Une vague idée du monde...

Réflexions perdues, à consommation minimale

Renoncer à exercer sa puissance

Des hommes et des femmes blessés, éreinté, humiliés. Justice ils réclamaient pour n'avoir aucune place, refusé. Les oubliés, sans nom, s'étaient nommés. Chacun de sa douleur, de ses peurs jetaient sur les différences, leur haine d'eux-mêmes. Sinon quoi ? Plus rien ne tient, on vaut mieux qu'eux. Si terrifiés, tremblants. Exister au dépend d'un autre. Écraser pour se tenir debout. Détruire pour se croire fort. Cercle vicieux des petites revanches. Mais il n'y a pas de courage à nuire. Le courage est de renoncer à exercer sa puissance.

Insupportable décrépitude

Sortir des murs et pousser des chariots. Chaque jour affronter, tenir et recommencer. La poussière qui envahit les sols et les meubles, que je m'échine à aspirer toutes les semaines, me rappelle l'insupportable décrépitude qui me guette. Angoisse du bourgeois implorant devant la douleur de son corps vivant. Quelle énergie, quels efforts déployés, d'hygiène et d'abstinence, ascèse qu'ils diront, pour repousser les assauts du temps. Refus de vivre par peur de mourir, de souffrir... n'ajoute que plus de souffrance encore, transforme les douleurs en souffrance.

J'attends

Pas de boulot. Devant mon ordi à attendre de faire quelque chose. Schopenhauer... entre ennui et souffrance. J'aimerais courir, faire du vélo, danser, écrire, ... je gagne assez pour nous trois. La vie passe et j'attends...

Je suis autiste

Moi j’aime bien ta choucroute, juste le choux lactofermenté et les patates cuites à basse température. Quelle épreuve ces gens réunis et ce qui se dit, ne s’écoute pas. Un tabloïd TV. C’est difficile à supporter pour moi, douloureux. Sans cesse entendu. Du discours. Personne ne parle. Je ne m’insère pas là dedans. Par refus peut-être. Par incapacité. Par dégoût. Ces moments pour moi vont jusqu’à la nausée. Une déferlante de tout ce à quoi je laisse peu de crédit dans ma vie. Moi j’aime bien ta choucroute. Il y a beaucoup d’amour, un vrai effort pour toi. Rien contre eux. Un sentiment d’interdit. Tellement trop… les propos qui contredisent ce qui est en train de se faire. Un avis sur tout. Tellement douloureux. Tellement dur. Juste le silence et se laisser une chance… sans discours. Sourire, respirer, se regarder et s’écouter en silence. Tout me semble embrayer, évident, prédéfini, prévisible, … il sera difficile de couper… on le sait. Quelle parole possible ? Ta choucroute… la seule parole qui brise le discours… tout de suite ramenée à ce dernier. Il faut… de la viande, du vin, … rien de tout cela juste ta choucroute. Mon autisme. Tout s’étale et se percute. Tous d’accord. Tout va mal. Absurde. Déprime et repli. Juste méditer, prendre soin. Durant cet apéro, l’idée m’a percuté, évidence : je suis autiste.

Absurdité

Absurde. Insensé. Quand toute la vie humaine apparaît dans son absurdité, que reste-t-il ? Que faire ? Que dire ? L’absurdité elle-même est absurde. Illusion nécessaire sur l’insupportable conséquence de nos vies. Résister le moins possible. Laisser la vie circuler. Qu’est-ce que cela veut bien dire ? Se lever, se laver, déjeuner, s’habiller, marcher, se dépenser, travailler, manger, travailler encore, se déplacer, s’activer, manger, se laver, se coucher, dormir… et se divertir. Puis il y a cet indicible, par delà « moi », par delà « toi », à l’interstice, l’intersection dans la relation. Par delà les mots, dans la parole et la voix, vibrations. Par delà la peau, dans le contact des mains qui parlent une langue désir. Cesser de justifier nos existences accidentelles. Émerveillement sans cesse renouvelé de nos êtres en présence. Hors temps, hors normes, simplement là, présents, reliés, curieux de tout ce qui naît de nos éternelles retrouvailles.