Un Spicilège

Je m'en vais

Je m'en vais, dit Ferrer, je te quitte. Je te laisse tout mais je pars. Et comme les yeux de Suzanne, s'égarant vers le sol, s'arrêtaient sans raison sur une prise électrique, Félix Ferrer abandonna ses clefs sur la console de l'entrée. Puis il boutonna son manteau avant de sortir en refermant doucement la porte du pavillon.

J'ai lu ce livre dans le cadre d'un petit défi que je me suis lancé cette année : pendant les 12 prochains mois, lire 12 livres conseillés par 12 (masto)potes, c'est-à-dire 12 personnes issues de mes contacts sur le réseau social Mastodon (si tu m'y cherches, je suis là). Le but du jeu est de me faire sortir de ma zone de confort, et cela porte ses fruits puisque pour ce tout premier livre, Panais m'a conseillé un monument de la littérature française contemporaine que je n'avais jamais lu : Jean Echenoz, avec Je m'en vais, qui a reçu le prix Goncourt en 1999.

Je me suis rendu compte quand j'ai annoncé être en train de le lire qu'un nombre non négligeable de mes contacts appréciaient beaucoup ce livre, et Echenoz en général. Si mon avis est plus nuancé, je ne peux pas cacher avoir passé un bon moment.

En effet, Je m'en vais est assez déroutant. Je n'ai pas beaucoup accroché au personnage principal et n'ai pas été plus emballée que ça par une intrigue assez mouvante et peu étoffée, en revanche...

En revanche...

Le style de l'auteur a fini par balayer toutes mes réticences. Ce n'est pas tant l'histoire qui m'a plu, mais le ton avec lequel elle est narrée ; la désinvolture, l'ironie, l'humour omniprésent et une écriture particulièrement ciselée. J'ai aimé la façon qu'a eu l'auteur de raconter, sa façon de décrire, de nous faire voyager, le subtil détachement qui émerge de ses lignes lorsqu'il prend du recul sur ses personnages. Certaines phrases sont des bijoux de raffinement, et l'atmosphère générale est des plus réjouissantes. L'ombre d'Echenoz est présente à chaque page.

Le roman étant suivi d'un entretien avec l'auteur (Dans l'atelier de l'écrivain), cela a fini de me convaincre : je n'ai peut-être pas complètement réussi ma rencontre avec Je m'en vais, mais j'ai totalement réussi celle avec Echenoz.


Je m'en vais | Jean Echenoz | Les éditions de minuit

mort

«Bonjour citoyen. Contrôle de l'Allégeance, s'il vous plaît.»
La visière qui lui recouvre intégralement le visage analyse Rasmiyah et débite tout un tas d'informations à son sujet. Rasmiyah dit:
«Oui, oui, je vous le montre. »
Elle sort de sous son vêtement un collier de nouilles. Le policier, impassible, scanne l'objet et dit:
«Date de fabrication ?
– Trois jours.
– Quelle est votre religion ?
– Actuellement je prie Glycon, le Dieu Serpent. »

Mort™ constitue le 3ème et dernier tome de la trilogie Trademark de Jean Baret après Bonheur™ et Vie™. J'aimerais dire qu'il la clôt, mais l'auteur lui-même rappelle qu'il n'y a pas d'ordre de lecture.
J'avoue cependant que l'ordre de parution me parait l'ordre de lecture le plus pertinent. Clore la trilogie par ce tome, particulièrement, permet d'en comprendre les subtilités.

En effet, l'auteur reprend dans ce livre des éléments des deux précédents opus, plaçant au final les deux premiers univers dans le même espace-temps : une mégalopole titanesque divisée en quartiers hermétiquement clos. Apparaît enfin un nouvel univers, celui de l'héroïne Rasmiyah, qui, en tant que citoyenne du quartier de Babel doit obligatoirement appartenir activement à l'une des religions expressément autorisées par les autorités. Nous suivrons son parcours tout au long du récit, ainsi que celui de Xiaomi, journaliste gonzo citoyen du quartier de Mandé-ville (ombre de l'écrivain du même nom) décrit dans Bonheur™, et de Donald Trompe, aka DN4n93xw, citoyen du quartier d'Algoripolis évoqué dans Vie™.
Au croisement de ces 3 univers qui se connaissent en s'ignorant volontairement se trouve la M-Théorie, qui leur promet de changer à jamais leur vision des choses.

Si l'histoire peut sembler complexe, elle est en fait racontée avec une fluidité implacable.
Jean Baret réussit une nouvelle fois à nous entraîner dans une marche forcée vers une fin qui semble inéluctable avec une précision d'horloge, alternant minutieusement (mécaniquement ?) les points de vue.
Il y a une dimension extrêmement philosophique dans l'oeuvre de Baret, et la comparaison ultime de ces trois univers aussi différents que répondant au final aux mêmes impératifs, tout en niant la nécessité de l'existence des autres clos magistralement l'exercice de style entamé dans les premiers romans de la trilogie.
Baret écrit de la SF infiniment contemporaine, extrêmement dérangeante dans la facilité avec laquelle elle réussit à mettre le lecteur dans le même état d'esprit que ses personnages : aliéné, intrigué, et au final résigné. La lecture de Mort™ est en cela particulièrement déprimante car elle ne rend pas triste, non... elle rend “rien”. Inerte, indifférent, apathique...


Mort™ | Jean Baret | Le Bélial'

crash

C'est après ma première rencontre avec Vaughan que j'ai commencé à comprendre la véritable nature de l'accident d'automobile. Propulsée par une paire de jambes de longueur inégale, cousue des cicatrices de nombreuses collisions, la figure hirsute et troublante de ce savant renégat est entrée dans ma vie à une époque où ses obsessions avaient de toute évidence tourné à la démence.

Je ne pouvais pas acheter et lire Crash ! sans penser à l'adaptation sur grand écran qu'en a fait David Cronenberg. Cronenberg est l'un de mes réalisateur préféré, celui qui explore avec brio le genre du body horror. Il est vrai que l'on retrouve une certaine fascination pour les corps meurtris dans Crash !, sans que l'on puisse vraiment rattacher le film à ce genre. Pourtant, son visionnage m'a laissé un sentiment en mi-teinte. Je ne l'ai pas trouvé aussi provocateur qu'on le dit, ni choquant, les corps n'étant pas si malmenés, les scènes de sexes explicites ne suffisant pas, et la véritable profondeur des personnages m'ayant échappé, l'ennui m'ayant gagné... Je suis restée sur l'impression d'avoir loupé quelque chose de plus profond...

À la lecture du roman de James Graham Ballard, c'est tout un nouvel abysse de réflexions qui s'est ouvert à moi.

Pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire, Crash ! narre le parcours de son narrateur (Ballard) qui, à la suite d'un accident de voiture lors duquel il a causé la mort d'un homme, se retrouve entraîné à la suite de Vaughan, personnage obsessionnel, dans une course sans fin, mêlant désir, violence et fascination pour la mécanique et l'empreinte qu'elle laisse lorsqu'elle se déchaîne sur les corps.

Si on a coutume de dire que le livre explore la perversion sexuelle, les protagonistes trouvant leur jouissance dans l'exploration des accidents de voiture, il est surtout question d'obsession et de comment celle-ci finit par dominer et conditionner complètement le déroulement d'une vie, entraînant tous les proches vers une fin précipitée et inévitablement tragique. J'ai retrouvé à la lecture ce qui m'avait manqué dans le film : une véritable exploration des sentiments et réflexions de Ballard, une plongée dans la psyché des personnages, permettant de comprendre mieux ce qui les motive et les entraîne.
Sans aucun jugement sur la nature de leur obsession, c'est la domination même des pulsions qu'il est intéressant à suivre alors.

Au final, la lecture de Crash ! fut particulièrement enrichissante, apportant également un angle nouveau à l'adaptation de Cronenberg qu'il me tarde de revoir.


Crash ! | James Graham Ballard | Traduit par Robert Louit | Calmann-Levy/Presses Pocket (Disponible en Folio)

La Corde

La Corde est une minisérie française de 3 épisodes d'environ 50 minutes, disponible sur arte.tv.
Découverte au hasard des mes visites sur la plateforme, Je fus très rapidement happée par son intrigue mystérieuse et la puissance de ses personnages.

En Norvège, un groupe de scientifiques s’apprêtant à confirmer l'hypothèse la plus importante de leur carrière découvrent, dans la forêt qui entoure leur base, une corde, qui semble s'étirer à l'infini dans les profondeurs de la nature. Tandis qu'un groupe décide de la suivre pour découvrir ce qu'elle cache, les autres restent à la base, la série accordant autant d'importance à ceux qui partent qu'à ceux qui restent.

La Corde est une série déroutante. Par son atmosphère, son rythme, son scénario qui frôle l'absurde parfois, ses acteurs, surtout, tous absolument impeccables. Quel pari osé de réaliser une série aussi métaphorique. Pari totalement réussit pour moi qui aie vibré au rythme des circonvolutions de cette corde insensée, qui aie vécu, raisonné, rêvé, explosé de concert avec les personnages. La Corde est une série particulièrement contemplative, aux thèmes subtils et qui laisse une énorme part d'interprétation au spectateur. Si vous aimez avoir toutes les clés, passez votre chemin, ou La Corde se révélera sans doute abominablement frustrante. Si vous aimez avoir matière à réflexion, La Corde vous proposera nombre de pistes. Je fus pour ma part confrontée à l'absurde acharnement que l'on peut avoir à continuer coûte que coûte une tâche sans réel sens, à ce qu'on peut découvrir sur sa propre incapacité à faire demi-tour, à l'importance du voyage bien plus que la destination, à la nécessité parfois de laisser derrière soi ceux qui empêchent d'avancer.

Série au casting international, si je fus plus que ravie de retrouver Jean-Marc Barr, Jeanne Balibar ou Suzanne Clément, je fus également conquise par le jeu du danois Jakob Cedergren et surtout de l’israélien Tom Mercier qui m'a scotchée de bout en bout avec un jeu tellement sensible et en retenue qu'il contraste vraiment avec ce qu'on a l'habitude de voir.

Excellente surprise pour moi que cette série qui, je pense, ne convaincra pas tout le monde tant elle est atypique, mais qui mérite pourtant vraiment d'être regardée.


La Corde | Dominique Rocher | 2022

Feminicid

Première série de crimes : 8 septembre 2001 – 15 mars 2013 Seconde série de crime : débutée le 15 octobre 2018 Nombre de victimes annuelles selon les critères établis par mes soins et détaillés plus bas : 50 à 100

Quel plaisir de retrouver l'univers poisseux de Mertvecgorod dans cette seconde chronique. Après le formidable Images de la fin du monde (dont je parle ici, un de mes plus grands coups de cœur de l'année dernière), Christophe Siébert nous plonge cette fois au cœur de l'enquête du journaliste Timur Domachev, qui, avant sa fin tragique, avait levé le voile sur une série de meurtres ayant pour victimes des jeunes femmes souvent retrouvées horriblement mutilées.

Christophe Siébert réussit une fois de plus à nous plonger dans la lie de l'humanité avec un récit encore une fois hybride, mêlant chroniques, journal de bord, articles et récits. En retraçant l'enquête de Domachev, il nous permet d'en apprendre plus sur des personnages déjà évoqués dans le précédent opus. De ce dédale tortueux, slalomant entre la pitié et le dégoût, Mertvecgorod n’apparaît que plus palpable encore. Vivant organe toxique d'une humanité à la dérive, personnification des déceptions, des cauchemars, des fantasmes tordus de ses protagonistes. En développant encore plus la mythologie profonde de son univers, l'auteur en renforce son intensité autant que sa fascinante attractivité.

S'inspirant de faits réels pour enrichir son récit, piochant également dans la mythologie germanique, il accouche d'une oeuvre encore une fois inclassable, une épopée suffocante, aussi sournoise que dérangeante, dans laquelle le fantastique se mêle à un réel halluciné, creuset idéal permettant à son écriture de développer toute la force de son immense poésie. Je fus encore une fois frappée par le style de Siébert, unique, profond, en parfaite harmonie avec le récit qu'il fait.

Bien loin des romans tape-à-l'oeil, Feminicid défonce les codes. Ici l'horreur est subtile, sournoise, elle colle à la peau et ne te quitte pas tout le long de ta lecture, t'interrogeant sur ton propre plaisir à la lire...


Feminicid | Christophe Siébert | Au Diable Vauvert

L'enquête

Là-bas, au contraire, en décembre, la nuit tombe vite, Morvan le savait.

Quelle découverte ! Juan José Saer est, semble-t-il, l'un des plus grands écrivains argentins contemporains. Pour ma part c'est grâce à cette réédition de l'un de ses ouvrages par la formidable maison d'édition Le Tripode que je l'ai rencontré. Intriguée par l'illustration qui orne la couverture (signée Nicolás Arispe), conquise par le résumé, je me suis finalement perdue avec délice dans ce labyrinthe.

Saer s'efforce en effet de brouiller les lignes de la narration dans ce roman où l'on peine à faire la part des choses entre le réel et l'imaginaire. Commençant comme un roman policier, on se rend compte au fur et à mesure de la lecture que cette histoire de tueur en série n'est qu'une partie d'un récit plus large, mêlant retrouvailles, amitiés et non-dits en Argentine.

Dans ce roman gigogne, l'auteur s'en donne à cœur joie : il multiplie les effets de narration, prenant plaisir à perdre son lecteur dans d'innombrables circonvolutions menant parfois à des impasses, étourdissant la lecture, faisant perdre tout repère. Pour donner de l'épaisseur à cette narration tortueuse, il y imprègne un style qui casse aussi les codes, étirant parfois les phrases autant que notre incrédulité pour ensuite alterner récit haletant et description onirique.

Un tour de force des plus réjouissants, tant il est plaisant de s'égarer dans ce roman qui est au final aussi exigeant que divertissant.


L'enquête | Juan José Saer | Traduit par Philippe Bataillon | Le Tripode

Le secret de Copernic

Rheticus se leva et s'approcha de la Melancholia de Dürer, dont il avait déjà vu des reproductions à Nuremberg. Mais cette fois, il la comprenait. Il comprenait d'où venait cette terrible beauté. Le visage sombre de l'archange, c'était celui de Copernic, il y avait quarante ans peut-être, mais c'était lui.

J'ai toujours aimé Jean-Pierre Luminet dont je connais surtout le travail d'astrophysicien. J'ai lu plusieurs de ses ouvrages et vu plusieurs de ses conférences tant j'apprécie son talent de vulgarisateur. Je n'avais cependant jamais lu un de ses romans, j'ai donc décidé de commencer par le premier tome de sa série Les bâtisseurs du ciel, celui consacré à l'astronome Copernic.

De Copernic, on a souvent en tête qu'il fut le premier à avoir défendu la théorie de l'héliocentrisme dans son ouvrage De Revolutionibus Orbium Coelestium, voire qu'il aurait eu des problèmes avec l'église de ce fait (le confondant alors avec Galilée). Grâce à cette biographie romancée extrêmement fournie, Luminet nous compte en détail la vie et l'oeuvre du savant polonais.
Ne vous attendez pas, cependant, à un ouvrage scientifique : j'ai bien eu entre les mains un roman historique, qui m'a plongée dans l'Europe du XVème-XVIème siècle. Car outre sa casquette de scientifique, Copernic était également chanoine et soumis à de nombreuses luttes d'influence.

J'ai particulièrement aimé cette lecture qui m'en a beaucoup appris sur Copernic (que je connaissais finalement peu) mais aussi sur le paysage scientifique, politique et religieux de son époque. Luminet exprime dans ce livre les mêmes qualités que dans ses autres écrits : nous présenter beaucoup de connaissances de la manière la plus intéressante qu'il soit. Je trouve extrêmement important, lorsqu'on s'intéresse à la science, de s'intéresser aussi à son histoire et cette série est un excellent moyen d'y parvenir.


Le Secret de Copernic | Jean-Pierre Luminet | JC Lattès – Le livre de poche

## Le somnambuliste

Le Somnambuliste est une websérie en 6 épisodes de 15 minutes chacun environ que j'ai découvert sur arte.tv.
Elle narre les aventures de Simon, un trentenaire un peu paumé dans sa vie, retourné vivre avec sa mère dans le petit village alsacien de son enfance. Il se découvrira rapidement des crises de somnambulisme qui le feront se réveiller dans des situations de plus en plus critique, tandis que des crimes sont commis, poussant la police à enquêter.
Mêlant thriller, humour noir et absurde, j'ai trouvé Le Somnambuliste particulièrement original. Le scénario est prenant, les personnages attachants, et une bonne part de mystère permet de développer l'intérêt au fur et à mesure du visionnage.
Le ton volontairement léger des premiers temps laisse rapidement place à une atmosphère nettement plus inquiétante, et quand le réalisateur fait tout pour brouiller les pistes entre le réel et le fictif, l'angoisse n'est pas loin.

La série ayant de plus été tournée en Alsace, j'y ai retrouvé quelques plaisant souvenirs de cette belle région.


Le Somnambuliste | Jérémy Strohm | 2021

morts

Alors qu'il venait de mourir, Joseph se réveilla...

Quelle étrange chose que ce roman de Philippe Tessier ! Je l'ai choisi essentiellement pour sa couverture (signée Fabrice Angleraud) ; un peu pour son résumé aussi : un mort qui revient à la vie, se retrouve à déambuler au milieu de squelettes particulièrement vifs en essayant de comprendre ce qu'il se passe...jusqu'à croiser la mort elle-même, qui s'ennuie... à mourir (j'ai presque honte).

MORTS est, je crois, un immense délire tout droit sorti du cerveau déjanté de l'auteur. Une farce féroce et aiguisée se cache sous un roman des plus louches ! J'ai passé beaucoup de temps à me demander ce que j'étais en train de lire, beaucoup aussi à me dire que décidément, ces idées sont sacrément bien vues, il me plaît cet auteur, je lui paierais bien une bière !

Il ne faut pas, je crois, essayer de comprendre où Philippe Tessier veut en venir. Juste profiter de ses bons mots, de sa vision acérée des vivants (qui se devine tellement bien quand il met en scène des morts) et rire ; beaucoup.
MORTS est sans nul doute un des livres les plus bizarres que j'aie lu ces derniers temps... que l'auteur en soit chaleureusement remercié car ça fait du bien !


MORTS | Philippe Tessier | Éditions Leha

L'humain outresolaire en affiches

Félicitations, vous venez d'acquérir un livre.

J'ai découvert Saïd il y a quelques années déjà, alors qu'il menait à bien son projet Horizons parallèles, soit l'écriture de 52 nouvelles, une chaque semaine pendant un an. Je l'ai suivi en dilettante à l'époque, mais certains textes déjà m'avaient donné envie de poursuivre l'aventure.

J'ai appris à aimer Saïd au fil des mois, en suivant son travail, ses réflexions, ses expérimentations.

J'ai été touchée par Saïd en ayant eu la chance de gagner à un de ses concours le très collector (et très épuisé) recueil Au creux des vagues et des dunes, qui rassemble deux de ses nouvelles, représentant 5 ans de sa présence en ligne. J'ai eu le privilège de découvrir alors une autre de ses activités : la reliure, Saïd confectionnant en effet ses livres entièrement à la main. Quel magnifique cadeau j'avais donc reçu ce jour-là et ce livre est l'un des objets les plus chéris de ma bibliothèque (pourtant bien pourvue).

J'ai été emballée par le dernier projet de Saïd : un nouveau livre, entièrement confectionné par ses soins et imprimé en bichromie par risographie. J'ai eu la chance de pouvoir le précommander, le premier tirage ayant été très rapidement épuisé.

J'ai été complètement bouleversée par la qualité de L'humain outresolaire en affiches. Par la qualité de l'objet lui-même, par la qualité de l'œuvre surtout. Saïd a en effet réussi le tour de force de concevoir un livre qui fait partie de l'histoire qu'il raconte.
L'humain outresolaire en affiche se présente en effet lui-même. Après que les supports persistants comme les livres ou les affiches soient tombés en désuétude au profit d'autres technologies, ils finissent par connaître un nouvel élan d'intérêt qui explique l'existence de celui que nous sommes en train de lire. Ce livre propose alors de raconter l'histoire de l'espèce humaine après sa conquête de l'espace au travers de la reproduction d'autres supports persistants vintages : les affiches.

Partant de quelques situations classiques de la science-fiction, Saïd réussit à les évoquer de la manière la plus originale qui soit. Comment serait en effet une affiche de propagande religieuse du futur ? une affiche politique si une autre espèce intelligente faisait irruption dans notre paysage ? une affiche publicitaire pour une société faisant commerce des modifications génétiques ? En répondant à ces questions, il balaye l'évolution de la société humaine pendant près d'un siècle en image aussi bien qu'en mots.

J'ai vraiment été émerveillée par l'aptitude de l'auteur à utiliser l'ensemble de ses talents (écriture, graphisme, impression, reliure – il en a peut-être d'autres d'ailleurs, qui sait...) au service de la même œuvre, donnant alors bien plus de sens à ce livre que celui d'un unique recueil de mots.

Normalement je ne fais pas de lien vers un site de vente dans mes billets mais je fais ce que je veux, alors, il reste encore quelques exemplaires de cet ouvrage disponibles sur le site de Saïd, foncez avant que ce soit trop tard. Vous y trouverez aussi l'ensemble de ses écrits (car toutes ses nouvelles sont sous double licence Art libre/CC BY-SA) ainsi que les affiches issues du livre. Alors surtout... surtout...intéressez-vous au travail de cet artiste qui, j'en suis sûre va continuer à m'étonner.


L'humain outresolaire en affiches | Saïd