du mal à trouver la frontière entre le compliment et le commentaire jugeant. En y réfléchissant pour cet article, j’ai l’impression qu’une des pistes est de parler en « je » : &#xA;&#xA;« Très beau chemisier » → « J’aime beaucoup ton chemisier » &#xA;« C’était courageux que tu nous partages ça » → « J’ai été touchée par ton témoignage » ou bien « Je trouve ça difficile de partager ce type de vécu, et ça m’inspire de t’avoir entendue le faire »&#xA;« Je suis vraiment très contente que tu aies repris le dessin » → « J’aimerais bien savoir dessiner »&#xA;« C’est bien que tu sois allée courir » → « J’aimerais avoir l’énergie d’aller courir ». &#xA;« Bravo d’avoir dit xxx à yyyy » → « Je sais que ça n’était pas facile à faire d’aller dire xxx à yyyy, je suis contente car j’espère que ça va faire changer les choses ». Ou bien « je ne sais pas si j’aurais osé dire xxx à yyyy ».&#xA;&#xA;Conclusions &#xA;J’ai entendu plusieurs fois : « il suffit qu’on se rappelle le cadre en début de réunion et qu’on se dise qu’on est bienveillant·es et non jugeant·es* ». Et peu de temps après, cette même personne exprime des propos jugeant, sans s’en rendre compte. &#xA;&#xA;J’ai aussi eu une discussion avec une personne très proche que je trouve très jugeante et qui m’a expliqué ne pas du tout l’être, et y faire très attention. &#xA;&#xA;Je suis donc convaincue qu&#39;il ne suffit pas de vouloir ne pas être jugeante pour ne pas exprimer de jugements. Comme toutes les habiletés sociales, ça s&#39;apprend. Et cet article de blog était pour moi autant une manière de transmettre ce que j&#39;ai appris / lu qu&#39;un prétexte pour réfléchir sur mes pratiques et imaginer d&#39;autres manières de m&#39;exprimer. &#xA;&#xA;Pour aller plus loin &#xA;&#xA;J’ai cherché des ressources sur le jugement, et je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. Je suis donc preneuse de recommandations de lectures / podcast / … !&#xA;&#xA;J’ai trouvé chouette le livre : « Where to draw the line. How to set healthy boundaries every day » de Anne Katherine sur le fait de dire non aux comportements qui nous dérangent (dans mon cas le jugement de certain·es proches).&#xA;J&#39;ai été surprise dans ce podcast d&#39;apprendre qu&#39;on ne peut jamais s&#39;arrêter de juger et de se comparer aux autres : a href=&#34;https://www.arteradio.com/son/minceuneinjonction&#34;« Mince, une injonction »/a du podcast vivons heureux avant la fin du monde. &#xA;Je me souviens d&#39;un a href=&#34;https://boutique.arte.tv/detail/onachevebienlesgros?srsltid=AfmBOoryVFdlO02KIfR1hI6AlWtDby6pB9jfSwr3UCfx-9vbXn3Mp0ZB&#34;documentaire d&#39;arte/a qui expliquait à quel point les mères étaient ultra jugeantes sur leurs filles car elles voulaient les protéger de la société dont elles connaissent très bien les codes. &#xA;&#xA;Et pour poursuivre la discussion, on peut se retrouver sous ce a href=&#34;https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu/114920115189627888&#34; fil sur mastodon /a comme je ne sais pas activer les commentaires sur ce blog, et que j&#39;ai hâte de vous lire ! &#xA;&#xA;Societe]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Psycho" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Psycho</span></a>
<em>On est nombreux·ses à se dire que c&#39;est mal de juger. Et pourtant, j&#39;ai l&#39;impression qu&#39;on fait plein de commentaires qui sont en fait des jugements et qui sont socialement tolérés.</em>

Je voulais revenir dans cet article sur quelques commentaires jugeants que j&#39;ai trouvés blessants ou agaçants.</p>
<ul><li>Dans un premier temps je vais analyser quelques commentaires jugeant pour essayer de mieux comprendre ce qui s&#39;y joue.</li>
<li>Dans un deuxième temps, j&#39;essaierai de voir ce qu&#39;on pourrait faire différemment.</li></ul>

<h2 id="1-quelques-commentaires-jugeants" id="1-quelques-commentaires-jugeants">1. Quelques commentaires jugeants</h2>

<h3 id="a-le-commentaire-jugeant-caricatural" id="a-le-commentaire-jugeant-caricatural">a) Le commentaire jugeant caricatural</h3>

<p>À un évènement militant, un homme d’une quarantaine d’années est venu me dire que c’était « <em>une honte</em> » (je cite) que je sois élue à un poste à responsabilité dans mon mouvement alors que je ne suis pas venue tracter pour cet évènement. Ici, le jugement négatif est explicite. Cet homme considère que la valeur d’un·e militant·e se juge uniquement à sa présence lors du tractage, et à sa capacité à sacrifier le reste de sa vie pour cet engagement.</p>

<p>Ce soir là j’étais assez sure de moi. Je suis convaincue que chacun·e apporte à un mouvement ce dont il/elle a envie ou est capable, et que c’est toujours mieux que de ne rien faire car on a peur de ne pas faire assez. Je n’ai donc pas été trop affectée par ce jugement. Si j&#39;avais assisté à cette scène alors que je venais d&#39;intégrer le groupe, je me serai probablement dit que ça n&#39;était pas un lieu pour moi car je ne correspondait pas à la norme valorisée. Et je serai probablement partie.</p>

<h3 id="b-le-commentaire-jugeant-implicite" id="b-le-commentaire-jugeant-implicite">b) Le commentaire jugeant implicite</h3>

<p>Nous sommes quelques femmes à discuter d’où nous faisons nos courses. L’une des femmes a dit  : « <em>ah non mais moi je vais jamais dans les supermarchés, je vais toujours au maraîcher</em> ». Ça peut sembler anodin, mais le ton disait clairement une fierté, et du coup, en creux, un jugement négatif par rapport au fait d’aller faire ses courses au supermarché. J&#39;ai été mal à l&#39;aise quand cette femme d’une classe sociale plutôt élevée dise ça devant des femmes qui, je le savais, n&#39;avaient pas ce comportement de consommation.
Un peu plus tard, quand on partageait le repas ensemble, et que je me régalais du dessert, la personne qui l&#39;avait apporté m’a dit en me chuchotant à l’oreille : « <em>c’est de chez Lidl</em> ». Je ne sais pas si c&#39;était lié à la remarque en début de soirée.</p>

<p>Pour moi, ce commentaire était implicitement jugeant. Il réaffirmait que c&#39;est <strong>bien</strong> d&#39;avoir cette pratique de consommation et en osant le dire à voix haute, ça dit que c&#39;est la pratique sociale valorisée dans notre petit groupe. Or ce commentaire était classiste. C&#39;est un privilège d&#39;avoir les moyens et le temps de faire ses courses à différents endroits, etc. J&#39;étais gênée car ce commentaire pouvait faire que certaines personnes invitées se sentent mal à l&#39;aise ou faire moins partie du groupe.</p>

<h3 id="c-l-antiphrase-jugeante" id="c-l-antiphrase-jugeante">c) L’antiphrase jugeante</h3>

<p>Il y a quelques temps, ma mère a pris l&#39;avion pour un voyage avec des copines, et c&#39;était OK de son point de vue car elle ne l&#39;avait pas pris depuis très longtemps. J&#39;étais hyper déçue et j&#39;ai du dire quelque chose comme « <em>Si ça te fait plaisir, chacun est encore libre de faire ce qu&#39;il veut pendant ses vacances</em> ». Et je n&#39;ai aucun doute sur le fait qu&#39;elle savait très bien que je désapprouvais. Tout comme je perçois totalement qu&#39;elle désapprouve dès que je sors d&#39;une alimentation parfaitement bio et équilibrée quand elle me dit :  « <em>Écoute, tu fais bien ce que tu veux maintenant</em> ».</p>

<p>Et vu comme ses remarques m&#39;agacent, je ne doute pas de l&#39;avoir aussi agacée.</p>

<h3 id="d-le-commentaire-jugeant-positif" id="d-le-commentaire-jugeant-positif">d) Le commentaire jugeant positif</h3>

<p>Dans une discussion où on s’était promis de ne pas émettre de jugement, une personne dit en réponse à un témoignage : « <em>c’est courageux de pouvoir aujourd’hui poser des limites</em> ». Cette réflexion est positive et pourtant je la trouve jugeante.
Je me suis beaucoup dit : ça ne fait jamais de mal de dire du positif. En fait, je ne crois plus que ça soit le cas et je trouve que les choses sont plus compliquées que ça.</p>

<p>Quand ma mère me dit « <em>c’est bien que tu sois allée courir</em> », je me sens jugée. J&#39;ai l&#39;impression qu&#39;on me distribue des bons points comme si on cherchait à me <em>dresser</em>, et ça m&#39;agace.</p>

<p>Quand une amie m’a dit « <em>bravo d’avoir osé dire xxxxx à yyy</em>», ça me met mise super mal à l’aise. Je me suis demandée pourquoi elle me félicitait, j’avais l’impression qu’elle se plaçait au dessus de moi en faisant ça. Qu’elle se prenait pour ma psy ou pour ma mère.</p>

<p>Le pompon, c&#39;est mon oncle qui dit souvent : « <em>Je n&#39;aurais pas mieux fait</em> » 🤭. Je suis toujours hyper choquée quand j&#39;entends cette expression de la part de quelqu&#39;un à qui je n&#39;ai pas demandé de m&#39;apprendre quelque chose.</p>

<h2 id="2-qu-est-ce-qu-on-pourrait-faire-à-la-place" id="2-qu-est-ce-qu-on-pourrait-faire-à-la-place">2. Qu’est-ce qu’on pourrait faire à la place ?</h2>

<p>Souvent, quand des situations me mettent mal à l’aise, je ressens le besoin d’écrire pour les analyser, mieux les comprendre, et me demander ce que j’aurais pu faire de différent :
– si j’avais été à la place de l’autre personne,
– et de là où j&#39;étais.</p>

<h3 id="a-le-caricatural" id="a-le-caricatural">a) Le caricatural</h3>

<p>Je ne sais pas exactement ce que voulait l’homme qui m’a dit que seul les personnes qui vont tracter sont des vrai·es militant·es. Peut-être avait-il un (énorme) besoin de reconnaissance ? Ou bien cherchait-il un moyen d’extérioriser sa colère ? Ou bien il était juste sexiste et cherchait un prétexte pour essayer d’écraser une militante qui a de la reconnaissance qu’il n’a pas ?
En essayant de lui prêter la meilleure des intentions, on pourrait imaginer qu’il essayait d’exprimer sa frustration et sa colère, et dans ce cas, on pourrait recommander une parole en « je » :</p>

<blockquote><p>Proposition : « Quand j’ai vu qu’on n’était que 2 à tracter, j’ai été déçu et en colère.  »</p></blockquote>

<p>Et moi, comment aurais-je pu réagir ?
J’ai argumenté sur le fond : la valeur d’un·e militant·e ne se mesure pas au nombre de tracts distribués. On est inclusif et accueillant et donc on est reconnaissant·es de chaque petite ou grande chose qu’une personne fait pour le collectif. J’étais assez contente de mes arguments, mais clairement, on a été dans un dialogue de sourds.</p>

<p>Je lui ai aussi demandé s’il avait été content de tracter, pour contrer son besoin d’avoir une médaille, en mode : « <em>on ne te demande pas de te sacrifier pour le groupe</em> ». Cet argument a porté, mais comme un coup, pas comme quelque chose qui nous réconcilie et nous rapproche (en même temps, je ne crois pas que c’était ce que je cherchais).</p>

<p>Dans son livre « Where to draw the line. How to set healthy boundaries», l’autrice recommande de poser des barrières claires à certains comportements qui ne sont pas acceptables, et je pense que celui-ci en fait partie. À la lecture de son livre, je me dis que j’aurais pu dire :</p>

<blockquote><p>« <em>Je n’accepte pas que tu portes des jugements de valeur sur les militant·es de ce groupe, soit tu arrêtes, soit j’arrête de discuter avec toi</em> ».</p></blockquote>

<h3 id="b-le-commentaire-jugeant-implicite-1" id="b-le-commentaire-jugeant-implicite-1">b) Le commentaire jugeant implicite</h3>

<p>Moi aussi je fais toutes mes courses de légumes au maraîcher ou à la biocoop. Mais je sais que c’est un privilège (j’en ai le temps et les moyens financiers).
D’un côté, j’ai envie de me dire que dans ce contexte, la meilleure option serait de se taire.</p>
<ul><li>Si tout le monde consomme comme moi, ça ne change rien de le dire.</li>
<li>Si certaines personnes ne font pas comme moi, je leur balance un peu mon mépris de classe à la tête.</li></ul>

<p>Et en même temps, je crois beaucoup à l’exemple et à l’exemplarité pour faire évoluer les normes sociales. En disant où j’achète mes légumes, je normalise le fait de les acheter ailleurs qu’en supermarché. Alors comment présenter ce que je fais sans impliquer que ne pas faire pareil c’est mal ?</p>

<p>J’ai l’impression qu’il y a plusieurs stratégies :</p>
<ol><li><strong>Show, don’t tell</strong> : rendre visible ce que je fais, sans en faire un fromage. Dire par exemple : « Je reviens des courses chez le maraîcher », sans aller plus loin.</li>
<li><strong>Expliquer ce que je gagne à avoir un certain comportement</strong>. Je peux par exemple dire : « <em>Je suis vraiment contente d’acheter mes légumes chez le maraîcher car comme ça j’ai toujours des légumes de saison, et j’ai bonne conscience d’aider des jeunes agriculteurs locaux qui font du bio</em> ».</li>
<li><strong>Avoir une formulation plus mesurée</strong> : « <em>j’essaie d’aller autant que possible chez le maraîcher et pas au supermarché pour mes légumes</em> ».</li></ol>

<p>Et qu’est-ce que j’aurais pu répondre quand j’ai assisté à cet échange ?</p>

<p>Sur le moment, j’ai juste dit : « £moi je n’y arrive pas, j’achète les citrons au supermarché bio* ».</p>

<p>J’aurais pu aussi faire un appel à nos valeurs que je sais partagées :</p>

<blockquote><p>« <em>On est d’accord que chacun·e fait comme elle peut et qu’on ne juge pas des comportements des autres ?</em> ».</p></blockquote>

<p>Ou en mode CNV (Communication non violente) :</p>

<blockquote><p>« <em>Quand tu dis ça, j’ai l’impression que si je ne fais pas comme toi, alors tu auras une mauvaise opinion de moi</em> ».</p></blockquote>

<h3 id="c-l-antiphrase" id="c-l-antiphrase">c) L’antiphrase</h3>

<p>L’antiphrase est une sorte de « non-commentaire » qui en est en fait un. Il me semble que l’idéal dans ce cas est de s’abstenir de commenter. Toutes les informations que l’on entend ne demande pas une réponse de notre part ! (ça c&#39;est une note à moi-même). D&#39;ailleurs, ce matin, quand mon interlocuteur m&#39;a dit que pour lui les vacances c&#39;était 3 semaines au soleil en Guadeloupe, je me suis tue. Point. Et c&#39;était la bonne réaction à avoir je pense.</p>

<p>Avec ma mère, j&#39;aurais pu dire ce que je ressentais. Je le lui ai d&#39;ailleurs dit plus tard : « <em>ça me rend triste de voir que tu te mets à prendre l&#39;avion car je me dis que si même les personnes écolos comme toi s&#39;y mettent, on est vraiment foutus</em> ».</p>

<p>De l&#39;autre côté, je ne sais jamais quoi répondre quand on me fait ce genre de commentaires. En général, ça me met mal à l’aise et je ne réponds rien. À la réflexion, je me dis que je pourrais essayer deux stratégies :</p>

<p>1) <strong>Questionner</strong> : « <em>Pourquoi est-ce que tu fais ce commentaire ?</em> ».
2) <strong>Poser une limite</strong> : « <em>Je ne souhaite pas t’entendre commenter mes choix de vie quand je ne te demande pas ton avis, et là c’est un commentaire en creux. Si tu le refais, je raccroche.</em> ».</p>

<h3 id="d-le-commentaire-jugeant-positif-1" id="d-le-commentaire-jugeant-positif-1">d) Le commentaire jugeant positif</h3>

<p>Le commentaire positif est celui qui me travaille le plus depuis plusieurs années. J’aime faire des compliments sincères, et ça me semble hyper important. J’ai du mal à trouver la frontière entre le compliment et le commentaire jugeant. En y réfléchissant pour cet article, j’ai l’impression qu’une des pistes est de parler en « je » :</p>
<ul><li>« <em>Très beau chemisier</em> » → « <em>J’aime beaucoup ton chemisier</em> »</li>
<li>« <em>C’était courageux que tu nous partages ça</em> » → « <em>J’ai été touchée par ton témoignage</em> » ou bien « <em>Je trouve ça difficile de partager ce type de vécu, et ça m’inspire de t’avoir entendue le faire</em> »</li>
<li>« <em>Je suis vraiment très contente que tu aies repris le dessin</em> » → « <em>J’aimerais bien savoir dessiner</em> »</li>
<li>« <em>C’est bien que tu sois allée courir</em> » → « <em>J’aimerais avoir l’énergie d’aller courir</em> ».</li>
<li>« <em>Bravo d’avoir dit xxx à yyyy</em> » → « Je sais que ça n’était pas facile à faire d’aller dire xxx à yyyy, je suis contente car j’espère que ça va faire changer les choses ». Ou bien « je ne sais pas si j’aurais osé dire xxx à yyyy ».</li></ul>

<h2 id="conclusions" id="conclusions">Conclusions</h2>

<p>J’ai entendu plusieurs fois : « <em>il suffit qu’on se rappelle le cadre en début de réunion et qu’on se dise qu’on est bienveillant·es et non jugeant·es</em> ». Et peu de temps après, cette même personne exprime des propos jugeant, sans s’en rendre compte.</p>

<p>J’ai aussi eu une discussion avec une personne très proche que je trouve très jugeante et qui m’a expliqué ne pas du tout l’être, et y faire très attention.</p>

<p>Je suis donc convaincue qu&#39;il ne suffit pas de vouloir ne pas être jugeante pour ne pas exprimer de jugements. Comme toutes les habiletés sociales, ça s&#39;apprend. Et cet article de blog était pour moi autant une manière de transmettre ce que j&#39;ai appris / lu qu&#39;un prétexte pour réfléchir sur mes pratiques et imaginer d&#39;autres manières de m&#39;exprimer.</p>

<h2 id="pour-aller-plus-loin" id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin</h2>

<p>J’ai cherché des ressources sur le jugement, et je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. Je suis donc preneuse de recommandations de lectures / podcast / … !</p>
<ul><li>J’ai trouvé chouette le livre : « Where to draw the line. How to set healthy boundaries every day » de Anne Katherine sur le fait de dire non aux comportements qui nous dérangent (dans mon cas le jugement de certain·es proches).</li>
<li>J&#39;ai été surprise dans ce podcast d&#39;apprendre qu&#39;on ne peut jamais s&#39;arrêter de juger et de se comparer aux autres : <a href="https://www.arteradio.com/son/mince_une_injonction" rel="nofollow">« Mince, une injonction »</a> du podcast vivons heureux avant la fin du monde.</li>
<li>Je me souviens d&#39;un <a href="https://boutique.arte.tv/detail/on_acheve_bien_les_gros?srsltid=AfmBOoryVFdlO02KIfR1hI6AlWtDby6pB9jfSwr3UCfx-9vbXn3Mp0ZB" rel="nofollow">documentaire d&#39;arte</a> qui expliquait à quel point les mères étaient ultra jugeantes sur leurs filles car elles voulaient les protéger de la société dont elles connaissent très bien les codes.</li></ul>

<p>Et pour poursuivre la discussion, on peut se retrouver sous ce <a href="https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu/114920115189627888" rel="nofollow"> fil sur mastodon </a> comme je ne sais pas activer les commentaires sur ce blog, et que j&#39;ai hâte de vous lire !</p>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a></p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/des-commentaires-jugeants</guid>
      <pubDate>Sat, 26 Jul 2025 15:56:52 +0200</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Écouter vraiment</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/mais-ce-qui-compte-cest-que-les-gens-etaient-tres-contents</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Société #Psycho&#xA;Un article de blog pour prendre du recul sur des conversations dans lesquelles je ne me suis pas sentie entendue, et qui m&#39;ont énervée.&#xA;!--more--&#xA;&#xA;Petite déception, grosse frustration&#xA;&#xA;Récemment, je participais à l’organisation d’un évènement militant. J’avais travaillé avec une autre personne sur un programme qui a été chamboulé pour plusieurs raisons. La commande n’avait pas été claire et des besoins de faire autre chose sont apparus dans le groupe au fur et à mesure de la journée.&#xA;Nous nous sommes adaptés, le groupe était ravi, mais j’étais déçue. Déçue de ne pas avoir compris la commande qui n’était pas claire. Déçue que personne ne reconnaisse le travail fait qui était désormais considéré inutile. &#xA;&#xA;Pour autant, j&#39;avais bien conscience qu&#39;avec les collègues de l&#39;organisation on avait bien travaillé tout au long de l&#39;évènement et que les gens étaient contents. J&#39;avais bien conscience qu&#39;on avait eu la bonne réaction en changeant le programme. Juste, l&#39;émotion qui dominait à ce moment là était de la déception. &#xA;&#xA;Plusieurs personnes sont venues me parler du déroulé de l&#39;évènement. Ces conversations m’ont énervée plus qu&#39;elles ne m’ont consolée. &#xA;&#xA;Une première conversation à la pause, alors que j&#39;étais en train de digérer la ré-orientation de l&#39;évènement. &#xA;&#xA;  - Alors vous êtes contents ? Tout se passe comme vous voulez ?&#xA;Pas vraiment, notre organisation a été ... &#xA;Ah non mais t’inquiète pas, c&#39;est très bien comment ça se déroule, et puis c’est toujours comme ça, c’est jamais ce qui était prévu qui se passe. On avait besoin de parler. &#xA;&#xA;Cette conversation m&#39;a encore déçue. Je ne me suis pas sentie écoutée, et pire, j&#39;avais l&#39;impression que la personne me laissait entendre que j&#39;étais une débutante dans cet exercice. &#xA;&#xA;Sarah Durieux dit que nous sommes souvent à la recherche de reconnaissance. Je n&#39;y échappe pas. Je crois que le fait que personne ne s&#39;excuse ou ne soit un minimum désolé·e de bousculer l&#39;organisation qu&#39;on avait travaillé avec mon collègue me vexe. Je ressens un manque de reconnaissance du travail qu&#39;on a fait. J&#39;ai eu le sentiment tout au long de l&#39;évènement que pour les autres, notre principale valeur ajoutée avait été d&#39;ouvrir les portes, de préparer la salle, et de coordonner le rangement à la fin. J&#39;ai eu l&#39;impression que le fond de ce qu&#39;on avait fait, là où je nous (me) perçois une valeur ajoutée, n&#39;avait pas été remarqué, et ça m&#39;a frustrée. &#xA;&#xA;En fin de journée, l&#39;une des personnes qui a partagé l&#39;organisation avec nous me demande : &#xA;&#xA;  - Bon, alors vous vouliez débriefer. T&#39;en a pensé quoi ?&#xA;Je suis déçue que le travail qu’on a fait n’ait ...&#xA;Nan mais c’est pas grave, ce qui compte c’est que les gens étaient très contents ! On apprend à travailler ensemble. &#xA;OK. &#xA;&#xA;Je me suis de nouveau sentie non écoutée, mais c&#39;était encore plus dur puisque la personne m&#39;avait laissé entendre qu&#39;elle était prête à m&#39;écouter pour qu&#39;on débrieffe. Quand elle m&#39;a dit que ça n&#39;est pas grave, j&#39;ai eu l&#39;impression  que mes émotions ne sont pas légitimes, et que j&#39;étais une petite fille fragile un peu neuneu et pas une vraie pro de l&#39;organisation comme elle. Évidemment que ça n&#39;était pas son intention ! &#xA;&#xA;Poser des questions, mais ne pas écouter la réponse&#xA;Je me rappelle que ma mère nous disait souvent : &#xA;&#xA;  «  Ne pose pas la question si tu ne veux pas écouter la réponse. » &#xA;&#xA;Et durant cette journée, c&#39;est ce que j&#39;ai ressenti. Ces personnes m&#39;ont posé une question, mais elles n&#39;ont pas écouté ma réponse. Dans mon souvenir, elles m&#39;ont coupé la parole pour me dire qu&#39;il fallait que je vois le positif : les gens sont très contents.&#xA;&#xA;Pourquoi on n&#39;écoute pas ? &#xA;Je ne suis pas certaine de pourquoi ces personnes m&#39;ont posé des questions et n&#39;ont pas voulu entendre ma réponse. Et je sais que des fois c&#39;est moi qui n&#39;écoute pas et qui n&#39;entend pas. &#xA;&#xA;Le mythe du positivisme&#xA;J&#39;imagine qu&#39;elles pensaient que j&#39;avais peur que les gens ne soient pas contents et qu&#39;elles ont voulu me rassurer. Ou bien qu&#39;elles ne voulaient surtout pas qu&#39;il y ait quoi que ce soit de négatif comme feedback. On doit toujours faire comme si tout allait bien. &#xA;&#xA;  Stay positive ! &#xA;&#xA;D&#39;ailleurs, j&#39;ai l&#39;impression que dans nos milieux, il y a un mythe qui dit qu&#39;on ne doit jamais être négatif. &#xA;&#xA;Je me rappelle une militante à la fin d&#39;une fresque du climat. On nous demande nos émotions, et je dis que je n&#39;ai plus beaucoup d&#39;espoir. Elle m&#39;engueule pour me dire qu&#39;on n&#39;a pas le droit de baisser les bras, il faut rester positif et garder espoir. Je ne me suis pas sentie écoutée, et j&#39;ai eu l&#39;impression que notre relation se distendait. &#xA;&#xA;Le mythe du collectif supérieur aux individus&#xA;Quand je repense à ces échanges qui m&#39;ont énervée, j&#39;y vois aussi un autre problème des collectifs. On dit souvent que ce qui compte, c&#39;est que le groupe soit content. Comme si le groupe comptait davantage que les individus qui le constituent. Ce n&#39;était surement pas le message souhaité, mais moi j&#39;ai entendu : &#xA;&#xA;  Ce n&#39;est pas grave que tu sois déçue du moment que le groupe est content. Tu dois te sacrifier pour le groupe. Tu n&#39;as pas le droit de te plaindre. &#xA;&#xA;J&#39;ai trouvé ça particulièrement difficile dans un évènement que nous avions construit autour de la question du soin de nos collectifs (au sens du livre de Sarah Durieux). &#xA;&#xA;Une écoute active&#xA;J&#39;ai voulu écrire un article de blog car j&#39;avais besoin d&#39;analyser ce que j&#39;avais ressenti, et je ne sais le faire qu&#39;en écrivant. En plus, je suis certaine qu&#39;à d&#39;autres moments, je suis la personne qui n&#39;écoute pas. Je profite de ces deux réponses qui m&#39;ont blessée pour en faire quelque chose de positif : une situation d&#39;entraînement pour travailler mon écoute active. &#xA;&#xA;Le premier dialogue, en version écoute active. &#xA;&#xA;  - Alors vous êtes contents ? Tout se passe comme vous voulez ?&#xA;Pas vraiment, notre organisation a été chamboulée et on a travaillé pour rien.&#xA;Vous aviez beaucoup travaillé pour l&#39;organisation et vous avez l&#39;impression d&#39;avoir travaillé pour rien. [reformulation]&#xA;Oui, mais bon, je vois bien que le groupe en avait besoin. Juste ce qu&#39;on fait là on aurait pu le faire en visio. &#xA;&#xA;Pour ce dialogue, je reprends l&#39;une des techniques de l&#39;écoute active : reformuler ce qui vient d&#39;être dit pour montrer qu&#39;on a écouté et vérifier qu&#39;on a bien compris le point de vue de la personne qui parle. &#xA;&#xA;À la fin de cet échange, la personne ne m&#39;a rien apporté comme information, mais je me sens écoutée et ça m&#39;apaise. Une fois que cette émotion est entendue, je peux passer plus facilement à l&#39;analyse de l&#39;évènement produit et au fait que le groupe est content. &#xA;&#xA;Le deuxième dialogue, en version écoute active&#xA;  - Bon, alors vous vouliez débriefer. T&#39;en a pensé quoi ?&#xA;Je suis déçue que le travail qu’on a fait n’ait servi à rien. &#xA;Du coup tu penses que l&#39;évènement n&#39;a pas été réussi ? [Question fermée]&#xA;Non, je vois bien que c&#39;est ce dont les gens avaient besoin. Mais je trouve qu&#39;on aurait pu faire ça en visio et je suis agacée de ne pas avoir eu toutes les infos pour préparer correctement cet évènement. Il fallait toujours aller vite pendant les préparations, et à la fin, on a travaillé pour rien. &#xA;Qu&#39;est-ce que tu voudrais qu&#39;on retienne de ça ? [Question ouverte]&#xA;Bah déjà qu&#39;on mette en place des visios régulièrement, et puis qu&#39;on organise différemment la préparation en identifiant mieux les rôles de chacun·e. &#xA;&#xA;Je pense que je me sens un peu moins écoutée dans cette version que dans celle du premier dialogue, mais j&#39;aime qu&#39;on aille sur les solutions. J&#39;ai l&#39;impression du coup que ma déception va servir à quelque chose, que le groupe grandit et que je ne vais pas me retrouver dans la même situation la prochaine fois. &#xA;&#xA;Des compliments qui touchent&#xA;Évidemment, à la fin, nous avons eu les remerciements d&#39;usage. «&amp;nbsp;Merci pour l&#39;organisation, c&#39;était super, on vous applaudit bien fort.&amp;nbsp;» &#xA;&#xA;Je ne sais pas ce qu&#39;ont ressenti les autres, mais moi, pas grand chose de positif. J&#39;aurais été encore plus déçue de ne pas être remerciée du tout, mais j&#39;avais l&#39;impression que ces remerciements étaient très généraux et creux. Je ne vois pas de circonstances dans lesquelles on aurait dit moins. &#xA;&#xA;Je repense aux livres que j&#39;ai lus sur la communication efficace (et en particulier celui sur les manipulateurs qui font qu&#39;on dit oui à des choses où on aurait voulu dire nonsup1/sup). Un compliment sincère est un compliment qui porte sur un point précis.&#xA;&#xA;Je crois que ma petite personne rabougrie (comme dit Sarah Durieux dans son livre) aurait été nourrie si on avait complimenté l&#39;organisation pour la construction des ateliers, et pour sa capacité d&#39;adaptation pendant l&#39;évènement.   &#xA;&#xA;Suis-je une petite chose fragile ? &#xA;J&#39;ai répondu à l&#39;une des personnes que je ne me sentais pas écoutée, mais la discussion a été coupée ensuite. Je me suis sentie un peu merdeuse. &#xA;&#xA;Suis-je une petite chose fragile un peu chiante alors que les autres savent prendre de la hauteur ?&#xA;&#xA;Je doute facilement de ma légitimité à exprimer mes besoins. J&#39;ai grandi avec la croyance que ceux des autres doivent passer avant les miens. &#xA;&#xA;Je repense au livre de Sarah Durieux qui a tout un chapitre sur la critique constructive et le feedback. Un collectif fonctionnel est un collectif dans lequel on encourage la critique constructive. Ces critiques permettent d&#39;améliorer le fonctionnement du groupe mais aussi de diminuer les frustrations des un·es et des autres. &#xA;&#xA;En repensant à son livre, à d&#39;autres que j&#39;ai lu, je me dis que ma frustration est légitime, même si c&#39;est une petite chose. Ce n&#39;est pas une aussi grosse blessure que celles qui ont été partagées par les autres membres. Mais je l&#39;écris pour me convaincre (sans trop de succès) : j&#39;avais le droit d&#39;être déçue et de souhaiter que ça soit entendu. &#xA;&#xA;Nous allons avoir un moment de débrief plus structuré prochainement. J&#39;espère que j&#39;arriverai à exprimer ce qui m&#39;a frustré sans me sentir illégitime. J&#39;espère que cela contribuera à faire grandir le groupe plus qu&#39;à me faire passer pour la pénible de service. Et j&#39;espère que toi, lecteurice, tu auras trouvé de quoi te nourrir un petit peu dans ce partage d&#39;expérience et de ressenti... &#xA;&#xA;Pour aller plus loin &#xA;&#xA;Le dernier livre de Sarah Durieux qui défend (entre autres) le fait de débriefer des choses que l&#39;on fait ensemble quand on milite : a href=&#34;https://horsdatteinte.org/livre/militer-a-tout-prix/&#34;Militer à tout prix/a, Comment cesser de reproduire des logiques de dominations dans nos collectifs et les rendre plus sains ?  aux éditions hors d&#39;atteinte. &#xA;sup1/sup : le livre pour apprendre à dire non quand on a envie de dire non et qu&#39;on essaie de nous flatter ou de nous culpabiliser : Affirmez-vous face aux manipulateurs de a href=&#34;https://fredericfanget.com/mes-livres/&#34; Frédéric Fanget/a.&#xA;&#xA;#Societe #Quotidien]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Psycho" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Psycho</span></a>
<em>Un article de blog pour prendre du recul sur des conversations dans lesquelles je ne me suis pas sentie entendue, et qui m&#39;ont énervée.</em>
</p>

<h2 id="petite-déception-grosse-frustration" id="petite-déception-grosse-frustration">Petite déception, grosse frustration</h2>

<p>Récemment, je participais à l’organisation d’un évènement militant. J’avais travaillé avec une autre personne sur un programme qui a été chamboulé pour plusieurs raisons. La commande n’avait pas été claire et des besoins de faire <em>autre chose</em> sont apparus dans le groupe au fur et à mesure de la journée.
Nous nous sommes adaptés, le groupe était ravi, mais <strong>j’étais déçue</strong>. Déçue de ne pas avoir compris la commande qui n’était pas claire. Déçue que personne ne reconnaisse le travail fait qui était désormais considéré inutile.</p>

<p>Pour autant, j&#39;avais bien conscience qu&#39;avec les collègues de l&#39;organisation on avait bien travaillé tout au long de l&#39;évènement et que les gens étaient contents. J&#39;avais bien conscience qu&#39;on avait eu la bonne réaction en changeant le programme. Juste, l&#39;émotion qui dominait à ce moment là était de la déception.</p>

<p>Plusieurs personnes sont venues me parler du déroulé de l&#39;évènement. <strong>Ces conversations m’ont énervée plus qu&#39;elles ne m’ont consolée</strong>.</p>

<p>Une première conversation à la pause, alors que j&#39;étais en train de digérer la ré-orientation de l&#39;évènement.</p>

<blockquote><ul><li>Alors vous êtes contents ? Tout se passe comme vous voulez ?</li>
<li>Pas vraiment, notre organisation a été ... </li>
<li>Ah non mais t’inquiète pas, c&#39;est très bien comment ça se déroule, et puis c’est toujours comme ça, c’est jamais ce qui était prévu qui se passe. On avait besoin de parler.</li></ul>
</blockquote>

<p>Cette conversation m&#39;a encore déçue. Je ne me suis pas sentie écoutée, et pire, j&#39;avais l&#39;impression que la personne me laissait entendre que j&#39;étais une débutante dans cet exercice.</p>

<p>Sarah Durieux dit que nous sommes souvent à la recherche de reconnaissance. Je n&#39;y échappe pas. Je crois que le fait que personne ne s&#39;excuse ou ne soit un minimum désolé·e de bousculer l&#39;organisation qu&#39;on avait travaillé avec mon collègue me vexe. Je ressens un manque de reconnaissance du travail qu&#39;on a fait. J&#39;ai eu le sentiment tout au long de l&#39;évènement que pour les autres, notre principale valeur ajoutée avait été d&#39;ouvrir les portes, de préparer la salle, et de coordonner le rangement à la fin. J&#39;ai eu l&#39;impression que le fond de ce qu&#39;on avait fait, là où je nous (me) perçois une valeur ajoutée, n&#39;avait pas été remarqué, et ça m&#39;a frustrée.</p>

<p>En fin de journée, l&#39;une des personnes qui a partagé l&#39;organisation avec nous me demande :</p>

<blockquote><ul><li>Bon, alors vous vouliez débriefer. T&#39;en a pensé quoi ?</li>
<li>Je suis déçue que le travail qu’on a fait n’ait ...</li>
<li>Nan mais c’est pas grave, ce qui compte c’est que les gens étaient très contents ! On apprend à travailler ensemble.</li>
<li>OK.</li></ul>
</blockquote>

<p>Je me suis de nouveau sentie non écoutée, mais c&#39;était encore plus dur puisque la personne m&#39;avait laissé entendre qu&#39;elle était prête à m&#39;écouter pour qu&#39;on débrieffe. Quand elle m&#39;a dit que ça n&#39;est pas grave, j&#39;ai eu l&#39;impression  que mes émotions ne sont pas légitimes, et que j&#39;étais une petite fille fragile un peu neuneu et pas une vraie pro de l&#39;organisation comme elle. Évidemment que ça n&#39;était pas son intention !</p>

<h3 id="poser-des-questions-mais-ne-pas-écouter-la-réponse" id="poser-des-questions-mais-ne-pas-écouter-la-réponse">Poser des questions, mais ne pas écouter la réponse</h3>

<p>Je me rappelle que ma mère nous disait souvent :</p>

<blockquote><p>«  Ne pose pas la question si tu ne veux pas écouter la réponse. »</p></blockquote>

<p>Et durant cette journée, c&#39;est ce que j&#39;ai ressenti. Ces personnes m&#39;ont posé une question, mais elles n&#39;ont pas écouté ma réponse. Dans mon souvenir, elles m&#39;ont coupé la parole pour me dire qu&#39;<strong>il fallait que je vois le positif : les gens sont très contents.</strong></p>

<h2 id="pourquoi-on-n-écoute-pas" id="pourquoi-on-n-écoute-pas">Pourquoi on n&#39;écoute pas ?</h2>

<p>Je ne suis pas certaine de pourquoi ces personnes m&#39;ont posé des questions et n&#39;ont pas voulu entendre ma réponse. Et je sais que des fois c&#39;est moi qui n&#39;écoute pas et qui n&#39;entend pas.</p>

<h3 id="le-mythe-du-positivisme" id="le-mythe-du-positivisme">Le mythe du positivisme</h3>

<p>J&#39;imagine qu&#39;elles pensaient que j&#39;avais peur que les gens ne soient pas contents et qu&#39;elles ont voulu me rassurer. Ou bien qu&#39;elles ne voulaient surtout pas qu&#39;il y ait quoi que ce soit de négatif comme feedback. On doit toujours faire comme si tout allait bien.</p>

<blockquote><p>Stay positive !</p></blockquote>

<p>D&#39;ailleurs, j&#39;ai l&#39;impression que dans nos milieux, il y a un mythe qui dit qu&#39;<strong>on ne doit jamais être négatif</strong>.</p>

<p>Je me rappelle une militante à la fin d&#39;une fresque du climat. On nous demande nos émotions, et je dis que je n&#39;ai plus beaucoup d&#39;espoir. Elle m&#39;engueule pour me dire qu&#39;on n&#39;a pas le droit de baisser les bras, il faut rester positif et garder espoir. Je ne me suis pas sentie écoutée, et j&#39;ai eu l&#39;impression que notre relation se distendait.</p>

<h3 id="le-mythe-du-collectif-supérieur-aux-individus" id="le-mythe-du-collectif-supérieur-aux-individus">Le mythe du collectif supérieur aux individus</h3>

<p>Quand je repense à ces échanges qui m&#39;ont énervée, j&#39;y vois aussi un autre problème des collectifs. On dit souvent que ce qui compte, c&#39;est que <strong>le groupe</strong> soit content. Comme si le groupe comptait davantage que les individus qui le constituent. Ce n&#39;était surement pas le message souhaité, mais moi j&#39;ai entendu :</p>

<blockquote><p>Ce n&#39;est pas grave que tu sois déçue du moment que le groupe est content. Tu dois te sacrifier pour le groupe. Tu n&#39;as pas le droit de te plaindre.</p></blockquote>

<p>J&#39;ai trouvé ça particulièrement difficile dans un évènement que nous avions construit autour de la question <strong>du soin de nos collectifs</strong> (au sens du livre de Sarah Durieux).</p>

<h2 id="une-écoute-active" id="une-écoute-active">Une écoute active</h2>

<p>J&#39;ai voulu écrire un article de blog car j&#39;avais besoin d&#39;analyser ce que j&#39;avais ressenti, et je ne sais le faire qu&#39;en écrivant. En plus, je suis certaine qu&#39;à d&#39;autres moments, je suis la personne qui n&#39;écoute pas. Je profite de ces deux réponses qui m&#39;ont blessée pour en faire quelque chose de positif : une situation d&#39;entraînement pour travailler mon écoute active.</p>

<h3 id="le-premier-dialogue-en-version-écoute-active" id="le-premier-dialogue-en-version-écoute-active">Le premier dialogue, en version écoute active.</h3>

<blockquote><ul><li>Alors vous êtes contents ? Tout se passe comme vous voulez ?</li>
<li>Pas vraiment, notre organisation a été chamboulée et on a travaillé pour rien.</li>
<li>Vous aviez beaucoup travaillé pour l&#39;organisation et vous avez l&#39;impression d&#39;avoir travaillé pour rien. [<em>reformulation</em>]</li>
<li>Oui, mais bon, je vois bien que le groupe en avait besoin. Juste ce qu&#39;on fait là on aurait pu le faire en visio.</li></ul>
</blockquote>

<p>Pour ce dialogue, je reprends l&#39;une des techniques de l&#39;écoute active : reformuler ce qui vient d&#39;être dit pour montrer qu&#39;on a écouté et vérifier qu&#39;on a bien compris le point de vue de la personne qui parle.</p>

<p>À la fin de cet échange, la personne ne m&#39;a rien apporté comme information, mais je me sens écoutée et ça m&#39;apaise. Une fois que cette émotion est entendue, je peux passer plus facilement à l&#39;analyse de l&#39;évènement produit et au fait que le groupe est content.</p>

<h3 id="le-deuxième-dialogue-en-version-écoute-active" id="le-deuxième-dialogue-en-version-écoute-active">Le deuxième dialogue, en version écoute active</h3>

<blockquote><ul><li>Bon, alors vous vouliez débriefer. T&#39;en a pensé quoi ?</li>
<li>Je suis déçue que le travail qu’on a fait n’ait servi à rien.</li>
<li>Du coup tu penses que l&#39;évènement n&#39;a pas été réussi ? [<em>Question fermée</em>]</li>
<li>Non, je vois bien que c&#39;est ce dont les gens avaient besoin. Mais je trouve qu&#39;on aurait pu faire ça en visio et je suis agacée de ne pas avoir eu toutes les infos pour préparer correctement cet évènement. Il fallait toujours aller vite pendant les préparations, et à la fin, on a travaillé pour rien.</li>
<li>Qu&#39;est-ce que tu voudrais qu&#39;on retienne de ça ? [<em>Question ouverte</em>]</li>
<li>Bah déjà qu&#39;on mette en place des visios régulièrement, et puis qu&#39;on organise différemment la préparation en identifiant mieux les rôles de chacun·e.</li></ul>
</blockquote>

<p>Je pense que je me sens un peu moins écoutée dans cette version que dans celle du premier dialogue, mais j&#39;aime qu&#39;on aille sur les solutions. J&#39;ai l&#39;impression du coup que ma déception va servir à quelque chose, que le groupe grandit et que je ne vais pas me retrouver dans la même situation la prochaine fois.</p>

<h3 id="des-compliments-qui-touchent" id="des-compliments-qui-touchent">Des compliments qui touchent</h3>

<p>Évidemment, à la fin, nous avons eu les remerciements d&#39;usage. « <em>Merci pour l&#39;organisation, c&#39;était super, on vous applaudit bien fort</em>. »</p>

<p>Je ne sais pas ce qu&#39;ont ressenti les autres, mais moi, pas grand chose de positif. J&#39;aurais été encore plus déçue de ne pas être remerciée du tout, mais j&#39;avais l&#39;impression que ces remerciements étaient très généraux et creux. Je ne vois pas de circonstances dans lesquelles on aurait dit moins.</p>

<p>Je repense aux livres que j&#39;ai lus sur la communication efficace (et en particulier celui sur les manipulateurs qui font qu&#39;on dit <em>oui</em> à des choses où on aurait voulu dire non<sup>1</sup>). <strong>Un compliment sincère est un compliment qui porte sur un point précis.</strong></p>

<p>Je crois que ma <em>petite personne rabougrie</em> (comme dit Sarah Durieux dans son livre) aurait été nourrie si on avait complimenté l&#39;organisation pour la construction des ateliers, et pour sa capacité d&#39;adaptation pendant l&#39;évènement.</p>

<h2 id="suis-je-une-petite-chose-fragile" id="suis-je-une-petite-chose-fragile">Suis-je une petite chose fragile ?</h2>

<p>J&#39;ai répondu à l&#39;une des personnes que je ne me sentais pas écoutée, mais la discussion a été coupée ensuite. Je me suis sentie un peu merdeuse.</p>

<p><strong>Suis-je une petite chose fragile un peu chiante alors que les autres savent prendre de la hauteur ?</strong></p>

<p>Je doute facilement de ma légitimité à exprimer mes besoins. J&#39;ai grandi avec la croyance que ceux des autres doivent passer avant les miens.</p>

<p>Je repense au livre de Sarah Durieux qui a tout un chapitre sur la critique constructive et le feedback. Un collectif fonctionnel est un collectif dans lequel on encourage la critique constructive. Ces critiques permettent d&#39;améliorer le fonctionnement du groupe mais aussi de diminuer les frustrations des un·es et des autres.</p>

<p>En repensant à son livre, à d&#39;autres que j&#39;ai lu, je me dis que ma frustration est légitime, même si c&#39;est une petite chose. Ce n&#39;est pas une aussi grosse blessure que celles qui ont été partagées par les autres membres. Mais je l&#39;écris pour me convaincre (sans trop de succès) : j&#39;avais le droit d&#39;être déçue et de souhaiter que ça soit entendu.</p>

<p>Nous allons avoir un moment de débrief plus structuré prochainement. J&#39;espère que j&#39;arriverai à exprimer ce qui m&#39;a frustré sans me sentir illégitime. J&#39;espère que cela contribuera à faire grandir le groupe plus qu&#39;à me faire passer pour la pénible de service. Et j&#39;espère que toi, lecteurice, tu auras trouvé de quoi te nourrir un petit peu dans ce partage d&#39;expérience et de ressenti...</p>

<h2 id="pour-aller-plus-loin" id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin</h2>
<ul><li>Le dernier livre de Sarah Durieux qui défend (entre autres) le fait de débriefer des choses que l&#39;on fait ensemble quand on milite : <a href="https://horsdatteinte.org/livre/militer-a-tout-prix/" rel="nofollow">Militer à tout prix</a>, *Comment cesser de reproduire des logiques de dominations dans nos collectifs et les rendre plus sains ? * aux éditions hors d&#39;atteinte.</li>
<li><sup>1</sup> : le livre pour apprendre à dire <em>non</em> quand on a envie de dire non et qu&#39;on essaie de nous flatter ou de nous culpabiliser : <em>Affirmez-vous face aux manipulateurs</em> de <a href="https://fredericfanget.com/mes-livres/" rel="nofollow"> Frédéric Fanget</a>.</li></ul>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Quotidien" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Quotidien</span></a></p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/mais-ce-qui-compte-cest-que-les-gens-etaient-tres-contents</guid>
      <pubDate>Mon, 07 Jul 2025 17:07:56 +0200</pubDate>
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    <item>
      <title>[Lecture] La tyrannie de l&#39;absence de structures - Jo Freeman</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/lecture-la-tyrannie-de-labsence-de-structures-jo-freeman</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Société #Politique #Lecture&#xA;On aimerait toustes qu&#39;un groupe puisse fonctionner bien sans avoir besoin de perdre du temps à construire des règles. Si on a réuni que des gens très bien, ça devrait marcher, non ?.&#xA;!--more--&#xA;&#xA;Rêve d&#39;horizontalité &#xA;Il y a presque 10 ans, je créais une association avec quelques copines pour développer la recherche participative dans le monde du cheval. À cette époque, j&#39;avais deux craintes pour cette association : &#xA;&#xA;Que ça ne soit que MON association. &#xA;J&#39;assistais aux déboires d&#39;une association centrée sur une personne autocratique qui en avait été 40 ans à la tête et qui avait fait souffrir un peu tout le monde. Je voulais que l&#39;association qu&#39;on créait soit une association au service d&#39;un projet et pas d&#39;une personne. &#xA;Que les gens nouveaux ne trouvent pas facilement leur place. &#xA;J&#39;avais envie qu&#39;on soit débordées de nouvelles personnes et que ça ne reste pas que le projet d&#39;une bande de copines. &#xA;&#xA;Je crois qu&#39;on a bien réussi. Au bout d&#39;un an on était déjà 100 membres de toute la France. Au bout de 3 ans, comme je l&#39;avais annoncé au départ, j&#39;ai quitté le poste de présidente. Et aujourd&#39;hui, il n&#39;y a plus personne de l&#39;équipe de départ dans le bureau, et l&#39;association vit sa meilleure vie ! &#xA;&#xA;a href=&#34;https://sciencesequines.fr/&#34; Site de l&#39;association Sciences Équines /a&#xA;&#xA;La découverte d&#39;un vieil article féministe&#xA;Du coup, à l&#39;époque, j&#39;avais fait de la biblio pour comprendre un peu mieux les organisations, et j&#39;étais tombée sur cet article absolument génial de Jo Freeman : &#xA;&#xA;a href=&#34;https://www.jofreeman.com/joreen/tyranny.htm&#34;The tyranny of Structurelessness/a&#xA;a href=&#34;https://organisez-vous.org/tyrannie-horizontalite-jo-freeman/&#34; Une traduction en français sur le site organisez-vous /a&#xA;a href=&#34;https://infokiosques.net/spip.php?article2&#34;Une vieille traduction en français que je trouve moins facile à lire mais dont le titre est plus fidèle /a&#xA;&#xA;Il s&#39;agit d&#39;un article écrit par une femme militante féministe qui analyse les jeux de pouvoir au sein des collectifs féministes des années 1970. Elle montre qu&#39;en l&#39;absence de structuration explicite, tout collectif reproduit les systèmes de domination en cours dans nos sociétés 😔. &#xA;&#xA;  « Le laisser-faire au sein du groupe est à peu près aussi réaliste que le laissez-faire dans la société. L’idée [d&#39;une absence de structure] devient un écran de fumée qui permet aux forts ou aux chanceux d’exercer sur les autres un pouvoir que personne ne viendra remettre en question »&#xA;&#xA;Passons donc au résumé de l&#39;article. &#xA;1. Il y a toujours des structures informelles dans les groupes&#xA;La première idée forte de cet article serait assez banale en sociologie. Quel que soit le groupe ou le collectif, il y a toujours une structuration qui se fait, le plus souvent de manière informelle, c&#39;est-à-dire sans que personne ne l&#39;ait vraiment décidé. &#xA;&#xA;  Any group of people of whatever nature that comes together for any length of time for any purpose will inevitably structure itself in some fashion. &#xA;&#xA;  N’importe quel groupe d’individus – quel que soit sa nature, sa longévité ou son but – va inévitablement se structurer d’une manière ou d’une autre.&#xA;&#xA;L&#39;absence de structure ne conduit pas à une absence de hiérarchies ou de jeux de pouvoir, au contraire, elle donne davantage de pouvoir à certaines personnes sans que ça ne soit le fruit d&#39;une décision collective. &#xA;&#xA;  Thus structurelessness becomes a way of masking power, and within the women&#39;s movement is usually most strongly advocated by those who are the most powerful (whether they are conscious of their power or not).&#xA; &#xA;  Ainsi, l’absence de structures devient une façon de cacher le pouvoir, et ce sont en général les membres les plus puissantes des mouvements féministes (qu’elles soient conscientes ou non de leur pouvoir) qui en sont les plus ferventes partisantes.&#xA;&#xA;2. Le pouvoir de l&#39;élite &#xA;Jo Freeman constate qu&#39;un petit nombre de personnes prend toujours le pouvoir informellement dans les groupes. C&#39;est ce qu&#39;elle appelle l&#39;élite de ce groupe. &#xA;&#xA;  Correctly, an elite refers to a small group of people who have power over a larger group of which they are part, usually without direct responsibility to that larger group, and often without their knowledge or consent. &#xA;&#xA;  Correctement utilisé, le terme « élite » fait référence à un petit groupe de gens qui détiennent du pouvoir sur un groupe plus large dont ils font partie, généralement sans avoir à lui rendre de comptes et souvent, sans que le groupe plus large ne le sache ou ait donné son consentement.&#xA;&#xA;Une copine de militantisme me disait que quand on rejoint un tel groupe, on a la sensation de venir « à leur table ». On n&#39;est pas égaux, on est invités, et donc on doit bien se tenir et ne pas trop mettre le bazar. &#xA;&#xA;Le groupe d&#39;ami·es&#xA;L&#39;élite est très souvent un groupe d&#39;ami·es qui pré-existait au collectif. Ces personnes se connaissent, elles s&#39;appellent en dehors des réunions, elles partagent des infos entre elles. Et lors des réunions, elles font en général bloc contre les nouveaux sans s&#39;en rendre compte. &#xA;&#xA;  Elites are nothing more, and nothing less, than groups of friends who also happen to participate in the same political activities. They would probably maintain their friendship whether or not they were involved in political activities;&#xA;&#xA;  Les élites ne sont ni plus ni moins qu’un groupe d’amis dont il s’avère qu’ils sont impliqués dans les mêmes activités politiques. Leur amitié persisterait sûrement en dehors de tout engagement politique et, de même, leur engagement politique perdurerait même s’ils n’étaient plus amis.&#xA;&#xA;Une copine militante me faisait récemment remarquer qu&#39;une règle d&#39;or pour elle c&#39;est que toutes les décisions soient prises pendant les réunions. Ou son corollaire qui est plus clair : qu&#39;aucune décision ne soit prise en dehors des réunions. Cette règle permet d&#39;éviter qu&#39;on prenne une décision pendant la réunion du groupe, avec tout le monde présent, et qu&#39;ensuite quelques hommes aillent boire des bières ensemble et décident dans leur discussion qu&#39;en fait non, c&#39;était pas la bonne décision. &#xA;&#xA;Plusieurs élites &#xA;Quand le groupe est grand (comme dans un parti politique), il peut y avoir plusieurs élites qui correspondent en général à plusieurs courants. Ces courants se battent pour remporter l&#39;adhésion de l&#39;ensemble du groupe pour le pouvoir formel. &#xA;&#xA;  In a Structured group, two or more such friendship networks usually compete with each other for formal power. This is often the healthiest situation, as the other members are in a position to arbitrate between the two competitors for power and thus to make demands on those to whom they give their temporary allegiance.&#xA;&#xA;  Dans les groupes structurés, ce sont généralement deux ou plus de ces réseaux informels qui sont en compétition pour l’obtention du pouvoir formel. Cette situation est souvent la plus saine, dans la mesure où elle permet aux autres membres du groupe d’arbitrer la compétition entre les deux prétendants au pouvoir, et ainsi d’imposer leurs revendications à ceux à qui ils prêtent temporairement allégeance.&#xA;&#xA;C&#39;est qui l&#39;élite ?  &#xA;Il est relativement simple de savoir qui forme l&#39;élite d&#39;un groupe. &#xA;&#xA;Ce sont des personnes qui communiquent beaucoup entre elles, et ignorent plus ou moins le reste du groupe. &#xA;Ce sont les personnes à qui il faut demander pour qu&#39;une décision soit prise pour le groupe.  &#xA;&#xA;Dans un groupe que j&#39;ai rejoint récemment, j&#39;ai parlé d&#39;une idée à une autre personne qui m&#39;a directement répondu : « Faut que tu en parles à C. ». J&#39;ai donc ainsi appris que C. était en haut de cette hiérarchie informelle et que c&#39;est elle qu&#39;il faudrait convaincre (courtiser ?) si je veux rejoindre cette élite et faire avancer mes idées / participer aux décisions du groupe. &#xA;&#xA;Comment faire partie de l&#39;élite ? &#xA;La façon la plus simple, c&#39;est évidemment la co-optation en trouvant une genre de parrain / marraine dans l&#39;élite. Sinon, il faut jouer avec les mêmes règles que pour se faire des ami·es : partager les mêmes codes sociaux, les mêmes valeurs, socialiser dans les mêmes lieux, courtiser, etc. En gros, c&#39;est la cour de récré du collège. Et pas de bol pour moi, j&#39;y étais globalement assez nulle pour intégrer les groupes en vue... &#xA;&#xA;  The characteristics prerequisite for participating in the informal elites of the movement, and thus for exercising power, concern one&#39;s background, personality, or allocation of time. They do not include one&#39;s competence, dedication to feminism, talents, or potential contribution to the movement. The former are the criteria one usually uses in determining one&#39;s friends. The latter are what any movement or organization has to use if it is going to be politically effective.&#xA;&#xA;  Ces prérequis à la participation au sein des élites informelles, et donc à l’exercice du pouvoir, concernent surtout l’origine, la personnalité, ou le temps passé à contribuer au mouvement. Ils n’ont rien à voir avec les compétences, le dévouement au féminisme, les aptitudes ou les contributions potentielles au mouvement. La première catégorie de prérequis est celle qu’on applique généralement lorsqu’on choisit ses amis. La seconde concerne plutôt les compétences dont n’importe quel mouvement ou organisation a besoin s’il veut avoir un réel impact en politique.&#xA;&#xA;Un critère d&#39;appartenance à l&#39;élite d&#39;un groupe, c&#39;est donc d&#39;avoir du temps pour socialiser avec ce groupe, et aussi d&#39;avoir du temps tout court pour bosser pour le collectif.  &#xA;&#xA;De facto, on exclue les personnes qui n&#39;ont pas tout ce temps : &#xA;&#xA;Handies, personnes fatiguées, etc&#xA;Parents, personnes aidantes &#xA;Personnes engagées au travail car carriériste, ou personnes qui cumulent plein d&#39;emploi juste pour réussir à nourrir leurs familles&#xA;&#xA;Quand on exclue ces personnes de l&#39;élite (sans en avoir conscience), on les exclut des prises de décision, et à la fin on fait sans elles, et pas vraiment en leur nom. &#xA;&#xA;3. Le star-system &#xA;Une des conséquences négatives d&#39;un fonctionnement purement informel, c&#39;est qu&#39;il renforce le star-system. Puisqu&#39;il n&#39;y a pas de chef·fe ou de représentant·e officiel·les, les personnes à l&#39;extérieur du groupe érigeront certaines stars du groupe en porte-parole. &#xA;&#xA;Il y a un groupe féministe qui se veut totalement horizontal sur notre territoire et je me posais la question de leur position sur un incident. L&#39;une d&#39;entre elles me dit : « Toutes nos paroles ont la même valeur, il n&#39;y a pas de cheffe ». Et ça sonnait ultra faux pour moi. J&#39;étais convaincue que la parole d&#39;une des femmes moins populaire dans leur groupe risquait d&#39;être désavouée ensuite. En tous cas, pour moi, de l&#39;extérieur, les représentantes étaient les grandes gueules / les personnes les plus connues du groupe, même si ça n&#39;était pas leur volonté. &#xA;&#xA;J&#39;ai l&#39;impression que c&#39;est aussi ce qui est beaucoup arrivé dans le cadre des gilets jaunes. Certaines personnalités charismatiques sont devenues des porte parole sans avoir été désignées comme tel par leur groupe. &#xA;&#xA;  But because there are no official spokespeople nor any decision-making body that the press can query when it wants to know the movement&#39;s position on a subject, these women are perceived as the spokespeople. Thus, whether they want to or not, whether the movement likes it or not, women of public note are put in the role of spokespeople by default.&#xA;&#xA;  Mais parce qu’il n’existe pas de porteparole officiel ou d’organe décisionnel que la presse peut interroger lorsqu’elle désire connaître le point de vue du mouvement sur un sujet donné, ces femmes sont amenées à jouer le rôle de porte-parole. Ainsi, qu’elles le veuillent ou non, et que cela plaise ou non au mouvement, les femmes bénéficiant d’une certaine notoriété se voient attribuer cette fonction par défaut.&#xA;&#xA;Parfois, les femmes qui deviennent des stars sont stigmatisées dans leur groupe où les autres leur en veulent, et elles finissent parfois malheureusement par quitter le mouvement. Ce qui n&#39;est jamais une bonne chose. &#xA;&#xA;4. L&#39;impuissance politique&#xA;Le dernier reproche que fait Jo Freeman aux collectifs qui refusent de s&#39;organiser, c&#39;est leur impuissance politique. &#xA;&#xA;Il y a quelques collectifs non structurés qui fonctionnent, mais ils sont rares, et ils partagent les caractéristiques suivantes : &#xA;&#xA;Le groupe a pour but la réalisation d&#39;une tâche précise, comme publier un journal ou organiser une conférence. &#xA;Le groupe est de petite taille et homogène. En gros, c&#39;est le groupe de copaines du départ. &#xA;Les personnes communiquent bien au sein du groupe. &#xA;Les tâches à réaliser sont peu spécialisées : chacun peut faire chaque tâche. &#xA;&#xA;Quand ces conditions ne sont pas réunies, ces groupes fonctionnent mal et ne sont pas efficaces selon Jo Freeman. C&#39;est ce qui explique, selon elle, que les seuls collectifs qui se font entendre à large échelle sont des collectifs bien structurés. &#xA;&#xA;La solution : structurer le groupe de manière formelle &#xA;La seule solution est de structurer démocratiquement le groupe, et pour ça, Jo Freeman recommande 6 principes. &#xA;&#xA;Les mandats : Déléguer une forme d’autorité spécifique à des individus spécifiques, dans le but d’accomplir des tâches spécifiques, via des procédures démocratiques &#xA;Exiger de tous ceux à qui une forme d’autorité a été déléguée qu’ils rendent des comptes à ceux qui les ont sélectionnés. &#xA;« C’est ainsi que le groupe peut exercer un contrôle sur ceux qui détiennent l’autorité. Même si le pouvoir est entre les mains d’individus, au final, c’est le groupe qui décide comment ce pouvoir est exercé. »&#xA;Répartir l’autorité entre le plus d’individus possible, dans les limites du raisonnable.&#xA; Ceci évite le monopole du pouvoir, et force les détenteurs de l’autorité à consulter de nombreuses autres personnes lorsqu’ils l’exercent. &#xA;Ces personnes ont alors l’opportunité d’être responsables de tâches spécifiques, et par conséquent d’acquérir différentes compétences.&#xA;Faire tourner les tâches entre les individus. &#xA;Si une personne conserve les mêmes responsabilités trop longtemps, de manière formelle ou informelle, ces responsabilités en viennent à être perçues comme « appartenant » à cette personne, qui a alors du mal à y renoncer, et tout contrôle par le groupe devient difficile.&#xA;Diffuser l’information à tous les membres le plus souvent possible. &#xA;L’information est le pouvoir. Accéder à l’information augmente le pouvoir des individus. Je trouve que c&#39;est beaucoup plus facile aujourd&#39;hui avec les boucles de diffusion type Signal. &#xA;Donner à toustes le même accès aux ressources dont le groupe a besoin. Jo Freeman prend ici l&#39;exemple de la presse à imprimer et je ne suis pas sûre de ce que seraient les équivalents dans les collectifs que je connais. Le budget ? Les clés du local ? &#xA;&#xA;Conclusion&#xA;J&#39;ai ré-ouvert ce texte car aujourd&#39;hui je suis davantage dans une phase où  je rejoins des collectifs que dans une phase où j&#39;en crée. Je suis surprise car quand j&#39;échange sur mastodon, tout le monde connaît ces grands principes et se targue de les appliquer super bien. &#xA;Et pourtant, je reproduis encore et encore l&#39;erreur de rejoindre des collectifs dans lesquels les réseaux informels dominent et où il faut dépenser beaucoup d&#39;énergie pour pouvoir contribuer... &#xA;En un an, j&#39;ai rejoins 3 collectifs non structurés : &#xA;&#xA;Le premier, je n&#39;ai rien demandé, j&#39;y suis allée en pensant qu&#39;entre gens de gauche motivés ça se passerait bien et que je serais écoutée. Je n&#39;ai pas réussi à dire non quand on m&#39;a demandé de faire des choses juste car l&#39;une des stars l&#39;avait décidé. Je suis partie sans rien dire. &#xA;Le deuxième, je me suis engagée rapidement car la personne avec qui je devais partager la mission semblait très progressiste. J&#39;y ai laissé beaucoup d&#39;énergie et je m&#39;en suis dégoutée. &#xA;Le troisième, j&#39;ai demandé comment les décisions étaient prises avant de m&#39;engager. On m&#39;a répondu : « C&#39;est super ouvert tout le monde peut participer et est écouté », et j&#39;y ai cru (aussi parce que j&#39;avais envie d&#39;y croire). En réalité, on peut parler, oui, mais il n&#39;y a aucune structuration de la prise de décision, et on retrouve tous les défauts pointés par Jo Freeman. &#xA;&#xA;Ma morale personnelle de cette histoire c&#39;est qu&#39;avant de m&#39;engager dans un collectif, il faut vraiment que j&#39;enquête sur l&#39;existence, ou pas, d&#39;une structuration.  Et que je sache dire non, ou partir. &#xA;&#xA;#Feminisme #AutoOrganisation #Collectifs #Societe #Lecture]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Politique" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Politique</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Lecture" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Lecture</span></a>
<em>On aimerait toustes qu&#39;un groupe puisse fonctionner bien sans avoir besoin de perdre du temps à construire des règles. Si on a réuni que des gens très bien, ça devrait marcher, non ?</em>.
</p>

<h1 id="rêve-d-horizontalité" id="rêve-d-horizontalité">Rêve d&#39;horizontalité</h1>

<p>Il y a presque 10 ans, je créais une association avec quelques copines pour développer la recherche participative dans le monde du cheval. À cette époque, j&#39;avais deux craintes pour cette association :</p>
<ul><li>Que ça ne soit que MON association.
J&#39;assistais aux déboires d&#39;une association centrée sur une personne autocratique qui en avait été 40 ans à la tête et qui avait fait souffrir un peu tout le monde. Je voulais que l&#39;association qu&#39;on créait soit une association <strong>au service d&#39;un projet</strong> et pas d&#39;une personne.</li>
<li>Que les gens nouveaux ne trouvent pas facilement leur place.
J&#39;avais envie qu&#39;<strong>on soit débordées de nouvelles personnes</strong> et que ça ne reste pas que le projet d&#39;une bande de copines.</li></ul>

<p>Je crois qu&#39;on a bien réussi. Au bout d&#39;un an on était déjà 100 membres de toute la France. Au bout de 3 ans, comme je l&#39;avais annoncé au départ, j&#39;ai quitté le poste de présidente. Et aujourd&#39;hui, il n&#39;y a plus personne de l&#39;équipe de départ dans le bureau, et l&#39;association vit sa meilleure vie !</p>
<ul><li><a href="https://sciencesequines.fr/" rel="nofollow"> Site de l&#39;association Sciences Équines </a></li></ul>

<h2 id="la-découverte-d-un-vieil-article-féministe" id="la-découverte-d-un-vieil-article-féministe">La découverte d&#39;un vieil article féministe</h2>

<p>Du coup, à l&#39;époque, j&#39;avais fait de la biblio pour comprendre un peu mieux les organisations, et j&#39;étais tombée sur cet article absolument génial de Jo Freeman :</p>
<ul><li><a href="https://www.jofreeman.com/joreen/tyranny.htm" rel="nofollow">The tyranny of Structurelessness</a></li>
<li><a href="https://organisez-vous.org/tyrannie-horizontalite-jo-freeman/" rel="nofollow"> Une traduction en français sur le site organisez-vous </a></li>
<li><a href="https://infokiosques.net/spip.php?article2" rel="nofollow">Une vieille traduction en français que je trouve moins facile à lire mais dont le titre est plus fidèle </a></li></ul>

<p>Il s&#39;agit d&#39;un article écrit par une femme militante féministe qui analyse les jeux de pouvoir au sein des collectifs féministes des années 1970. Elle montre qu&#39;<strong>en l&#39;absence de structuration explicite, tout collectif reproduit les systèmes de domination en cours dans nos sociétés</strong> 😔.</p>

<blockquote><p>« Le laisser-faire au sein du groupe est à peu près aussi réaliste que le laissez-faire dans la société. L’idée [d&#39;une absence de structure] devient un écran de fumée qui permet aux forts ou aux chanceux d’exercer sur les autres un pouvoir que personne ne viendra remettre en question »</p></blockquote>

<p>Passons donc au résumé de l&#39;article.</p>

<h2 id="1-il-y-a-toujours-des-structures-informelles-dans-les-groupes" id="1-il-y-a-toujours-des-structures-informelles-dans-les-groupes">1. Il y a toujours des structures informelles dans les groupes</h2>

<p>La première idée forte de cet article serait assez banale en sociologie. Quel que soit le groupe ou le collectif, il y a toujours une structuration qui se fait, le plus souvent de manière informelle, c&#39;est-à-dire sans que personne ne l&#39;ait vraiment décidé.</p>

<blockquote><p>Any group of people of whatever nature that comes together for any length of time for any purpose will inevitably structure itself in some fashion.</p>

<p><em>N’importe quel groupe d’individus – quel que soit sa nature, sa longévité ou son but – va inévitablement se structurer d’une manière ou d’une autre.</em></p></blockquote>

<p>L&#39;absence de structure ne conduit pas à une absence de hiérarchies ou de jeux de pouvoir, au contraire, elle donne davantage de pouvoir à certaines personnes sans que ça ne soit le fruit d&#39;une décision collective.</p>

<blockquote><p>Thus structurelessness becomes a way of masking power, and within the women&#39;s movement is usually most strongly advocated by those who are the most powerful (whether they are conscious of their power or not).</p>

<p><em>Ainsi, l’absence de structures devient une façon de cacher le pouvoir, et ce sont en général les membres les plus puissantes des mouvements féministes (qu’elles soient conscientes ou non de leur pouvoir) qui en sont les plus ferventes partisantes.</em></p></blockquote>

<h2 id="2-le-pouvoir-de-l-élite" id="2-le-pouvoir-de-l-élite">2. Le pouvoir de l&#39;élite</h2>

<p>Jo Freeman constate qu&#39;un petit nombre de personnes prend toujours le pouvoir informellement dans les groupes. C&#39;est ce qu&#39;elle appelle l&#39;<strong>élite</strong> de ce groupe.</p>

<blockquote><p>Correctly, an elite refers to a small group of people who have power over a larger group of which they are part, usually without direct responsibility to that larger group, and often without their knowledge or consent.</p>

<p><em>Correctement utilisé, le terme « élite » fait référence à un petit groupe de gens qui détiennent du pouvoir sur un groupe plus large dont ils font partie, généralement sans avoir à lui rendre de comptes et souvent, sans que le groupe plus large ne le sache ou ait donné son consentement.</em></p></blockquote>

<p>Une copine de militantisme me disait que quand on rejoint un tel groupe, on a la sensation de venir « <em>à leur table</em> ». On n&#39;est pas égaux, on est invités, et donc on doit bien se tenir et ne pas trop mettre le bazar.</p>

<h3 id="le-groupe-d-ami-es" id="le-groupe-d-ami-es">Le groupe d&#39;ami·es</h3>

<p>L&#39;élite est très souvent un groupe d&#39;ami·es qui pré-existait au collectif. Ces personnes se connaissent, elles s&#39;appellent en dehors des réunions, elles partagent des infos entre elles. Et lors des réunions, elles font en général bloc contre les nouveaux sans s&#39;en rendre compte.</p>

<blockquote><p>Elites are nothing more, and nothing less, than groups of friends who also happen to participate in the same political activities. They would probably maintain their friendship whether or not they were involved in political activities;</p>

<p><em>Les élites ne sont ni plus ni moins qu’un groupe d’amis dont il s’avère qu’ils sont impliqués dans les mêmes activités politiques. Leur amitié persisterait sûrement en dehors de tout engagement politique et, de même, leur engagement politique perdurerait même s’ils n’étaient plus amis</em>.</p></blockquote>

<p>Une copine militante me faisait récemment remarquer qu&#39;une règle d&#39;or pour elle c&#39;est que <strong>toutes les décisions soient prises pendant les réunions</strong>. Ou son corollaire qui est plus clair : <strong>qu&#39;aucune décision ne soit prise en dehors des réunions</strong>. Cette règle permet d&#39;éviter qu&#39;on prenne une décision pendant la réunion du groupe, avec tout le monde présent, et qu&#39;ensuite quelques hommes aillent boire des bières ensemble et décident dans leur discussion qu&#39;en fait non, c&#39;était pas la bonne décision.</p>

<h3 id="plusieurs-élites" id="plusieurs-élites">Plusieurs élites</h3>

<p>Quand le groupe est grand (comme dans un parti politique), il peut y avoir plusieurs élites qui correspondent en général à plusieurs courants. Ces courants se <em>battent</em> pour remporter l&#39;adhésion de l&#39;ensemble du groupe pour le pouvoir formel.</p>

<blockquote><p> In a Structured group, two or more such friendship networks usually compete with each other for formal power. This is often the healthiest situation, as the other members are in a position to arbitrate between the two competitors for power and thus to make demands on those to whom they give their temporary allegiance.</p>

<p><em>Dans les groupes structurés, ce sont généralement deux ou plus de ces réseaux informels qui sont en compétition pour l’obtention du pouvoir formel. Cette situation est souvent la plus saine, dans la mesure où elle permet aux autres membres du groupe d’arbitrer la compétition entre les deux prétendants au pouvoir, et ainsi d’imposer leurs revendications à ceux à qui ils prêtent temporairement allégeance.</em></p></blockquote>

<h3 id="c-est-qui-l-élite" id="c-est-qui-l-élite">C&#39;est qui l&#39;élite ?</h3>

<p>Il est relativement simple de savoir qui forme l&#39;élite d&#39;un groupe.</p>
<ol><li>Ce sont des personnes qui <strong>communiquent beaucoup entre elles, et ignorent plus ou moins le reste du groupe</strong>.</li>
<li>Ce sont les personnes <strong>à qui il faut demander</strong> pour qu&#39;une décision soit prise pour le groupe.<br></li></ol>

<p>Dans un groupe que j&#39;ai rejoint récemment, j&#39;ai parlé d&#39;une idée à une autre personne qui m&#39;a directement répondu : « <em>Faut que tu en parles à C.</em> ». J&#39;ai donc ainsi appris que C. était en haut de cette hiérarchie informelle et que c&#39;est elle qu&#39;il faudrait convaincre (courtiser ?) si je veux rejoindre cette élite et faire avancer mes idées / participer aux décisions du groupe.</p>

<h3 id="comment-faire-partie-de-l-élite" id="comment-faire-partie-de-l-élite">Comment faire partie de l&#39;élite ?</h3>

<p>La façon la plus simple, c&#39;est évidemment la co-optation en trouvant une genre de parrain / marraine dans l&#39;élite. Sinon, il faut jouer avec les mêmes règles que pour se faire des ami·es : partager les mêmes codes sociaux, les mêmes valeurs, socialiser dans les mêmes lieux, courtiser, etc. En gros, c&#39;est la cour de récré du collège. Et pas de bol pour moi, j&#39;y étais globalement assez nulle pour intégrer les groupes <em>en vue</em>...</p>

<blockquote><p>The characteristics prerequisite for participating in the informal elites of the movement, and thus for exercising power, concern one&#39;s background, personality, or allocation of time. They do not include one&#39;s competence, dedication to feminism, talents, or potential contribution to the movement. The former are the criteria one usually uses in determining one&#39;s friends. The latter are what any movement or organization has to use if it is going to be politically effective.</p>

<p><em>Ces prérequis à la participation au sein des élites informelles, et donc à l’exercice du pouvoir, concernent surtout l’origine, la personnalité, ou le temps passé à contribuer au mouvement. Ils n’ont rien à voir avec les compétences, le dévouement au féminisme, les aptitudes ou les contributions potentielles au mouvement. La première catégorie de prérequis est celle qu’on applique généralement lorsqu’on choisit ses amis. La seconde concerne plutôt les compétences dont n’importe quel mouvement ou organisation a besoin s’il veut avoir un réel impact en politique.</em></p></blockquote>

<p>Un critère d&#39;appartenance à l&#39;élite d&#39;un groupe, c&#39;est donc d&#39;avoir du temps pour socialiser avec ce groupe, et aussi d&#39;avoir du temps tout court pour bosser pour le collectif.</p>

<p>De facto, on exclue les personnes qui n&#39;ont pas tout ce temps :</p>
<ul><li>Handies, personnes fatiguées, etc</li>
<li>Parents, personnes aidantes</li>
<li>Personnes engagées au travail car carriériste, ou personnes qui cumulent plein d&#39;emploi juste pour réussir à nourrir leurs familles</li></ul>

<p>Quand on exclue ces personnes de l&#39;élite (sans en avoir conscience), on les exclut des prises de décision, et à la fin on fait sans elles, et pas vraiment en leur nom.</p>

<h2 id="3-le-star-system" id="3-le-star-system">3. Le star-system</h2>

<p>Une des conséquences négatives d&#39;un fonctionnement purement informel, c&#39;est qu&#39;il renforce le star-system. Puisqu&#39;il n&#39;y a pas de chef·fe ou de représentant·e officiel·les, les personnes à l&#39;extérieur du groupe érigeront certaines <em>stars</em> du groupe en porte-parole.</p>

<p>Il y a un groupe féministe qui se veut totalement horizontal sur notre territoire et je me posais la question de leur position sur un incident. L&#39;une d&#39;entre elles me dit : « Toutes nos paroles ont la même valeur, il n&#39;y a pas de cheffe ». Et ça sonnait ultra faux pour moi. J&#39;étais convaincue que la parole d&#39;une des femmes moins populaire dans leur groupe risquait d&#39;être désavouée ensuite. En tous cas, pour moi, de l&#39;extérieur, les représentantes étaient les grandes gueules / les personnes les plus connues du groupe, même si ça n&#39;était pas leur volonté.</p>

<p>J&#39;ai l&#39;impression que c&#39;est aussi ce qui est beaucoup arrivé dans le cadre des gilets jaunes. Certaines personnalités charismatiques sont devenues des <em>porte parole</em> sans avoir été désignées comme tel par leur groupe.</p>

<blockquote><p>But because there are no official spokespeople nor any decision-making body that the press can query when it wants to know the movement&#39;s position on a subject, these women are perceived as the spokespeople. Thus, whether they want to or not, whether the movement likes it or not, women of public note are put in the role of spokespeople by default.</p>

<p><em>Mais parce qu’il n’existe pas de porteparole officiel ou d’organe décisionnel que la presse peut interroger lorsqu’elle désire connaître le point de vue du mouvement sur un sujet donné, ces femmes sont amenées à jouer le rôle de porte-parole. Ainsi, qu’elles le veuillent ou non, et que cela plaise ou non au mouvement, les femmes bénéficiant d’une certaine notoriété se voient attribuer cette fonction par défaut.</em></p></blockquote>

<p>Parfois, les femmes qui deviennent des stars sont stigmatisées dans leur groupe où les autres leur en veulent, et elles finissent parfois malheureusement par quitter le mouvement. Ce qui n&#39;est jamais une bonne chose.</p>

<h2 id="4-l-impuissance-politique" id="4-l-impuissance-politique">4. L&#39;impuissance politique</h2>

<p>Le dernier reproche que fait Jo Freeman aux collectifs qui refusent de s&#39;organiser, c&#39;est leur impuissance politique.</p>

<p>Il y a quelques collectifs non structurés qui fonctionnent, mais ils sont rares, et ils partagent les caractéristiques suivantes :</p>
<ol><li><strong>Le groupe a pour but la réalisation d&#39;une tâche précise</strong>, comme publier un journal ou organiser une conférence.</li>
<li><strong>Le groupe est de petite taille et homogène</strong>. En gros, c&#39;est le groupe de copaines du départ.</li>
<li><strong>Les personnes communiquent bien au sein du groupe</strong>.</li>
<li><strong>Les tâches à réaliser sont peu spécialisées</strong> : chacun peut faire chaque tâche.</li></ol>

<p>Quand ces conditions ne sont pas réunies, ces groupes fonctionnent mal et ne sont pas efficaces selon Jo Freeman. C&#39;est ce qui explique, selon elle, que les seuls collectifs qui se font entendre à large échelle sont des collectifs bien structurés.</p>

<h2 id="la-solution-structurer-le-groupe-de-manière-formelle" id="la-solution-structurer-le-groupe-de-manière-formelle">La solution : structurer le groupe de manière formelle</h2>

<p>La seule solution est de structurer démocratiquement le groupe, et pour ça, Jo Freeman recommande 6 principes.</p>
<ol><li><strong>Les mandats</strong> : Déléguer une forme d’autorité spécifique à des individus spécifiques, dans le but d’accomplir des tâches spécifiques, via des procédures démocratiques</li>
<li>Exiger de tous ceux à qui une forme d’autorité a été déléguée qu’ils <strong>rendent des comptes</strong> à ceux qui les ont sélectionnés.
« <em>C’est ainsi que le groupe peut exercer un contrôle sur ceux qui détiennent l’autorité. Même si le pouvoir est entre les mains d’individus, au final, c’est le groupe qui décide comment ce pouvoir est exercé.</em> »</li>
<li><strong>Répartir l’autorité entre le plus d’individus possible</strong>, dans les limites du raisonnable.
Ceci évite le monopole du pouvoir, et force les détenteurs de l’autorité à consulter de nombreuses autres personnes lorsqu’ils l’exercent.
Ces personnes ont alors l’opportunité d’être responsables de tâches spécifiques, et par conséquent d’acquérir différentes compétences.</li>
<li><strong>Faire tourner</strong> les tâches entre les individus.
Si une personne conserve les mêmes responsabilités trop longtemps, de manière formelle ou informelle, ces responsabilités en viennent à être perçues comme « appartenant » à cette personne, qui a alors du mal à y renoncer, et tout contrôle par le groupe devient difficile.</li>
<li><strong>Diffuser l’information</strong> à tous les membres le plus souvent possible.
L’information est le pouvoir. Accéder à l’information augmente le pouvoir des individus. Je trouve que c&#39;est beaucoup plus facile aujourd&#39;hui avec les boucles de diffusion type Signal.</li>
<li>Donner à toustes le <strong>même accès aux ressources</strong> dont le groupe a besoin. Jo Freeman prend ici l&#39;exemple de la presse à imprimer et je ne suis pas sûre de ce que seraient les équivalents dans les collectifs que je connais. Le budget ? Les clés du local ?</li></ol>

<h2 id="conclusion" id="conclusion">Conclusion</h2>

<p>J&#39;ai ré-ouvert ce texte car aujourd&#39;hui je suis davantage dans une phase où  je rejoins des collectifs que dans une phase où j&#39;en crée. Je suis surprise car quand j&#39;échange sur mastodon, tout le monde connaît ces grands principes et se targue de les appliquer super bien.
Et pourtant, je reproduis encore et encore l&#39;erreur de rejoindre des collectifs dans lesquels les réseaux informels dominent et où il faut dépenser beaucoup d&#39;énergie pour pouvoir contribuer...
En un an, j&#39;ai rejoins 3 collectifs non structurés :</p>
<ul><li>Le premier, je n&#39;ai rien demandé, j&#39;y suis allée en pensant qu&#39;entre gens de gauche motivés ça se passerait bien et que je serais écoutée. Je n&#39;ai pas réussi à dire <em>non</em> quand on m&#39;a demandé de faire des choses juste car l&#39;une des stars l&#39;avait décidé. Je suis partie sans rien dire.</li>
<li>Le deuxième, je me suis engagée rapidement car la personne avec qui je devais partager la mission semblait très <em>progressiste</em>. J&#39;y ai laissé beaucoup d&#39;énergie et je m&#39;en suis dégoutée.</li>
<li>Le troisième, j&#39;ai demandé comment les décisions étaient prises avant de m&#39;engager. On m&#39;a répondu : « <em>C&#39;est super ouvert tout le monde peut participer et est écouté</em> », et j&#39;y ai cru (aussi parce que j&#39;avais envie d&#39;y croire). En réalité, on peut parler, oui, mais il n&#39;y a aucune structuration de la prise de décision, et on retrouve tous les défauts pointés par Jo Freeman.</li></ul>

<p>Ma morale personnelle de cette histoire c&#39;est qu&#39;<strong>avant de m&#39;engager dans un collectif, il faut vraiment que j&#39;enquête sur l&#39;existence, ou pas, d&#39;une structuration</strong>.  Et que je sache dire non, ou partir.</p>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Feminisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Feminisme</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:AutoOrganisation" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">AutoOrganisation</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Collectifs" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Collectifs</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Lecture" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Lecture</span></a></p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/lecture-la-tyrannie-de-labsence-de-structures-jo-freeman</guid>
      <pubDate>Sun, 11 May 2025 09:58:08 +0200</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Qui décide qu&#39;on a été un·e bon·ne allié·e ?</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/qui-decide-quon-a-ete-un-e-bon-ne-allie-e</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Féminisme #Société&#xA;« Je crois qu&#39;on n&#39;a rien à se reprocher, on a fait ce qu&#39;il fallait. » &#xA;« Je suis un homme féministe.  »&#xA;« J&#39;ai agi par sororité. »&#xA;!--more--&#xA;&#xA;« Je crois qu&#39;on n&#39;a rien à se reprocher »&#xA;Je fais partie d&#39;un groupe qui a géré un incident de violences verbales il y a quelques temps maintenant.  Après la séquence, un homme m&#39;a dit : « Je crois qu&#39;on n&#39;a rien à se reprocher, on a fait ce qu&#39;il fallait faire », sous-entendant qu&#39;on avait très bien réagi. &#xA;&#xA;Je ne suis pas convaincue qu&#39;on ait très bien réagi, mais je ne suis pas non plus convaincue de l&#39;opposé. &#xA;&#xA;Après avoir raccroché de notre conversation, j&#39;ai réalisé ce qui m&#39;avait gênée. Ce n&#39;est pas à nous de décider de si on a bien réagi ou pas. On peut à la rigueur juger de si on a suivi les procédures ou pas. Et dans notre cas, il n&#39;y avait pas de procédures. &#xA;&#xA;En fait, il n&#39;y a que les victimes qui peuvent réellement juger de si on a été un·e bon·nne allié·e, de si on a été à la hauteur. Et la seule manière de le savoir c&#39;est de leur demander, et on ne l&#39;a pas fait. &#xA;Donc on ne sait pas si on a fait ce qu&#39;il fallait. On a fait ce qu&#39;on pensait qu&#39;il fallait faire, petite nuance. &#xA;&#xA;« Je suis un homme féministe »&#xA;Je parle souvent de féminisme, alors j&#39;ai souvent entendu des hommes me déclarer qu&#39;ils étaient féministes. De vrais alliés pour la cause. Au moment où j&#39;écris ce billet de blog, je repense à trois d&#39;entre eux : &#xA;&#xA;L&#39;un m&#39;explique qu&#39;il a connu les vraies années du féminismes (les années 70-80) et que le féminisme est une valeur très importante pour lui. Pourtant, il monopolise la parole lors de nos échanges et passe beaucoup de temps à m&#39;expliquer des choses que je sais déjà, voir que je lui ai dites. &#xA;Le second m&#39;explique que le vrai problème des femmes ce n&#39;est pas l&#39;écriture inclusive, mais le fait qu&#39;elle ne soit pas aussi bien payées que les hommes à travail égal. Je lui réponds que le vrai problème des femmes c&#39;est quand ce sont les hommes qui décident pour elles de ce que sont leurs vrais problèmes. &#xA;Un troisième m&#39;explique qu&#39;il apprend et qu&#39;il n&#39;y connait pas grand chose en féminisme comparativement à d&#39;autres hommes du groupe qui connaissent des mots compliqués comme l&#39;intersectionnalité. Pourtant, c&#39;est l&#39;homme qui a le moins de comportements virilistes de notre groupe. Vu de ma fenêtre, c&#39;est le plus féministe. &#xA;&#xA;Pour moi les deux premiers ne sont pas des masculinistes toxiques. Mais les deux ne sont pas franchement des féministes engagés. Ils auraient beaucoup à apprendre et à déconstruire pour être de bons alliés. Ils gagneraient à écouter pour de vrai les femmes qui les entourent sur ce qu&#39;ils peuvent faire pour elles comme le fait le troisième larron de mon histoire. &#xA;&#xA;Une bonne alliée des copines ?  &#xA;En écrivant ce billet, je repense à deux évènements où je pouvais être la bonne alliée. &#xA;&#xA;Quand j&#39;ai merdé et qu&#39;une copine m&#39;a dit que j&#39;avais agit par sororité&#xA;Récemment j&#39;ai merdé. Une femme m&#39;a confié un incident qu&#39;il lui est arrivé, je l&#39;ai écouté, je l&#39;ai crue, et je l&#39;ai soutenue. &#xA;&#xA;Le lendemain j&#39;ai eu l&#39;impression qu&#39;il était important que j&#39;en parle à une amie qui s&#39;entend bien avec les personnes impliquées, car elles ne se rendent pas compte de l&#39;impact de certains de leurs comportements. J&#39;avais l&#39;impression qu&#39;on pouvait améliorer les choses. &#xA;&#xA;Quelques heures plus tard, j&#39;ai réalisé que j&#39;avais surement merdé : je n&#39;avais pas demandé si je pouvais ou devais en parler. J&#39;ai recontacté la personne qui s&#39;était confiée, et effectivement, elle ne souhaitais pas que j&#39;en parle. J&#39;ai alors exprimé mes remords à ma copine, et je lui ai dit que je m&#39;en voulais. Elle m&#39;a répondu que j&#39;avais agit en pensant bien faire, par sororité, donc je ne devais pas m&#39;en vouloir.&#xA;&#xA;Et là, le mot sororité a sonné très faux pour moi quand elle l&#39;a dit.&#xA;&#xA;Ce n&#39;était pas de la sororité même si quelque part je voulais aider des femmes. C&#39;était plutôt une forme de paternalisme : Je me suis autorisée à penser à la place de la personne ce qui serait bien. La seule personne qui aurait pu me dire que c&#39;était de la sororité, c&#39;est la personne concernée, et j&#39;ai bien l&#39;impression qu&#39;elle ne l&#39;a pas vécu comme ça. &#xA;&#xA;Quand j&#39;ai bien réagi&#xA;Il y a quelques temps, un Jean-Michel Boomer a été pénible avec une copine. Rien de très grave, mais un petit a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mansplaining&#34;mansplaining/a comme il sait bien faire. &#xA;J&#39;en ai parlé avec la copine et je lui ai demandé si elle voulait que je lui réponde en privé. J&#39;avais le statut dans ce groupe pour le faire, elle m&#39;a dit que oui, ça l&#39;arrangeait si je lui écrivais. J&#39;ai donc écrit à Jean-Michel Boomer un message mesuré car ce n&#39;était pas moi la victime, donc c&#39;était plus facile que pour ma copine. Et j&#39;ai ensuite montré le message à ma copine. &#xA;&#xA;Quelques semaines plus tard, elle m&#39;a dit qu&#39;elle l&#39;avait vraiment vécu cet évènement comme un moment de sororité. Moi j&#39;avais vraiment l&#39;impression de pas avoir fait grand chose.  Ça m&#39;a fait vraiment plaisir d&#39;avoir été sur le coup une bonne alliée.  &#xA;&#xA;Poser la question&#xA;Ces trois petits incidents m&#39;ont fait réaliser deux choses : &#xA;&#xA;Ce n&#39;est pas aux alliés de décider qu&#39;ils sont de bons alliés. &#xA;Ce n&#39;est pas aux hommes de se déclarer féministes : c&#39;est aux femmes autour d&#39;eux qu&#39;il faut le demander. &#xA;On devient un·e bon allié·e en demandant leur avis aux victimes d&#39;oppression&#xA;&#xA;Pour être une bonne alliée, je ne dois pas penser à la place des autres. Je dois leur demander : &#xA;&#xA;Comment iels ont perçu mon action ? &#xA;Qu&#39;est-ce que je peux faire pour les aider ? &#xA;&#xA;J&#39;espère qu&#39;avoir écrit ce post va m&#39;aider à moins merder dans le futur. &#xA;&#xA;Pour aller plus loin &#xA;&#xA;J&#39;ai récemment découvert a href=&#34;https://lapiscine.substack.com/p/etre-allie-e-kesako-rencontre-avec-magali-milbergue?r=2p9mwm&amp;utmcampaign=post&amp;utmmedium=web&amp;showWelcomeOnShare=false&amp;triedRedirect=true&#34;cette newsletter/a dans laquelle Apolline, l&#39;autrice de PloufLetter, échange avec Magali Milbergue sur « comment être une bonne alliée ».  À la fin de la newsletter, elle donne quelques liens pour aller plus loin et approfondir la question. Cet échange parle beaucoup de posture, et je trouve ça super intéressant. Ça fait écho à beaucoup de mes lectures autour de l&#39;entretien motivationnel... À suivre. &#xA;&#xA;#Feminisme #Paternalisme #Sororité #Societe&#xA;]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:F%C3%A9minisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Féminisme</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a>
« <em>Je crois qu&#39;on n&#39;a rien à se reprocher, on a fait ce qu&#39;il fallait.</em> »
« <em>Je suis un homme féministe.</em>  »
« <em>J&#39;ai agi par sororité.</em> »
</p>

<h2 id="je-crois-qu-on-n-a-rien-à-se-reprocher" id="je-crois-qu-on-n-a-rien-à-se-reprocher">« <em>Je crois qu&#39;on n&#39;a rien à se reprocher</em> »</h2>

<p>Je fais partie d&#39;un groupe qui a géré un incident de violences verbales il y a quelques temps maintenant.  Après la séquence, un homme m&#39;a dit : « <em>Je crois qu&#39;on n&#39;a rien à se reprocher, on a fait ce qu&#39;il fallait faire</em> », sous-entendant qu&#39;on avait très bien réagi.</p>

<p>Je ne suis pas convaincue qu&#39;on ait très bien réagi, mais je ne suis pas non plus convaincue de l&#39;opposé.</p>

<p>Après avoir raccroché de notre conversation, j&#39;ai réalisé ce qui m&#39;avait gênée. <strong>Ce n&#39;est pas à nous de décider de si on a bien réagi ou pas</strong>. On peut à la rigueur juger de si on a suivi les procédures ou pas. Et dans notre cas, il n&#39;y avait pas de procédures.</p>

<p>En fait, il n&#39;y a que les victimes qui peuvent réellement juger de si on a été un·e bon·nne allié·e, de si on a été à la hauteur. Et la seule manière de le savoir c&#39;est de leur demander, et on ne l&#39;a pas fait.
Donc on ne sait pas si on a fait ce qu&#39;il fallait. On a fait ce qu&#39;on pensait qu&#39;il fallait faire, petite nuance.</p>

<h2 id="je-suis-un-homme-féministe" id="je-suis-un-homme-féministe">« <em>Je suis un homme féministe</em> »</h2>

<p>Je parle souvent de féminisme, alors j&#39;ai souvent entendu des hommes me déclarer qu&#39;ils étaient féministes. De vrais alliés pour la cause. Au moment où j&#39;écris ce billet de blog, je repense à trois d&#39;entre eux :</p>
<ul><li>L&#39;un m&#39;explique qu&#39;<em>il a connu les vraies années du féminismes</em> (les années 70-80) et que <em>le féminisme est une valeur très importante pour lui</em>. Pourtant, <em>il monopolise la parole</em> lors de nos échanges et passe beaucoup de temps à <em>m&#39;expliquer des choses que je sais déjà, voir que je lui ai dites</em>.</li>
<li>Le second m&#39;explique que <em>le vrai problème des femmes ce n&#39;est pas l&#39;écriture inclusive, mais le fait qu&#39;elle ne soit pas aussi bien payées que les hommes à travail égal</em>. Je lui réponds que le vrai problème des femmes c&#39;est quand ce sont les hommes qui décident pour elles de ce que sont leurs vrais problèmes.</li>
<li>Un troisième m&#39;explique qu&#39;il apprend et qu&#39;il n&#39;y connait pas grand chose en féminisme comparativement à d&#39;autres hommes du groupe qui connaissent des mots compliqués comme l&#39;intersectionnalité. Pourtant, c&#39;est l&#39;homme qui a le moins de comportements virilistes de notre groupe. Vu de ma fenêtre, c&#39;est le plus <em>féministe</em>.</li></ul>

<p>Pour moi les deux premiers ne sont pas des masculinistes toxiques. Mais les deux ne sont pas franchement des féministes engagés. Ils auraient beaucoup à apprendre et à déconstruire pour être de bons alliés. Ils gagneraient à écouter pour de vrai les femmes qui les entourent sur ce qu&#39;ils peuvent faire pour elles comme le fait le troisième larron de mon histoire.</p>

<h2 id="une-bonne-alliée-des-copines" id="une-bonne-alliée-des-copines">Une bonne alliée des copines ?</h2>

<p>En écrivant ce billet, je repense à deux évènements où je pouvais être la bonne alliée.</p>

<h3 id="quand-j-ai-merdé-et-qu-une-copine-m-a-dit-que-j-avais-agit-par-sororité" id="quand-j-ai-merdé-et-qu-une-copine-m-a-dit-que-j-avais-agit-par-sororité">Quand j&#39;ai merdé et qu&#39;une copine m&#39;a dit que j&#39;avais agit par sororité</h3>

<p>Récemment j&#39;ai merdé. Une femme m&#39;a confié un incident qu&#39;il lui est arrivé, je l&#39;ai écouté, je l&#39;ai crue, et je l&#39;ai soutenue.</p>

<p>Le lendemain j&#39;ai eu l&#39;impression qu&#39;il était important que j&#39;en parle à une amie qui s&#39;entend bien avec les personnes impliquées, car elles ne se rendent pas compte de l&#39;impact de certains de leurs comportements. J&#39;avais l&#39;impression qu&#39;on pouvait améliorer les choses.</p>

<p>Quelques heures plus tard, j&#39;ai réalisé que j&#39;avais surement merdé : je n&#39;avais pas demandé si je pouvais ou devais en parler. J&#39;ai recontacté la personne qui s&#39;était confiée, et effectivement, elle ne souhaitais pas que j&#39;en parle. J&#39;ai alors exprimé mes remords à ma copine, et je lui ai dit que je m&#39;en voulais. Elle m&#39;a répondu que j&#39;avais agit en pensant bien faire, par <strong>sororité</strong>, donc je ne devais pas m&#39;en vouloir.</p>

<p>Et là, le mot <strong>sororité</strong> a sonné très faux pour moi quand elle l&#39;a dit.</p>

<p>Ce n&#39;était <strong>pas</strong> de la <strong>sororité</strong> même si quelque part je voulais aider des femmes. C&#39;était plutôt une forme de <strong>paternalisme</strong> : <em>Je me suis autorisée à penser à la place de la personne ce qui serait bien</em>. La seule personne qui aurait pu me dire que c&#39;était de la sororité, c&#39;est la personne concernée, et j&#39;ai bien l&#39;impression qu&#39;elle ne l&#39;a pas vécu comme ça.</p>

<h3 id="quand-j-ai-bien-réagi" id="quand-j-ai-bien-réagi">Quand j&#39;ai bien réagi</h3>

<p>Il y a quelques temps, un Jean-Michel Boomer a été pénible avec une copine. Rien de très grave, mais un petit <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mansplaining" rel="nofollow">mansplaining</a> comme il sait bien faire.
J&#39;en ai parlé avec la copine et je lui ai demandé si elle voulait que je lui réponde en privé. J&#39;avais le <em>statut</em> dans ce groupe pour le faire, elle m&#39;a dit que oui, ça l&#39;arrangeait si je lui écrivais. J&#39;ai donc écrit à Jean-Michel Boomer un message mesuré car ce n&#39;était pas moi la victime, donc c&#39;était plus facile que pour ma copine. Et j&#39;ai ensuite montré le message à ma copine.</p>

<p>Quelques semaines plus tard, elle m&#39;a dit qu&#39;<em>elle l&#39;avait vraiment vécu cet évènement comme un moment de sororité</em>. Moi j&#39;avais vraiment l&#39;impression de pas avoir fait grand chose.  Ça m&#39;a fait vraiment plaisir d&#39;avoir été sur le coup une bonne alliée.</p>

<h2 id="poser-la-question" id="poser-la-question">Poser la question</h2>

<p>Ces trois petits incidents m&#39;ont fait réaliser deux choses :</p>
<ol><li><strong>Ce n&#39;est pas aux alliés de décider qu&#39;ils sont de bons alliés</strong>.
Ce n&#39;est pas aux hommes de se déclarer féministes : c&#39;est aux femmes autour d&#39;eux qu&#39;il faut le demander.</li>
<li><strong>On devient un·e bon allié·e en demandant leur avis aux victimes d&#39;oppression</strong></li></ol>

<p>Pour être une bonne alliée, je ne dois pas penser à la place des autres. Je dois leur demander :</p>
<ul><li>Comment iels ont perçu mon action ?</li>
<li>Qu&#39;est-ce que je peux faire pour les aider ?</li></ul>

<p>J&#39;espère qu&#39;avoir écrit ce post va m&#39;aider à moins merder dans le futur.</p>

<h1 id="pour-aller-plus-loin" id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin</h1>
<ul><li>J&#39;ai récemment découvert <a href="https://lapiscine.substack.com/p/etre-allie-e-kesako-rencontre-avec-magali-milbergue?r=2p9mwm&amp;utm_campaign=post&amp;utm_medium=web&amp;showWelcomeOnShare=false&amp;triedRedirect=true" rel="nofollow">cette newsletter</a> dans laquelle Apolline, l&#39;autrice de PloufLetter, échange avec Magali Milbergue sur « comment être une bonne alliée ».  À la fin de la newsletter, elle donne quelques liens pour aller plus loin et approfondir la question. Cet échange parle beaucoup de posture, et je trouve ça super intéressant. Ça fait écho à beaucoup de mes lectures autour de l&#39;entretien motivationnel... À suivre.</li></ul>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Feminisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Feminisme</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Paternalisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Paternalisme</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Sororit%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Sororité</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a></p>
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      <pubDate>Thu, 08 May 2025 17:39:14 +0200</pubDate>
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