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    <title>société &amp;mdash; Depuis les Gorces</title>
    <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/tag:société</link>
    <description>Depuis les Gorces</description>
    <pubDate>Fri, 24 Apr 2026 14:11:58 +0200</pubDate>
    <item>
      <title>Des bonnes raisons de détester l&#39;IA</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/des-bonnes-raisons-de-detester-lia</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Société #Numerique #Ecologie #IA&#xA;En ce moment, on bosse sur les questions d&#39;intelligence artificielle dans la commission numérique des écologistes. Ce qui est marrant, c&#39;est que, les un·es ou les autres, on ne reproche pas du tout les mêmes trucs aux IA . Du coup, j&#39;ai eu envie de faire un article pour lister les conséquences négatives des IA, et aussi de réfléchir à celles qui étaient le plus mobilisatrices autour de moi. &#xA;!--more--&#xA;Les impacts négatifs de l&#39;IA&#xA;Il y a des des personnes écolos qui soutiennent le développement de datacenters ou d&#39;IA génératives du moment qu&#39;ils soient français. Ma première réaction a été de croire que c&#39;est parce qu&#39;elles croyaient aux bienfaits de l&#39;IA, ou qu&#39;elles ne connaissaient pas ses impacts négatifs. Mais non. En discutant, je me suis rendue compte qu&#39;on avait des points d&#39;accord. On était d&#39;accord que l&#39;IA a plein d&#39;impact très négatifs. &#xA;&#xA;Mais on ne met pas l&#39;accent sur les mêmes impacts, et du coup, on n&#39;a pas du tout le même avis sur le fait qu&#39;une IA éthique, ou soutenable soit possible.   &#xA;&#xA;Éducation&#xA;J&#39;ai l&#39;impression que les impacts sur nos enfants / jeunes sont ceux qui inquiètent le plus le grand public, dont une partie des écolos. C&#39;est sur ce sujet qu&#39;a été porté a href=&#34;https://cf.eelv.fr/cf-2025-06-1415-mc-encadrement-ia-educ-ens/&#34;la première motion du parti les écologistes/a. Il y avait à la fois une inquiétude que les dirigeant·es de ce monde pensent faire des économies d&#39;enseignant·es avec l&#39;IA, mais aussi une inquiétude de l&#39;utilisation par les enfants et les ados des IA génératives. &#xA;&#xA;Volonté des financeurs de remplacer des enseignant·es par des IA gen. &#xA;Impact sur nos capacités mentales : L&#39;invasion des réseaux sociaux par des contenus brainrot addictifs conduirait à une perte des capacités d&#39;attention ou un abrutissement. &#xA;L&#39;utilisation de l&#39;IA par les élèves / étudiant·es entraine une perte de l&#39;habitude d&#39;écrire, de réfléchir, de penser et donc une perte de compétences d&#39;analyse. &#xA;Dégradation des conditions de travail des enseignant·es qui doivent inventer des manières d&#39;évaluer qui ne soient pas affectées par les IA (qui veut corriger 15 pages de textes produits par une IA ???)&#xA;&#xA;Société, sexisme, racisme, ... &#xA;Les partis politiques ne peuvent pas ne pas s&#39;inquiéter des impacts de l&#39;IA sur la société et en particulier sur le déroulement des élections. &#xA;&#xA;Manipulation des croyances et des élections : les chatbot biaisés embrigadent la population dans des idées d&#39;extrême droite / sexistes, racistes, ...  / biaisent des élections&#xA;Destruction de la presse et donc de l&#39;information de qualité. Les contenus des journaux sont volés sans rémunération et perdent des visiteurs sur leurs sites puisque leurs contenu sont digérés par des IA pour produire des réponses aux questions des internautes. &#xA;Enshittification d&#39;internet : de moins en moins de contenus de qualité sur internet, perte de connaissance&#xA;Dégradation des biens et des services : une efficacité de 70% en moyenne. La conséquence c&#39;est une dégradation de la qualité de la majorité de ce qui est fait avec de l&#39;IA (sauf quand fait par des expert·es)&#xA;Isolement des personnes qui passent de plus en plus de temps devant des contenus produits par des IA soit dans des réseaux sociaux addictifs soit dans des discussions virtuelles. &#xA;&#xA;Travail et économie&#xA;Les entreprises qui vendent de l&#39;IA disent que c&#39;est génial pour les entreprises. Et pourtant... &#xA;&#xA;Dégradation des conditions de travail : très souvent l&#39;arrivée de l&#39;IA  transforme des tâches de création (comme traduire un texte) en tâches de contrôle (comme relire un texte mal traduit). On passe 3 h à relire quelque chose qu&#39;on aurait écrit en 3h30 soit même. Il y a un gain de temps, et une perte de sens.&#xA;Perte de qualité du travail fait : en moyenne, les IA conduisent à un travail moins bien fait que celui fait par une personne compétente. Mais elles produisent plus rapidement, et peut être que la qualité n&#39;était pas nécessaire (je repense à la traduction automatique dans teams qui avait traduit « hold on » en « tenez bon » quand on était dans la salle d&#39;attente d&#39;une visio), et parfois ça sera vraiment un problème. &#xA;Suppression d&#39;emplois : l&#39;IA gen est au service des entreprises (des patrons, des investisseurs), mais pas au service / bénéfice des humains qui travaillent dans et pour les entreprises.  &#xA;Perte de savoir-faire à moyen terme : en général, on devient expert·e en étant d&#39;abord junior et en s&#39;entrainant sur des tâches simples. Ce sont ces tâches qui sont souvent automatisées avec de l&#39;IA, et à moyen terme on va perdre des personnes avec ces compétences. À court terme ça ne sera peut être pas un problème, mais à moyen terme, quand la qualité du travail fourni par les IA se dégradera car il n&#39;y aura plus de nouveau contenu humain à manger, quand les expert·es qui s&#39;étaient entraînés dans leur jeunesse partiront à la retraite, alors on aura perdu la compétence. &#xA;Et en plus, il n&#39;y a même pas de modèle économique pour l&#39;IA ! On est à deux doigts d&#39;une bulle financière monstrueuse, et les entreprises qui font de l&#39;IA ne gagnent pas d&#39;argent en dehors de montages financiers. &#xA;&#xA;Planète, écosystèmes&#xA;A priori, ça devrait être le point qui motive le plus les écolos, et c&#39;est souvent celui que j&#39;entends rappelé en dernier en mode : « oui et en plus les impacts du numérique c&#39;est vraiment énorme... avec les data center et tout ». Mais on dirait que le fait que les IA reposent sur une infrastructure matérielle nécessaire énorme n&#39;est pas le principal problème. Peut-être parce qu&#39;on a fini par s&#39;habituer à ce que nos activités soient polluantes ? Ou bien qu&#39;on ne sait pas comparer par rapport aux voitures électriques et aux panneaux solaires. C&#39;est mal, mais de combien ?  &#xA;&#xA;Le premier impact concerne la matière. Il faut extraire des métaux et de nombreux matériaux dans des mines pour construire les ordinateurs des datacenter. Et cette extraction : &#xA;   consomme beaucoup d&#39;énergie (un gros marché pour TotalEnergie que de fournir du carburant pour alimenter les engins monstres)&#xA;   Consomme beaucoup d&#39;eau, souvent dans des régions où l&#39;eau manque,&#xA;   Et pollue l&#39;environnement car il faut aussi des produits chimiques souvent très toxiques pour extraire les métaux des roches. &#xA;Et comme c&#39;est loin de chez nous et qu&#39;on reste assez colonialiste, c&#39;est pas trop grave.  &#xA;Le deuxième impact à lieu au niveau des datacenter, et là c&#39;est beaucoup plus proche de chez nous, et donc on s&#39;en rend davantage compte. Il faut : &#xA;   De l&#39;eau pour refroidir les ordinateurs. Alors oui ça fournit de la chaleur gratuite, ce qui en hiver est sympa, mais nettement moins l&#39;été. &#xA;   De l&#39;électricité, pour alimenter les datacenter. Et aujourd&#39;hui, le renouvelable que l&#39;on déploie sert davantage à alimenter des datacenters qu&#39;à substituer les autres consommations d&#39;énergie. &#xA;Accélérer la consommation de matériaux dans d&#39;autres activités économiques. Le projet de l&#39;IA dans le monde de l&#39;entreprise, c&#39;est d&#39;aller plus vite. Et si on va plus vite, on consomme davantage, et donc on extrait davantage de ressources. &#xA;&#xA;Colonialisme et mondialisation&#xA;Un truc qui me rend folle en ce moment, c&#39;est de réaliser que la croissance des pays du Nord s&#39;est faite, et se fait toujours sur le dos des populations du Sud. Quand j&#39;entends quelqu&#39;un se réjouir de gagner du temps grâce à l&#39;IA, et que ça ne fait de mal à personne car ils n&#39;ont licencié personne, je suis triste. Car ce gain de temps n&#39;est possible que parce que des personnes ont été exploitées dans des pays du Sud global. &#xA;&#xA;Des petites mains dans les mines et dans les usines pour produire le hardware utilisé par le numérique. &#xA;Les travailleur·ses du clic exploité·es pour entraîner les IA &#xA;&#xA;  Le gain de temps de quelques personnes privilégiées se fait grâce à l&#39;exploitation de femmes et d&#39;hommes dans les suds globaux. &#xA;&#xA;Et je suis d&#39;autant plus malheureuse que c&#39;est vrai de tellement de chose, et que mon confort de vie repose tellement sur les mauvaises conditions de vie de centaines de personnes dans les Sud. Du coup, si on peut éviter d&#39;accélérer dans cette direction, merci.  &#xA;&#xA;Capitalisme &#xA;Depuis que je suis adoe je sais que le capitalisme c&#39;est caca. Mais maintenant j&#39;ai compris un peu mieux ce que ça veut dire, et l&#39;IA aujourd&#39;hui est, comme le nucléaire, un outil du, et pour le capitalisme.  &#xA;&#xA;Le coût de l&#39;infrastructure (datacenter, réseaux) et de l&#39;entraînement des IA ne sont possibles que dans une économie capitaliste dans laquelle des personnes peuvent avancer une énorme somme d&#39;argent au démarrage du projet, en espérant gagner ensuite de l&#39;argent sur cet argent dans le futur. &#xA;Les bénéfices liés à l&#39;utilisation des IA tombent dans la poche des actionnaires, pas des salariés&#xA;Une grande partie de la réussite du monde capitaliste a été l&#39;appropriation de communs et du travail de certaines classes sociales pour les valoriser et gagner de l&#39;argent. Aujourd&#39;hui l&#39;IA poursuit ce projet en volant le travail des auteurices, des artistes etc. ainsi que nos données personnelles. Maintenant que les IA ont scrapé tout internet et tous les livres, elles ne pourront plus s&#39;améliorer que en accédant à tout ce que nous produisons comme données que nous ne publions pas : nos mails, nos documents perso, nos photos perso, les images prises par nos sonnettes intelligentes etc. &#xA;&#xA;Vers une société de la surveillance&#xA;L&#39;un des aspects terrifiant du projet IA est la mise en place d&#39;une société de la surveillance en mode BigBrother. Quand on voit que ces grandes sociétés sont les alliées des régimes fascistes ou fascisant, et que ces régimes sont de plus en plus probables en France, c&#39;est terrifiant. &#xA;&#xA;Le déploiement de l&#39;IA dans les ordinateurs et téléphones de toute la société donne les moyens aux plateformes de faire du ciblage qui pourra être utilisé pour choisir qui arrêter ou tuer, comme le font déjà l&#39;ICE américaine ou l&#39;armée israélienne.&#xA;&#xA;Not all IA ? &#xA;Il y a surement plein d&#39;autres aspects négatifs à côté desquels je suis passée, et je complèterai la liste au fur et à mesure. J&#39;ai l&#39;impression qu&#39;il n&#39;y a pas besoin de convaincre la majorité des gens des dégâts causés par l&#39;IA. &#xA;&#xA;Par contre, il y a des grosses divergences d&#39;opinion pour répondre à la question : &#xA;&#xA;  Est-ce qu&#39;il faut lutter contre les IA ou bien contre les effets négatifs des IA ? &#xA;&#xA;J&#39;ai l&#39;impression qu&#39;il y a un mouvement #NotAllIA parmi les personnes qui aiment le numérique et la technologie... Et que beaucoup seront d&#39;accord sur toutes ces conséquences négatives des IA, mais diront que « il ne faut pas jeter bébé avec l&#39;eau du bain » et qu&#39;elles ne détestent pas l&#39;IA, mais certaines IA. Et je comprends un peu, j&#39;aime bien mon conjoint #NotAllMen, mais je déteste quand même le patriarcat. &#xA;&#xA;Je suis très curieuse de poursuivre la discussion sur ces sujets par mail ou bien sur a href=&#34;https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu&#34;Mastodon/a... C&#39;est encore work in progress dans ma tête !*&#xA;&#xA;]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Numerique" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Numerique</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Ecologie" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Ecologie</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:IA" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">IA</span></a>
<em>En ce moment, on bosse sur les questions d&#39;intelligence artificielle dans la commission numérique des écologistes. Ce qui est marrant, c&#39;est que, les un·es ou les autres, on ne reproche pas du tout les mêmes trucs aux IA . Du coup, j&#39;ai eu envie de faire un article pour lister les conséquences négatives des IA, et aussi de réfléchir à celles qui étaient le plus mobilisatrices autour de moi.</em>
</p>

<h2 id="les-impacts-négatifs-de-l-ia" id="les-impacts-négatifs-de-l-ia">Les impacts négatifs de l&#39;IA</h2>

<p>Il y a des des personnes écolos qui soutiennent le développement de datacenters ou d&#39;IA génératives du moment qu&#39;ils soient français. Ma première réaction a été de croire que c&#39;est parce qu&#39;elles croyaient aux bienfaits de l&#39;IA, ou qu&#39;elles ne connaissaient pas ses impacts négatifs. Mais non. En discutant, je me suis rendue compte qu&#39;on avait des points d&#39;accord. On était d&#39;accord que l&#39;IA a plein d&#39;impact <strong>très</strong> négatifs.</p>

<p>Mais on ne met pas l&#39;accent sur les mêmes impacts, et du coup, on n&#39;a pas du tout le même avis sur le fait qu&#39;une IA <em>éthique</em>, ou <em>soutenable</em> soit possible.</p>

<h3 id="éducation" id="éducation">Éducation</h3>

<p>J&#39;ai l&#39;impression que les impacts sur nos enfants / jeunes sont ceux qui inquiètent le plus le grand public, dont une partie des écolos. C&#39;est sur ce sujet qu&#39;a été porté <a href="https://cf.eelv.fr/cf-2025-06-1415-mc-encadrement-ia-educ-ens/" rel="nofollow">la première motion du parti les écologistes</a>. Il y avait à la fois une inquiétude que les dirigeant·es de ce monde pensent faire des économies d&#39;enseignant·es avec l&#39;IA, mais aussi une inquiétude de l&#39;utilisation par les enfants et les ados des IA génératives.</p>
<ol><li>Volonté des financeurs de <strong>remplacer des enseignant·es par des IA gen</strong>.</li>
<li>Impact sur nos <strong>capacités mentales</strong> : L&#39;invasion des réseaux sociaux par des contenus <em>brainrot</em> addictifs conduirait à une perte des capacités d&#39;attention ou un abrutissement.</li>
<li>L&#39;utilisation de l&#39;IA par les élèves / étudiant·es entraine une perte de l&#39;habitude d&#39;écrire, de réfléchir, de penser et donc une perte de compétences d&#39;analyse.</li>
<li>Dégradation des <strong>conditions de travail des enseignant·es</strong> qui doivent inventer des manières d&#39;évaluer qui ne soient pas affectées par les IA (qui veut corriger 15 pages de textes produits par une IA ???)</li></ol>

<h3 id="société-sexisme-racisme" id="société-sexisme-racisme">Société, sexisme, racisme, ...</h3>

<p>Les partis politiques ne peuvent pas ne pas s&#39;inquiéter des impacts de l&#39;IA sur la société et en particulier sur le déroulement des élections.</p>
<ol><li>Manipulation des <strong>croyances</strong> et des <strong>élections</strong> : les chatbot biaisés embrigadent la population dans des idées d&#39;extrême droite / sexistes, racistes, ...  / biaisent des élections</li>
<li>Destruction de la <strong>presse</strong> et donc de l&#39;information de qualité. Les contenus des journaux sont volés sans rémunération et perdent des visiteurs sur leurs sites puisque leurs contenu sont digérés par des IA pour produire des réponses aux questions des internautes.</li>
<li><strong>Enshittification d&#39;internet</strong> : de moins en moins de contenus de qualité sur internet, perte de connaissance</li>
<li><strong>Dégradation des biens et des services</strong> : une efficacité de 70% en moyenne. La conséquence c&#39;est une dégradation de la qualité de la majorité de ce qui est fait avec de l&#39;IA (sauf quand fait par des expert·es)</li>
<li><strong>Isolement des personnes</strong> qui passent de plus en plus de temps devant des contenus produits par des IA soit dans des réseaux sociaux addictifs soit dans des discussions virtuelles.</li></ol>

<h3 id="travail-et-économie" id="travail-et-économie">Travail et économie</h3>

<p>Les entreprises qui vendent de l&#39;IA disent que c&#39;est génial pour les entreprises. Et pourtant...</p>
<ol><li><strong>Dégradation des conditions de travail</strong> : très souvent l&#39;arrivée de l&#39;IA  transforme des tâches de création (comme traduire un texte) en tâches de contrôle (comme relire un texte mal traduit). On passe 3 h à relire quelque chose qu&#39;on aurait écrit en 3h30 soit même. Il y a un gain de temps, et une perte de sens.</li>
<li><strong>Perte de qualité du travail fait</strong> : en moyenne, les IA conduisent à un travail moins bien fait que celui fait par une personne compétente. Mais elles produisent plus rapidement, et peut être que la qualité n&#39;était pas nécessaire (je repense à la traduction automatique dans teams qui avait traduit « hold on » en « tenez bon » quand on était dans la salle d&#39;attente d&#39;une visio), et parfois ça sera vraiment un problème.</li>
<li><strong>Suppression d&#39;emplois</strong> : l&#39;IA gen est au service des entreprises (des patrons, des investisseurs), mais pas au service / bénéfice des humains qui travaillent dans et pour les entreprises.<br></li>
<li><strong>Perte de savoir-faire à moyen terme</strong> : en général, on devient expert·e en étant d&#39;abord junior et en s&#39;entrainant sur des tâches simples. Ce sont ces tâches qui sont souvent automatisées avec de l&#39;IA, et à moyen terme on va perdre des personnes avec ces compétences. À court terme ça ne sera peut être pas un problème, mais à moyen terme, quand la qualité du travail fourni par les IA se dégradera car il n&#39;y aura plus de nouveau contenu humain à manger, quand les expert·es qui s&#39;étaient entraînés dans leur jeunesse partiront à la retraite, alors on aura perdu la compétence.</li>
<li>Et en plus, <strong>il n&#39;y a même pas de modèle économique pour l&#39;IA</strong> ! On est à deux doigts d&#39;une bulle financière monstrueuse, et les entreprises qui font de l&#39;IA ne gagnent pas d&#39;argent en dehors de montages financiers.</li></ol>

<h3 id="planète-écosystèmes" id="planète-écosystèmes">Planète, écosystèmes</h3>

<p>A priori, ça devrait être le point qui motive le plus les écolos, et c&#39;est souvent celui que j&#39;entends rappelé en dernier en mode : « <em>oui et en plus les impacts du numérique c&#39;est vraiment énorme... avec les data center et tout</em> ». Mais on dirait que le fait que les IA reposent sur une infrastructure matérielle nécessaire énorme n&#39;est pas le principal problème. Peut-être parce qu&#39;on a fini par s&#39;habituer à ce que nos activités soient polluantes ? Ou bien qu&#39;on ne sait pas comparer par rapport aux voitures électriques et aux panneaux solaires. C&#39;est mal, mais de combien ?</p>
<ol><li>Le premier impact concerne la <strong>matière</strong>. Il faut extraire des métaux et de nombreux matériaux dans des mines pour construire les ordinateurs des datacenter. Et cette extraction :
<ul><li>consomme beaucoup d&#39;<strong>énergie</strong> (un gros marché pour TotalEnergie que de fournir du carburant pour alimenter les engins monstres)</li>
<li>Consomme beaucoup d&#39;<strong>eau</strong>, souvent dans des régions où l&#39;eau manque,</li>
<li>Et <strong>pollue l&#39;environnement</strong> car il faut aussi des <strong>produits chimiques</strong> souvent très toxiques pour extraire les métaux des roches.
Et comme c&#39;est loin de chez nous et qu&#39;on reste assez colonialiste, c&#39;est pas trop grave.<br></li></ul></li>
<li>Le deuxième impact à lieu au niveau des datacenter, et là c&#39;est beaucoup plus proche de chez nous, et donc on s&#39;en rend davantage compte. Il faut :
<ul><li>De l&#39;<strong>eau</strong> pour refroidir les ordinateurs. Alors oui ça fournit de la chaleur gratuite, ce qui en hiver est sympa, mais nettement moins l&#39;été.</li>
<li>De l&#39;<strong>électricité</strong>, pour alimenter les datacenter. Et aujourd&#39;hui, le renouvelable que l&#39;on déploie sert davantage à alimenter des datacenters qu&#39;à substituer les autres consommations d&#39;énergie.</li></ul></li>
<li><strong>Accélérer la consommation de matériaux dans d&#39;autres activités économiques</strong>. Le projet de l&#39;IA dans le monde de l&#39;entreprise, c&#39;est d&#39;aller plus vite. Et si on va plus vite, on consomme davantage, et donc on extrait davantage de ressources.</li></ol>

<h3 id="colonialisme-et-mondialisation" id="colonialisme-et-mondialisation">Colonialisme et mondialisation</h3>

<p>Un truc qui me rend folle en ce moment, c&#39;est de réaliser que la croissance des pays du Nord s&#39;est faite, et se fait toujours sur le dos des populations du Sud. Quand j&#39;entends quelqu&#39;un se réjouir de gagner du temps grâce à l&#39;IA, et que ça ne fait de mal à personne car ils n&#39;ont licencié personne, je suis triste. Car ce gain de temps n&#39;est possible que parce que des personnes ont été exploitées dans des pays du Sud global.</p>
<ul><li>Des petites mains <strong>dans les mines et dans les usines</strong> pour produire le hardware utilisé par le numérique.</li>
<li>Les <strong>travailleur·ses du clic</strong> exploité·es pour entraîner les IA</li></ul>

<blockquote><p>Le gain de temps de quelques personnes privilégiées se fait grâce à l&#39;exploitation de femmes et d&#39;hommes dans les suds globaux.</p></blockquote>

<p>Et je suis d&#39;autant plus malheureuse que c&#39;est vrai de tellement de chose, et que mon confort de vie repose tellement sur les mauvaises conditions de vie de centaines de personnes dans les Sud. Du coup, si on peut éviter d&#39;accélérer dans cette direction, merci.</p>

<h3 id="capitalisme" id="capitalisme">Capitalisme</h3>

<p>Depuis que je suis adoe je sais que le capitalisme c&#39;est caca. Mais maintenant j&#39;ai compris un peu mieux ce que ça veut dire, et l&#39;IA aujourd&#39;hui est, comme le nucléaire, un outil du, et pour le capitalisme.</p>
<ol><li>Le coût de l&#39;infrastructure (datacenter, réseaux) et de l&#39;entraînement des IA ne sont <strong>possibles que dans une économie capitaliste</strong> dans laquelle des <em>personnes</em> peuvent avancer une énorme somme d&#39;argent au démarrage du projet, en espérant gagner ensuite de l&#39;argent sur cet argent dans le futur.</li>
<li>Les <strong>bénéfices</strong> liés à l&#39;utilisation des IA tombent <strong>dans la poche des actionnaires</strong>, pas des salariés</li>
<li>Une grande partie de la réussite du monde capitaliste a été l&#39;appropriation de communs et du travail de certaines classes sociales pour les <em>valoriser</em> et gagner de l&#39;argent. Aujourd&#39;hui l&#39;IA poursuit ce projet en <strong>volant le travail des auteurices, des artistes</strong> etc. ainsi que nos <strong>données personnelles</strong>. Maintenant que les IA ont scrapé tout internet et tous les livres, elles ne pourront plus s&#39;améliorer <strong>que</strong> en accédant à tout ce que nous produisons comme données que nous ne publions pas : nos mails, nos documents perso, nos photos perso, les images prises par nos *sonnettes intelligentes** etc.</li></ol>

<h3 id="vers-une-société-de-la-surveillance" id="vers-une-société-de-la-surveillance">Vers une société de la surveillance</h3>

<p>L&#39;un des aspects terrifiant du projet IA est la mise en place d&#39;une société de la surveillance en mode BigBrother. Quand on voit que ces grandes sociétés sont les alliées des régimes fascistes ou fascisant, et que ces régimes sont de plus en plus probables en France, c&#39;est terrifiant.</p>
<ol><li>Le déploiement de l&#39;IA dans les ordinateurs et téléphones de toute la société donne les moyens aux plateformes de faire du ciblage qui pourra être utilisé pour choisir qui <strong>arrêter ou tuer</strong>, comme le font déjà l&#39;ICE américaine ou l&#39;armée israélienne.</li></ol>

<h2 id="not-all-ia" id="not-all-ia">Not all IA ?</h2>

<p>Il y a surement plein d&#39;autres aspects négatifs à côté desquels je suis passée, et je complèterai la liste au fur et à mesure. J&#39;ai l&#39;impression qu&#39;il n&#39;y a pas besoin de convaincre la majorité des gens des dégâts causés par l&#39;IA.</p>

<p>Par contre, il y a des grosses divergences d&#39;opinion pour répondre à la question :</p>

<blockquote><p>Est-ce qu&#39;il faut lutter contre les <strong>IA</strong> ou bien contre les <strong>effets négatifs des IA</strong> ?</p></blockquote>

<p>J&#39;ai l&#39;impression qu&#39;il y a un mouvement <a href="/depuis-les-gorces/tag:NotAllIA" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">NotAllIA</span></a> parmi les personnes qui aiment le numérique et la technologie... Et que beaucoup seront d&#39;accord sur toutes ces conséquences négatives des IA, mais diront que « <em>il ne faut pas jeter bébé avec l&#39;eau du bain</em> » et qu&#39;elles ne détestent pas l&#39;IA, mais certaines IA. Et je comprends un peu, j&#39;aime bien mon conjoint <a href="/depuis-les-gorces/tag:NotAllMen" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">NotAllMen</span></a>, mais je déteste quand même le patriarcat.</p>

<p><em>Je suis très curieuse de poursuivre la discussion sur ces sujets par mail ou bien sur <a href="https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu" rel="nofollow">Mastodon</a>... C&#39;est encore work in progress dans ma tête !</em></p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/des-bonnes-raisons-de-detester-lia</guid>
      <pubDate>Fri, 23 Jan 2026 21:58:10 +0100</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Être un·e allié·e dans un groupe</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/etre-un-e-allie-e-dans-un-groupe</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Société #Féminisme&#xA;&#xA;J&#39;écris cet article pour réfléchir sur les violences au sein des groupes, qu&#39;ils soient militants, professionnels, ou amicaux. Je voudrais parler de la difficulté à dire ce qui ne va pas quand on est la victime. Et je voudrais réfléchir aux réactions qui font des autres membres du groupe des complices des agresseurs ou bien des allié·es des victimes, parce qu&#39;il n&#39;y a pas de position neutre. &#xA;&#xA;!--more--&#xA;Violences dans le groupe&#xA;Dans un groupe, il y a très souvent des violences, de la micro-agression sexiste ou raciste à l&#39;agression caractérisée. Parfois j&#39;ai été victime (c&#39;est dans cette situation qu&#39;on s&#39;en rend le plus compte), parfois j&#39;ai été témoin, et parfois j&#39;ai été l&#39;agresseuse, souvent sans le savoir. &#xA;&#xA;Il me semble que plus un groupe est dysfonctionnel, plus ces violences sont systémiques et fortes. Plus le groupe est fonctionnel et plus il y a des moyens d&#39;écouter et de réparer. &#xA;&#xA;Je suis souvent frappée par le fait que les gens sont très attachés à une gradation des violences. Il y a celles qui ne sont pas très graves et qu&#39;on devrait laisser passer s&#39;en s&#39;offenser, et celles qui sont vraiment graves et pour lesquelles il faut absolument agir. &#xA;&#xA;Moi, je suis probablement sensible, mais elles me semblent toutes aussi injustes ! Du coup, dans ce billet, je traite exactement de la même manière : &#xA;&#xA;la micro-agression comme se faire mansplainer ou invisibiliser,  &#xA;l&#39;agression passive-agressive du type : « Faut se détendre là »,&#xA;et l&#39;agression avérée comme se faire insulter : « t&#39;es vraiment trop conne ». &#xA;&#xA; Je mets tout au même niveau pour plusieurs raisons : &#xA;&#xA;Bien qu&#39;il y ait évidemment une gradation évidente, je suis convaincue que dans les mécaniques de violence, c&#39;est le fait qu&#39;une personne ou  le groupe accepte une micro-agression qui rend ensuite possible des agressions plus fortes. &#xA;Les dégâts sur la victime ne sont pas proportionnels à la violence d&#39;une agression. On peut souffrir davantage d&#39;une micro-agression de la part de quelqu&#39;un qu&#39;on estime ou dont on recherche l&#39;approbation que d&#39;une insulte de la part de quelqu&#39;un qu&#39;on n&#39;estime pas du tout. &#xA;&#xA;Les réactions des allié·es &#xA;La difficulté de dire ce qui ne va pas quand on est victime de violences&#xA;&#xA;La première chose, c&#39;est que quand on est victime c&#39;est super dur de s&#39;exprimer. On peut avoir honte d&#39;avoir été maltraitée et de ne pas avoir su répondre. Et on peut avoir peur de la réaction des autres si on exprime ce que l&#39;on a vécu et comment on l&#39;a ressenti.&#xA;&#xA;Les (mauvaises) réactions habituelles &#xA;Les réactions des autres quand on exprime quelque chose qui nous fait du mal sont souvent mauvaises au sens où elles n&#39;améliorent pas la situation, ni pour la victime, ni pour le groupe. Voici quelques exemples des réactions que j&#39;ai fréquemment rencontré :&#xA;&#xA;On va me dire que ce n&#39;est pas grave, que je suis une personne smalltrop/small sensible, que ce qui compte c&#39;est que le projet avance, etc. ... &#xA;Dans ces cas là, la personne qui écoute n&#39;écoute pas. Elle nie ce que je ressens ; et c&#39;est rajouter de la violence sur la violence. &#xA;J&#39;en avais parlé a href=&#34;https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/mais-ce-qui-compte-cest-que-les-gens-etaient-tres-contents&#34;dans cet article/a.&#xA;On va m&#39;expliquer comment j&#39;aurais du faire différemment pour que l&#39;autre se comporte mieux (« tu aurais pu utiliser d&#39;autres mots, c&#39;est vrai que &#39;je suis surprise&#39; peut être vu comme passif-agressif »). Et en fait, dans ce cas là, on inverse la responsabilité : on met sur moi, la victime, la responsabilité de l&#39;agression. &#xA;On va trouver que je suis chiante, pas cool, trop sensible, et on va faire en sorte de se passer de moi sur des nouveaux projets / pour de nouvelles activités. On va m&#39;écarter progressivement. &#xA;On va me dire qu&#39;on ne peut pas prendre position car « je n&#39;ai pas tous les tenants et les aboutissants », comme si il fallait d&#39;abord comprendre l&#39;agresseur, surtout quand c&#39;est un homme (bonjour l&#39;a href=&#34;https://femmagazine.com/feminism-101-what-is-himpathy/&#34;himpathie/a) ou quelqu&#39;un de l&#39;élite (toujours au sens de a href=&#34;https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/lecture-la-tyrannie-de-labsence-de-structures-jo-freeman&#34;Jo Freeman/a). &#xA;&#xA;Cette liste n&#39;est surement pas exhaustive. N&#39;hésitez pas à me contacter (via a href=&#34;https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu&#34;mastodon/a) pour la compléter avec vos expériences. &#xA;&#xA;Ainsi, les réticences à parler de la part des victimes ne sont pas des pensées limitantes ou des fausses peurs. Ce sont des craintes réalistes car c&#39;est ce qui se passe la majorité du temps tant que les violences ne sont pas suffisamment violentes, et qu&#39;il n&#39;y a pas suffisamment de preuves aux yeux de la personne qui écoute. &#xA;Et ça rend d&#39;autant plus désagréables les remarques du type : « Bah pourquoi t&#39;en as pas parlé plus tôt ? ». Plus on en parle tôt, plus le risque de ne pas être entendue est fort puisque les violences n&#39;auront pas encore été assez graves. &#xA;&#xA;Les meilleures réactions (plus rares)&#xA;Parfois, une victime parle, et elle est entendue ! 🎉 &#xA;&#xA;Écouter, et ne rien faire&#xA;C&#39;est déjà génial, mais souvent ça n&#39;est pas du tout suffisant car ensuite, si les allié·es potentiel·les ne font rien, la situation au sens systémique ne change pas, voir empire. Les personnes qui sont violentes, peut être sans s&#39;en rendre compte, sont renforcées dans ce comportement (pas de conséquences négatives, voir même des conséquences positives avec les autres qui rient à leur blague, qui soutiennent leurs projets, etc). À court ou moyen terme, la victime va s&#39;effacer, ou partir. &#xA;&#xA;Souvent, les allié·es qui écoutent et comprennent ne vont pas plus loin. Iels vont dire : « c&#39;est pas cool en effet », ou, « tu as raison, ils n&#39;ont pas respecté le réglement qu&#39;on avait décidé collectivement », et ça s&#39;arrête là. En général, l&#39;allié·e explique qu&#39;iel comprend les deux points de vue, (comme s&#39;il y avait violence des 2 côtés), et que ce n&#39;est pas assez grave pour passer à l&#39;action. &#xA;&#xA;Moi, j&#39;ai l&#39;impression que l&#39;allié·e s&#39;est juste acheté une bonne conscience, mais c&#39;est vrai que c&#39;est mieux que de ne pas être écoutée du tout. &#xA;&#xA;Écouter, et agir &#xA;Et parfois, la personne qui écoute va faire quelque chose  💪 🎉. &#xA;&#xA;Là je crois qu&#39;il faut encore distinguer deux situations car l&#39;enfer est pavé de bonnes intentions. &#xA;&#xA;Parfois l&#39;allié·e agit sans demander à la victime si c&#39;est une bonne idée. Et ça, ça n&#39;est pas une bonne idée (et je l&#39;ai parfois fait, et je le regrette comme je le raconte dans cet article :  a href=&#34;https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/qui-decide-quon-a-ete-un-e-bon-ne-allie-e&#34;cet article ici/a)&#xA;&#xA;Ce n&#39;est pas une bonne idée car nos bonnes idées de sauveur·se peuvent empirer la situation du point de vue de la victime.&#xA;&#xA; La bonne réaction il me semble, c&#39;est que l&#39;allié·e demande ce qu&#39;elle peut faire, ou propose des actions et demande à la victime son avis.  &#xA;&#xA;Il est vrai que récemment on m&#39;a demandé ce qu&#39;on pouvait faire pour m&#39;aider, et j&#39;ai été gênée. Je ne voulais pas embêter la personne qui propose de m&#39;aider vu que déjà elle m&#39;a écoutée. smallNote à moi-même, oser répondre sincèrement à cette question/small. Mais en réalité, c&#39;était une très bonne attitude de la part de mon amie, et je la remercie encore 💙. &#xA;&#xA;Agir en tant qu&#39;allié·e avant que les choses ne soient graves&#xA;&#xA;Mais on ne va pas se mentir, plus le temps passe, plus la situation est installée, plus il est difficile pour la personne qui écoute d&#39;avoir le courage d&#39;agir comme un·e allié·e. &#xA;&#xA;J&#39;ai entendu plusieurs fois des allié·es dire : « c&#39;est vraiment nul, je suis avec toi, je lui en parlerai quand ça sera le bon moment ». &#xA;Et spoiler : ça n&#39;a jamais été le bon moment. Maintenant quand j&#39;entends ça, je me dis que la personne s&#39;achète une bonne conscience. Et je comprends pourquoi, c&#39;est difficile et ça demande du courage car l&#39;allié·e a souvent à perdre à intervenir auprès de l&#39;élite du groupe.   &#xA;&#xA;Agir lors des micro-agressions&#xA;&#xA;J&#39;ai longtemps réfléchi au cas d&#39;une amie dont le mari est violent verbalement. Il ne l&#39;a jamais touchée (ou en tous cas pas devant moi), mais il se moque facilement d&#39;elle en ma présence, il la critique en permanence, et je n&#39;ai jamais rien dit car je n&#39;osais pas, par peur d&#39;envenimer les choses, et peut-être aussi par couardise. Avec le temps, ça me semble de plus en plus difficile d&#39;intervenir vu que je ne suis pas intervenue pour les mêmes faits par le passé. En fait, j&#39;ai normalisé certains de ses comportements toxiques en ma présence. &#xA;&#xA;J&#39;avais parlé plusieurs fois à mon amie de ces situations que je ne trouvais pas OK, et elle me disait que c&#39;était pas grave. Et puis un jour, elle m&#39;a dit que c&#39;était un problème que personne ne réagisse face à des violences conjugales. Alors je me suis promis d&#39;être une alliée la prochaine fois, mais je n&#39;avais aucune idée de comment faire. &#xA;&#xA;J&#39;étais tétanisée à l&#39;idée de réagir lors d&#39;une grosse dispute, ça me paraissait impossible. J&#39;ai fini par réaliser que c&#39;était beaucoup plus facile, et moins dangereux, de réagir à une mini-violence qu&#39;à une grosse colère. Je peux refuser de rire à des blagues offensantes (« c&#39;est pas hyper drôle comme blague si? »), ou juste de dire « ça me met mal à l&#39;aise » quand une interaction me met mal à l&#39;aise. &#xA;&#xA;Je généralise cette situation à la vie dans un groupe. L&#39;un des gros défauts des groupes est d&#39;attendre pour agir : &#xA;&#xA;Soit que les choses soient très graves,&#xA;Soit que quelqu&#39;un·e se soit plaint. &#xA;&#xA;Je pense au contraire que l&#39;inclusion, la lutte contre toutes les formes de violence est de la responsabilité de tous les membres du groupe. Et être un·e allié·e, ou un membre responsable, c&#39;est réagir dès que l&#39;on perçoit une micro-agression. &#xA;&#xA;Soit à chaud, en disant qu&#39;on est gêné, ou que la blague n&#39;est pas drôle, ou en demandant pourquoi cette phrase ? &#xA;Soit à froid, &#xA;   En allant voir la victime, pour lui apporter du soutien, &#xA;   En allant voir l&#39;agresseur·se, pour lui expliquer en quoi son comportement (et pas sa personne) n&#39;est pas OK&#xA;   En provoquant un moment de réflexion au sein du groupe sur le type de violence qu&#39;on a repéré, même si c&#39;est à un stade très léger. &#xA;&#xA;Conclusions  &#xA;Ce que je retiens de cette histoire c&#39;est qu&#39;être un·e bon·ne allié·e, c&#39;est : &#xA;&#xA;Prendre sa responsabilité dans le climat du groupe, et réagir lors des micro-agressions. Ne pas laisser passer des choses parce que : « C&#39;est pas très grave tant qu&#39;il n&#39;y a pas d&#39;insultes ou de coups ».   &#xA;Demander aux personnes qui sont victimes de micro-agressions comment elles le vivent. Si ça se trouve très bien, si ça se trouve elles ont besoin d&#39;aide. &#xA;Écouter vraiment, sans minimiser, quand quelqu&#39;un vous parle de quelque chose qui lae gène dans le groupe.&#xA;Proposer d&#39;agir (et pas juste &#34;d&#39;aider&#34;) pour la personne, et pour le groupe, et écouter pour de vrai la réponse. &#xA;&#xA;Il n&#39;y a pas de neutralité dans une société inégalitaire&#xA;Il n&#39;y a pas d&#39;observateur·trice neutre. Ne pas prendre position contre l&#39;agresseur c&#39;est de facto se placer à ses côtés, et le soutenir. &#xA;&#xA;Quand vous dites à une personne que vous la comprenez et la soutenez, et que vous vous arrêtez là, dans les faits, vous soutenez les agresseurs.  &#xA;&#xA;Voilà, j&#39;ai mis longtemps à écrire cet article, je l&#39;ai d&#39;abord fait pour m&#39;aider moi et ranger mes idées. Je pense que j&#39;aurais aimé avoir « ça » dans la formation sur les VSS qu&#39;on a eu au parti Les Écologistes. Je suis curieuse d&#39;avoir vos retours et vos ressentis... &#xA;&#xA;]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:F%C3%A9minisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Féminisme</span></a></p>

<p><em>J&#39;écris cet article pour réfléchir sur les violences au sein des groupes, qu&#39;ils soient militants, professionnels, ou amicaux. Je voudrais parler de la difficulté à dire ce qui ne va pas quand on est la victime. Et je voudrais réfléchir aux réactions qui font des autres membres du groupe des complices des agresseurs ou bien des allié·es des victimes, parce qu&#39;il n&#39;y a pas de position neutre.</em></p>



<h2 id="violences-dans-le-groupe" id="violences-dans-le-groupe">Violences dans le groupe</h2>

<p>Dans un groupe, il y a très souvent des <strong>violences</strong>, de la micro-agression sexiste ou raciste à l&#39;agression caractérisée. Parfois j&#39;ai été <strong>victime</strong> (c&#39;est dans cette situation qu&#39;on s&#39;en rend le plus compte), parfois j&#39;ai été <strong>témoin</strong>, et parfois j&#39;ai été l&#39;<strong>agresseuse</strong>, souvent sans le savoir.</p>

<p>Il me semble que plus un groupe est dysfonctionnel, plus ces violences sont systémiques et fortes. Plus le groupe est fonctionnel et plus il y a des moyens d&#39;écouter et de réparer.</p>

<p>Je suis souvent frappée par le fait que les gens sont très attachés à une <strong>gradation des violences</strong>. Il y a celles qui ne sont pas très graves et qu&#39;on devrait laisser passer s&#39;en s&#39;offenser, et celles qui sont vraiment graves et pour lesquelles il faut absolument agir.</p>

<p>Moi, je suis probablement sensible, mais elles me semblent toutes aussi injustes ! Du coup, dans ce billet, je traite exactement de la même manière :</p>
<ul><li>la <strong>micro-agression</strong> comme se faire <em>mansplainer</em> ou <em>invisibiliser</em>,<br></li>
<li>l&#39;<strong>agression passive-agressive</strong> du type : « <em>Faut se détendre là</em> »,</li>
<li>et <strong>l&#39;agression avérée</strong> comme se faire insulter : « <em>t&#39;es vraiment trop conne</em> ».</li></ul>

<p> Je mets <strong>tout au même niveau</strong> pour plusieurs raisons :</p>
<ol><li>Bien qu&#39;il y ait évidemment une gradation évidente, je suis convaincue que dans les <strong>mécaniques de violence</strong>, c&#39;est le fait qu&#39;une personne ou  le groupe accepte une micro-agression qui rend ensuite possible des agressions plus fortes.</li>
<li>Les <strong>dégâts</strong> sur la victime ne sont pas proportionnels à la violence d&#39;une agression. On peut souffrir davantage d&#39;une micro-agression de la part de quelqu&#39;un qu&#39;on estime ou dont on recherche l&#39;approbation que d&#39;une insulte de la part de quelqu&#39;un qu&#39;on n&#39;estime pas du tout.</li></ol>

<h2 id="les-réactions-des-allié-es" id="les-réactions-des-allié-es">Les réactions des allié·es</h2>

<h3 id="la-difficulté-de-dire-ce-qui-ne-va-pas-quand-on-est-victime-de-violences" id="la-difficulté-de-dire-ce-qui-ne-va-pas-quand-on-est-victime-de-violences">La difficulté de dire ce qui ne va pas quand on est victime de violences</h3>

<p>La première chose, c&#39;est que quand on est victime c&#39;est super dur de s&#39;exprimer. On peut avoir <strong>honte</strong> d&#39;avoir été maltraitée et de ne pas avoir su répondre. Et on peut avoir <strong>peur</strong> de la réaction des autres si on exprime ce que l&#39;on a vécu et comment on l&#39;a ressenti.</p>

<h3 id="les-mauvaises-réactions-habituelles" id="les-mauvaises-réactions-habituelles">Les (mauvaises) réactions habituelles</h3>

<p>Les réactions des autres quand on exprime quelque chose qui nous fait du mal sont souvent <em>mauvaises</em> au sens où elles n&#39;améliorent pas la situation, ni pour la victime, ni pour le groupe. Voici quelques exemples des réactions que j&#39;ai fréquemment rencontré :</p>
<ul><li>On va me dire que <strong>ce n&#39;est pas grave</strong>, que je suis une <em>personne <small>trop</small> sensible</em>, que <em>ce qui compte c&#39;est que le projet avance</em>, etc. ...
Dans ces cas là, la personne qui écoute n&#39;écoute pas. Elle <strong>nie ce que je ressens</strong> ; et c&#39;est rajouter de la violence sur la violence.
J&#39;en avais parlé <a href="https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/mais-ce-qui-compte-cest-que-les-gens-etaient-tres-contents" rel="nofollow">dans cet article</a>.</li>
<li>On va m&#39;expliquer <strong>comment j&#39;aurais du faire différemment</strong> pour que l&#39;autre se comporte mieux (« <em>tu aurais pu utiliser d&#39;autres mots, c&#39;est vrai que &#39;je suis surprise&#39; peut être vu comme passif-agressif</em> »). Et en fait, dans ce cas là, on <strong>inverse la responsabilité</strong> : on met sur moi, la victime, la responsabilité de l&#39;agression.</li>
<li>On va <strong>trouver que je suis chiante, pas cool, trop sensible</strong>, et on va faire en sorte de se passer de moi sur des nouveaux projets / pour de nouvelles activités. On va m&#39;<strong>écarter</strong> progressivement.</li>
<li>On va me dire qu&#39;on ne peut pas prendre position car « <em>je n&#39;ai pas tous les tenants et les aboutissants</em> », comme si il fallait d&#39;abord <strong>comprendre l&#39;agresseur</strong>, surtout quand c&#39;est un homme (bonjour l&#39;<a href="https://femmagazine.com/feminism-101-what-is-himpathy/" rel="nofollow">himpathie</a>) ou quelqu&#39;un de <em>l&#39;élite</em> (toujours au sens de <a href="https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/lecture-la-tyrannie-de-labsence-de-structures-jo-freeman" rel="nofollow">Jo Freeman</a>).</li></ul>

<p>Cette liste n&#39;est surement pas exhaustive. N&#39;hésitez pas à me contacter (via <a href="https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu" rel="nofollow">mastodon</a>) pour la compléter avec vos expériences.</p>

<p>Ainsi, les réticences à parler de la part des victimes ne sont pas des <em>pensées limitantes</em> ou des fausses peurs. Ce sont des <strong>craintes réalistes</strong> car c&#39;est ce qui se passe la majorité du temps tant que les violences ne sont pas <em>suffisamment</em> violentes, et qu&#39;il n&#39;y a pas <em>suffisamment</em> de <em>preuves</em> <em>aux yeux de la personne qui écoute</em>.
Et ça rend d&#39;autant plus désagréables les remarques du type : « <em>Bah pourquoi t&#39;en as pas parlé plus tôt</em> ? ». Plus on en parle tôt, plus le risque de ne pas être entendue est fort puisque les violences n&#39;auront pas encore été <em>assez graves</em>.</p>

<h3 id="les-meilleures-réactions-plus-rares" id="les-meilleures-réactions-plus-rares">Les meilleures réactions (plus rares)</h3>

<p>Parfois, une victime parle, et elle est entendue ! 🎉</p>

<h4 id="écouter-et-ne-rien-faire" id="écouter-et-ne-rien-faire">Écouter, et ne rien faire</h4>

<p>C&#39;est déjà génial, mais souvent ça n&#39;est pas du tout suffisant car ensuite, <strong>si les allié·es potentiel·les ne font rien, la situation</strong> au sens systémique ne change pas, voir <strong>empire</strong>. Les personnes qui sont violentes, peut être sans s&#39;en rendre compte, sont renforcées dans ce comportement (pas de conséquences négatives, voir même des conséquences positives avec les autres qui rient à leur blague, qui soutiennent leurs projets, etc). À court ou moyen terme, la victime va s&#39;effacer, ou partir.</p>

<p>Souvent, les <em>allié·es</em> qui écoutent et comprennent ne vont pas plus loin. Iels vont dire : « <em>c&#39;est pas cool en effet</em> », ou, « <em>tu as raison, ils n&#39;ont pas respecté le réglement qu&#39;on avait décidé collectivement</em> », et ça s&#39;arrête là. En général, l&#39;<em>allié·e</em> explique qu&#39;iel comprend les deux points de vue, (comme s&#39;il y avait violence des 2 côtés), et que ce n&#39;est pas assez grave pour passer à l&#39;action.</p>

<p>Moi, j&#39;ai l&#39;impression que <em>l&#39;allié·e</em> s&#39;est juste acheté une bonne conscience, mais c&#39;est vrai que c&#39;est mieux que de ne pas être écoutée du tout.</p>

<h4 id="écouter-et-agir" id="écouter-et-agir">Écouter, et agir</h4>

<p>Et parfois, la personne qui écoute va <strong>faire quelque chose</strong>  💪 🎉.</p>

<p>Là je crois qu&#39;il faut encore distinguer deux situations car l&#39;enfer est pavé de bonnes intentions.</p>

<p>Parfois <em>l&#39;allié·e</em> <strong>agit sans demander à la victime si c&#39;est une bonne idée</strong>. Et ça, ça n&#39;est pas une bonne idée (et je l&#39;ai parfois fait, et je le regrette comme je le raconte dans cet article :  <a href="https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/qui-decide-quon-a-ete-un-e-bon-ne-allie-e" rel="nofollow">cet article ici</a>)</p>

<p>Ce n&#39;est pas une bonne idée car nos bonnes idées de sauveur·se peuvent empirer la situation du point de vue de la victime.</p>

<p> La bonne réaction il me semble, c&#39;est que <em>l&#39;allié·e</em> <strong>demande ce qu&#39;elle peut faire, ou propose des actions et demande à la victime son avis</strong>.</p>

<p>Il est vrai que récemment on m&#39;a demandé ce qu&#39;on pouvait faire pour m&#39;aider, et j&#39;ai été gênée. Je ne voulais pas embêter la personne qui propose de m&#39;aider vu que déjà elle m&#39;a écoutée. <small>Note à moi-même, oser répondre sincèrement à cette question</small>. Mais en réalité, c&#39;était une très bonne attitude de la part de mon amie, et je la remercie encore 💙.</p>

<h2 id="agir-en-tant-qu-allié-e-avant-que-les-choses-ne-soient-graves" id="agir-en-tant-qu-allié-e-avant-que-les-choses-ne-soient-graves">Agir en tant qu&#39;allié·e avant que les choses ne soient <em>graves</em></h2>

<p>Mais on ne va pas se mentir, plus le temps passe, plus la situation est installée, plus il est difficile pour la personne qui écoute d&#39;avoir le <strong>courage</strong> d&#39;agir comme un·e allié·e.</p>

<p>J&#39;ai entendu plusieurs fois des <em>allié·es</em> dire : « <em>c&#39;est vraiment nul, je suis avec toi, je lui en parlerai quand ça sera le bon moment</em> ».
Et spoiler : ça n&#39;a jamais été le bon moment. Maintenant quand j&#39;entends ça, je me dis que la personne s&#39;achète une bonne conscience. Et je comprends pourquoi, c&#39;est difficile et ça demande du courage car l&#39;allié·e a souvent à perdre à intervenir auprès de <em>l&#39;élite</em> du groupe.</p>

<h3 id="agir-lors-des-micro-agressions" id="agir-lors-des-micro-agressions">Agir lors des micro-agressions</h3>

<p>J&#39;ai longtemps réfléchi au cas d&#39;une amie dont le mari est violent verbalement. Il ne l&#39;a jamais touchée (ou en tous cas pas devant moi), mais il se moque facilement d&#39;elle en ma présence, il la critique en permanence, et je n&#39;ai jamais rien dit car je n&#39;osais pas, par peur d&#39;envenimer les choses, et peut-être aussi par couardise. Avec le temps, ça me semble de plus en plus difficile d&#39;intervenir vu que je ne suis pas intervenue pour les mêmes faits par le passé. En fait, j&#39;ai normalisé certains de ses comportements toxiques en ma présence.</p>

<p>J&#39;avais parlé plusieurs fois à mon amie de ces situations que je ne trouvais pas OK, et elle me disait que c&#39;était pas grave. Et puis un jour, elle m&#39;a dit que c&#39;était un problème que personne ne réagisse face à des violences conjugales. Alors je me suis promis d&#39;être une alliée la prochaine fois, mais je n&#39;avais aucune idée de comment faire.</p>

<p>J&#39;étais tétanisée à l&#39;idée de réagir lors d&#39;une grosse dispute, ça me paraissait impossible. J&#39;ai fini par réaliser que c&#39;était beaucoup plus facile, et moins dangereux, de réagir à une mini-violence qu&#39;à une grosse colère. Je peux <strong>refuser de rire à des blagues offensantes</strong> (« c&#39;est pas hyper drôle comme blague si? »), ou juste de dire « ça me met mal à l&#39;aise » quand une interaction me met mal à l&#39;aise.</p>

<p>Je généralise cette situation à la vie dans un groupe. L&#39;un des gros défauts des groupes est d&#39;attendre pour agir :</p>
<ol><li>Soit que les choses soient <em>très</em> graves,</li>
<li>Soit que quelqu&#39;un·e se soit plaint.</li></ol>

<p>Je pense au contraire que l&#39;inclusion, la lutte contre toutes les formes de violence est de la responsabilité de tous les membres du groupe. Et être un·e allié·e, ou un membre responsable, c&#39;est <strong>réagir dès que l&#39;on perçoit une micro-agression</strong>.</p>
<ul><li>Soit <strong>à chaud</strong>, en disant qu&#39;on est gêné, ou que la blague n&#39;est pas drôle, ou en demandant pourquoi cette phrase ?</li>
<li>Soit <strong>à froid</strong>,
<ul><li>En allant <strong>voir la victime</strong>, pour lui apporter du soutien,</li>
<li>En allant <strong>voir l&#39;agresseur·se</strong>, pour lui expliquer en quoi son comportement (et pas sa personne) n&#39;est pas OK</li>
<li>En <strong>provoquant un moment de réflexion</strong> au sein du groupe sur le type de violence qu&#39;on a repéré, même si c&#39;est à un stade très léger.</li></ul></li></ul>

<h2 id="conclusions" id="conclusions">Conclusions</h2>

<p>Ce que je retiens de cette histoire c&#39;est qu&#39;être un·e bon·ne allié·e, c&#39;est :</p>
<ol><li><strong>Prendre sa responsabilité</strong> dans le climat du groupe, et réagir lors des micro-agressions. Ne pas laisser passer des choses parce que : « <em>C&#39;est pas très grave tant qu&#39;il n&#39;y a pas d&#39;insultes ou de coups</em> ».<br></li>
<li><strong>Demander aux personnes</strong> qui sont victimes de micro-agressions comment elles le vivent. Si ça se trouve très bien, si ça se trouve elles ont besoin d&#39;aide.</li>
<li><strong>Écouter vraiment</strong>, sans minimiser, quand quelqu&#39;un vous parle de quelque chose qui lae gène dans le groupe.</li>
<li><strong>Proposer d&#39;agir</strong> (et pas juste “d&#39;aider”) pour la personne, et pour le groupe, et écouter pour de vrai la réponse.</li></ol>

<h3 id="il-n-y-a-pas-de-neutralité-dans-une-société-inégalitaire" id="il-n-y-a-pas-de-neutralité-dans-une-société-inégalitaire">Il n&#39;y a pas de neutralité dans une société inégalitaire</h3>

<p>Il n&#39;y a pas d&#39;observateur·trice neutre. Ne pas prendre position contre l&#39;agresseur c&#39;est <em>de facto</em> se placer à ses côtés, et le soutenir.</p>

<p>Quand vous dites à une personne que <em>vous la comprenez et la soutenez</em>, et que vous vous arrêtez là, <strong>dans les faits, vous soutenez les agresseurs</strong>.</p>

<p>Voilà, j&#39;ai mis longtemps à écrire cet article, je l&#39;ai d&#39;abord fait pour m&#39;aider moi et ranger mes idées. Je pense que j&#39;aurais aimé avoir « ça » dans la formation sur les VSS qu&#39;on a eu au parti Les Écologistes. Je suis curieuse d&#39;avoir vos retours et vos ressentis...</p>
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      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/etre-un-e-allie-e-dans-un-groupe</guid>
      <pubDate>Tue, 20 Jan 2026 20:15:02 +0100</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Qui tricote ? </title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/qui-tricote</link>
      <description>&lt;![CDATA[Réflexions sur la place du tricot dans notre groupe social et du modèle patriarcal que nous montrons à nos enfants.&#xA;&#xA;#Féminisme #Société &#xA;!--more--&#xA;Je reviens d’un voyage au Danemark chez ma sœur qui est passionnée de tricot. C’était l’occasion pour moi de me motiver à terminer un mini projet démarré il y a très longtemps en ayant de l’aide pour réparer mes erreurs. &#xA;&#xA;On a tricoté, et je me suis aussi souvenu de ce qui ne me plaisait pas : c’est « un truc de filles ». Je n’ai vu que des femmes tricoter, acheter de la laine, ou parler de tricot.  En tricotant chez ma sœur, deux mailles à l’endroit, deux mailles à l’envers, je crois que le tricot m’a amenée un peu plus loin dans mes réflexions.&#xA;&#xA;L’égalité hommes-femmes dans ma génération&#xA;J’ai grandi à une époque et dans un groupe social où un homme qui faisait la cuisine ou qui allait chercher son enfant à l’école était un héros. Les tâches domestiques étaient encore très largement réalisées par les femmes, même quand elles travaillaient en dehors de la maison. &#xA;On a été sensibilisé·es dès l&#39;école aux inégalités entre les hommes et les femmes. On nous a expliqué que c’était dommage que les filles ne choisissent pas assez les carrières bien vues comme ingénieure ou médecin ou astronaute. On ne nous disait pas par contre que les petits garçons ne choisissaient pas assez les carrières d’infirmier ou de technicien de surface. &#xA;&#xA;L’une des luttes féministes de ma génération est de se battre pour partager équitablement la charge domestique : vaisselle, courses, cuisine, ménage, charge mentale, et pour celleux qui en ont : les soins aux enfants. On veut aussi accéder aux mêmes carrières que celles des hommes, et avoir le même salaire – qu’on n’obtient toujours pas. &#xA;Et les copaines qui ont des enfants rêvent que leurs filles veuillent être astronautes et pas princesses ; on rêve de casser le schéma ! &#xA;&#xA;On a beaucoup changé, mais rien n’a changé&#xA;Mon frère est un super papa : il cuisine, il fait les courses et la vaisselle, il nettoie le sol de sa propre initiative, il a pris du congé paternité, il sait s’occuper de sa fille sans avoir besoin de demander à sa mère ce qu’il faut mettre dans le sac. C’est pareil pour le compagnon de ma sœur. Et je pourrais dire la même chose d’un certain nombre d’hommes de ma génération et de ma classe sociale : des hommes modernes qui partagent (presque) équitablement les tâches domestiques. &#xA;&#xA;Mais quand j’écoute les copaines un peu plus âgé·es que mes frangins, visiblement, le partage des tâches domestiques ne change pas grand-chose dans les goûts genrés de leurs enfants. Malgré des pyjamas dinosaures et beaucoup de jouets non genrés, les petites filles veulent encore des trucs de princesse et les garçons des pelleteuses ou des camions de pompier. &#xA;&#xA;Alors en général je me dis que le problème est à la crèche, ou à l’école, ou à la TV (même si mes copaines bobos regardent très peu la TV), ou alors le problème ce sont les grands parents ? &#xA;&#xA;Les loisirs et le patriarcat &#xA;Au repas de Noël, quand j’ai vu les hommes et les femmes en cuisine, puis les femmes qui parlent tricot, et qui tricotent, et pas les hommes,  je me suis demandée : &#xA;&#xA;  Pourquoi les hommes cuisinent, font la vaisselle, mais ne tricotent pas ? &#xA;&#xA;En fait, la réponse est simple (mais j’ai mis plusieurs jours à comprendre). Dans notre société consumériste, le tricot est un loisir, au même titre que la céramique ou la menuiserie. Ce n’est pas une tâche domestique. &#xA;&#xA;Et autant nous nous sommes battues pour lutter contre la distribution genrée des tâches domestiques, autant, les loisirs sont majoritairement resté en dehors du champ des luttes féministes. &#xA;&#xA;Les hommes continuent à avoir des loisirs d’homme, et les femmes des loisirs de femme, comme le tricot. &#xA;&#xA;Nos loisirs montrent une socialisation genrée à nos enfants&#xA;Toustes mes copaines progressistes veulent élever leurs enfants sans distinction de genre. Iels proposent des camions aux petites filles et des poupées aux petits garçons. &#xA;&#xA;C’est aussi une des raisons qui poussent certaines de mes copines à exiger que leur compagnon partage équitablement les tâches domestiques (quel exemple on va montrer aux enfants?). C’est aussi cette raison, et aussi l’envie de réussir, qui pousse des copines à avoir une belle carrière. Montrer qu’on peut y arriver, et qu’on peut avoir un équilibre dans le couple. &#xA;&#xA;Mais je réalise que ça n’est qu’une partie du problème et qu’on incarne le patriarcat dans beaucoup d&#39;activités de notre quotidien.&#xA;&#xA;Papa fait la vaisselle, mais papa ne tricote pas, ne coud pas, ne fait pas de yoga. Et aucun papa ne tricote, ne coud ou ne fait du yoga. Par contre beaucoup de papa font du trail ou de la course, regardent le sport à la TV, et parfois un peu de bricolage. Mais aucun papa n’a des activités « typiquement féminines », ou bien c’est une exception très étrange. &#xA;Maman fait aussi la vaisselle, et souvent elle a des loisirs créatifs : elle coud, ou tricote, ou elle décore la maison… Et si elle ne le fait pas, quasiment toutes les autres mamans le font. Certaines maman font aussi quelques activités « typiquement masculines » comme faire de la course ou du vélo, et c’est plutôt bien vu.&#xA;&#xA;Rajoutons à cela que papa sort avec ses copains boire une bière et regarder le match, et que maman va avec des copines faire un thé poterie. Ou bien que les filles tricotent pendant que les gars regardent les news sur leur téléphone, et voici tout un ensemble de situations où nous expliquons par la pratique aux enfants que les garçons et les filles ne se mélangent pas et ne font pas la même chose. &#xA;&#xA;Nos loisirs expliquent aux enfants que les hommes et les femmes sont deux groupes sociaux très différents, avec des activités différentes. Et elleux apprennent à faire comme « une femme » ou comme « un homme » selon leur genre. &#xA;&#xA;(il y a aussi évidemment toutes les fois où on dit à une petite fille qu&#39;elle est jolie et à un petit garçon que c&#39;est un acrobate et un futur alpiniste).&#xA;&#xA;Le patriarcat et la dévalorisation des activités typiquement féminines&#xA;On pourrait dire : en quoi c’est grave que les petits garçons fassent massivement du foot alors que les petites filles vont à la gym ou apprennent à tricoter ? On n’apprend pas davantage de physique au foot plus qu’à la gym ? (puisque le problème au coeur de ma génération était l&#39;accès à des métiers « valorisés »). &#xA;&#xA;Mais le problème, c’est que toutes les activités féminines sont moins valorisées que celles réalisées majoritairement par des hommes.&#xA;&#xA;Les métiers masculins comme chirurgiens sont (beaucoup) mieux rémunérés que les métiers féminins comme infirmière. &#xA;Et cette hiérarchie existe aussi pour les loisirs. Un garçon qui fait de la danse sera moqué, alors qu’une fille qui fait du planeur sera valorisée.&#xA;&#xA;Et ça pourrait ne pas être grave, si cette dévalorisation des activités « typiquement féminines » n’avait pas un impact dans d’autres pans de la vie. Je ne me vois pas écrire « tricot » comme loisir sur un CV pour un poste, mais j’écrirais bricolage ou planeur. Mes loisirs et mes goûts plus généralement auront un impact sur ma carrière. &#xA;&#xA;En effet, si j’aime le foot, je peux aller voir des matchs de foot avec les collègues hommes, être bien perçu car j’ai joué dans le même club que le chef quand j’étais enfant, ou bien simplement participer aux conversations chaque midi. Si je n’aime pas le foot, ni aucune des activités typiquement masculines, il me sera très difficile de m’intégrer dans un milieu d’hommes. Et lors de mon entretien d’embauche, il est très probable qu’on me préfèrera un homme qui a l’air plus proche « de la culture de l’équipe ou de l’entreprise ».&#xA;&#xA;Et je crois que j’avais implicitement bien compris ça quand j’étais jeune. Et plutôt que de vouloir renverser le patriarcat, moi, je voulais faire les trucs cools, les trucs de mecs. Et donc je ne voulais pas être la fille qui tricote et qui rêve de se marier et d’avoir des enfants. Même si j’adorais faire des choses de mes mains et que j’avais en même temps envie de tricoter. &#xA;Et surtout, c’est à cause de cette hiérarchie de valeurs que les hommes ne trouvent pas désirables nos activités de loisir. Ce ne sont pas les activités de leurs pairs, et en plus, c’est des activités de filles. &#xA;&#xA;Je ne sais pas comment on donnera envie aux hommes de tricoter, (à part en renversant le patriarcat, mais on fait comment ?) mais je sais que tant que nos loisirs seront genrés, on ne pourra pas être surpris·es que les petites filles veuillent devenir des princesses, ou en tous cas, faire tout ce qu’il faut pour intégrer le groupe des « filles-femmes ». &#xA;&#xA;Feminisme]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><em>Réflexions sur la place du tricot dans notre groupe social et du modèle patriarcal que nous montrons à nos enfants.</em></p>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:F%C3%A9minisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Féminisme</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a>

<em>Je reviens d’un voyage au Danemark chez ma sœur qui est passionnée de tricot. C’était l’occasion pour moi de me motiver à terminer un mini projet démarré il y a très longtemps en ayant de l’aide pour réparer mes erreurs.</em></p>

<p><em>On a tricoté, et je me suis aussi souvenu de ce qui ne me plaisait pas : c’est « un truc de filles ». Je n’ai vu que des femmes tricoter, acheter de la laine, ou parler de tricot.  En tricotant chez ma sœur, deux mailles à l’endroit, deux mailles à l’envers, je crois que le tricot m’a amenée un peu plus loin dans mes réflexions.</em></p>

<h2 id="l-égalité-hommes-femmes-dans-ma-génération" id="l-égalité-hommes-femmes-dans-ma-génération">L’égalité hommes-femmes dans ma génération</h2>

<p>J’ai grandi à une époque et dans un groupe social où un homme qui faisait la cuisine ou qui allait chercher son enfant à l’école était un héros. Les tâches domestiques étaient encore très largement réalisées par les femmes, même quand elles travaillaient en dehors de la maison.
On a été sensibilisé·es dès l&#39;école aux inégalités entre les hommes et les femmes. On nous a expliqué que c’était dommage que les filles ne choisissent pas assez les carrières bien vues comme ingénieure ou médecin ou astronaute. On ne nous disait pas par contre que les petits garçons ne choisissaient pas assez les carrières d’infirmier ou de technicien de surface.</p>

<p>L’une des <strong>luttes féministes</strong> de ma génération est de se battre pour <strong>partager équitablement la charge domestique</strong> : vaisselle, courses, cuisine, ménage, charge mentale, et pour celleux qui en ont : les soins aux enfants. On veut aussi accéder aux <strong>mêmes carrières</strong> que celles des hommes, et avoir le <strong>même salaire</strong> – qu’on n’obtient toujours pas.
Et les copaines qui ont des enfants rêvent que leurs filles veuillent être astronautes et pas princesses ; on rêve de <strong>casser le schéma !</strong> </p>

<h2 id="on-a-beaucoup-changé-mais-rien-n-a-changé" id="on-a-beaucoup-changé-mais-rien-n-a-changé">On a beaucoup changé, mais rien n’a changé</h2>

<p>Mon frère est un super papa : il cuisine, il fait les courses et la vaisselle, il nettoie le sol de sa propre initiative, il a pris du congé paternité, il sait s’occuper de sa fille sans avoir besoin de demander à sa mère ce qu’il faut mettre dans le sac. C’est pareil pour le compagnon de ma sœur. Et je pourrais dire la même chose d’un certain nombre d’hommes de ma génération et de ma classe sociale : des hommes modernes qui partagent (presque) équitablement les tâches domestiques.</p>

<p>Mais quand j’écoute les copaines un peu plus âgé·es que mes frangins, visiblement, le partage des tâches domestiques ne change pas grand-chose dans les goûts genrés de leurs enfants. Malgré des pyjamas dinosaures et beaucoup de jouets non genrés, les petites filles veulent encore des trucs de princesse et les garçons des pelleteuses ou des camions de pompier.</p>

<p>Alors en général je me dis que le problème est à la crèche, ou à l’école, ou à la TV (même si mes copaines bobos regardent très peu la TV), ou alors le problème ce sont les grands parents ?</p>

<h2 id="les-loisirs-et-le-patriarcat" id="les-loisirs-et-le-patriarcat">Les loisirs et le patriarcat</h2>

<p>Au repas de Noël, quand j’ai vu les hommes et les femmes en cuisine, puis les femmes qui parlent tricot, et qui tricotent, et pas les hommes,  je me suis demandée :</p>

<blockquote><p>Pourquoi les hommes cuisinent, font la vaisselle, mais ne tricotent pas ?</p></blockquote>

<p>En fait, la réponse est simple (mais j’ai mis plusieurs jours à comprendre). Dans notre société consumériste, <strong>le tricot est un loisir</strong>, au même titre que la céramique ou la menuiserie. Ce n’est <strong>pas une tâche domestique</strong>.</p>

<p>Et autant nous nous sommes battues pour lutter contre la distribution genrée des tâches domestiques, autant, les loisirs sont majoritairement resté en dehors du champ des luttes féministes.</p>

<p><strong>Les hommes continuent à avoir des loisirs d’homme, et les femmes des loisirs de femme, comme le tricot</strong>.</p>

<h3 id="nos-loisirs-montrent-une-socialisation-genrée-à-nos-enfants" id="nos-loisirs-montrent-une-socialisation-genrée-à-nos-enfants">Nos loisirs montrent une socialisation genrée à nos enfants</h3>

<p>Toustes mes copaines progressistes veulent élever leurs enfants sans distinction de genre. Iels proposent des camions aux petites filles et des poupées aux petits garçons.</p>

<p>C’est aussi une des raisons qui poussent certaines de mes copines à exiger que leur compagnon partage équitablement les tâches domestiques (quel exemple on va montrer aux enfants?). C’est aussi cette raison, et aussi l’envie de réussir, qui pousse des copines à avoir une belle carrière. Montrer qu’<strong>on peut y arriver</strong>, et qu’<strong>on peut avoir un équilibre dans le couple</strong>.</p>

<p>Mais je réalise que ça n’est qu’une partie du problème et qu’<strong>on incarne le patriarcat dans beaucoup d&#39;activités de notre quotidien</strong>.</p>
<ul><li><strong>Papa</strong> fait la vaisselle, mais papa ne tricote pas, ne coud pas, ne fait pas de yoga. Et aucun papa ne tricote, ne coud ou ne fait du yoga. Par contre beaucoup de papa font du trail ou de la course, regardent le sport à la TV, et parfois un peu de bricolage. Mais aucun papa n’a des activités « typiquement féminines », ou bien c’est une exception très étrange.</li>
<li><strong>Maman</strong> fait aussi la vaisselle, et souvent elle a des loisirs créatifs : elle coud, ou tricote, ou elle décore la maison… Et si elle ne le fait pas, quasiment toutes les autres mamans le font. Certaines maman font aussi quelques activités « typiquement masculines » comme faire de la course ou du vélo, et c’est plutôt bien vu.</li></ul>

<p>Rajoutons à cela que papa sort avec ses copains boire une bière et regarder le match, et que maman va avec des copines faire un thé poterie. Ou bien que les filles tricotent pendant que les gars regardent les news sur leur téléphone, et voici tout un ensemble de situations où nous expliquons par la pratique aux enfants que les garçons et les filles ne se mélangent pas et ne font pas la même chose.</p>

<p><strong>Nos loisirs expliquent aux enfants que les hommes et les femmes sont deux groupes sociaux très différents</strong>, avec des activités différentes. Et elleux apprennent à faire comme « une femme » ou comme « un homme » selon leur genre.</p>

<p>(il y a aussi évidemment toutes les fois où on dit à une petite fille qu&#39;elle est jolie et à un petit garçon que c&#39;est un acrobate et un futur alpiniste).</p>

<h3 id="le-patriarcat-et-la-dévalorisation-des-activités-typiquement-féminines" id="le-patriarcat-et-la-dévalorisation-des-activités-typiquement-féminines">Le patriarcat et la dévalorisation des activités typiquement féminines</h3>

<p>On pourrait dire : en quoi c’est grave que les petits garçons fassent massivement du foot alors que les petites filles vont à la gym ou apprennent à tricoter ? On n’apprend pas davantage de physique au foot plus qu’à la gym ? (puisque le problème au coeur de ma génération était l&#39;accès à des métiers « <em>valorisés</em> »).</p>

<p>Mais le problème, c’est que <strong>toutes les activités féminines sont moins valorisées que celles réalisées majoritairement par des hommes</strong>.</p>
<ol><li>Les métiers masculins comme chirurgiens sont (beaucoup) mieux <strong>rémunérés</strong> que les métiers féminins comme infirmière.</li>
<li>Et <strong>cette hiérarchie existe aussi pour les loisirs</strong>. Un garçon qui fait de la danse sera moqué, alors qu’une fille qui fait du planeur sera valorisée.</li></ol>

<p>Et ça pourrait ne pas être grave, si cette dévalorisation des activités « typiquement féminines » n’avait pas un impact dans d’autres pans de la vie. Je ne me vois pas écrire « tricot » comme loisir sur un CV pour un poste, mais j’écrirais bricolage ou planeur. <strong>Mes loisirs et mes goûts plus généralement auront un impact sur ma carrière</strong>.</p>

<p>En effet, si j’aime le foot, je peux aller voir des matchs de foot avec les collègues hommes, être bien perçu car j’ai joué dans le même club que le chef quand j’étais enfant, ou bien simplement participer aux conversations chaque midi. Si je n’aime pas le foot, ni aucune des activités typiquement masculines, il me sera très difficile de m’intégrer dans un milieu d’hommes. Et lors de mon entretien d’embauche, il est très probable qu’on me préfèrera un homme qui a l’air plus proche « <em>de la culture de l’équipe ou de l’entreprise</em> ».</p>

<p>Et je crois que j’avais implicitement bien compris ça quand j’étais jeune. Et plutôt que de vouloir renverser le patriarcat, moi, je voulais faire les trucs cools, les trucs de mecs. Et donc je ne voulais pas être la fille qui tricote et qui rêve de se marier et d’avoir des enfants. Même si j’adorais faire des choses de mes mains et que j’avais en même temps envie de tricoter.
Et surtout, c’est à cause de cette hiérarchie de valeurs que les hommes ne trouvent pas désirables nos activités de loisir. Ce ne sont pas les activités de leurs pairs, et en plus, c’est des activités de filles.</p>

<p>Je ne sais pas <strong>comment on donnera envie aux hommes de tricoter</strong>, (à part en renversant le patriarcat, mais on fait comment ?) mais je sais que tant que nos loisirs seront genrés, on ne pourra pas être surpris·es que les petites filles veuillent devenir des princesses, ou en tous cas, faire tout ce qu’il faut pour intégrer le groupe des « filles-femmes ».</p>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Feminisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Feminisme</span></a></p>
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      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/qui-tricote</guid>
      <pubDate>Tue, 30 Dec 2025 15:56:12 +0100</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Des recommandations de lecture pas si anodines</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/tu-lis-quoi-cet-ete-toi</link>
      <description>&lt;![CDATA[Société&#xA;Tu lis quoi cet été, toi ? Récemment, sur l&#39;application messagerie d&#39;un groupe militant, on a commencé à s&#39;échanger nos lectures de l&#39;été. Alors que je me réjouissais de toutes ces idées de lectures, en même temps que je me désolais de ce que je n&#39;aurais jamais le temps de tout lire, je me suis demandée si cette pratique n&#39;était pas excluante...&#xA;!--more--&#xA;Hiérarchie des genres  &#xA;Ado, je lisais tout. Je m&#39;ennuyais chez mon père, chez ma grand-mère, au collège, donc je lisais tout ce que je trouvais. &#xA;&#xA;Jeune adulte, j&#39;ai eu ma période romans de gare, que je lisais surtout dans le train et dans les transports. &#xA;&#xA;Je lis encore quelques romans l&#39;été. Je veux que ça soit de très bons romans. Pas un roman policier de gare, ou plein de bons sentiments ou de SF. Nan, je veux de la littérature, des classiques, ou des romans modernes. Et puis si possible, en version originale quand c&#39;est en anglais. &#xA;&#xA;Je me suis rapidement rendue compte que je classais les genres littéraires. Tout en haut, l&#39;essai philosophique à la « Le mythe de Sisyphe » de Camus que je me rappelle essayer de lire en prépa (sans grand succès). Tout en bas, la romance, les livres fleur-bleu, ou les livres guimauves comme « L&#39;alchimiste » de Paulo Coelho. Au milieu, les romans policier bien travaillés, comme « Le nom de la rose » d&#39;Umberto Eco ; ou les grands classiques comme Zola, Zweig ou Herman Hesse. &#xA;&#xA;Je fais donc partie des gens qui jugent fort les livres. Avant, je me faisais un avis en 30 secondes sur les gens en regardant leur bibliothèque ou leurs lectures. Maintenant je crois que j&#39;enregistre juste l&#39;information des lectures que cette personne aime sans l&#39;utiliser pour nous classer sur une sorte d&#39;échelle sociale. &#xA;&#xA;Récemment, j&#39;ai organisé une causerie féministe chez moi. Mon but était de faire se parler des femmes de milieux sociologiques différents. On a préparé cet échange avec une copine et j&#39;ai proposé qu&#39;à un moment chacune puisse recommander une lecture. Et ma copine m&#39;a fait remarquer à juste titre que c&#39;était une super mauvaise idée. Ça risquait de mettre mal à l&#39;aise celles qui n&#39;auraient pas eu un livre intello, ou juste un livre tout court, à recommander. Elle me rappelait à quel point nos lectures sont un marqueur social. &#xA;&#xA;Bavardages culturels &#xA;Quand je suis arrivée à l&#39;ENS, je me sentais pas du bon milieu quand mes camarades discutaient d&#39;opéra et de musique classique (je ne connais que Carmina Burana), savaient tous skier, et avaient tous des références en politique. Ça a participé à mon sentiment de ne pas être à la bonne place et à mon mal-être à cette période, et je suis sure qu&#39;essayant d&#39;être à la hauteur, j&#39;étalais comme de la confiture ce que j&#39;avais de capital culturel et mettait mal à l&#39;aise d&#39;autres personnes. &#xA;&#xA;Mais je me sentais aussi un peu exclue quand j&#39;avais 20 ans et que ma bande de copains d&#39;alors passait des heures à bavarder sur les dessins animés qu&#39;ils avaient vu enfants. Moi je n&#39;avais pas eu la TV et donc je ne connaissais rien. Ma petite cousine fille de bourgeois sans TV achetait avec son argent de poche Télé 7 jours pour avoir les résumés des séries à la mode et pouvoir discuter avec les copines à la récré.  &#xA;&#xA;J&#39;ai donc l&#39;impression que ces discussions sur nos pratiques culturelles fondent l&#39;identité d&#39;un groupe en excluant celleux qui sont différent·es, et en rapprochant celleux qui se ressemblent. &#xA;&#xA;Pour un groupe d&#39;ami·es, dans une famille c&#39;est surement normal. On se rapproche (je crois) des gens qui nous ressemblent, et on renforce une culture commune. On pourrait discuter du sentiment d&#39;illégitimité que ça crée pour les personnes qui arrivent dans le groupe (par exemple les conjoint·es), du renforcement des différences entre groupes sociaux, mais ça n&#39;est pas l&#39;objet de cet article. &#xA;&#xA;Dans un groupe qui ne se base pas sur les affinités &#xA;J&#39;en arrive à mon interrogation du moment. Je distingue le groupe d&#39;ami·es du lieu que l&#39;on construit pour qu&#39;il soit accueillant pour des personnes différentes de nous.  &#xA;&#xA;Par exemple, dans un groupe militant, on veut à la fois : &#xA;&#xA;Partager ce qui nous fait grandir et progresser, et donc des livres, des reportages, et des articles de presse.  &#xA;Être un groupe inclusif qui inclue de la même manière toutes les personnes quels que soient leurs capital(s) : culturel, économique et social, ou leurs privilèges (ou absence de privilèges).  &#xA;&#xA;Des attentions pour ne pas reproduire les inégalités de la société &#xA;On met en place une cagnotte solidaire ou de l&#39;hébergement militant pour permettre aux personnes qui n&#39;ont pas beaucoup de ressources financières de participer à nos évènements. &#xA;&#xA;On réfléchit à des solutions de garde (pour le moment ça n&#39;est pas très effectif) pour permettre aux parents isolé·es de venir aux évènements militants. &#xA;&#xA;Un manque d&#39;attention qui peut exclure doucement&#xA;Récemment, nous avons échangé une quinzaine de messages montrant nos lectures toutes plus intellos les unes que les autres sur le fil discussion de notre groupe militant. &#xA;&#xA;Il y avait : &#xA;&#xA;Des personnes qui montrent leurs lectures du moment avec des photos de couvertures de livres, tous un peu intellos. &#xA;Des personnes qui commentent en disant qu&#39;elles en ont lu certains (j&#39;en fais partie) &#xA;Et surement beaucoup de personnes qui n&#39;ont pas participé. &#xA;&#xA;J&#39;ai vécu la même chose sur le canal discussion d&#39;un slack professionnel. &#xA;&#xA;Norme sociale &#xA;J&#39;ai l&#39;impression que ce type d&#39;échange donne  l&#39;impression que la norme sociale de ce groupe (= ce qui se fait) c&#39;est de lire des gros livres intellos. Implicitement, ça dit que c&#39;est un comportement qui permet d&#39;appartenir davantage au groupe. Et on peut se sentir illégitime quand on n&#39;a pas ces pratiques culturelles. &#xA;&#xA;Boy&#39;s club &#xA;Un peu comme dans l&#39;article de Jo Freeman que j&#39;avais résumé a href=&#34;https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/lecture-la-tyrannie-de-labsence-de-structures-jo-freeman&#34;ici/a, ce type de pratique renforce la création d&#39;une élite informelle au sein du groupe militant. Les personnes qui partagent les mêmes lectures vont naturellement se sentir plus proches. Ces conversations semi privées vont renforcer des liens d&#39;amitiés qui deviendront peut-être des moyens d&#39;exercer le pouvoir au sein du groupe. &#xA;&#xA;Alors on fait quoi ? &#xA;En même temps que je me posais ces questions, je n&#39;ai pas pu résister à partager la a href=&#34;https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/lectures-des-romans-ecrits-par-des-femmes&#34;liste de livres feel good écrits par des femmes qui m&#39;avait été récemment partagée sur Mastodon/a. Je me suis rassurée en me disant qu&#39;il y avait aussi des livres moins snobs dans cette liste. Mais est-ce que je n&#39;aurais pas du m&#39;abstenir pour éviter de remettre une pièce dans la machine ? &#xA;&#xA;⚠️ La réflexion qui suit concerne les espaces que l&#39;on veut inclusifs, et en particulier les messageries de groupes militants ou professionnels.&#xA;&#xA;Voici quelques pistes auxquelles j&#39;ai pensé, aidée par les conversation avec les copaines de mastodon et de la vraie vie. &#xA;&#xA;Ne pas confondre réseau social, blog, et messagerie de groupe&#xA;Aujourd&#39;hui, les réseaux sociaux servent souvent une mise en scène de nous même. On se montre comme on aimerait qu&#39;on nous voit, et ça peut être en train de lire un gros livre. On fait alors un selfie avec le livre, ou bien une photo de la couverture avec en arrière plan cet endroit trop beau où on a la chance d&#39;être. On instagramme notre quotidien. &#xA;Ça me fait penser à l&#39;épisode sur Instagram du podcast le code a changé où Xavier Delaporte interviewe un de ses copains qui poste des selfies sur Instagram. &#xA;&#xA;a href=&#34;https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-code-a-change/comment-peut-on-aimer-instagram-avec-philippe-mangeot-8800926&#34;Lien vers l&#39;épisode : comment peut on aimer instagram avec Philippe Mangeot/a. &#xA;&#xA;Mais il n&#39;y a pas que l&#39;aspect narcissique dans nos partages de lectures sur les réseaux sociaux. Il y a aussi un aspect de micro-blogging. On partage nos lectures pour faire découvrir un livre ou pour parler avec des personnes qui ont aussi lu ce livre. C&#39;est sur Mastodon avec le hashtag #VendrediLecture que je trouve un grand nombre d&#39;idées de lecture. Et c&#39;est aussi pour ça que je partage sur ce blog mes notes de lecture. &#xA;&#xA;Mais une messagerie de groupe militant n&#39;est PAS un réseau social à la Instagram ni une plateforme de micro-blogging. Je pense qu&#39;il faut donc éviter les pratiques de ces réseaux et en particulier : &#xA;&#xA;Ne pas faire du name-dropping de livres qu&#39;on a lus, &#xA;Ne pas surenchérir d&#39;un : « Moi aussi je l&#39;ai lu » qui implicitement dit : t&#39;as vu on fait partie du même groupe social !!! &#xA;&#xA;Partager et raconter ce que nos lectures apportent pour les préoccupations du groupe &#xA;&#xA;À l&#39;inverse, il me semble que c&#39;est ok de partager ce qu&#39;on a lu/vu en expliquant ce que ça apporte par rapport aux préoccupations du groupe. &#xA;&#xA;Par exemple de dire qu&#39;on a lu tel roman (au hasard « Paresse pour tous »), qu&#39;on a beaucoup aimé parce que ça dépeint l&#39;arrivée au pouvoir d&#39;un politique comment on en rêve etc. &#xA;Comme ça, la personne qui n&#39;a pas lu le livre, et qui ne le lira pas parce que ça n&#39;est pas trop son truc, gagne quelque chose de notre message. Elle peut faire quelque chose de cette information autre que de juste l&#39;utiliser pour se juger de manière dépréciative (« moi je ne lis pas ») ou au contraire, en se sentant supérieure (« Moi je lis des trucs plus intellos »). &#xA;&#xA;Get a room ! &#xA;Parfois on a très envie de réagir pour discuter avec une personne, et ça devient plus une discussion à 2 qu&#39;une discussion avec le groupe. On peut se demander pourquoi on garde cette discussion publique. Est-ce qu&#39;on veut se donner à voir ayant ce type de discussion ? &#xA;&#xA;Peut-être ce serait aussi simple dans ce cas de passer en privé pour continuer l&#39;échange sans se donner en spectacle. &#xA;&#xA;Interagir avec toustes&#xA;Pour éviter l&#39;effet Boys&#39; club, on peut aussi essayer d&#39;interagir (mettre un pouce, répondre) autant, si ce n&#39;est plus, avec les personnes qui s&#39;expriment peu, ou qui ne font pas partie du boys&#39; club, de la petite élite de ce groupe. &#xA;&#xA;Conclusion&#xA;Je serai très intéressée pour avoir le point de vue de personnes qui lisent peu, ou pas des gros livres intellos parce qu&#39;en vrai, j&#39;ai très peu de certitudes sur ce que serait une bonne pratique inclusive vis à vis du capital culturel dans les espaces militants. &#xA;&#xA;Et pour poursuivre la discussion, on peut se retrouver sur a href=&#34;https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu&#34;mastodon/a, comme je ne sais pas activer les commentaires sur ce blog, et que j&#39;ai hâte de vous lire !&#xA;&#xA;Pour aller plus loin&#xA;Sur les conseils des mastonautes, j&#39;ai écouté l&#39;épisode a href=&#34;https://www.arteradio.com/son/chacun-son-beauf&#34;« Chacun son beauf » /adu podcast « Vivons heureux avant la fin du monde » et je l&#39;ai trouvé éclairant. Je trouve qu&#39;il justifie vraiment qu&#39;on travaille dans nos espaces militants sur comment être moins méprisant culturellement. &#xA;&#xA;#Lecture #Societe ]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a>
<em>Tu lis quoi cet été, toi ? Récemment, sur l&#39;application messagerie d&#39;un groupe militant, on a commencé à s&#39;échanger nos lectures de l&#39;été. Alors que je me réjouissais de toutes ces idées de lectures, en même temps que je me désolais de ce que je n&#39;aurais jamais le temps de tout lire, je me suis demandée si cette pratique n&#39;était pas excluante...</em>
</p>

<h2 id="hiérarchie-des-genres" id="hiérarchie-des-genres">Hiérarchie des genres</h2>

<p>Ado, je lisais tout. Je m&#39;ennuyais chez mon père, chez ma grand-mère, au collège, donc je lisais tout ce que je trouvais.</p>

<p>Jeune adulte, j&#39;ai eu ma période romans de gare, que je lisais surtout dans le train et dans les transports.</p>

<p>Je lis encore quelques romans l&#39;été. Je veux que ça soit de très bons romans. Pas un roman policier de gare, ou plein de bons sentiments ou de SF. Nan, je veux de la littérature, des classiques, ou des romans modernes. Et puis si possible, en version originale quand c&#39;est en anglais.</p>

<p>Je me suis rapidement rendue compte que je classais les genres littéraires. Tout en haut, l&#39;essai philosophique à la « Le mythe de Sisyphe » de Camus que je me rappelle essayer de lire en prépa (sans grand succès). Tout en bas, la romance, les livres fleur-bleu, ou les livres guimauves comme « L&#39;alchimiste » de Paulo Coelho. Au milieu, les romans policier bien travaillés, comme « Le nom de la rose » d&#39;Umberto Eco ; ou les grands classiques comme Zola, Zweig ou Herman Hesse.</p>

<p>Je fais donc partie des gens qui jugent fort les livres. Avant, je me faisais un avis en 30 secondes sur les gens en regardant leur bibliothèque ou leurs lectures. Maintenant je crois que j&#39;enregistre juste l&#39;information des lectures que cette personne aime sans l&#39;utiliser pour nous classer sur une sorte d&#39;échelle sociale.</p>

<p>Récemment, j&#39;ai organisé une causerie féministe chez moi. Mon but était de faire se parler des femmes de milieux sociologiques différents. On a préparé cet échange avec une copine et j&#39;ai proposé qu&#39;à un moment chacune puisse recommander une lecture. Et ma copine m&#39;a fait remarquer à juste titre que c&#39;était une super mauvaise idée. Ça risquait de mettre mal à l&#39;aise celles qui n&#39;auraient pas eu un livre intello, ou juste un livre tout court, à recommander. Elle me rappelait à quel point <strong>nos lectures sont un marqueur social</strong>.</p>

<h2 id="bavardages-culturels" id="bavardages-culturels">Bavardages culturels</h2>

<p>Quand je suis arrivée à l&#39;ENS, je me sentais <em>pas du bon milieu</em> quand mes camarades discutaient d&#39;opéra et de musique classique (je ne connais que Carmina Burana), savaient tous skier, et avaient tous des références en politique. Ça a participé à mon sentiment de ne pas être à la bonne place et à mon mal-être à cette période, et je suis sure qu&#39;essayant d&#39;être à la hauteur, j&#39;étalais comme de la confiture ce que j&#39;avais de capital culturel et mettait mal à l&#39;aise d&#39;autres personnes.</p>

<p>Mais je me sentais aussi un peu exclue quand j&#39;avais 20 ans et que ma bande de copains d&#39;alors passait des heures à bavarder sur les dessins animés qu&#39;ils avaient vu enfants. Moi je n&#39;avais pas eu la TV et donc je ne connaissais rien. Ma petite cousine fille de bourgeois sans TV achetait avec son argent de poche Télé 7 jours pour avoir les résumés des séries à la mode et pouvoir discuter avec les copines à la récré.</p>

<p>J&#39;ai donc l&#39;impression que ces <strong>discussions sur nos pratiques culturelles fondent l&#39;identité d&#39;un groupe</strong> en excluant celleux qui sont différent·es, et en rapprochant celleux qui se ressemblent.</p>

<p><strong>Pour un groupe d&#39;ami·es, dans une famille c&#39;est surement normal</strong>. On se rapproche (je crois) des gens qui nous ressemblent, et on renforce une culture commune. On pourrait discuter du sentiment d&#39;illégitimité que ça crée pour les personnes qui arrivent dans le groupe (par exemple les conjoint·es), du renforcement des différences entre groupes sociaux, mais ça n&#39;est pas l&#39;objet de cet article.</p>

<h2 id="dans-un-groupe-qui-ne-se-base-pas-sur-les-affinités" id="dans-un-groupe-qui-ne-se-base-pas-sur-les-affinités">Dans un groupe qui ne se base pas sur les affinités</h2>

<p>J&#39;en arrive à mon interrogation du moment. Je distingue le groupe d&#39;ami·es du lieu que l&#39;on construit <strong>pour qu&#39;il soit accueillant pour des personnes différentes de nous</strong>.</p>

<p>Par exemple, <strong>dans un groupe militant</strong>, on veut à la fois :</p>
<ul><li><strong>Partager</strong> ce qui nous fait grandir et progresser, et donc des livres, des reportages, et des articles de presse.<br></li>
<li><strong>Être un groupe inclusif</strong> qui inclue de la même manière toutes les personnes quels que soient leurs capital(s) : culturel, économique et social, ou leurs privilèges (ou absence de privilèges).<br></li></ul>

<h3 id="des-attentions-pour-ne-pas-reproduire-les-inégalités-de-la-société" id="des-attentions-pour-ne-pas-reproduire-les-inégalités-de-la-société">Des attentions pour ne pas reproduire les inégalités de la société</h3>

<p>On met en place une cagnotte solidaire ou de l&#39;hébergement militant pour permettre aux personnes qui n&#39;ont pas beaucoup de <strong>ressources financières</strong> de participer à nos évènements.</p>

<p>On réfléchit à <strong>des solutions de garde</strong> (pour le moment ça n&#39;est pas très effectif) pour <strong>permettre aux parents isolé·es de venir aux évènements militants</strong>.</p>

<h2 id="un-manque-d-attention-qui-peut-exclure-doucement" id="un-manque-d-attention-qui-peut-exclure-doucement">Un manque d&#39;attention qui peut exclure doucement</h2>

<p>Récemment, nous avons échangé une quinzaine de messages montrant nos lectures toutes plus intellos les unes que les autres sur le fil discussion de notre <strong>groupe militant</strong>.</p>

<p>Il y avait :</p>
<ul><li>Des personnes qui montrent leurs <em>lectures du moment</em> avec des photos de couvertures de livres, tous un peu intellos.</li>
<li>Des personnes qui commentent en disant qu&#39;elles en ont lu certains (j&#39;en fais partie)</li>
<li>Et surement beaucoup de personnes qui n&#39;ont pas participé.</li></ul>

<p>J&#39;ai vécu la même chose sur le canal discussion d&#39;un slack professionnel.</p>

<h3 id="norme-sociale" id="norme-sociale">Norme sociale</h3>

<p>J&#39;ai l&#39;impression que ce type d&#39;échange donne  l&#39;impression que la <strong>norme sociale de ce groupe</strong> (= ce qui se fait) c&#39;est de lire des gros livres intellos. Implicitement, ça dit que c&#39;est un comportement qui permet d&#39;appartenir davantage au groupe. Et on peut se sentir illégitime quand on n&#39;a pas ces pratiques culturelles.</p>

<h3 id="boy-s-club" id="boy-s-club">Boy&#39;s club</h3>

<p>Un peu comme dans l&#39;article de Jo Freeman que j&#39;avais résumé <a href="https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/lecture-la-tyrannie-de-labsence-de-structures-jo-freeman" rel="nofollow">ici</a>, ce type de pratique renforce la création d&#39;une élite informelle au sein du groupe militant. Les personnes qui partagent les mêmes lectures vont naturellement se sentir plus proches. Ces conversations semi privées vont renforcer des liens d&#39;amitiés qui deviendront peut-être des moyens d&#39;exercer le pouvoir au sein du groupe.</p>

<h2 id="alors-on-fait-quoi" id="alors-on-fait-quoi">Alors on fait quoi ?</h2>

<p>En même temps que je me posais ces questions, je n&#39;ai pas pu résister à partager la <a href="https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/lectures-des-romans-ecrits-par-des-femmes" rel="nofollow">liste de livres feel good écrits par des femmes qui m&#39;avait été récemment partagée sur Mastodon</a>. Je me suis rassurée en me disant qu&#39;il y avait aussi des livres moins snobs dans cette liste. Mais est-ce que je n&#39;aurais pas du m&#39;abstenir pour éviter de remettre une pièce dans la machine ?</p>

<p>⚠️ <em>La réflexion qui suit concerne les espaces que l&#39;on veut inclusifs, et en particulier les messageries de groupes militants ou professionnels.</em></p>

<p>Voici quelques pistes auxquelles j&#39;ai pensé, aidée par les conversation avec les copaines de mastodon et de la vraie vie.</p>

<h3 id="ne-pas-confondre-réseau-social-blog-et-messagerie-de-groupe" id="ne-pas-confondre-réseau-social-blog-et-messagerie-de-groupe">Ne pas confondre réseau social, blog, et messagerie de groupe</h3>

<p>Aujourd&#39;hui, les réseaux sociaux servent souvent <strong>une mise en scène de nous même</strong>. On se montre comme on aimerait qu&#39;on nous voit, et ça peut être en train de lire un gros livre. On fait alors un selfie avec le livre, ou bien une photo de la couverture avec en arrière plan cet endroit trop beau où on a la chance d&#39;être. On instagramme notre quotidien.
Ça me fait penser à l&#39;épisode sur Instagram du podcast <em>le code a changé</em> où Xavier Delaporte interviewe un de ses copains qui poste des selfies sur Instagram.</p>
<ul><li><a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-code-a-change/comment-peut-on-aimer-instagram-avec-philippe-mangeot-8800926" rel="nofollow">Lien vers l&#39;épisode : comment peut on aimer instagram avec Philippe Mangeot</a>.</li></ul>

<p>Mais il n&#39;y a pas que l&#39;aspect narcissique dans nos partages de lectures sur les réseaux sociaux. Il y a aussi un aspect de <strong>micro-blogging</strong>. On partage nos lectures pour faire découvrir un livre ou pour parler avec des personnes qui ont aussi lu ce livre. C&#39;est sur Mastodon avec le hashtag <a href="/depuis-les-gorces/tag:VendrediLecture" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">VendrediLecture</span></a> que je trouve un grand nombre d&#39;idées de lecture. Et c&#39;est aussi pour ça que je partage sur ce blog mes notes de lecture.</p>

<p>Mais <strong>une messagerie de groupe militant n&#39;est PAS un réseau social à la Instagram ni une plateforme de micro-blogging</strong>. Je pense qu&#39;il faut donc éviter les pratiques de ces réseaux et en particulier :</p>
<ul><li>Ne pas faire du name-dropping de livres qu&#39;on a lus,</li>
<li>Ne pas surenchérir d&#39;un : « Moi aussi je l&#39;ai lu » qui implicitement dit : t&#39;as vu on fait partie du même groupe social !!!</li></ul>

<h3 id="partager-et-raconter-ce-que-nos-lectures-apportent-pour-les-préoccupations-du-groupe" id="partager-et-raconter-ce-que-nos-lectures-apportent-pour-les-préoccupations-du-groupe">Partager et raconter ce que nos lectures apportent pour les préoccupations du groupe</h3>

<p>À l&#39;inverse, il me semble que c&#39;est <strong>ok de partager ce qu&#39;on a lu/vu en expliquant ce que ça apporte par rapport aux préoccupations du groupe</strong>.</p>

<p>Par exemple de dire qu&#39;on a lu tel roman (au hasard « Paresse pour tous »), qu&#39;on a beaucoup aimé parce que ça dépeint l&#39;arrivée au pouvoir d&#39;un politique comment on en rêve etc.
Comme ça, la personne qui n&#39;a pas lu le livre, et qui ne le lira pas parce que ça n&#39;est pas trop son truc, gagne quelque chose de notre message. Elle peut faire quelque chose de cette information autre que de juste l&#39;utiliser pour se juger de manière dépréciative (« moi je ne lis pas ») ou au contraire, en se sentant supérieure (« Moi je lis des trucs plus intellos »).</p>

<h3 id="get-a-room" id="get-a-room">Get a room !</h3>

<p>Parfois on a très envie de réagir pour discuter avec une personne, et ça devient plus une discussion à 2 qu&#39;une discussion avec le groupe. On peut se demander pourquoi on garde cette discussion publique. Est-ce qu&#39;on veut se donner à voir ayant ce type de discussion ?</p>

<p>Peut-être ce serait aussi simple dans ce cas de passer en privé pour continuer l&#39;échange sans se donner <em>en spectacle</em>.</p>

<h3 id="interagir-avec-toustes" id="interagir-avec-toustes">Interagir avec toustes</h3>

<p>Pour éviter l&#39;effet Boys&#39; club, on peut aussi essayer d&#39;interagir (mettre un pouce, répondre) autant, si ce n&#39;est plus, avec les personnes qui s&#39;expriment peu, ou qui ne font pas partie du boys&#39; club, de la petite élite de ce groupe.</p>

<h2 id="conclusion" id="conclusion">Conclusion</h2>

<p>Je serai très intéressée pour avoir le point de vue de personnes qui lisent peu, ou pas des gros livres intellos parce qu&#39;en vrai, j&#39;ai très peu de certitudes sur ce que serait une bonne pratique inclusive vis à vis du capital culturel dans les espaces militants.</p>

<p>Et pour poursuivre la discussion, on peut se retrouver sur <a href="https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu" rel="nofollow">mastodon</a>, comme je ne sais pas activer les commentaires sur ce blog, et que j&#39;ai hâte de vous lire !</p>

<h2 id="pour-aller-plus-loin" id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin</h2>

<p>Sur les conseils des mastonautes, j&#39;ai écouté l&#39;épisode <a href="https://www.arteradio.com/son/chacun-son-beauf" rel="nofollow">« Chacun son beauf » </a>du podcast « Vivons heureux avant la fin du monde » et je l&#39;ai trouvé éclairant. Je trouve qu&#39;il justifie vraiment qu&#39;on travaille dans nos espaces militants sur comment être moins méprisant culturellement.</p>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Lecture" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Lecture</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a></p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/tu-lis-quoi-cet-ete-toi</guid>
      <pubDate>Wed, 06 Aug 2025 18:14:53 +0200</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Grossophobie</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/grossophobie</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Société #Psycho&#xA;Je suis née dans une famille grossophobe dans une société grossophobe. Je ne suis pas grosse aux yeux de la société, mais je vis, comme la majorité des femmes, avec cette culpabilité de ne pas être assez mince. Et avec l&#39;injonction contradictoire dans ma famille d&#39;intellos qu&#39;il ne faudrait pas accorder d&#39;importance au physique, car ça n&#39;est pas ce qui compte.&#xA;&#xA;Depuis 20 ans, j&#39;ai compris beaucoup de choses, et récemment encore plus. Maintenant, j&#39;ai envie de partager ! &#xA;!--more--&#xA;J&#39;ai découvert la grossophobie&#xA;J&#39;ai pris conscience de ce jugement sur le poids de toustes, enfin surtout des femmes vers 25 - 30 ans, grâce à Twitter. J&#39;y suivais des comptes de femmes grosses qui racontaient leurs vies, et j&#39;ai progressivement ouvert les yeux et compris des trucs. &#xA;&#xA;Je me rappelle lire de nombreux témoignages de femmes découvrant les albums photos de leur enfance, à une époque où on leur reprochait déjà leur poids (médecin et/ou famille), alors qu&#39;elles n&#39;étaient pas du tout grosses. Elles partageaient leurs photos. Elles étaient peut être juste un tout petit peu plus rondes, peut-être avec des bonnes joues, mais franchement, pas grosses. Mais l&#39;angoisse familiale et médicale qu&#39;elles deviennent grosses leur étaient déjà tombé dessus, avec les injonctions à faire attention. Et j&#39;ai compris que souvent c&#39;était ce contexte, cette attention permanente portée au poids qui transforme un je ne sais quoi de l&#39;adolescence en trouble du comportement alimentaire. &#xA;&#xA;Je me rappelle découvrir les conséquences sur leurs vies de la grossophobie. Comment les médecins les soignent moins bien puisque de toutes façons, tous leurs problèmes doivent être liés à leur poids (spoiler : il y a beaucoup trop d&#39;histoires d&#39;erreurs médicales associées à leurs histoires). Comment les gens de la rue, leurs « ami·es » se permettent des commentaires et des conseils sur leurs poids et sur leurs habitudes alimentaires. Ces médecins qui conseillent à des femmes grosses d&#39;arrêter d&#39;aller au fast-food, sans savoir que ces femmes n&#39;y vont jamais. J&#39;ai découvert que nombre de ces femmes essayaient de ne jamais manger en public pour moins se sentir jugées. &#xA;&#xA;Et enfin, j&#39;ai découvert qu&#39;une remarque qui me semblait anodine à moi, femme mince née dans une famille et une société grossophobe, était en fait violente et débile. C&#39;est le compliment : « oh tu as perdu du poids, ça te va bien » et toutes les autres remarques sur la perte de poids. On veut faire plaisir, et on ramène l&#39;autre à son poids, en lui signalant que dans notre société il y a un bon poids, et un mauvais. On le félicite peut-être pour un régime qui a de grandes chances de terminer avec un effet rebond et que la personne reprenne davantage de poids, et soit tentée de recommencer un régime encore plus drastique, qui fera un rebond encore plus haut. Et c&#39;est comme ça qu&#39;on passe de joues rondes à une obésité forte. Et puis surtout, une perte de poids c&#39;est souvent associé à du mal-être ou à une maladie. J&#39;ai en tête cette personne qui a perdu du poids, s&#39;en est réjouie. Comme par chance elle n&#39;était pas obèse au départ, son médecin a demandé un check-up santé. Elle avait déclenché du diabète et sa santé était en danger. J&#39;ai lu plusieurs témoignages de femmes qui avaient été complimentées sur leur prise de poids alors que c&#39;était lié à de la maladie ou à de la dépression. &#xA;&#xA;Un super reportage sur Arte&#xA;Je me rappelle qu&#39;on m&#39;avait conseillé sur Twitter (à l&#39;époque où ça n&#39;était pas un empire nazi) un documentaire qui avait beaucoup bousculé mes convictions.  Il était en accès libre à l&#39;époque, aujourd&#39;hui il est disponible en VOD. &#xA;&#xA;a href=&#34;https://boutique.arte.tv/detail/onachevebienlesgros?srsltid=AfmBOopyvWK0cdbB2--n-Ea72A0yQrwGF2bGs63LrHXuDsYMBvH8uQhX&#34; Lien vers le documentaire « On achève bien les gros »/a&#xA;&#xA;iframe width=&#34;560&#34; height=&#34;315&#34; src=&#34;https://www.youtube.com/embed/GaH2ZhRigg?si=zlIvQPT1kz8zFc1&#34; title=&#34;YouTube video player&#34; frameborder=&#34;0&#34; allow=&#34;accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share&#34; referrerpolicy=&#34;strict-origin-when-cross-origin&#34; allowfullscreen/iframe&#xA;&#xA;Je me rappelle avoir compris avec ce documentaire que le surpoids c&#39;est bien plus compliqué que « juste une mauvaise alimentation de quelqu&#39;une qui ne fait pas attention » comme la société, ma famille, me l&#39;avait fait croire. &#xA;&#xA;Après ce documentaire, j&#39;ai essayé de faire très attention pour ne plus être grossophobe dans mes actions et dans mes paroles. Et j&#39;ai continué à lire pour être mieux informée. Pour autant, je n&#39;ai pas réussi à diminuer le jugement que j&#39;ai envers moi. &#xA;&#xA;Un roman génial &#xA;10 ans plus tard, c&#39;est sur Mastodon que je découvre une recommandation de lecture en lien avec la grossophobie : a href=&#34;https://markarayner.com/the-fatness/&#34;« The Fatness&amp;nbsp;»/a. Je suivais depuis un certain temps son auteur a href=&#34;https://mas.to/@markarayner&#34;Mark A Rayner/a, et je recherchais une lecture d&#39;été. J&#39;ai dévoré le livre qui est un roman très bien ficelé et plutôt drôle alors qu&#39;il présente une dystopie terriblement réaliste. &#xA;&#xA;img src=&#34;https://markarayner.com/wp-content/uploads/2017/08/thefatness-frontonly2-395x600.jpg&#34;&#xA;&#xA;J&#39;ai adoré cette lecture. D&#39;abord parce qu&#39;elle m&#39;a vraiment distraite, j&#39;ai vraiment accroché à l&#39;histoire. Ensuite parce qu&#39;elle montre bien l&#39;absurde et la violence de la petite grossophobie ordinaire de nos sociétés. Si on va au bout du raisonnement, le monde que l&#39;on encourage est atroce. Enfin, parce que j&#39;ai appris plein de choses sur l&#39;aspect scientifique de l&#39;obésité : comment on devient obèse, comment les régimes fonctionnent (mal), l&#39;importance du sommeil et du stress, ... &#xA;&#xA;Mon seul regret : que ce livre ne soit pas disponible en français pour le recommander et l&#39;offrir en grand nombre ! &#xA;&#xA;Après la lecture de ce livre, j&#39;ai passé un cap. J&#39;ai décidé de ne plus laisser passer de paroles grossophobes autour de moi. &#xA;J&#39;étais récemment au bar avec une femme d&#39;un cinquantaine d&#39;année et une étudiante qu&#39;elle encadre. On parle de l&#39;été, et je fais une blague sur le fait qu&#39;il faudra manger, au moins des cacahuètes. La chercheuse, sur le ton du second degré, répond : « Oh bah non, on veut quand même pas que XXX prenne du poids cet été ». Avant la lecture de The Fatness, ça m&#39;aurait agacée, mais je n&#39;aurais rien répondu. Là j&#39;ai dit que c&#39;était une remarque grossophobe et que le poids de XXX ne nous regardait pas. Qu&#39;on n&#39;avait pas à avoir de jugement. Elle a été totalement surprise, et m&#39;a sincèrement dit qu&#39;elle ne croyait pas que je pouvais penser ce que je disais. Que ça ne serait pas un problème si XXX prenait du poids. Et là, elle a dit quelque chose qui m&#39;a vraiment choquée : « Est-ce que tu connais une chercheuse dans notre domaine qui soit grosse ? ». J&#39;ai rigolé en demandant si c&#39;était un des critères obscurs de sélection dans les comités ? Elle a dit « heureusement non »... Mais bon, après quelques échanges la conversation s&#39;est arrêtée et l&#39;étudiante m&#39;a remerciée d&#39;être intervenue. &#xA;&#xA;Un podcast sympa &#xA;Et je termine ce billet de blog par un podcast que m&#39;a recommandé récemment une amie sur un forum (oui, ma socialisation est majoritairement numérique 😆) : &#xA;&#xA;Vivons heureux avant la fin du monde, épisode : a href=&#34;https://www.arteradio.com/son/mince-une-injonction&#34;« Mince une injonction » /a&#xA;&#xA;Dans ce podcast, Delphine Saltel démarre sur sa fille de 12 ans qui se trouve déjà trop grosse pour nous emmener dans une réflexion sur les injonctions à la maigreur de notre société. &#xA;&#xA;Elle interroge des chercheurs et des chercheuses, et nous fait comprendre un peu mieux les mécanismes psychologiques qui font qu&#39;on entend cette injonction... Avec cet épisode, on est un tout petit peu plus du côté des solutions que dans mes précédentes recommandations. Par exemple, à l&#39;échelle de la société, ça serait pas mal aidant qu&#39;on arrête de valoriser les maigres dans les publicités, dans les concours de miss et dans toutes les séries TV. Donnons tous les rôles aux gros, et pas juste le moche et méchant quand c&#39;est un homme et la grosse rigolotte et sympa quand c&#39;est une femme. &#xA;&#xA;Je faisais déjà un peu attention à la représentativité des personnes dans les visuels quand j&#39;en commandais pour des elearning, mais il va falloir que j&#39;y fasse encore plus attention. Je pense par exemple à une affiche faite pour les écolos (pas par moi) où on voyait une famille modèle toute mince. &#xA;&#xA;Conclusion&#xA;J&#39;écris sur un sujet qui me touche, mais où je suis plutôt du côté des oppresseurs étant une femme plutôt mince. J&#39;espère avoir réussi à ne pas être contre-productive dans cet écrit, en ne parlant pas à la place des personnes concernées en ramenant la couverture à moi 🫣. Je suis preneuse de tout feedback, ainsi que d&#39;autres références à partager, et des voix à faire entendre. &#xA;&#xA;Et pour poursuivre la discussion, on peut se retrouver sous ce a href=&#34;https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu/114958019044080313&#34; fil sur mastodon /a comme je ne sais pas activer les commentaires sur ce blog, et que j&#39;ai hâte de vous lire ! &#xA;&#xA;#VendrediLecture #Grossophobie &#xA;Societe]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Psycho" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Psycho</span></a>
<em>Je suis née dans une famille grossophobe dans une société grossophobe. Je ne suis pas grosse aux yeux de la société, mais je vis, comme la majorité des femmes, avec cette culpabilité de ne pas être assez mince. Et avec l&#39;injonction contradictoire dans ma famille d&#39;intellos qu&#39;il ne faudrait pas accorder d&#39;importance au physique, car ça n&#39;est pas ce qui compte.</em></p>

<p><em>Depuis 20 ans, j&#39;ai compris beaucoup de choses, et récemment encore plus. Maintenant, j&#39;ai envie de partager !</em>
</p>

<h2 id="j-ai-découvert-la-grossophobie" id="j-ai-découvert-la-grossophobie">J&#39;ai découvert la grossophobie</h2>

<p>J&#39;ai pris conscience de ce jugement sur le poids de toustes, enfin surtout des femmes vers 25 – 30 ans, grâce à Twitter. J&#39;y suivais des comptes de femmes grosses qui racontaient leurs vies, et j&#39;ai progressivement ouvert les yeux et compris des trucs.</p>

<p>Je me rappelle lire de nombreux témoignages de femmes découvrant les albums photos de leur enfance, à une époque où on leur reprochait déjà leur poids (médecin et/ou famille), alors qu&#39;elles n&#39;étaient pas du tout grosses. Elles partageaient leurs photos. Elles étaient peut être juste un tout petit peu plus rondes, peut-être avec des bonnes joues, mais franchement, pas grosses. Mais l&#39;angoisse familiale et médicale qu&#39;elles deviennent grosses leur étaient déjà tombé dessus, avec les injonctions à faire attention. Et j&#39;ai compris que souvent c&#39;était ce contexte, <strong>cette attention permanente portée au poids qui transforme un je ne sais quoi de l&#39;adolescence en trouble du comportement alimentaire</strong>.</p>

<p>Je me rappelle découvrir les <strong>conséquences sur leurs vies</strong> de la grossophobie. Comment les médecins les soignent moins bien puisque de toutes façons, tous leurs problèmes doivent être liés à leur poids (spoiler : il y a <em>beaucoup trop</em> d&#39;histoires d&#39;erreurs médicales associées à leurs histoires). Comment les gens de la rue, leurs « ami·es » se permettent des commentaires et des conseils sur leurs poids et sur leurs habitudes alimentaires. Ces médecins qui conseillent à des femmes grosses d&#39;arrêter d&#39;aller au fast-food, sans savoir que ces femmes n&#39;y vont jamais. J&#39;ai découvert que nombre de ces femmes essayaient de ne jamais manger en public pour moins se sentir jugées.</p>

<p>Et enfin, j&#39;ai découvert qu&#39;une remarque qui me semblait anodine à moi, femme mince née dans une famille et une société grossophobe, était en fait violente et débile. C&#39;est le compliment : « <em>oh tu as perdu du poids, ça te va bien</em> » et toutes les autres remarques sur la perte de poids. On veut faire plaisir, et on ramène l&#39;autre à son poids, en lui signalant que dans notre société il y a un bon poids, et un mauvais. On le félicite peut-être pour un régime qui a de grandes chances de terminer avec un effet rebond et que la personne reprenne davantage de poids, et soit tentée de recommencer un régime encore plus drastique, qui fera un rebond encore plus haut. Et c&#39;est comme ça qu&#39;on passe de joues rondes à une obésité forte. Et puis surtout, <strong>une perte de poids c&#39;est souvent associé à du mal-être ou à une maladie</strong>. J&#39;ai en tête cette personne qui a perdu du poids, s&#39;en est réjouie. Comme par chance elle n&#39;était pas obèse au départ, son médecin a demandé un check-up santé. Elle avait déclenché du diabète et sa santé était en danger. J&#39;ai lu plusieurs témoignages de femmes qui avaient été complimentées sur leur prise de poids alors que c&#39;était lié à de la maladie ou à de la dépression.</p>

<h2 id="un-super-reportage-sur-arte" id="un-super-reportage-sur-arte">Un super reportage sur Arte</h2>

<p>Je me rappelle qu&#39;on m&#39;avait conseillé sur Twitter (à l&#39;époque où ça n&#39;était pas un empire nazi) un documentaire qui avait beaucoup bousculé mes convictions.  Il était en accès libre à l&#39;époque, aujourd&#39;hui il est disponible en VOD.</p>
<ul><li><a href="https://boutique.arte.tv/detail/on_acheve_bien_les_gros?srsltid=AfmBOopyvWK0cdbB2--n-Ea72A0yQrwGF2bGs63LrHXuDsYMBvH8uQhX" rel="nofollow"> Lien vers le documentaire « On achève bien les gros »</a></li></ul>

<iframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/GaH_2ZhRigg?si=zlIvQPT1kz_8zFc1" title="YouTube video player" frameborder="0" allowfullscreen=""></iframe>

<p>Je me rappelle avoir compris avec ce documentaire que le surpoids c&#39;est bien plus compliqué que « <em>juste une mauvaise alimentation de quelqu&#39;une qui ne fait pas attention</em> » comme la société, ma famille, me l&#39;avait fait croire.</p>

<p>Après ce documentaire, j&#39;ai essayé de faire <em>très</em> attention pour ne plus être grossophobe dans mes actions et dans mes paroles. Et j&#39;ai continué à lire pour être mieux informée. Pour autant, je n&#39;ai pas réussi à diminuer le jugement que j&#39;ai envers moi.</p>

<h2 id="un-roman-génial" id="un-roman-génial">Un roman génial</h2>

<p>10 ans plus tard, c&#39;est sur Mastodon que je découvre une recommandation de lecture en lien avec la grossophobie : <a href="https://markarayner.com/the-fatness/" rel="nofollow">« The Fatness »</a>. Je suivais depuis un certain temps son auteur <a href="https://mas.to/@markarayner" rel="nofollow">Mark A Rayner</a>, et je recherchais une lecture d&#39;été. J&#39;ai dévoré le livre qui est un roman très bien ficelé et plutôt drôle alors qu&#39;il présente une dystopie terriblement réaliste.</p>

<p><img src="https://markarayner.com/wp-content/uploads/2017/08/thefatness-frontonly2-395x600.jpg"></p>

<p>J&#39;ai adoré cette lecture. D&#39;abord parce qu&#39;elle m&#39;a vraiment distraite, j&#39;ai vraiment accroché à l&#39;histoire. Ensuite parce qu&#39;elle montre bien l&#39;absurde et la violence de la petite grossophobie ordinaire de nos sociétés. Si on va au bout du raisonnement, le monde que l&#39;on encourage est atroce. Enfin, parce que j&#39;ai appris plein de choses sur l&#39;aspect scientifique de l&#39;obésité : comment on devient obèse, comment les régimes fonctionnent (mal), l&#39;importance du sommeil et du stress, ...</p>

<p>Mon seul regret : que ce livre ne soit pas disponible en français pour le recommander et l&#39;offrir en grand nombre !</p>

<p>Après la lecture de ce livre, j&#39;ai passé un cap. J&#39;ai décidé de ne plus laisser passer de paroles grossophobes autour de moi.
J&#39;étais récemment au bar avec une femme d&#39;un cinquantaine d&#39;année et une étudiante qu&#39;elle encadre. On parle de l&#39;été, et je fais une blague sur le fait qu&#39;il faudra manger, au moins des cacahuètes. La chercheuse, sur le ton du second degré, répond : « <em>Oh bah non, on veut quand même pas que XXX prenne du poids cet été</em> ». Avant la lecture de The Fatness, ça m&#39;aurait agacée, mais je n&#39;aurais rien répondu. Là j&#39;ai dit que c&#39;était une remarque grossophobe et que le poids de XXX ne nous regardait pas. Qu&#39;on n&#39;avait pas à avoir de jugement. Elle a été totalement surprise, et m&#39;a sincèrement dit qu&#39;elle ne croyait pas que je pouvais penser ce que je disais. Que ça ne serait pas un problème si XXX prenait du poids. Et là, elle a dit quelque chose qui m&#39;a vraiment choquée : « Est-ce que tu connais une chercheuse dans notre domaine qui soit grosse ? ». J&#39;ai rigolé en demandant si c&#39;était un des critères obscurs de sélection dans les comités ? Elle a dit « <em>heureusement non</em> »... Mais bon, après quelques échanges la conversation s&#39;est arrêtée et l&#39;étudiante m&#39;a remerciée d&#39;être intervenue.</p>

<h2 id="un-podcast-sympa" id="un-podcast-sympa">Un podcast sympa</h2>

<p>Et je termine ce billet de blog par un podcast que m&#39;a recommandé récemment une amie sur un forum (oui, ma socialisation est majoritairement numérique 😆) :</p>
<ul><li>Vivons heureux avant la fin du monde, épisode : <a href="https://www.arteradio.com/son/mince-une-injonction" rel="nofollow">« Mince une injonction » </a></li></ul>

<p>Dans ce podcast, Delphine Saltel démarre sur sa fille de 12 ans qui se trouve déjà trop grosse pour nous emmener dans une réflexion sur les injonctions à la maigreur de notre société.</p>

<p>Elle interroge des chercheurs et des chercheuses, et nous fait comprendre un peu mieux les mécanismes psychologiques qui font qu&#39;on entend cette injonction... Avec cet épisode, on est un tout petit peu plus du côté des solutions que dans mes précédentes recommandations. Par exemple, à l&#39;échelle de la société, ça serait pas mal aidant qu&#39;on arrête de valoriser les maigres dans les publicités, dans les concours de miss et dans toutes les séries TV. Donnons tous les rôles aux gros, et pas juste le moche et méchant quand c&#39;est un homme et la grosse rigolotte et sympa quand c&#39;est une femme.</p>

<p>Je faisais déjà un peu attention à la représentativité des personnes dans les visuels quand j&#39;en commandais pour des elearning, mais il va falloir que j&#39;y fasse encore plus attention. Je pense par exemple à une affiche faite pour les écolos (pas par moi) où on voyait une famille modèle toute mince.</p>

<h3 id="conclusion" id="conclusion">Conclusion</h3>

<p>J&#39;écris sur un sujet qui me touche, mais où je suis plutôt du côté des oppresseurs étant une femme plutôt mince. J&#39;espère avoir réussi à ne pas être contre-productive dans cet écrit, en ne parlant pas à la place des personnes concernées en ramenant la couverture à moi 🫣. Je suis preneuse de tout feedback, ainsi que d&#39;autres références à partager, et des voix à faire entendre.</p>

<p>Et pour poursuivre la discussion, on peut se retrouver sous ce <a href="https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu/114958019044080313" rel="nofollow"> fil sur mastodon </a> comme je ne sais pas activer les commentaires sur ce blog, et que j&#39;ai hâte de vous lire !</p>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:VendrediLecture" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">VendrediLecture</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Grossophobie" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Grossophobie</span></a>
<a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a></p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/grossophobie</guid>
      <pubDate>Sat, 02 Aug 2025 08:38:28 +0200</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Des commentaires jugeants</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/des-commentaires-jugeants</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Société #Psycho&#xA;On est nombreux·ses à se dire que c&#39;est mal de juger. Et pourtant, j&#39;ai l&#39;impression qu&#39;on fait plein de commentaires qui sont en fait des jugements et qui sont socialement tolérés.&#xA;!--more--&#xA;Je voulais revenir dans cet article sur quelques commentaires jugeants que j&#39;ai trouvés blessants ou agaçants. &#xA;&#xA;Dans un premier temps je vais analyser quelques commentaires jugeant pour essayer de mieux comprendre ce qui s&#39;y joue. &#xA;Dans un deuxième temps, j&#39;essaierai de voir ce qu&#39;on pourrait faire différemment. &#xA;&#xA;1. Quelques commentaires jugeants&#xA;a) Le commentaire jugeant caricatural &#xA;À un évènement militant, un homme d’une quarantaine d’années est venu me dire que c’était « une honte » (je cite) que je sois élue à un poste à responsabilité dans mon mouvement alors que je ne suis pas venue tracter pour cet évènement. Ici, le jugement négatif est explicite. Cet homme considère que la valeur d’un·e militant·e se juge uniquement à sa présence lors du tractage, et à sa capacité à sacrifier le reste de sa vie pour cet engagement. &#xA;&#xA;Ce soir là j’étais assez sure de moi. Je suis convaincue que chacun·e apporte à un mouvement ce dont il/elle a envie ou est capable, et que c’est toujours mieux que de ne rien faire car on a peur de ne pas faire assez. Je n’ai donc pas été trop affectée par ce jugement. Si j&#39;avais assisté à cette scène alors que je venais d&#39;intégrer le groupe, je me serai probablement dit que ça n&#39;était pas un lieu pour moi car je ne correspondait pas à la norme valorisée. Et je serai probablement partie. &#xA;&#xA;b) Le commentaire jugeant implicite&#xA;Nous sommes quelques femmes à discuter d’où nous faisons nos courses. L’une des femmes a dit  : « ah non mais moi je vais jamais dans les supermarchés, je vais toujours au maraîcher ». Ça peut sembler anodin, mais le ton disait clairement une fierté, et du coup, en creux, un jugement négatif par rapport au fait d’aller faire ses courses au supermarché. J&#39;ai été mal à l&#39;aise quand cette femme d’une classe sociale plutôt élevée dise ça devant des femmes qui, je le savais, n&#39;avaient pas ce comportement de consommation.&#xA;Un peu plus tard, quand on partageait le repas ensemble, et que je me régalais du dessert, la personne qui l&#39;avait apporté m’a dit en me chuchotant à l’oreille : « c’est de chez Lidl ». Je ne sais pas si c&#39;était lié à la remarque en début de soirée. &#xA;&#xA;Pour moi, ce commentaire était implicitement jugeant. Il réaffirmait que c&#39;est bien d&#39;avoir cette pratique de consommation et en osant le dire à voix haute, ça dit que c&#39;est la pratique sociale valorisée dans notre petit groupe. Or ce commentaire était classiste. C&#39;est un privilège d&#39;avoir les moyens et le temps de faire ses courses à différents endroits, etc. J&#39;étais gênée car ce commentaire pouvait faire que certaines personnes invitées se sentent mal à l&#39;aise ou faire moins partie du groupe.  &#xA;&#xA;c) L’antiphrase jugeante&#xA;Il y a quelques temps, ma mère a pris l&#39;avion pour un voyage avec des copines, et c&#39;était OK de son point de vue car elle ne l&#39;avait pas pris depuis très longtemps. J&#39;étais hyper déçue et j&#39;ai du dire quelque chose comme « Si ça te fait plaisir, chacun est encore libre de faire ce qu&#39;il veut pendant ses vacances ». Et je n&#39;ai aucun doute sur le fait qu&#39;elle savait très bien que je désapprouvais. Tout comme je perçois totalement qu&#39;elle désapprouve dès que je sors d&#39;une alimentation parfaitement bio et équilibrée quand elle me dit :  « Écoute, tu fais bien ce que tu veux maintenant ». &#xA;&#xA;Et vu comme ses remarques m&#39;agacent, je ne doute pas de l&#39;avoir aussi agacée. &#xA;&#xA;d) Le commentaire jugeant positif &#xA;Dans une discussion où on s’était promis de ne pas émettre de jugement, une personne dit en réponse à un témoignage : « c’est courageux de pouvoir aujourd’hui poser des limites ». Cette réflexion est positive et pourtant je la trouve jugeante. &#xA;Je me suis beaucoup dit : ça ne fait jamais de mal de dire du positif. En fait, je ne crois plus que ça soit le cas et je trouve que les choses sont plus compliquées que ça. &#xA;&#xA;Quand ma mère me dit « c’est bien que tu sois allée courir », je me sens jugée. J&#39;ai l&#39;impression qu&#39;on me distribue des bons points comme si on cherchait à me dresser, et ça m&#39;agace. &#xA;&#xA;Quand une amie m’a dit « bravo d’avoir osé dire xxxxx à yyy», ça me met mise super mal à l’aise. Je me suis demandée pourquoi elle me félicitait, j’avais l’impression qu’elle se plaçait au dessus de moi en faisant ça. Qu’elle se prenait pour ma psy ou pour ma mère. &#xA;&#xA;Le pompon, c&#39;est mon oncle qui dit souvent : « Je n&#39;aurais pas mieux fait » 🤭. Je suis toujours hyper choquée quand j&#39;entends cette expression de la part de quelqu&#39;un à qui je n&#39;ai pas demandé de m&#39;apprendre quelque chose.  &#xA;&#xA;2. Qu’est-ce qu’on pourrait faire à la place ? &#xA;Souvent, quand des situations me mettent mal à l’aise, je ressens le besoin d’écrire pour les analyser, mieux les comprendre, et me demander ce que j’aurais pu faire de différent : &#xA;si j’avais été à la place de l’autre personne,&#xA;et de là où j&#39;étais.&#xA;&#xA;a) Le caricatural &#xA;Je ne sais pas exactement ce que voulait l’homme qui m’a dit que seul les personnes qui vont tracter sont des vrai·es militant·es. Peut-être avait-il un (énorme) besoin de reconnaissance ? Ou bien cherchait-il un moyen d’extérioriser sa colère ? Ou bien il était juste sexiste et cherchait un prétexte pour essayer d’écraser une militante qui a de la reconnaissance qu’il n’a pas ? &#xA;En essayant de lui prêter la meilleure des intentions, on pourrait imaginer qu’il essayait d’exprimer sa frustration et sa colère, et dans ce cas, on pourrait recommander une parole en « je » : &#xA;&#xA;  Proposition : « Quand j’ai vu qu’on n’était que 2 à tracter, j’ai été déçu et en colère.  » &#xA;&#xA;Et moi, comment aurais-je pu réagir ? &#xA;J’ai argumenté sur le fond : la valeur d’un·e militant·e ne se mesure pas au nombre de tracts distribués. On est inclusif et accueillant et donc on est reconnaissant·es de chaque petite ou grande chose qu’une personne fait pour le collectif. J’étais assez contente de mes arguments, mais clairement, on a été dans un dialogue de sourds. &#xA;&#xA;Je lui ai aussi demandé s’il avait été content de tracter, pour contrer son besoin d’avoir une médaille, en mode : « on ne te demande pas de te sacrifier pour le groupe ». Cet argument a porté, mais comme un coup, pas comme quelque chose qui nous réconcilie et nous rapproche (en même temps, je ne crois pas que c’était ce que je cherchais). &#xA;&#xA;Dans son livre « Where to draw the line. How to set healthy boundaries», l’autrice recommande de poser des barrières claires à certains comportements qui ne sont pas acceptables, et je pense que celui-ci en fait partie. À la lecture de son livre, je me dis que j’aurais pu dire : &#xA;&#xA;  « Je n’accepte pas que tu portes des jugements de valeur sur les militant·es de ce groupe, soit tu arrêtes, soit j’arrête de discuter avec toi ». &#xA;&#xA;b) Le commentaire jugeant implicite&#xA;Moi aussi je fais toutes mes courses de légumes au maraîcher ou à la biocoop. Mais je sais que c’est un privilège (j’en ai le temps et les moyens financiers). &#xA;D’un côté, j’ai envie de me dire que dans ce contexte, la meilleure option serait de se taire. &#xA;&#xA;Si tout le monde consomme comme moi, ça ne change rien de le dire. &#xA;Si certaines personnes ne font pas comme moi, je leur balance un peu mon mépris de classe à la tête. &#xA;&#xA;Et en même temps, je crois beaucoup à l’exemple et à l’exemplarité pour faire évoluer les normes sociales. En disant où j’achète mes légumes, je normalise le fait de les acheter ailleurs qu’en supermarché. Alors comment présenter ce que je fais sans impliquer que ne pas faire pareil c’est mal ? &#xA;&#xA;J’ai l’impression qu’il y a plusieurs stratégies : &#xA;&#xA;Show, don’t tell : rendre visible ce que je fais, sans en faire un fromage. Dire par exemple : « Je reviens des courses chez le maraîcher », sans aller plus loin. &#xA;Expliquer ce que je gagne à avoir un certain comportement. Je peux par exemple dire : « Je suis vraiment contente d’acheter mes légumes chez le maraîcher car comme ça j’ai toujours des légumes de saison, et j’ai bonne conscience d’aider des jeunes agriculteurs locaux qui font du bio ».&#xA;Avoir une formulation plus mesurée : « j’essaie d’aller autant que possible chez le maraîcher et pas au supermarché pour mes légumes ».&#xA;&#xA;Et qu’est-ce que j’aurais pu répondre quand j’ai assisté à cet échange ? &#xA;&#xA;Sur le moment, j’ai juste dit : « £moi je n’y arrive pas, j’achète les citrons au supermarché bio ». &#xA;&#xA;J’aurais pu aussi faire un appel à nos valeurs que je sais partagées : &#xA;&#xA;  « On est d’accord que chacun·e fait comme elle peut et qu’on ne juge pas des comportements des autres ? ». &#xA;&#xA;Ou en mode CNV (Communication non violente) : &#xA;&#xA;  « Quand tu dis ça, j’ai l’impression que si je ne fais pas comme toi, alors tu auras une mauvaise opinion de moi ». &#xA;&#xA;c) L’antiphrase&#xA;L’antiphrase est une sorte de « non-commentaire » qui en est en fait un. Il me semble que l’idéal dans ce cas est de s’abstenir de commenter. Toutes les informations que l’on entend ne demande pas une réponse de notre part ! (ça c&#39;est une note à moi-même). D&#39;ailleurs, ce matin, quand mon interlocuteur m&#39;a dit que pour lui les vacances c&#39;était 3 semaines au soleil en Guadeloupe, je me suis tue. Point. Et c&#39;était la bonne réaction à avoir je pense. &#xA;&#xA;Avec ma mère, j&#39;aurais pu dire ce que je ressentais. Je le lui ai d&#39;ailleurs dit plus tard : « ça me rend triste de voir que tu te mets à prendre l&#39;avion car je me dis que si même les personnes écolos comme toi s&#39;y mettent, on est vraiment foutus ». &#xA;&#xA;De l&#39;autre côté, je ne sais jamais quoi répondre quand on me fait ce genre de commentaires. En général, ça me met mal à l’aise et je ne réponds rien. À la réflexion, je me dis que je pourrais essayer deux stratégies : &#xA;&#xA;1) Questionner : « Pourquoi est-ce que tu fais ce commentaire ? ».&#xA;2) Poser une limite : « Je ne souhaite pas t’entendre commenter mes choix de vie quand je ne te demande pas ton avis, et là c’est un commentaire en creux. Si tu le refais, je raccroche. ».&#xA;&#xA;d) Le commentaire jugeant positif &#xA;Le commentaire positif est celui qui me travaille le plus depuis plusieurs années. J’aime faire des compliments sincères, et ça me semble hyper important. J’ai du mal à trouver la frontière entre le compliment et le commentaire jugeant. En y réfléchissant pour cet article, j’ai l’impression qu’une des pistes est de parler en « je » : &#xA;&#xA;« Très beau chemisier » → « J’aime beaucoup ton chemisier » &#xA;« C’était courageux que tu nous partages ça » → « J’ai été touchée par ton témoignage » ou bien « Je trouve ça difficile de partager ce type de vécu, et ça m’inspire de t’avoir entendue le faire »&#xA;« Je suis vraiment très contente que tu aies repris le dessin » → « J’aimerais bien savoir dessiner »&#xA;« C’est bien que tu sois allée courir » → « J’aimerais avoir l’énergie d’aller courir ». &#xA;« Bravo d’avoir dit xxx à yyyy » → « Je sais que ça n’était pas facile à faire d’aller dire xxx à yyyy, je suis contente car j’espère que ça va faire changer les choses ». Ou bien « je ne sais pas si j’aurais osé dire xxx à yyyy ».&#xA;&#xA;Conclusions &#xA;J’ai entendu plusieurs fois : « il suffit qu’on se rappelle le cadre en début de réunion et qu’on se dise qu’on est bienveillant·es et non jugeant·es* ». Et peu de temps après, cette même personne exprime des propos jugeant, sans s’en rendre compte. &#xA;&#xA;J’ai aussi eu une discussion avec une personne très proche que je trouve très jugeante et qui m’a expliqué ne pas du tout l’être, et y faire très attention. &#xA;&#xA;Je suis donc convaincue qu&#39;il ne suffit pas de vouloir ne pas être jugeante pour ne pas exprimer de jugements. Comme toutes les habiletés sociales, ça s&#39;apprend. Et cet article de blog était pour moi autant une manière de transmettre ce que j&#39;ai appris / lu qu&#39;un prétexte pour réfléchir sur mes pratiques et imaginer d&#39;autres manières de m&#39;exprimer. &#xA;&#xA;Pour aller plus loin &#xA;&#xA;J’ai cherché des ressources sur le jugement, et je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. Je suis donc preneuse de recommandations de lectures / podcast / … !&#xA;&#xA;J’ai trouvé chouette le livre : « Where to draw the line. How to set healthy boundaries every day » de Anne Katherine sur le fait de dire non aux comportements qui nous dérangent (dans mon cas le jugement de certain·es proches).&#xA;J&#39;ai été surprise dans ce podcast d&#39;apprendre qu&#39;on ne peut jamais s&#39;arrêter de juger et de se comparer aux autres : a href=&#34;https://www.arteradio.com/son/minceuneinjonction&#34;« Mince, une injonction »/a du podcast vivons heureux avant la fin du monde. &#xA;Je me souviens d&#39;un a href=&#34;https://boutique.arte.tv/detail/onachevebienlesgros?srsltid=AfmBOoryVFdlO02KIfR1hI6AlWtDby6pB9jfSwr3UCfx-9vbXn3Mp0ZB&#34;documentaire d&#39;arte/a qui expliquait à quel point les mères étaient ultra jugeantes sur leurs filles car elles voulaient les protéger de la société dont elles connaissent très bien les codes. &#xA;&#xA;Et pour poursuivre la discussion, on peut se retrouver sous ce a href=&#34;https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu/114920115189627888&#34; fil sur mastodon /a comme je ne sais pas activer les commentaires sur ce blog, et que j&#39;ai hâte de vous lire ! &#xA;&#xA;Societe]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Psycho" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Psycho</span></a>
<em>On est nombreux·ses à se dire que c&#39;est mal de juger. Et pourtant, j&#39;ai l&#39;impression qu&#39;on fait plein de commentaires qui sont en fait des jugements et qui sont socialement tolérés.</em>

Je voulais revenir dans cet article sur quelques commentaires jugeants que j&#39;ai trouvés blessants ou agaçants.</p>
<ul><li>Dans un premier temps je vais analyser quelques commentaires jugeant pour essayer de mieux comprendre ce qui s&#39;y joue.</li>
<li>Dans un deuxième temps, j&#39;essaierai de voir ce qu&#39;on pourrait faire différemment.</li></ul>

<h2 id="1-quelques-commentaires-jugeants" id="1-quelques-commentaires-jugeants">1. Quelques commentaires jugeants</h2>

<h3 id="a-le-commentaire-jugeant-caricatural" id="a-le-commentaire-jugeant-caricatural">a) Le commentaire jugeant caricatural</h3>

<p>À un évènement militant, un homme d’une quarantaine d’années est venu me dire que c’était « <em>une honte</em> » (je cite) que je sois élue à un poste à responsabilité dans mon mouvement alors que je ne suis pas venue tracter pour cet évènement. Ici, le jugement négatif est explicite. Cet homme considère que la valeur d’un·e militant·e se juge uniquement à sa présence lors du tractage, et à sa capacité à sacrifier le reste de sa vie pour cet engagement.</p>

<p>Ce soir là j’étais assez sure de moi. Je suis convaincue que chacun·e apporte à un mouvement ce dont il/elle a envie ou est capable, et que c’est toujours mieux que de ne rien faire car on a peur de ne pas faire assez. Je n’ai donc pas été trop affectée par ce jugement. Si j&#39;avais assisté à cette scène alors que je venais d&#39;intégrer le groupe, je me serai probablement dit que ça n&#39;était pas un lieu pour moi car je ne correspondait pas à la norme valorisée. Et je serai probablement partie.</p>

<h3 id="b-le-commentaire-jugeant-implicite" id="b-le-commentaire-jugeant-implicite">b) Le commentaire jugeant implicite</h3>

<p>Nous sommes quelques femmes à discuter d’où nous faisons nos courses. L’une des femmes a dit  : « <em>ah non mais moi je vais jamais dans les supermarchés, je vais toujours au maraîcher</em> ». Ça peut sembler anodin, mais le ton disait clairement une fierté, et du coup, en creux, un jugement négatif par rapport au fait d’aller faire ses courses au supermarché. J&#39;ai été mal à l&#39;aise quand cette femme d’une classe sociale plutôt élevée dise ça devant des femmes qui, je le savais, n&#39;avaient pas ce comportement de consommation.
Un peu plus tard, quand on partageait le repas ensemble, et que je me régalais du dessert, la personne qui l&#39;avait apporté m’a dit en me chuchotant à l’oreille : « <em>c’est de chez Lidl</em> ». Je ne sais pas si c&#39;était lié à la remarque en début de soirée.</p>

<p>Pour moi, ce commentaire était implicitement jugeant. Il réaffirmait que c&#39;est <strong>bien</strong> d&#39;avoir cette pratique de consommation et en osant le dire à voix haute, ça dit que c&#39;est la pratique sociale valorisée dans notre petit groupe. Or ce commentaire était classiste. C&#39;est un privilège d&#39;avoir les moyens et le temps de faire ses courses à différents endroits, etc. J&#39;étais gênée car ce commentaire pouvait faire que certaines personnes invitées se sentent mal à l&#39;aise ou faire moins partie du groupe.</p>

<h3 id="c-l-antiphrase-jugeante" id="c-l-antiphrase-jugeante">c) L’antiphrase jugeante</h3>

<p>Il y a quelques temps, ma mère a pris l&#39;avion pour un voyage avec des copines, et c&#39;était OK de son point de vue car elle ne l&#39;avait pas pris depuis très longtemps. J&#39;étais hyper déçue et j&#39;ai du dire quelque chose comme « <em>Si ça te fait plaisir, chacun est encore libre de faire ce qu&#39;il veut pendant ses vacances</em> ». Et je n&#39;ai aucun doute sur le fait qu&#39;elle savait très bien que je désapprouvais. Tout comme je perçois totalement qu&#39;elle désapprouve dès que je sors d&#39;une alimentation parfaitement bio et équilibrée quand elle me dit :  « <em>Écoute, tu fais bien ce que tu veux maintenant</em> ».</p>

<p>Et vu comme ses remarques m&#39;agacent, je ne doute pas de l&#39;avoir aussi agacée.</p>

<h3 id="d-le-commentaire-jugeant-positif" id="d-le-commentaire-jugeant-positif">d) Le commentaire jugeant positif</h3>

<p>Dans une discussion où on s’était promis de ne pas émettre de jugement, une personne dit en réponse à un témoignage : « <em>c’est courageux de pouvoir aujourd’hui poser des limites</em> ». Cette réflexion est positive et pourtant je la trouve jugeante.
Je me suis beaucoup dit : ça ne fait jamais de mal de dire du positif. En fait, je ne crois plus que ça soit le cas et je trouve que les choses sont plus compliquées que ça.</p>

<p>Quand ma mère me dit « <em>c’est bien que tu sois allée courir</em> », je me sens jugée. J&#39;ai l&#39;impression qu&#39;on me distribue des bons points comme si on cherchait à me <em>dresser</em>, et ça m&#39;agace.</p>

<p>Quand une amie m’a dit « <em>bravo d’avoir osé dire xxxxx à yyy</em>», ça me met mise super mal à l’aise. Je me suis demandée pourquoi elle me félicitait, j’avais l’impression qu’elle se plaçait au dessus de moi en faisant ça. Qu’elle se prenait pour ma psy ou pour ma mère.</p>

<p>Le pompon, c&#39;est mon oncle qui dit souvent : « <em>Je n&#39;aurais pas mieux fait</em> » 🤭. Je suis toujours hyper choquée quand j&#39;entends cette expression de la part de quelqu&#39;un à qui je n&#39;ai pas demandé de m&#39;apprendre quelque chose.</p>

<h2 id="2-qu-est-ce-qu-on-pourrait-faire-à-la-place" id="2-qu-est-ce-qu-on-pourrait-faire-à-la-place">2. Qu’est-ce qu’on pourrait faire à la place ?</h2>

<p>Souvent, quand des situations me mettent mal à l’aise, je ressens le besoin d’écrire pour les analyser, mieux les comprendre, et me demander ce que j’aurais pu faire de différent :
– si j’avais été à la place de l’autre personne,
– et de là où j&#39;étais.</p>

<h3 id="a-le-caricatural" id="a-le-caricatural">a) Le caricatural</h3>

<p>Je ne sais pas exactement ce que voulait l’homme qui m’a dit que seul les personnes qui vont tracter sont des vrai·es militant·es. Peut-être avait-il un (énorme) besoin de reconnaissance ? Ou bien cherchait-il un moyen d’extérioriser sa colère ? Ou bien il était juste sexiste et cherchait un prétexte pour essayer d’écraser une militante qui a de la reconnaissance qu’il n’a pas ?
En essayant de lui prêter la meilleure des intentions, on pourrait imaginer qu’il essayait d’exprimer sa frustration et sa colère, et dans ce cas, on pourrait recommander une parole en « je » :</p>

<blockquote><p>Proposition : « Quand j’ai vu qu’on n’était que 2 à tracter, j’ai été déçu et en colère.  »</p></blockquote>

<p>Et moi, comment aurais-je pu réagir ?
J’ai argumenté sur le fond : la valeur d’un·e militant·e ne se mesure pas au nombre de tracts distribués. On est inclusif et accueillant et donc on est reconnaissant·es de chaque petite ou grande chose qu’une personne fait pour le collectif. J’étais assez contente de mes arguments, mais clairement, on a été dans un dialogue de sourds.</p>

<p>Je lui ai aussi demandé s’il avait été content de tracter, pour contrer son besoin d’avoir une médaille, en mode : « <em>on ne te demande pas de te sacrifier pour le groupe</em> ». Cet argument a porté, mais comme un coup, pas comme quelque chose qui nous réconcilie et nous rapproche (en même temps, je ne crois pas que c’était ce que je cherchais).</p>

<p>Dans son livre « Where to draw the line. How to set healthy boundaries», l’autrice recommande de poser des barrières claires à certains comportements qui ne sont pas acceptables, et je pense que celui-ci en fait partie. À la lecture de son livre, je me dis que j’aurais pu dire :</p>

<blockquote><p>« <em>Je n’accepte pas que tu portes des jugements de valeur sur les militant·es de ce groupe, soit tu arrêtes, soit j’arrête de discuter avec toi</em> ».</p></blockquote>

<h3 id="b-le-commentaire-jugeant-implicite-1" id="b-le-commentaire-jugeant-implicite-1">b) Le commentaire jugeant implicite</h3>

<p>Moi aussi je fais toutes mes courses de légumes au maraîcher ou à la biocoop. Mais je sais que c’est un privilège (j’en ai le temps et les moyens financiers).
D’un côté, j’ai envie de me dire que dans ce contexte, la meilleure option serait de se taire.</p>
<ul><li>Si tout le monde consomme comme moi, ça ne change rien de le dire.</li>
<li>Si certaines personnes ne font pas comme moi, je leur balance un peu mon mépris de classe à la tête.</li></ul>

<p>Et en même temps, je crois beaucoup à l’exemple et à l’exemplarité pour faire évoluer les normes sociales. En disant où j’achète mes légumes, je normalise le fait de les acheter ailleurs qu’en supermarché. Alors comment présenter ce que je fais sans impliquer que ne pas faire pareil c’est mal ?</p>

<p>J’ai l’impression qu’il y a plusieurs stratégies :</p>
<ol><li><strong>Show, don’t tell</strong> : rendre visible ce que je fais, sans en faire un fromage. Dire par exemple : « Je reviens des courses chez le maraîcher », sans aller plus loin.</li>
<li><strong>Expliquer ce que je gagne à avoir un certain comportement</strong>. Je peux par exemple dire : « <em>Je suis vraiment contente d’acheter mes légumes chez le maraîcher car comme ça j’ai toujours des légumes de saison, et j’ai bonne conscience d’aider des jeunes agriculteurs locaux qui font du bio</em> ».</li>
<li><strong>Avoir une formulation plus mesurée</strong> : « <em>j’essaie d’aller autant que possible chez le maraîcher et pas au supermarché pour mes légumes</em> ».</li></ol>

<p>Et qu’est-ce que j’aurais pu répondre quand j’ai assisté à cet échange ?</p>

<p>Sur le moment, j’ai juste dit : « £moi je n’y arrive pas, j’achète les citrons au supermarché bio* ».</p>

<p>J’aurais pu aussi faire un appel à nos valeurs que je sais partagées :</p>

<blockquote><p>« <em>On est d’accord que chacun·e fait comme elle peut et qu’on ne juge pas des comportements des autres ?</em> ».</p></blockquote>

<p>Ou en mode CNV (Communication non violente) :</p>

<blockquote><p>« <em>Quand tu dis ça, j’ai l’impression que si je ne fais pas comme toi, alors tu auras une mauvaise opinion de moi</em> ».</p></blockquote>

<h3 id="c-l-antiphrase" id="c-l-antiphrase">c) L’antiphrase</h3>

<p>L’antiphrase est une sorte de « non-commentaire » qui en est en fait un. Il me semble que l’idéal dans ce cas est de s’abstenir de commenter. Toutes les informations que l’on entend ne demande pas une réponse de notre part ! (ça c&#39;est une note à moi-même). D&#39;ailleurs, ce matin, quand mon interlocuteur m&#39;a dit que pour lui les vacances c&#39;était 3 semaines au soleil en Guadeloupe, je me suis tue. Point. Et c&#39;était la bonne réaction à avoir je pense.</p>

<p>Avec ma mère, j&#39;aurais pu dire ce que je ressentais. Je le lui ai d&#39;ailleurs dit plus tard : « <em>ça me rend triste de voir que tu te mets à prendre l&#39;avion car je me dis que si même les personnes écolos comme toi s&#39;y mettent, on est vraiment foutus</em> ».</p>

<p>De l&#39;autre côté, je ne sais jamais quoi répondre quand on me fait ce genre de commentaires. En général, ça me met mal à l’aise et je ne réponds rien. À la réflexion, je me dis que je pourrais essayer deux stratégies :</p>

<p>1) <strong>Questionner</strong> : « <em>Pourquoi est-ce que tu fais ce commentaire ?</em> ».
2) <strong>Poser une limite</strong> : « <em>Je ne souhaite pas t’entendre commenter mes choix de vie quand je ne te demande pas ton avis, et là c’est un commentaire en creux. Si tu le refais, je raccroche.</em> ».</p>

<h3 id="d-le-commentaire-jugeant-positif-1" id="d-le-commentaire-jugeant-positif-1">d) Le commentaire jugeant positif</h3>

<p>Le commentaire positif est celui qui me travaille le plus depuis plusieurs années. J’aime faire des compliments sincères, et ça me semble hyper important. J’ai du mal à trouver la frontière entre le compliment et le commentaire jugeant. En y réfléchissant pour cet article, j’ai l’impression qu’une des pistes est de parler en « je » :</p>
<ul><li>« <em>Très beau chemisier</em> » → « <em>J’aime beaucoup ton chemisier</em> »</li>
<li>« <em>C’était courageux que tu nous partages ça</em> » → « <em>J’ai été touchée par ton témoignage</em> » ou bien « <em>Je trouve ça difficile de partager ce type de vécu, et ça m’inspire de t’avoir entendue le faire</em> »</li>
<li>« <em>Je suis vraiment très contente que tu aies repris le dessin</em> » → « <em>J’aimerais bien savoir dessiner</em> »</li>
<li>« <em>C’est bien que tu sois allée courir</em> » → « <em>J’aimerais avoir l’énergie d’aller courir</em> ».</li>
<li>« <em>Bravo d’avoir dit xxx à yyyy</em> » → « Je sais que ça n’était pas facile à faire d’aller dire xxx à yyyy, je suis contente car j’espère que ça va faire changer les choses ». Ou bien « je ne sais pas si j’aurais osé dire xxx à yyyy ».</li></ul>

<h2 id="conclusions" id="conclusions">Conclusions</h2>

<p>J’ai entendu plusieurs fois : « <em>il suffit qu’on se rappelle le cadre en début de réunion et qu’on se dise qu’on est bienveillant·es et non jugeant·es</em> ». Et peu de temps après, cette même personne exprime des propos jugeant, sans s’en rendre compte.</p>

<p>J’ai aussi eu une discussion avec une personne très proche que je trouve très jugeante et qui m’a expliqué ne pas du tout l’être, et y faire très attention.</p>

<p>Je suis donc convaincue qu&#39;il ne suffit pas de vouloir ne pas être jugeante pour ne pas exprimer de jugements. Comme toutes les habiletés sociales, ça s&#39;apprend. Et cet article de blog était pour moi autant une manière de transmettre ce que j&#39;ai appris / lu qu&#39;un prétexte pour réfléchir sur mes pratiques et imaginer d&#39;autres manières de m&#39;exprimer.</p>

<h2 id="pour-aller-plus-loin" id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin</h2>

<p>J’ai cherché des ressources sur le jugement, et je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. Je suis donc preneuse de recommandations de lectures / podcast / … !</p>
<ul><li>J’ai trouvé chouette le livre : « Where to draw the line. How to set healthy boundaries every day » de Anne Katherine sur le fait de dire non aux comportements qui nous dérangent (dans mon cas le jugement de certain·es proches).</li>
<li>J&#39;ai été surprise dans ce podcast d&#39;apprendre qu&#39;on ne peut jamais s&#39;arrêter de juger et de se comparer aux autres : <a href="https://www.arteradio.com/son/mince_une_injonction" rel="nofollow">« Mince, une injonction »</a> du podcast vivons heureux avant la fin du monde.</li>
<li>Je me souviens d&#39;un <a href="https://boutique.arte.tv/detail/on_acheve_bien_les_gros?srsltid=AfmBOoryVFdlO02KIfR1hI6AlWtDby6pB9jfSwr3UCfx-9vbXn3Mp0ZB" rel="nofollow">documentaire d&#39;arte</a> qui expliquait à quel point les mères étaient ultra jugeantes sur leurs filles car elles voulaient les protéger de la société dont elles connaissent très bien les codes.</li></ul>

<p>Et pour poursuivre la discussion, on peut se retrouver sous ce <a href="https://social.sciences.re/@AudeCaussarieu/114920115189627888" rel="nofollow"> fil sur mastodon </a> comme je ne sais pas activer les commentaires sur ce blog, et que j&#39;ai hâte de vous lire !</p>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a></p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/des-commentaires-jugeants</guid>
      <pubDate>Sat, 26 Jul 2025 15:56:52 +0200</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Écouter vraiment</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/mais-ce-qui-compte-cest-que-les-gens-etaient-tres-contents</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Société #Psycho&#xA;Un article de blog pour prendre du recul sur des conversations dans lesquelles je ne me suis pas sentie entendue, et qui m&#39;ont énervée.&#xA;!--more--&#xA;&#xA;Petite déception, grosse frustration&#xA;&#xA;Récemment, je participais à l’organisation d’un évènement militant. J’avais travaillé avec une autre personne sur un programme qui a été chamboulé pour plusieurs raisons. La commande n’avait pas été claire et des besoins de faire autre chose sont apparus dans le groupe au fur et à mesure de la journée.&#xA;Nous nous sommes adaptés, le groupe était ravi, mais j’étais déçue. Déçue de ne pas avoir compris la commande qui n’était pas claire. Déçue que personne ne reconnaisse le travail fait qui était désormais considéré inutile. &#xA;&#xA;Pour autant, j&#39;avais bien conscience qu&#39;avec les collègues de l&#39;organisation on avait bien travaillé tout au long de l&#39;évènement et que les gens étaient contents. J&#39;avais bien conscience qu&#39;on avait eu la bonne réaction en changeant le programme. Juste, l&#39;émotion qui dominait à ce moment là était de la déception. &#xA;&#xA;Plusieurs personnes sont venues me parler du déroulé de l&#39;évènement. Ces conversations m’ont énervée plus qu&#39;elles ne m’ont consolée. &#xA;&#xA;Une première conversation à la pause, alors que j&#39;étais en train de digérer la ré-orientation de l&#39;évènement. &#xA;&#xA;  - Alors vous êtes contents ? Tout se passe comme vous voulez ?&#xA;Pas vraiment, notre organisation a été ... &#xA;Ah non mais t’inquiète pas, c&#39;est très bien comment ça se déroule, et puis c’est toujours comme ça, c’est jamais ce qui était prévu qui se passe. On avait besoin de parler. &#xA;&#xA;Cette conversation m&#39;a encore déçue. Je ne me suis pas sentie écoutée, et pire, j&#39;avais l&#39;impression que la personne me laissait entendre que j&#39;étais une débutante dans cet exercice. &#xA;&#xA;Sarah Durieux dit que nous sommes souvent à la recherche de reconnaissance. Je n&#39;y échappe pas. Je crois que le fait que personne ne s&#39;excuse ou ne soit un minimum désolé·e de bousculer l&#39;organisation qu&#39;on avait travaillé avec mon collègue me vexe. Je ressens un manque de reconnaissance du travail qu&#39;on a fait. J&#39;ai eu le sentiment tout au long de l&#39;évènement que pour les autres, notre principale valeur ajoutée avait été d&#39;ouvrir les portes, de préparer la salle, et de coordonner le rangement à la fin. J&#39;ai eu l&#39;impression que le fond de ce qu&#39;on avait fait, là où je nous (me) perçois une valeur ajoutée, n&#39;avait pas été remarqué, et ça m&#39;a frustrée. &#xA;&#xA;En fin de journée, l&#39;une des personnes qui a partagé l&#39;organisation avec nous me demande : &#xA;&#xA;  - Bon, alors vous vouliez débriefer. T&#39;en a pensé quoi ?&#xA;Je suis déçue que le travail qu’on a fait n’ait ...&#xA;Nan mais c’est pas grave, ce qui compte c’est que les gens étaient très contents ! On apprend à travailler ensemble. &#xA;OK. &#xA;&#xA;Je me suis de nouveau sentie non écoutée, mais c&#39;était encore plus dur puisque la personne m&#39;avait laissé entendre qu&#39;elle était prête à m&#39;écouter pour qu&#39;on débrieffe. Quand elle m&#39;a dit que ça n&#39;est pas grave, j&#39;ai eu l&#39;impression  que mes émotions ne sont pas légitimes, et que j&#39;étais une petite fille fragile un peu neuneu et pas une vraie pro de l&#39;organisation comme elle. Évidemment que ça n&#39;était pas son intention ! &#xA;&#xA;Poser des questions, mais ne pas écouter la réponse&#xA;Je me rappelle que ma mère nous disait souvent : &#xA;&#xA;  «  Ne pose pas la question si tu ne veux pas écouter la réponse. » &#xA;&#xA;Et durant cette journée, c&#39;est ce que j&#39;ai ressenti. Ces personnes m&#39;ont posé une question, mais elles n&#39;ont pas écouté ma réponse. Dans mon souvenir, elles m&#39;ont coupé la parole pour me dire qu&#39;il fallait que je vois le positif : les gens sont très contents.&#xA;&#xA;Pourquoi on n&#39;écoute pas ? &#xA;Je ne suis pas certaine de pourquoi ces personnes m&#39;ont posé des questions et n&#39;ont pas voulu entendre ma réponse. Et je sais que des fois c&#39;est moi qui n&#39;écoute pas et qui n&#39;entend pas. &#xA;&#xA;Le mythe du positivisme&#xA;J&#39;imagine qu&#39;elles pensaient que j&#39;avais peur que les gens ne soient pas contents et qu&#39;elles ont voulu me rassurer. Ou bien qu&#39;elles ne voulaient surtout pas qu&#39;il y ait quoi que ce soit de négatif comme feedback. On doit toujours faire comme si tout allait bien. &#xA;&#xA;  Stay positive ! &#xA;&#xA;D&#39;ailleurs, j&#39;ai l&#39;impression que dans nos milieux, il y a un mythe qui dit qu&#39;on ne doit jamais être négatif. &#xA;&#xA;Je me rappelle une militante à la fin d&#39;une fresque du climat. On nous demande nos émotions, et je dis que je n&#39;ai plus beaucoup d&#39;espoir. Elle m&#39;engueule pour me dire qu&#39;on n&#39;a pas le droit de baisser les bras, il faut rester positif et garder espoir. Je ne me suis pas sentie écoutée, et j&#39;ai eu l&#39;impression que notre relation se distendait. &#xA;&#xA;Le mythe du collectif supérieur aux individus&#xA;Quand je repense à ces échanges qui m&#39;ont énervée, j&#39;y vois aussi un autre problème des collectifs. On dit souvent que ce qui compte, c&#39;est que le groupe soit content. Comme si le groupe comptait davantage que les individus qui le constituent. Ce n&#39;était surement pas le message souhaité, mais moi j&#39;ai entendu : &#xA;&#xA;  Ce n&#39;est pas grave que tu sois déçue du moment que le groupe est content. Tu dois te sacrifier pour le groupe. Tu n&#39;as pas le droit de te plaindre. &#xA;&#xA;J&#39;ai trouvé ça particulièrement difficile dans un évènement que nous avions construit autour de la question du soin de nos collectifs (au sens du livre de Sarah Durieux). &#xA;&#xA;Une écoute active&#xA;J&#39;ai voulu écrire un article de blog car j&#39;avais besoin d&#39;analyser ce que j&#39;avais ressenti, et je ne sais le faire qu&#39;en écrivant. En plus, je suis certaine qu&#39;à d&#39;autres moments, je suis la personne qui n&#39;écoute pas. Je profite de ces deux réponses qui m&#39;ont blessée pour en faire quelque chose de positif : une situation d&#39;entraînement pour travailler mon écoute active. &#xA;&#xA;Le premier dialogue, en version écoute active. &#xA;&#xA;  - Alors vous êtes contents ? Tout se passe comme vous voulez ?&#xA;Pas vraiment, notre organisation a été chamboulée et on a travaillé pour rien.&#xA;Vous aviez beaucoup travaillé pour l&#39;organisation et vous avez l&#39;impression d&#39;avoir travaillé pour rien. [reformulation]&#xA;Oui, mais bon, je vois bien que le groupe en avait besoin. Juste ce qu&#39;on fait là on aurait pu le faire en visio. &#xA;&#xA;Pour ce dialogue, je reprends l&#39;une des techniques de l&#39;écoute active : reformuler ce qui vient d&#39;être dit pour montrer qu&#39;on a écouté et vérifier qu&#39;on a bien compris le point de vue de la personne qui parle. &#xA;&#xA;À la fin de cet échange, la personne ne m&#39;a rien apporté comme information, mais je me sens écoutée et ça m&#39;apaise. Une fois que cette émotion est entendue, je peux passer plus facilement à l&#39;analyse de l&#39;évènement produit et au fait que le groupe est content. &#xA;&#xA;Le deuxième dialogue, en version écoute active&#xA;  - Bon, alors vous vouliez débriefer. T&#39;en a pensé quoi ?&#xA;Je suis déçue que le travail qu’on a fait n’ait servi à rien. &#xA;Du coup tu penses que l&#39;évènement n&#39;a pas été réussi ? [Question fermée]&#xA;Non, je vois bien que c&#39;est ce dont les gens avaient besoin. Mais je trouve qu&#39;on aurait pu faire ça en visio et je suis agacée de ne pas avoir eu toutes les infos pour préparer correctement cet évènement. Il fallait toujours aller vite pendant les préparations, et à la fin, on a travaillé pour rien. &#xA;Qu&#39;est-ce que tu voudrais qu&#39;on retienne de ça ? [Question ouverte]&#xA;Bah déjà qu&#39;on mette en place des visios régulièrement, et puis qu&#39;on organise différemment la préparation en identifiant mieux les rôles de chacun·e. &#xA;&#xA;Je pense que je me sens un peu moins écoutée dans cette version que dans celle du premier dialogue, mais j&#39;aime qu&#39;on aille sur les solutions. J&#39;ai l&#39;impression du coup que ma déception va servir à quelque chose, que le groupe grandit et que je ne vais pas me retrouver dans la même situation la prochaine fois. &#xA;&#xA;Des compliments qui touchent&#xA;Évidemment, à la fin, nous avons eu les remerciements d&#39;usage. «&amp;nbsp;Merci pour l&#39;organisation, c&#39;était super, on vous applaudit bien fort.&amp;nbsp;» &#xA;&#xA;Je ne sais pas ce qu&#39;ont ressenti les autres, mais moi, pas grand chose de positif. J&#39;aurais été encore plus déçue de ne pas être remerciée du tout, mais j&#39;avais l&#39;impression que ces remerciements étaient très généraux et creux. Je ne vois pas de circonstances dans lesquelles on aurait dit moins. &#xA;&#xA;Je repense aux livres que j&#39;ai lus sur la communication efficace (et en particulier celui sur les manipulateurs qui font qu&#39;on dit oui à des choses où on aurait voulu dire nonsup1/sup). Un compliment sincère est un compliment qui porte sur un point précis.&#xA;&#xA;Je crois que ma petite personne rabougrie (comme dit Sarah Durieux dans son livre) aurait été nourrie si on avait complimenté l&#39;organisation pour la construction des ateliers, et pour sa capacité d&#39;adaptation pendant l&#39;évènement.   &#xA;&#xA;Suis-je une petite chose fragile ? &#xA;J&#39;ai répondu à l&#39;une des personnes que je ne me sentais pas écoutée, mais la discussion a été coupée ensuite. Je me suis sentie un peu merdeuse. &#xA;&#xA;Suis-je une petite chose fragile un peu chiante alors que les autres savent prendre de la hauteur ?&#xA;&#xA;Je doute facilement de ma légitimité à exprimer mes besoins. J&#39;ai grandi avec la croyance que ceux des autres doivent passer avant les miens. &#xA;&#xA;Je repense au livre de Sarah Durieux qui a tout un chapitre sur la critique constructive et le feedback. Un collectif fonctionnel est un collectif dans lequel on encourage la critique constructive. Ces critiques permettent d&#39;améliorer le fonctionnement du groupe mais aussi de diminuer les frustrations des un·es et des autres. &#xA;&#xA;En repensant à son livre, à d&#39;autres que j&#39;ai lu, je me dis que ma frustration est légitime, même si c&#39;est une petite chose. Ce n&#39;est pas une aussi grosse blessure que celles qui ont été partagées par les autres membres. Mais je l&#39;écris pour me convaincre (sans trop de succès) : j&#39;avais le droit d&#39;être déçue et de souhaiter que ça soit entendu. &#xA;&#xA;Nous allons avoir un moment de débrief plus structuré prochainement. J&#39;espère que j&#39;arriverai à exprimer ce qui m&#39;a frustré sans me sentir illégitime. J&#39;espère que cela contribuera à faire grandir le groupe plus qu&#39;à me faire passer pour la pénible de service. Et j&#39;espère que toi, lecteurice, tu auras trouvé de quoi te nourrir un petit peu dans ce partage d&#39;expérience et de ressenti... &#xA;&#xA;Pour aller plus loin &#xA;&#xA;Le dernier livre de Sarah Durieux qui défend (entre autres) le fait de débriefer des choses que l&#39;on fait ensemble quand on milite : a href=&#34;https://horsdatteinte.org/livre/militer-a-tout-prix/&#34;Militer à tout prix/a, Comment cesser de reproduire des logiques de dominations dans nos collectifs et les rendre plus sains ?  aux éditions hors d&#39;atteinte. &#xA;sup1/sup : le livre pour apprendre à dire non quand on a envie de dire non et qu&#39;on essaie de nous flatter ou de nous culpabiliser : Affirmez-vous face aux manipulateurs de a href=&#34;https://fredericfanget.com/mes-livres/&#34; Frédéric Fanget/a.&#xA;&#xA;#Societe #Quotidien]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Psycho" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Psycho</span></a>
<em>Un article de blog pour prendre du recul sur des conversations dans lesquelles je ne me suis pas sentie entendue, et qui m&#39;ont énervée.</em>
</p>

<h2 id="petite-déception-grosse-frustration" id="petite-déception-grosse-frustration">Petite déception, grosse frustration</h2>

<p>Récemment, je participais à l’organisation d’un évènement militant. J’avais travaillé avec une autre personne sur un programme qui a été chamboulé pour plusieurs raisons. La commande n’avait pas été claire et des besoins de faire <em>autre chose</em> sont apparus dans le groupe au fur et à mesure de la journée.
Nous nous sommes adaptés, le groupe était ravi, mais <strong>j’étais déçue</strong>. Déçue de ne pas avoir compris la commande qui n’était pas claire. Déçue que personne ne reconnaisse le travail fait qui était désormais considéré inutile.</p>

<p>Pour autant, j&#39;avais bien conscience qu&#39;avec les collègues de l&#39;organisation on avait bien travaillé tout au long de l&#39;évènement et que les gens étaient contents. J&#39;avais bien conscience qu&#39;on avait eu la bonne réaction en changeant le programme. Juste, l&#39;émotion qui dominait à ce moment là était de la déception.</p>

<p>Plusieurs personnes sont venues me parler du déroulé de l&#39;évènement. <strong>Ces conversations m’ont énervée plus qu&#39;elles ne m’ont consolée</strong>.</p>

<p>Une première conversation à la pause, alors que j&#39;étais en train de digérer la ré-orientation de l&#39;évènement.</p>

<blockquote><ul><li>Alors vous êtes contents ? Tout se passe comme vous voulez ?</li>
<li>Pas vraiment, notre organisation a été ... </li>
<li>Ah non mais t’inquiète pas, c&#39;est très bien comment ça se déroule, et puis c’est toujours comme ça, c’est jamais ce qui était prévu qui se passe. On avait besoin de parler.</li></ul>
</blockquote>

<p>Cette conversation m&#39;a encore déçue. Je ne me suis pas sentie écoutée, et pire, j&#39;avais l&#39;impression que la personne me laissait entendre que j&#39;étais une débutante dans cet exercice.</p>

<p>Sarah Durieux dit que nous sommes souvent à la recherche de reconnaissance. Je n&#39;y échappe pas. Je crois que le fait que personne ne s&#39;excuse ou ne soit un minimum désolé·e de bousculer l&#39;organisation qu&#39;on avait travaillé avec mon collègue me vexe. Je ressens un manque de reconnaissance du travail qu&#39;on a fait. J&#39;ai eu le sentiment tout au long de l&#39;évènement que pour les autres, notre principale valeur ajoutée avait été d&#39;ouvrir les portes, de préparer la salle, et de coordonner le rangement à la fin. J&#39;ai eu l&#39;impression que le fond de ce qu&#39;on avait fait, là où je nous (me) perçois une valeur ajoutée, n&#39;avait pas été remarqué, et ça m&#39;a frustrée.</p>

<p>En fin de journée, l&#39;une des personnes qui a partagé l&#39;organisation avec nous me demande :</p>

<blockquote><ul><li>Bon, alors vous vouliez débriefer. T&#39;en a pensé quoi ?</li>
<li>Je suis déçue que le travail qu’on a fait n’ait ...</li>
<li>Nan mais c’est pas grave, ce qui compte c’est que les gens étaient très contents ! On apprend à travailler ensemble.</li>
<li>OK.</li></ul>
</blockquote>

<p>Je me suis de nouveau sentie non écoutée, mais c&#39;était encore plus dur puisque la personne m&#39;avait laissé entendre qu&#39;elle était prête à m&#39;écouter pour qu&#39;on débrieffe. Quand elle m&#39;a dit que ça n&#39;est pas grave, j&#39;ai eu l&#39;impression  que mes émotions ne sont pas légitimes, et que j&#39;étais une petite fille fragile un peu neuneu et pas une vraie pro de l&#39;organisation comme elle. Évidemment que ça n&#39;était pas son intention !</p>

<h3 id="poser-des-questions-mais-ne-pas-écouter-la-réponse" id="poser-des-questions-mais-ne-pas-écouter-la-réponse">Poser des questions, mais ne pas écouter la réponse</h3>

<p>Je me rappelle que ma mère nous disait souvent :</p>

<blockquote><p>«  Ne pose pas la question si tu ne veux pas écouter la réponse. »</p></blockquote>

<p>Et durant cette journée, c&#39;est ce que j&#39;ai ressenti. Ces personnes m&#39;ont posé une question, mais elles n&#39;ont pas écouté ma réponse. Dans mon souvenir, elles m&#39;ont coupé la parole pour me dire qu&#39;<strong>il fallait que je vois le positif : les gens sont très contents.</strong></p>

<h2 id="pourquoi-on-n-écoute-pas" id="pourquoi-on-n-écoute-pas">Pourquoi on n&#39;écoute pas ?</h2>

<p>Je ne suis pas certaine de pourquoi ces personnes m&#39;ont posé des questions et n&#39;ont pas voulu entendre ma réponse. Et je sais que des fois c&#39;est moi qui n&#39;écoute pas et qui n&#39;entend pas.</p>

<h3 id="le-mythe-du-positivisme" id="le-mythe-du-positivisme">Le mythe du positivisme</h3>

<p>J&#39;imagine qu&#39;elles pensaient que j&#39;avais peur que les gens ne soient pas contents et qu&#39;elles ont voulu me rassurer. Ou bien qu&#39;elles ne voulaient surtout pas qu&#39;il y ait quoi que ce soit de négatif comme feedback. On doit toujours faire comme si tout allait bien.</p>

<blockquote><p>Stay positive !</p></blockquote>

<p>D&#39;ailleurs, j&#39;ai l&#39;impression que dans nos milieux, il y a un mythe qui dit qu&#39;<strong>on ne doit jamais être négatif</strong>.</p>

<p>Je me rappelle une militante à la fin d&#39;une fresque du climat. On nous demande nos émotions, et je dis que je n&#39;ai plus beaucoup d&#39;espoir. Elle m&#39;engueule pour me dire qu&#39;on n&#39;a pas le droit de baisser les bras, il faut rester positif et garder espoir. Je ne me suis pas sentie écoutée, et j&#39;ai eu l&#39;impression que notre relation se distendait.</p>

<h3 id="le-mythe-du-collectif-supérieur-aux-individus" id="le-mythe-du-collectif-supérieur-aux-individus">Le mythe du collectif supérieur aux individus</h3>

<p>Quand je repense à ces échanges qui m&#39;ont énervée, j&#39;y vois aussi un autre problème des collectifs. On dit souvent que ce qui compte, c&#39;est que <strong>le groupe</strong> soit content. Comme si le groupe comptait davantage que les individus qui le constituent. Ce n&#39;était surement pas le message souhaité, mais moi j&#39;ai entendu :</p>

<blockquote><p>Ce n&#39;est pas grave que tu sois déçue du moment que le groupe est content. Tu dois te sacrifier pour le groupe. Tu n&#39;as pas le droit de te plaindre.</p></blockquote>

<p>J&#39;ai trouvé ça particulièrement difficile dans un évènement que nous avions construit autour de la question <strong>du soin de nos collectifs</strong> (au sens du livre de Sarah Durieux).</p>

<h2 id="une-écoute-active" id="une-écoute-active">Une écoute active</h2>

<p>J&#39;ai voulu écrire un article de blog car j&#39;avais besoin d&#39;analyser ce que j&#39;avais ressenti, et je ne sais le faire qu&#39;en écrivant. En plus, je suis certaine qu&#39;à d&#39;autres moments, je suis la personne qui n&#39;écoute pas. Je profite de ces deux réponses qui m&#39;ont blessée pour en faire quelque chose de positif : une situation d&#39;entraînement pour travailler mon écoute active.</p>

<h3 id="le-premier-dialogue-en-version-écoute-active" id="le-premier-dialogue-en-version-écoute-active">Le premier dialogue, en version écoute active.</h3>

<blockquote><ul><li>Alors vous êtes contents ? Tout se passe comme vous voulez ?</li>
<li>Pas vraiment, notre organisation a été chamboulée et on a travaillé pour rien.</li>
<li>Vous aviez beaucoup travaillé pour l&#39;organisation et vous avez l&#39;impression d&#39;avoir travaillé pour rien. [<em>reformulation</em>]</li>
<li>Oui, mais bon, je vois bien que le groupe en avait besoin. Juste ce qu&#39;on fait là on aurait pu le faire en visio.</li></ul>
</blockquote>

<p>Pour ce dialogue, je reprends l&#39;une des techniques de l&#39;écoute active : reformuler ce qui vient d&#39;être dit pour montrer qu&#39;on a écouté et vérifier qu&#39;on a bien compris le point de vue de la personne qui parle.</p>

<p>À la fin de cet échange, la personne ne m&#39;a rien apporté comme information, mais je me sens écoutée et ça m&#39;apaise. Une fois que cette émotion est entendue, je peux passer plus facilement à l&#39;analyse de l&#39;évènement produit et au fait que le groupe est content.</p>

<h3 id="le-deuxième-dialogue-en-version-écoute-active" id="le-deuxième-dialogue-en-version-écoute-active">Le deuxième dialogue, en version écoute active</h3>

<blockquote><ul><li>Bon, alors vous vouliez débriefer. T&#39;en a pensé quoi ?</li>
<li>Je suis déçue que le travail qu’on a fait n’ait servi à rien.</li>
<li>Du coup tu penses que l&#39;évènement n&#39;a pas été réussi ? [<em>Question fermée</em>]</li>
<li>Non, je vois bien que c&#39;est ce dont les gens avaient besoin. Mais je trouve qu&#39;on aurait pu faire ça en visio et je suis agacée de ne pas avoir eu toutes les infos pour préparer correctement cet évènement. Il fallait toujours aller vite pendant les préparations, et à la fin, on a travaillé pour rien.</li>
<li>Qu&#39;est-ce que tu voudrais qu&#39;on retienne de ça ? [<em>Question ouverte</em>]</li>
<li>Bah déjà qu&#39;on mette en place des visios régulièrement, et puis qu&#39;on organise différemment la préparation en identifiant mieux les rôles de chacun·e.</li></ul>
</blockquote>

<p>Je pense que je me sens un peu moins écoutée dans cette version que dans celle du premier dialogue, mais j&#39;aime qu&#39;on aille sur les solutions. J&#39;ai l&#39;impression du coup que ma déception va servir à quelque chose, que le groupe grandit et que je ne vais pas me retrouver dans la même situation la prochaine fois.</p>

<h3 id="des-compliments-qui-touchent" id="des-compliments-qui-touchent">Des compliments qui touchent</h3>

<p>Évidemment, à la fin, nous avons eu les remerciements d&#39;usage. « <em>Merci pour l&#39;organisation, c&#39;était super, on vous applaudit bien fort</em>. »</p>

<p>Je ne sais pas ce qu&#39;ont ressenti les autres, mais moi, pas grand chose de positif. J&#39;aurais été encore plus déçue de ne pas être remerciée du tout, mais j&#39;avais l&#39;impression que ces remerciements étaient très généraux et creux. Je ne vois pas de circonstances dans lesquelles on aurait dit moins.</p>

<p>Je repense aux livres que j&#39;ai lus sur la communication efficace (et en particulier celui sur les manipulateurs qui font qu&#39;on dit <em>oui</em> à des choses où on aurait voulu dire non<sup>1</sup>). <strong>Un compliment sincère est un compliment qui porte sur un point précis.</strong></p>

<p>Je crois que ma <em>petite personne rabougrie</em> (comme dit Sarah Durieux dans son livre) aurait été nourrie si on avait complimenté l&#39;organisation pour la construction des ateliers, et pour sa capacité d&#39;adaptation pendant l&#39;évènement.</p>

<h2 id="suis-je-une-petite-chose-fragile" id="suis-je-une-petite-chose-fragile">Suis-je une petite chose fragile ?</h2>

<p>J&#39;ai répondu à l&#39;une des personnes que je ne me sentais pas écoutée, mais la discussion a été coupée ensuite. Je me suis sentie un peu merdeuse.</p>

<p><strong>Suis-je une petite chose fragile un peu chiante alors que les autres savent prendre de la hauteur ?</strong></p>

<p>Je doute facilement de ma légitimité à exprimer mes besoins. J&#39;ai grandi avec la croyance que ceux des autres doivent passer avant les miens.</p>

<p>Je repense au livre de Sarah Durieux qui a tout un chapitre sur la critique constructive et le feedback. Un collectif fonctionnel est un collectif dans lequel on encourage la critique constructive. Ces critiques permettent d&#39;améliorer le fonctionnement du groupe mais aussi de diminuer les frustrations des un·es et des autres.</p>

<p>En repensant à son livre, à d&#39;autres que j&#39;ai lu, je me dis que ma frustration est légitime, même si c&#39;est une petite chose. Ce n&#39;est pas une aussi grosse blessure que celles qui ont été partagées par les autres membres. Mais je l&#39;écris pour me convaincre (sans trop de succès) : j&#39;avais le droit d&#39;être déçue et de souhaiter que ça soit entendu.</p>

<p>Nous allons avoir un moment de débrief plus structuré prochainement. J&#39;espère que j&#39;arriverai à exprimer ce qui m&#39;a frustré sans me sentir illégitime. J&#39;espère que cela contribuera à faire grandir le groupe plus qu&#39;à me faire passer pour la pénible de service. Et j&#39;espère que toi, lecteurice, tu auras trouvé de quoi te nourrir un petit peu dans ce partage d&#39;expérience et de ressenti...</p>

<h2 id="pour-aller-plus-loin" id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin</h2>
<ul><li>Le dernier livre de Sarah Durieux qui défend (entre autres) le fait de débriefer des choses que l&#39;on fait ensemble quand on milite : <a href="https://horsdatteinte.org/livre/militer-a-tout-prix/" rel="nofollow">Militer à tout prix</a>, *Comment cesser de reproduire des logiques de dominations dans nos collectifs et les rendre plus sains ? * aux éditions hors d&#39;atteinte.</li>
<li><sup>1</sup> : le livre pour apprendre à dire <em>non</em> quand on a envie de dire non et qu&#39;on essaie de nous flatter ou de nous culpabiliser : <em>Affirmez-vous face aux manipulateurs</em> de <a href="https://fredericfanget.com/mes-livres/" rel="nofollow"> Frédéric Fanget</a>.</li></ul>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Quotidien" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Quotidien</span></a></p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/mais-ce-qui-compte-cest-que-les-gens-etaient-tres-contents</guid>
      <pubDate>Mon, 07 Jul 2025 17:07:56 +0200</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>[Lecture] La tyrannie de l&#39;absence de structures - Jo Freeman</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/lecture-la-tyrannie-de-labsence-de-structures-jo-freeman</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Société #Politique #Lecture&#xA;On aimerait toustes qu&#39;un groupe puisse fonctionner bien sans avoir besoin de perdre du temps à construire des règles. Si on a réuni que des gens très bien, ça devrait marcher, non ?.&#xA;!--more--&#xA;&#xA;Rêve d&#39;horizontalité &#xA;Il y a presque 10 ans, je créais une association avec quelques copines pour développer la recherche participative dans le monde du cheval. À cette époque, j&#39;avais deux craintes pour cette association : &#xA;&#xA;Que ça ne soit que MON association. &#xA;J&#39;assistais aux déboires d&#39;une association centrée sur une personne autocratique qui en avait été 40 ans à la tête et qui avait fait souffrir un peu tout le monde. Je voulais que l&#39;association qu&#39;on créait soit une association au service d&#39;un projet et pas d&#39;une personne. &#xA;Que les gens nouveaux ne trouvent pas facilement leur place. &#xA;J&#39;avais envie qu&#39;on soit débordées de nouvelles personnes et que ça ne reste pas que le projet d&#39;une bande de copines. &#xA;&#xA;Je crois qu&#39;on a bien réussi. Au bout d&#39;un an on était déjà 100 membres de toute la France. Au bout de 3 ans, comme je l&#39;avais annoncé au départ, j&#39;ai quitté le poste de présidente. Et aujourd&#39;hui, il n&#39;y a plus personne de l&#39;équipe de départ dans le bureau, et l&#39;association vit sa meilleure vie ! &#xA;&#xA;a href=&#34;https://sciencesequines.fr/&#34; Site de l&#39;association Sciences Équines /a&#xA;&#xA;La découverte d&#39;un vieil article féministe&#xA;Du coup, à l&#39;époque, j&#39;avais fait de la biblio pour comprendre un peu mieux les organisations, et j&#39;étais tombée sur cet article absolument génial de Jo Freeman : &#xA;&#xA;a href=&#34;https://www.jofreeman.com/joreen/tyranny.htm&#34;The tyranny of Structurelessness/a&#xA;a href=&#34;https://organisez-vous.org/tyrannie-horizontalite-jo-freeman/&#34; Une traduction en français sur le site organisez-vous /a&#xA;a href=&#34;https://infokiosques.net/spip.php?article2&#34;Une vieille traduction en français que je trouve moins facile à lire mais dont le titre est plus fidèle /a&#xA;&#xA;Il s&#39;agit d&#39;un article écrit par une femme militante féministe qui analyse les jeux de pouvoir au sein des collectifs féministes des années 1970. Elle montre qu&#39;en l&#39;absence de structuration explicite, tout collectif reproduit les systèmes de domination en cours dans nos sociétés 😔. &#xA;&#xA;  « Le laisser-faire au sein du groupe est à peu près aussi réaliste que le laissez-faire dans la société. L’idée [d&#39;une absence de structure] devient un écran de fumée qui permet aux forts ou aux chanceux d’exercer sur les autres un pouvoir que personne ne viendra remettre en question »&#xA;&#xA;Passons donc au résumé de l&#39;article. &#xA;1. Il y a toujours des structures informelles dans les groupes&#xA;La première idée forte de cet article serait assez banale en sociologie. Quel que soit le groupe ou le collectif, il y a toujours une structuration qui se fait, le plus souvent de manière informelle, c&#39;est-à-dire sans que personne ne l&#39;ait vraiment décidé. &#xA;&#xA;  Any group of people of whatever nature that comes together for any length of time for any purpose will inevitably structure itself in some fashion. &#xA;&#xA;  N’importe quel groupe d’individus – quel que soit sa nature, sa longévité ou son but – va inévitablement se structurer d’une manière ou d’une autre.&#xA;&#xA;L&#39;absence de structure ne conduit pas à une absence de hiérarchies ou de jeux de pouvoir, au contraire, elle donne davantage de pouvoir à certaines personnes sans que ça ne soit le fruit d&#39;une décision collective. &#xA;&#xA;  Thus structurelessness becomes a way of masking power, and within the women&#39;s movement is usually most strongly advocated by those who are the most powerful (whether they are conscious of their power or not).&#xA; &#xA;  Ainsi, l’absence de structures devient une façon de cacher le pouvoir, et ce sont en général les membres les plus puissantes des mouvements féministes (qu’elles soient conscientes ou non de leur pouvoir) qui en sont les plus ferventes partisantes.&#xA;&#xA;2. Le pouvoir de l&#39;élite &#xA;Jo Freeman constate qu&#39;un petit nombre de personnes prend toujours le pouvoir informellement dans les groupes. C&#39;est ce qu&#39;elle appelle l&#39;élite de ce groupe. &#xA;&#xA;  Correctly, an elite refers to a small group of people who have power over a larger group of which they are part, usually without direct responsibility to that larger group, and often without their knowledge or consent. &#xA;&#xA;  Correctement utilisé, le terme « élite » fait référence à un petit groupe de gens qui détiennent du pouvoir sur un groupe plus large dont ils font partie, généralement sans avoir à lui rendre de comptes et souvent, sans que le groupe plus large ne le sache ou ait donné son consentement.&#xA;&#xA;Une copine de militantisme me disait que quand on rejoint un tel groupe, on a la sensation de venir « à leur table ». On n&#39;est pas égaux, on est invités, et donc on doit bien se tenir et ne pas trop mettre le bazar. &#xA;&#xA;Le groupe d&#39;ami·es&#xA;L&#39;élite est très souvent un groupe d&#39;ami·es qui pré-existait au collectif. Ces personnes se connaissent, elles s&#39;appellent en dehors des réunions, elles partagent des infos entre elles. Et lors des réunions, elles font en général bloc contre les nouveaux sans s&#39;en rendre compte. &#xA;&#xA;  Elites are nothing more, and nothing less, than groups of friends who also happen to participate in the same political activities. They would probably maintain their friendship whether or not they were involved in political activities;&#xA;&#xA;  Les élites ne sont ni plus ni moins qu’un groupe d’amis dont il s’avère qu’ils sont impliqués dans les mêmes activités politiques. Leur amitié persisterait sûrement en dehors de tout engagement politique et, de même, leur engagement politique perdurerait même s’ils n’étaient plus amis.&#xA;&#xA;Une copine militante me faisait récemment remarquer qu&#39;une règle d&#39;or pour elle c&#39;est que toutes les décisions soient prises pendant les réunions. Ou son corollaire qui est plus clair : qu&#39;aucune décision ne soit prise en dehors des réunions. Cette règle permet d&#39;éviter qu&#39;on prenne une décision pendant la réunion du groupe, avec tout le monde présent, et qu&#39;ensuite quelques hommes aillent boire des bières ensemble et décident dans leur discussion qu&#39;en fait non, c&#39;était pas la bonne décision. &#xA;&#xA;Plusieurs élites &#xA;Quand le groupe est grand (comme dans un parti politique), il peut y avoir plusieurs élites qui correspondent en général à plusieurs courants. Ces courants se battent pour remporter l&#39;adhésion de l&#39;ensemble du groupe pour le pouvoir formel. &#xA;&#xA;  In a Structured group, two or more such friendship networks usually compete with each other for formal power. This is often the healthiest situation, as the other members are in a position to arbitrate between the two competitors for power and thus to make demands on those to whom they give their temporary allegiance.&#xA;&#xA;  Dans les groupes structurés, ce sont généralement deux ou plus de ces réseaux informels qui sont en compétition pour l’obtention du pouvoir formel. Cette situation est souvent la plus saine, dans la mesure où elle permet aux autres membres du groupe d’arbitrer la compétition entre les deux prétendants au pouvoir, et ainsi d’imposer leurs revendications à ceux à qui ils prêtent temporairement allégeance.&#xA;&#xA;C&#39;est qui l&#39;élite ?  &#xA;Il est relativement simple de savoir qui forme l&#39;élite d&#39;un groupe. &#xA;&#xA;Ce sont des personnes qui communiquent beaucoup entre elles, et ignorent plus ou moins le reste du groupe. &#xA;Ce sont les personnes à qui il faut demander pour qu&#39;une décision soit prise pour le groupe.  &#xA;&#xA;Dans un groupe que j&#39;ai rejoint récemment, j&#39;ai parlé d&#39;une idée à une autre personne qui m&#39;a directement répondu : « Faut que tu en parles à C. ». J&#39;ai donc ainsi appris que C. était en haut de cette hiérarchie informelle et que c&#39;est elle qu&#39;il faudrait convaincre (courtiser ?) si je veux rejoindre cette élite et faire avancer mes idées / participer aux décisions du groupe. &#xA;&#xA;Comment faire partie de l&#39;élite ? &#xA;La façon la plus simple, c&#39;est évidemment la co-optation en trouvant une genre de parrain / marraine dans l&#39;élite. Sinon, il faut jouer avec les mêmes règles que pour se faire des ami·es : partager les mêmes codes sociaux, les mêmes valeurs, socialiser dans les mêmes lieux, courtiser, etc. En gros, c&#39;est la cour de récré du collège. Et pas de bol pour moi, j&#39;y étais globalement assez nulle pour intégrer les groupes en vue... &#xA;&#xA;  The characteristics prerequisite for participating in the informal elites of the movement, and thus for exercising power, concern one&#39;s background, personality, or allocation of time. They do not include one&#39;s competence, dedication to feminism, talents, or potential contribution to the movement. The former are the criteria one usually uses in determining one&#39;s friends. The latter are what any movement or organization has to use if it is going to be politically effective.&#xA;&#xA;  Ces prérequis à la participation au sein des élites informelles, et donc à l’exercice du pouvoir, concernent surtout l’origine, la personnalité, ou le temps passé à contribuer au mouvement. Ils n’ont rien à voir avec les compétences, le dévouement au féminisme, les aptitudes ou les contributions potentielles au mouvement. La première catégorie de prérequis est celle qu’on applique généralement lorsqu’on choisit ses amis. La seconde concerne plutôt les compétences dont n’importe quel mouvement ou organisation a besoin s’il veut avoir un réel impact en politique.&#xA;&#xA;Un critère d&#39;appartenance à l&#39;élite d&#39;un groupe, c&#39;est donc d&#39;avoir du temps pour socialiser avec ce groupe, et aussi d&#39;avoir du temps tout court pour bosser pour le collectif.  &#xA;&#xA;De facto, on exclue les personnes qui n&#39;ont pas tout ce temps : &#xA;&#xA;Handies, personnes fatiguées, etc&#xA;Parents, personnes aidantes &#xA;Personnes engagées au travail car carriériste, ou personnes qui cumulent plein d&#39;emploi juste pour réussir à nourrir leurs familles&#xA;&#xA;Quand on exclue ces personnes de l&#39;élite (sans en avoir conscience), on les exclut des prises de décision, et à la fin on fait sans elles, et pas vraiment en leur nom. &#xA;&#xA;3. Le star-system &#xA;Une des conséquences négatives d&#39;un fonctionnement purement informel, c&#39;est qu&#39;il renforce le star-system. Puisqu&#39;il n&#39;y a pas de chef·fe ou de représentant·e officiel·les, les personnes à l&#39;extérieur du groupe érigeront certaines stars du groupe en porte-parole. &#xA;&#xA;Il y a un groupe féministe qui se veut totalement horizontal sur notre territoire et je me posais la question de leur position sur un incident. L&#39;une d&#39;entre elles me dit : « Toutes nos paroles ont la même valeur, il n&#39;y a pas de cheffe ». Et ça sonnait ultra faux pour moi. J&#39;étais convaincue que la parole d&#39;une des femmes moins populaire dans leur groupe risquait d&#39;être désavouée ensuite. En tous cas, pour moi, de l&#39;extérieur, les représentantes étaient les grandes gueules / les personnes les plus connues du groupe, même si ça n&#39;était pas leur volonté. &#xA;&#xA;J&#39;ai l&#39;impression que c&#39;est aussi ce qui est beaucoup arrivé dans le cadre des gilets jaunes. Certaines personnalités charismatiques sont devenues des porte parole sans avoir été désignées comme tel par leur groupe. &#xA;&#xA;  But because there are no official spokespeople nor any decision-making body that the press can query when it wants to know the movement&#39;s position on a subject, these women are perceived as the spokespeople. Thus, whether they want to or not, whether the movement likes it or not, women of public note are put in the role of spokespeople by default.&#xA;&#xA;  Mais parce qu’il n’existe pas de porteparole officiel ou d’organe décisionnel que la presse peut interroger lorsqu’elle désire connaître le point de vue du mouvement sur un sujet donné, ces femmes sont amenées à jouer le rôle de porte-parole. Ainsi, qu’elles le veuillent ou non, et que cela plaise ou non au mouvement, les femmes bénéficiant d’une certaine notoriété se voient attribuer cette fonction par défaut.&#xA;&#xA;Parfois, les femmes qui deviennent des stars sont stigmatisées dans leur groupe où les autres leur en veulent, et elles finissent parfois malheureusement par quitter le mouvement. Ce qui n&#39;est jamais une bonne chose. &#xA;&#xA;4. L&#39;impuissance politique&#xA;Le dernier reproche que fait Jo Freeman aux collectifs qui refusent de s&#39;organiser, c&#39;est leur impuissance politique. &#xA;&#xA;Il y a quelques collectifs non structurés qui fonctionnent, mais ils sont rares, et ils partagent les caractéristiques suivantes : &#xA;&#xA;Le groupe a pour but la réalisation d&#39;une tâche précise, comme publier un journal ou organiser une conférence. &#xA;Le groupe est de petite taille et homogène. En gros, c&#39;est le groupe de copaines du départ. &#xA;Les personnes communiquent bien au sein du groupe. &#xA;Les tâches à réaliser sont peu spécialisées : chacun peut faire chaque tâche. &#xA;&#xA;Quand ces conditions ne sont pas réunies, ces groupes fonctionnent mal et ne sont pas efficaces selon Jo Freeman. C&#39;est ce qui explique, selon elle, que les seuls collectifs qui se font entendre à large échelle sont des collectifs bien structurés. &#xA;&#xA;La solution : structurer le groupe de manière formelle &#xA;La seule solution est de structurer démocratiquement le groupe, et pour ça, Jo Freeman recommande 6 principes. &#xA;&#xA;Les mandats : Déléguer une forme d’autorité spécifique à des individus spécifiques, dans le but d’accomplir des tâches spécifiques, via des procédures démocratiques &#xA;Exiger de tous ceux à qui une forme d’autorité a été déléguée qu’ils rendent des comptes à ceux qui les ont sélectionnés. &#xA;« C’est ainsi que le groupe peut exercer un contrôle sur ceux qui détiennent l’autorité. Même si le pouvoir est entre les mains d’individus, au final, c’est le groupe qui décide comment ce pouvoir est exercé. »&#xA;Répartir l’autorité entre le plus d’individus possible, dans les limites du raisonnable.&#xA; Ceci évite le monopole du pouvoir, et force les détenteurs de l’autorité à consulter de nombreuses autres personnes lorsqu’ils l’exercent. &#xA;Ces personnes ont alors l’opportunité d’être responsables de tâches spécifiques, et par conséquent d’acquérir différentes compétences.&#xA;Faire tourner les tâches entre les individus. &#xA;Si une personne conserve les mêmes responsabilités trop longtemps, de manière formelle ou informelle, ces responsabilités en viennent à être perçues comme « appartenant » à cette personne, qui a alors du mal à y renoncer, et tout contrôle par le groupe devient difficile.&#xA;Diffuser l’information à tous les membres le plus souvent possible. &#xA;L’information est le pouvoir. Accéder à l’information augmente le pouvoir des individus. Je trouve que c&#39;est beaucoup plus facile aujourd&#39;hui avec les boucles de diffusion type Signal. &#xA;Donner à toustes le même accès aux ressources dont le groupe a besoin. Jo Freeman prend ici l&#39;exemple de la presse à imprimer et je ne suis pas sûre de ce que seraient les équivalents dans les collectifs que je connais. Le budget ? Les clés du local ? &#xA;&#xA;Conclusion&#xA;J&#39;ai ré-ouvert ce texte car aujourd&#39;hui je suis davantage dans une phase où  je rejoins des collectifs que dans une phase où j&#39;en crée. Je suis surprise car quand j&#39;échange sur mastodon, tout le monde connaît ces grands principes et se targue de les appliquer super bien. &#xA;Et pourtant, je reproduis encore et encore l&#39;erreur de rejoindre des collectifs dans lesquels les réseaux informels dominent et où il faut dépenser beaucoup d&#39;énergie pour pouvoir contribuer... &#xA;En un an, j&#39;ai rejoins 3 collectifs non structurés : &#xA;&#xA;Le premier, je n&#39;ai rien demandé, j&#39;y suis allée en pensant qu&#39;entre gens de gauche motivés ça se passerait bien et que je serais écoutée. Je n&#39;ai pas réussi à dire non quand on m&#39;a demandé de faire des choses juste car l&#39;une des stars l&#39;avait décidé. Je suis partie sans rien dire. &#xA;Le deuxième, je me suis engagée rapidement car la personne avec qui je devais partager la mission semblait très progressiste. J&#39;y ai laissé beaucoup d&#39;énergie et je m&#39;en suis dégoutée. &#xA;Le troisième, j&#39;ai demandé comment les décisions étaient prises avant de m&#39;engager. On m&#39;a répondu : « C&#39;est super ouvert tout le monde peut participer et est écouté », et j&#39;y ai cru (aussi parce que j&#39;avais envie d&#39;y croire). En réalité, on peut parler, oui, mais il n&#39;y a aucune structuration de la prise de décision, et on retrouve tous les défauts pointés par Jo Freeman. &#xA;&#xA;Ma morale personnelle de cette histoire c&#39;est qu&#39;avant de m&#39;engager dans un collectif, il faut vraiment que j&#39;enquête sur l&#39;existence, ou pas, d&#39;une structuration.  Et que je sache dire non, ou partir. &#xA;&#xA;#Feminisme #AutoOrganisation #Collectifs #Societe #Lecture]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Politique" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Politique</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Lecture" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Lecture</span></a>
<em>On aimerait toustes qu&#39;un groupe puisse fonctionner bien sans avoir besoin de perdre du temps à construire des règles. Si on a réuni que des gens très bien, ça devrait marcher, non ?</em>.
</p>

<h1 id="rêve-d-horizontalité" id="rêve-d-horizontalité">Rêve d&#39;horizontalité</h1>

<p>Il y a presque 10 ans, je créais une association avec quelques copines pour développer la recherche participative dans le monde du cheval. À cette époque, j&#39;avais deux craintes pour cette association :</p>
<ul><li>Que ça ne soit que MON association.
J&#39;assistais aux déboires d&#39;une association centrée sur une personne autocratique qui en avait été 40 ans à la tête et qui avait fait souffrir un peu tout le monde. Je voulais que l&#39;association qu&#39;on créait soit une association <strong>au service d&#39;un projet</strong> et pas d&#39;une personne.</li>
<li>Que les gens nouveaux ne trouvent pas facilement leur place.
J&#39;avais envie qu&#39;<strong>on soit débordées de nouvelles personnes</strong> et que ça ne reste pas que le projet d&#39;une bande de copines.</li></ul>

<p>Je crois qu&#39;on a bien réussi. Au bout d&#39;un an on était déjà 100 membres de toute la France. Au bout de 3 ans, comme je l&#39;avais annoncé au départ, j&#39;ai quitté le poste de présidente. Et aujourd&#39;hui, il n&#39;y a plus personne de l&#39;équipe de départ dans le bureau, et l&#39;association vit sa meilleure vie !</p>
<ul><li><a href="https://sciencesequines.fr/" rel="nofollow"> Site de l&#39;association Sciences Équines </a></li></ul>

<h2 id="la-découverte-d-un-vieil-article-féministe" id="la-découverte-d-un-vieil-article-féministe">La découverte d&#39;un vieil article féministe</h2>

<p>Du coup, à l&#39;époque, j&#39;avais fait de la biblio pour comprendre un peu mieux les organisations, et j&#39;étais tombée sur cet article absolument génial de Jo Freeman :</p>
<ul><li><a href="https://www.jofreeman.com/joreen/tyranny.htm" rel="nofollow">The tyranny of Structurelessness</a></li>
<li><a href="https://organisez-vous.org/tyrannie-horizontalite-jo-freeman/" rel="nofollow"> Une traduction en français sur le site organisez-vous </a></li>
<li><a href="https://infokiosques.net/spip.php?article2" rel="nofollow">Une vieille traduction en français que je trouve moins facile à lire mais dont le titre est plus fidèle </a></li></ul>

<p>Il s&#39;agit d&#39;un article écrit par une femme militante féministe qui analyse les jeux de pouvoir au sein des collectifs féministes des années 1970. Elle montre qu&#39;<strong>en l&#39;absence de structuration explicite, tout collectif reproduit les systèmes de domination en cours dans nos sociétés</strong> 😔.</p>

<blockquote><p>« Le laisser-faire au sein du groupe est à peu près aussi réaliste que le laissez-faire dans la société. L’idée [d&#39;une absence de structure] devient un écran de fumée qui permet aux forts ou aux chanceux d’exercer sur les autres un pouvoir que personne ne viendra remettre en question »</p></blockquote>

<p>Passons donc au résumé de l&#39;article.</p>

<h2 id="1-il-y-a-toujours-des-structures-informelles-dans-les-groupes" id="1-il-y-a-toujours-des-structures-informelles-dans-les-groupes">1. Il y a toujours des structures informelles dans les groupes</h2>

<p>La première idée forte de cet article serait assez banale en sociologie. Quel que soit le groupe ou le collectif, il y a toujours une structuration qui se fait, le plus souvent de manière informelle, c&#39;est-à-dire sans que personne ne l&#39;ait vraiment décidé.</p>

<blockquote><p>Any group of people of whatever nature that comes together for any length of time for any purpose will inevitably structure itself in some fashion.</p>

<p><em>N’importe quel groupe d’individus – quel que soit sa nature, sa longévité ou son but – va inévitablement se structurer d’une manière ou d’une autre.</em></p></blockquote>

<p>L&#39;absence de structure ne conduit pas à une absence de hiérarchies ou de jeux de pouvoir, au contraire, elle donne davantage de pouvoir à certaines personnes sans que ça ne soit le fruit d&#39;une décision collective.</p>

<blockquote><p>Thus structurelessness becomes a way of masking power, and within the women&#39;s movement is usually most strongly advocated by those who are the most powerful (whether they are conscious of their power or not).</p>

<p><em>Ainsi, l’absence de structures devient une façon de cacher le pouvoir, et ce sont en général les membres les plus puissantes des mouvements féministes (qu’elles soient conscientes ou non de leur pouvoir) qui en sont les plus ferventes partisantes.</em></p></blockquote>

<h2 id="2-le-pouvoir-de-l-élite" id="2-le-pouvoir-de-l-élite">2. Le pouvoir de l&#39;élite</h2>

<p>Jo Freeman constate qu&#39;un petit nombre de personnes prend toujours le pouvoir informellement dans les groupes. C&#39;est ce qu&#39;elle appelle l&#39;<strong>élite</strong> de ce groupe.</p>

<blockquote><p>Correctly, an elite refers to a small group of people who have power over a larger group of which they are part, usually without direct responsibility to that larger group, and often without their knowledge or consent.</p>

<p><em>Correctement utilisé, le terme « élite » fait référence à un petit groupe de gens qui détiennent du pouvoir sur un groupe plus large dont ils font partie, généralement sans avoir à lui rendre de comptes et souvent, sans que le groupe plus large ne le sache ou ait donné son consentement.</em></p></blockquote>

<p>Une copine de militantisme me disait que quand on rejoint un tel groupe, on a la sensation de venir « <em>à leur table</em> ». On n&#39;est pas égaux, on est invités, et donc on doit bien se tenir et ne pas trop mettre le bazar.</p>

<h3 id="le-groupe-d-ami-es" id="le-groupe-d-ami-es">Le groupe d&#39;ami·es</h3>

<p>L&#39;élite est très souvent un groupe d&#39;ami·es qui pré-existait au collectif. Ces personnes se connaissent, elles s&#39;appellent en dehors des réunions, elles partagent des infos entre elles. Et lors des réunions, elles font en général bloc contre les nouveaux sans s&#39;en rendre compte.</p>

<blockquote><p>Elites are nothing more, and nothing less, than groups of friends who also happen to participate in the same political activities. They would probably maintain their friendship whether or not they were involved in political activities;</p>

<p><em>Les élites ne sont ni plus ni moins qu’un groupe d’amis dont il s’avère qu’ils sont impliqués dans les mêmes activités politiques. Leur amitié persisterait sûrement en dehors de tout engagement politique et, de même, leur engagement politique perdurerait même s’ils n’étaient plus amis</em>.</p></blockquote>

<p>Une copine militante me faisait récemment remarquer qu&#39;une règle d&#39;or pour elle c&#39;est que <strong>toutes les décisions soient prises pendant les réunions</strong>. Ou son corollaire qui est plus clair : <strong>qu&#39;aucune décision ne soit prise en dehors des réunions</strong>. Cette règle permet d&#39;éviter qu&#39;on prenne une décision pendant la réunion du groupe, avec tout le monde présent, et qu&#39;ensuite quelques hommes aillent boire des bières ensemble et décident dans leur discussion qu&#39;en fait non, c&#39;était pas la bonne décision.</p>

<h3 id="plusieurs-élites" id="plusieurs-élites">Plusieurs élites</h3>

<p>Quand le groupe est grand (comme dans un parti politique), il peut y avoir plusieurs élites qui correspondent en général à plusieurs courants. Ces courants se <em>battent</em> pour remporter l&#39;adhésion de l&#39;ensemble du groupe pour le pouvoir formel.</p>

<blockquote><p> In a Structured group, two or more such friendship networks usually compete with each other for formal power. This is often the healthiest situation, as the other members are in a position to arbitrate between the two competitors for power and thus to make demands on those to whom they give their temporary allegiance.</p>

<p><em>Dans les groupes structurés, ce sont généralement deux ou plus de ces réseaux informels qui sont en compétition pour l’obtention du pouvoir formel. Cette situation est souvent la plus saine, dans la mesure où elle permet aux autres membres du groupe d’arbitrer la compétition entre les deux prétendants au pouvoir, et ainsi d’imposer leurs revendications à ceux à qui ils prêtent temporairement allégeance.</em></p></blockquote>

<h3 id="c-est-qui-l-élite" id="c-est-qui-l-élite">C&#39;est qui l&#39;élite ?</h3>

<p>Il est relativement simple de savoir qui forme l&#39;élite d&#39;un groupe.</p>
<ol><li>Ce sont des personnes qui <strong>communiquent beaucoup entre elles, et ignorent plus ou moins le reste du groupe</strong>.</li>
<li>Ce sont les personnes <strong>à qui il faut demander</strong> pour qu&#39;une décision soit prise pour le groupe.<br></li></ol>

<p>Dans un groupe que j&#39;ai rejoint récemment, j&#39;ai parlé d&#39;une idée à une autre personne qui m&#39;a directement répondu : « <em>Faut que tu en parles à C.</em> ». J&#39;ai donc ainsi appris que C. était en haut de cette hiérarchie informelle et que c&#39;est elle qu&#39;il faudrait convaincre (courtiser ?) si je veux rejoindre cette élite et faire avancer mes idées / participer aux décisions du groupe.</p>

<h3 id="comment-faire-partie-de-l-élite" id="comment-faire-partie-de-l-élite">Comment faire partie de l&#39;élite ?</h3>

<p>La façon la plus simple, c&#39;est évidemment la co-optation en trouvant une genre de parrain / marraine dans l&#39;élite. Sinon, il faut jouer avec les mêmes règles que pour se faire des ami·es : partager les mêmes codes sociaux, les mêmes valeurs, socialiser dans les mêmes lieux, courtiser, etc. En gros, c&#39;est la cour de récré du collège. Et pas de bol pour moi, j&#39;y étais globalement assez nulle pour intégrer les groupes <em>en vue</em>...</p>

<blockquote><p>The characteristics prerequisite for participating in the informal elites of the movement, and thus for exercising power, concern one&#39;s background, personality, or allocation of time. They do not include one&#39;s competence, dedication to feminism, talents, or potential contribution to the movement. The former are the criteria one usually uses in determining one&#39;s friends. The latter are what any movement or organization has to use if it is going to be politically effective.</p>

<p><em>Ces prérequis à la participation au sein des élites informelles, et donc à l’exercice du pouvoir, concernent surtout l’origine, la personnalité, ou le temps passé à contribuer au mouvement. Ils n’ont rien à voir avec les compétences, le dévouement au féminisme, les aptitudes ou les contributions potentielles au mouvement. La première catégorie de prérequis est celle qu’on applique généralement lorsqu’on choisit ses amis. La seconde concerne plutôt les compétences dont n’importe quel mouvement ou organisation a besoin s’il veut avoir un réel impact en politique.</em></p></blockquote>

<p>Un critère d&#39;appartenance à l&#39;élite d&#39;un groupe, c&#39;est donc d&#39;avoir du temps pour socialiser avec ce groupe, et aussi d&#39;avoir du temps tout court pour bosser pour le collectif.</p>

<p>De facto, on exclue les personnes qui n&#39;ont pas tout ce temps :</p>
<ul><li>Handies, personnes fatiguées, etc</li>
<li>Parents, personnes aidantes</li>
<li>Personnes engagées au travail car carriériste, ou personnes qui cumulent plein d&#39;emploi juste pour réussir à nourrir leurs familles</li></ul>

<p>Quand on exclue ces personnes de l&#39;élite (sans en avoir conscience), on les exclut des prises de décision, et à la fin on fait sans elles, et pas vraiment en leur nom.</p>

<h2 id="3-le-star-system" id="3-le-star-system">3. Le star-system</h2>

<p>Une des conséquences négatives d&#39;un fonctionnement purement informel, c&#39;est qu&#39;il renforce le star-system. Puisqu&#39;il n&#39;y a pas de chef·fe ou de représentant·e officiel·les, les personnes à l&#39;extérieur du groupe érigeront certaines <em>stars</em> du groupe en porte-parole.</p>

<p>Il y a un groupe féministe qui se veut totalement horizontal sur notre territoire et je me posais la question de leur position sur un incident. L&#39;une d&#39;entre elles me dit : « Toutes nos paroles ont la même valeur, il n&#39;y a pas de cheffe ». Et ça sonnait ultra faux pour moi. J&#39;étais convaincue que la parole d&#39;une des femmes moins populaire dans leur groupe risquait d&#39;être désavouée ensuite. En tous cas, pour moi, de l&#39;extérieur, les représentantes étaient les grandes gueules / les personnes les plus connues du groupe, même si ça n&#39;était pas leur volonté.</p>

<p>J&#39;ai l&#39;impression que c&#39;est aussi ce qui est beaucoup arrivé dans le cadre des gilets jaunes. Certaines personnalités charismatiques sont devenues des <em>porte parole</em> sans avoir été désignées comme tel par leur groupe.</p>

<blockquote><p>But because there are no official spokespeople nor any decision-making body that the press can query when it wants to know the movement&#39;s position on a subject, these women are perceived as the spokespeople. Thus, whether they want to or not, whether the movement likes it or not, women of public note are put in the role of spokespeople by default.</p>

<p><em>Mais parce qu’il n’existe pas de porteparole officiel ou d’organe décisionnel que la presse peut interroger lorsqu’elle désire connaître le point de vue du mouvement sur un sujet donné, ces femmes sont amenées à jouer le rôle de porte-parole. Ainsi, qu’elles le veuillent ou non, et que cela plaise ou non au mouvement, les femmes bénéficiant d’une certaine notoriété se voient attribuer cette fonction par défaut.</em></p></blockquote>

<p>Parfois, les femmes qui deviennent des stars sont stigmatisées dans leur groupe où les autres leur en veulent, et elles finissent parfois malheureusement par quitter le mouvement. Ce qui n&#39;est jamais une bonne chose.</p>

<h2 id="4-l-impuissance-politique" id="4-l-impuissance-politique">4. L&#39;impuissance politique</h2>

<p>Le dernier reproche que fait Jo Freeman aux collectifs qui refusent de s&#39;organiser, c&#39;est leur impuissance politique.</p>

<p>Il y a quelques collectifs non structurés qui fonctionnent, mais ils sont rares, et ils partagent les caractéristiques suivantes :</p>
<ol><li><strong>Le groupe a pour but la réalisation d&#39;une tâche précise</strong>, comme publier un journal ou organiser une conférence.</li>
<li><strong>Le groupe est de petite taille et homogène</strong>. En gros, c&#39;est le groupe de copaines du départ.</li>
<li><strong>Les personnes communiquent bien au sein du groupe</strong>.</li>
<li><strong>Les tâches à réaliser sont peu spécialisées</strong> : chacun peut faire chaque tâche.</li></ol>

<p>Quand ces conditions ne sont pas réunies, ces groupes fonctionnent mal et ne sont pas efficaces selon Jo Freeman. C&#39;est ce qui explique, selon elle, que les seuls collectifs qui se font entendre à large échelle sont des collectifs bien structurés.</p>

<h2 id="la-solution-structurer-le-groupe-de-manière-formelle" id="la-solution-structurer-le-groupe-de-manière-formelle">La solution : structurer le groupe de manière formelle</h2>

<p>La seule solution est de structurer démocratiquement le groupe, et pour ça, Jo Freeman recommande 6 principes.</p>
<ol><li><strong>Les mandats</strong> : Déléguer une forme d’autorité spécifique à des individus spécifiques, dans le but d’accomplir des tâches spécifiques, via des procédures démocratiques</li>
<li>Exiger de tous ceux à qui une forme d’autorité a été déléguée qu’ils <strong>rendent des comptes</strong> à ceux qui les ont sélectionnés.
« <em>C’est ainsi que le groupe peut exercer un contrôle sur ceux qui détiennent l’autorité. Même si le pouvoir est entre les mains d’individus, au final, c’est le groupe qui décide comment ce pouvoir est exercé.</em> »</li>
<li><strong>Répartir l’autorité entre le plus d’individus possible</strong>, dans les limites du raisonnable.
Ceci évite le monopole du pouvoir, et force les détenteurs de l’autorité à consulter de nombreuses autres personnes lorsqu’ils l’exercent.
Ces personnes ont alors l’opportunité d’être responsables de tâches spécifiques, et par conséquent d’acquérir différentes compétences.</li>
<li><strong>Faire tourner</strong> les tâches entre les individus.
Si une personne conserve les mêmes responsabilités trop longtemps, de manière formelle ou informelle, ces responsabilités en viennent à être perçues comme « appartenant » à cette personne, qui a alors du mal à y renoncer, et tout contrôle par le groupe devient difficile.</li>
<li><strong>Diffuser l’information</strong> à tous les membres le plus souvent possible.
L’information est le pouvoir. Accéder à l’information augmente le pouvoir des individus. Je trouve que c&#39;est beaucoup plus facile aujourd&#39;hui avec les boucles de diffusion type Signal.</li>
<li>Donner à toustes le <strong>même accès aux ressources</strong> dont le groupe a besoin. Jo Freeman prend ici l&#39;exemple de la presse à imprimer et je ne suis pas sûre de ce que seraient les équivalents dans les collectifs que je connais. Le budget ? Les clés du local ?</li></ol>

<h2 id="conclusion" id="conclusion">Conclusion</h2>

<p>J&#39;ai ré-ouvert ce texte car aujourd&#39;hui je suis davantage dans une phase où  je rejoins des collectifs que dans une phase où j&#39;en crée. Je suis surprise car quand j&#39;échange sur mastodon, tout le monde connaît ces grands principes et se targue de les appliquer super bien.
Et pourtant, je reproduis encore et encore l&#39;erreur de rejoindre des collectifs dans lesquels les réseaux informels dominent et où il faut dépenser beaucoup d&#39;énergie pour pouvoir contribuer...
En un an, j&#39;ai rejoins 3 collectifs non structurés :</p>
<ul><li>Le premier, je n&#39;ai rien demandé, j&#39;y suis allée en pensant qu&#39;entre gens de gauche motivés ça se passerait bien et que je serais écoutée. Je n&#39;ai pas réussi à dire <em>non</em> quand on m&#39;a demandé de faire des choses juste car l&#39;une des stars l&#39;avait décidé. Je suis partie sans rien dire.</li>
<li>Le deuxième, je me suis engagée rapidement car la personne avec qui je devais partager la mission semblait très <em>progressiste</em>. J&#39;y ai laissé beaucoup d&#39;énergie et je m&#39;en suis dégoutée.</li>
<li>Le troisième, j&#39;ai demandé comment les décisions étaient prises avant de m&#39;engager. On m&#39;a répondu : « <em>C&#39;est super ouvert tout le monde peut participer et est écouté</em> », et j&#39;y ai cru (aussi parce que j&#39;avais envie d&#39;y croire). En réalité, on peut parler, oui, mais il n&#39;y a aucune structuration de la prise de décision, et on retrouve tous les défauts pointés par Jo Freeman.</li></ul>

<p>Ma morale personnelle de cette histoire c&#39;est qu&#39;<strong>avant de m&#39;engager dans un collectif, il faut vraiment que j&#39;enquête sur l&#39;existence, ou pas, d&#39;une structuration</strong>.  Et que je sache dire non, ou partir.</p>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Feminisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Feminisme</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:AutoOrganisation" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">AutoOrganisation</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Collectifs" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Collectifs</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Lecture" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Lecture</span></a></p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/lecture-la-tyrannie-de-labsence-de-structures-jo-freeman</guid>
      <pubDate>Sun, 11 May 2025 09:58:08 +0200</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Qui décide qu&#39;on a été un·e bon·ne allié·e ?</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/qui-decide-quon-a-ete-un-e-bon-ne-allie-e</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Féminisme #Société&#xA;« Je crois qu&#39;on n&#39;a rien à se reprocher, on a fait ce qu&#39;il fallait. » &#xA;« Je suis un homme féministe.  »&#xA;« J&#39;ai agi par sororité. »&#xA;!--more--&#xA;&#xA;« Je crois qu&#39;on n&#39;a rien à se reprocher »&#xA;Je fais partie d&#39;un groupe qui a géré un incident de violences verbales il y a quelques temps maintenant.  Après la séquence, un homme m&#39;a dit : « Je crois qu&#39;on n&#39;a rien à se reprocher, on a fait ce qu&#39;il fallait faire », sous-entendant qu&#39;on avait très bien réagi. &#xA;&#xA;Je ne suis pas convaincue qu&#39;on ait très bien réagi, mais je ne suis pas non plus convaincue de l&#39;opposé. &#xA;&#xA;Après avoir raccroché de notre conversation, j&#39;ai réalisé ce qui m&#39;avait gênée. Ce n&#39;est pas à nous de décider de si on a bien réagi ou pas. On peut à la rigueur juger de si on a suivi les procédures ou pas. Et dans notre cas, il n&#39;y avait pas de procédures. &#xA;&#xA;En fait, il n&#39;y a que les victimes qui peuvent réellement juger de si on a été un·e bon·nne allié·e, de si on a été à la hauteur. Et la seule manière de le savoir c&#39;est de leur demander, et on ne l&#39;a pas fait. &#xA;Donc on ne sait pas si on a fait ce qu&#39;il fallait. On a fait ce qu&#39;on pensait qu&#39;il fallait faire, petite nuance. &#xA;&#xA;« Je suis un homme féministe »&#xA;Je parle souvent de féminisme, alors j&#39;ai souvent entendu des hommes me déclarer qu&#39;ils étaient féministes. De vrais alliés pour la cause. Au moment où j&#39;écris ce billet de blog, je repense à trois d&#39;entre eux : &#xA;&#xA;L&#39;un m&#39;explique qu&#39;il a connu les vraies années du féminismes (les années 70-80) et que le féminisme est une valeur très importante pour lui. Pourtant, il monopolise la parole lors de nos échanges et passe beaucoup de temps à m&#39;expliquer des choses que je sais déjà, voir que je lui ai dites. &#xA;Le second m&#39;explique que le vrai problème des femmes ce n&#39;est pas l&#39;écriture inclusive, mais le fait qu&#39;elle ne soit pas aussi bien payées que les hommes à travail égal. Je lui réponds que le vrai problème des femmes c&#39;est quand ce sont les hommes qui décident pour elles de ce que sont leurs vrais problèmes. &#xA;Un troisième m&#39;explique qu&#39;il apprend et qu&#39;il n&#39;y connait pas grand chose en féminisme comparativement à d&#39;autres hommes du groupe qui connaissent des mots compliqués comme l&#39;intersectionnalité. Pourtant, c&#39;est l&#39;homme qui a le moins de comportements virilistes de notre groupe. Vu de ma fenêtre, c&#39;est le plus féministe. &#xA;&#xA;Pour moi les deux premiers ne sont pas des masculinistes toxiques. Mais les deux ne sont pas franchement des féministes engagés. Ils auraient beaucoup à apprendre et à déconstruire pour être de bons alliés. Ils gagneraient à écouter pour de vrai les femmes qui les entourent sur ce qu&#39;ils peuvent faire pour elles comme le fait le troisième larron de mon histoire. &#xA;&#xA;Une bonne alliée des copines ?  &#xA;En écrivant ce billet, je repense à deux évènements où je pouvais être la bonne alliée. &#xA;&#xA;Quand j&#39;ai merdé et qu&#39;une copine m&#39;a dit que j&#39;avais agit par sororité&#xA;Récemment j&#39;ai merdé. Une femme m&#39;a confié un incident qu&#39;il lui est arrivé, je l&#39;ai écouté, je l&#39;ai crue, et je l&#39;ai soutenue. &#xA;&#xA;Le lendemain j&#39;ai eu l&#39;impression qu&#39;il était important que j&#39;en parle à une amie qui s&#39;entend bien avec les personnes impliquées, car elles ne se rendent pas compte de l&#39;impact de certains de leurs comportements. J&#39;avais l&#39;impression qu&#39;on pouvait améliorer les choses. &#xA;&#xA;Quelques heures plus tard, j&#39;ai réalisé que j&#39;avais surement merdé : je n&#39;avais pas demandé si je pouvais ou devais en parler. J&#39;ai recontacté la personne qui s&#39;était confiée, et effectivement, elle ne souhaitais pas que j&#39;en parle. J&#39;ai alors exprimé mes remords à ma copine, et je lui ai dit que je m&#39;en voulais. Elle m&#39;a répondu que j&#39;avais agit en pensant bien faire, par sororité, donc je ne devais pas m&#39;en vouloir.&#xA;&#xA;Et là, le mot sororité a sonné très faux pour moi quand elle l&#39;a dit.&#xA;&#xA;Ce n&#39;était pas de la sororité même si quelque part je voulais aider des femmes. C&#39;était plutôt une forme de paternalisme : Je me suis autorisée à penser à la place de la personne ce qui serait bien. La seule personne qui aurait pu me dire que c&#39;était de la sororité, c&#39;est la personne concernée, et j&#39;ai bien l&#39;impression qu&#39;elle ne l&#39;a pas vécu comme ça. &#xA;&#xA;Quand j&#39;ai bien réagi&#xA;Il y a quelques temps, un Jean-Michel Boomer a été pénible avec une copine. Rien de très grave, mais un petit a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Mansplaining&#34;mansplaining/a comme il sait bien faire. &#xA;J&#39;en ai parlé avec la copine et je lui ai demandé si elle voulait que je lui réponde en privé. J&#39;avais le statut dans ce groupe pour le faire, elle m&#39;a dit que oui, ça l&#39;arrangeait si je lui écrivais. J&#39;ai donc écrit à Jean-Michel Boomer un message mesuré car ce n&#39;était pas moi la victime, donc c&#39;était plus facile que pour ma copine. Et j&#39;ai ensuite montré le message à ma copine. &#xA;&#xA;Quelques semaines plus tard, elle m&#39;a dit qu&#39;elle l&#39;avait vraiment vécu cet évènement comme un moment de sororité. Moi j&#39;avais vraiment l&#39;impression de pas avoir fait grand chose.  Ça m&#39;a fait vraiment plaisir d&#39;avoir été sur le coup une bonne alliée.  &#xA;&#xA;Poser la question&#xA;Ces trois petits incidents m&#39;ont fait réaliser deux choses : &#xA;&#xA;Ce n&#39;est pas aux alliés de décider qu&#39;ils sont de bons alliés. &#xA;Ce n&#39;est pas aux hommes de se déclarer féministes : c&#39;est aux femmes autour d&#39;eux qu&#39;il faut le demander. &#xA;On devient un·e bon allié·e en demandant leur avis aux victimes d&#39;oppression&#xA;&#xA;Pour être une bonne alliée, je ne dois pas penser à la place des autres. Je dois leur demander : &#xA;&#xA;Comment iels ont perçu mon action ? &#xA;Qu&#39;est-ce que je peux faire pour les aider ? &#xA;&#xA;J&#39;espère qu&#39;avoir écrit ce post va m&#39;aider à moins merder dans le futur. &#xA;&#xA;Pour aller plus loin &#xA;&#xA;J&#39;ai récemment découvert a href=&#34;https://lapiscine.substack.com/p/etre-allie-e-kesako-rencontre-avec-magali-milbergue?r=2p9mwm&amp;utmcampaign=post&amp;utmmedium=web&amp;showWelcomeOnShare=false&amp;triedRedirect=true&#34;cette newsletter/a dans laquelle Apolline, l&#39;autrice de PloufLetter, échange avec Magali Milbergue sur « comment être une bonne alliée ».  À la fin de la newsletter, elle donne quelques liens pour aller plus loin et approfondir la question. Cet échange parle beaucoup de posture, et je trouve ça super intéressant. Ça fait écho à beaucoup de mes lectures autour de l&#39;entretien motivationnel... À suivre. &#xA;&#xA;#Feminisme #Paternalisme #Sororité #Societe&#xA;]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:F%C3%A9minisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Féminisme</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a>
« <em>Je crois qu&#39;on n&#39;a rien à se reprocher, on a fait ce qu&#39;il fallait.</em> »
« <em>Je suis un homme féministe.</em>  »
« <em>J&#39;ai agi par sororité.</em> »
</p>

<h2 id="je-crois-qu-on-n-a-rien-à-se-reprocher" id="je-crois-qu-on-n-a-rien-à-se-reprocher">« <em>Je crois qu&#39;on n&#39;a rien à se reprocher</em> »</h2>

<p>Je fais partie d&#39;un groupe qui a géré un incident de violences verbales il y a quelques temps maintenant.  Après la séquence, un homme m&#39;a dit : « <em>Je crois qu&#39;on n&#39;a rien à se reprocher, on a fait ce qu&#39;il fallait faire</em> », sous-entendant qu&#39;on avait très bien réagi.</p>

<p>Je ne suis pas convaincue qu&#39;on ait très bien réagi, mais je ne suis pas non plus convaincue de l&#39;opposé.</p>

<p>Après avoir raccroché de notre conversation, j&#39;ai réalisé ce qui m&#39;avait gênée. <strong>Ce n&#39;est pas à nous de décider de si on a bien réagi ou pas</strong>. On peut à la rigueur juger de si on a suivi les procédures ou pas. Et dans notre cas, il n&#39;y avait pas de procédures.</p>

<p>En fait, il n&#39;y a que les victimes qui peuvent réellement juger de si on a été un·e bon·nne allié·e, de si on a été à la hauteur. Et la seule manière de le savoir c&#39;est de leur demander, et on ne l&#39;a pas fait.
Donc on ne sait pas si on a fait ce qu&#39;il fallait. On a fait ce qu&#39;on pensait qu&#39;il fallait faire, petite nuance.</p>

<h2 id="je-suis-un-homme-féministe" id="je-suis-un-homme-féministe">« <em>Je suis un homme féministe</em> »</h2>

<p>Je parle souvent de féminisme, alors j&#39;ai souvent entendu des hommes me déclarer qu&#39;ils étaient féministes. De vrais alliés pour la cause. Au moment où j&#39;écris ce billet de blog, je repense à trois d&#39;entre eux :</p>
<ul><li>L&#39;un m&#39;explique qu&#39;<em>il a connu les vraies années du féminismes</em> (les années 70-80) et que <em>le féminisme est une valeur très importante pour lui</em>. Pourtant, <em>il monopolise la parole</em> lors de nos échanges et passe beaucoup de temps à <em>m&#39;expliquer des choses que je sais déjà, voir que je lui ai dites</em>.</li>
<li>Le second m&#39;explique que <em>le vrai problème des femmes ce n&#39;est pas l&#39;écriture inclusive, mais le fait qu&#39;elle ne soit pas aussi bien payées que les hommes à travail égal</em>. Je lui réponds que le vrai problème des femmes c&#39;est quand ce sont les hommes qui décident pour elles de ce que sont leurs vrais problèmes.</li>
<li>Un troisième m&#39;explique qu&#39;il apprend et qu&#39;il n&#39;y connait pas grand chose en féminisme comparativement à d&#39;autres hommes du groupe qui connaissent des mots compliqués comme l&#39;intersectionnalité. Pourtant, c&#39;est l&#39;homme qui a le moins de comportements virilistes de notre groupe. Vu de ma fenêtre, c&#39;est le plus <em>féministe</em>.</li></ul>

<p>Pour moi les deux premiers ne sont pas des masculinistes toxiques. Mais les deux ne sont pas franchement des féministes engagés. Ils auraient beaucoup à apprendre et à déconstruire pour être de bons alliés. Ils gagneraient à écouter pour de vrai les femmes qui les entourent sur ce qu&#39;ils peuvent faire pour elles comme le fait le troisième larron de mon histoire.</p>

<h2 id="une-bonne-alliée-des-copines" id="une-bonne-alliée-des-copines">Une bonne alliée des copines ?</h2>

<p>En écrivant ce billet, je repense à deux évènements où je pouvais être la bonne alliée.</p>

<h3 id="quand-j-ai-merdé-et-qu-une-copine-m-a-dit-que-j-avais-agit-par-sororité" id="quand-j-ai-merdé-et-qu-une-copine-m-a-dit-que-j-avais-agit-par-sororité">Quand j&#39;ai merdé et qu&#39;une copine m&#39;a dit que j&#39;avais agit par sororité</h3>

<p>Récemment j&#39;ai merdé. Une femme m&#39;a confié un incident qu&#39;il lui est arrivé, je l&#39;ai écouté, je l&#39;ai crue, et je l&#39;ai soutenue.</p>

<p>Le lendemain j&#39;ai eu l&#39;impression qu&#39;il était important que j&#39;en parle à une amie qui s&#39;entend bien avec les personnes impliquées, car elles ne se rendent pas compte de l&#39;impact de certains de leurs comportements. J&#39;avais l&#39;impression qu&#39;on pouvait améliorer les choses.</p>

<p>Quelques heures plus tard, j&#39;ai réalisé que j&#39;avais surement merdé : je n&#39;avais pas demandé si je pouvais ou devais en parler. J&#39;ai recontacté la personne qui s&#39;était confiée, et effectivement, elle ne souhaitais pas que j&#39;en parle. J&#39;ai alors exprimé mes remords à ma copine, et je lui ai dit que je m&#39;en voulais. Elle m&#39;a répondu que j&#39;avais agit en pensant bien faire, par <strong>sororité</strong>, donc je ne devais pas m&#39;en vouloir.</p>

<p>Et là, le mot <strong>sororité</strong> a sonné très faux pour moi quand elle l&#39;a dit.</p>

<p>Ce n&#39;était <strong>pas</strong> de la <strong>sororité</strong> même si quelque part je voulais aider des femmes. C&#39;était plutôt une forme de <strong>paternalisme</strong> : <em>Je me suis autorisée à penser à la place de la personne ce qui serait bien</em>. La seule personne qui aurait pu me dire que c&#39;était de la sororité, c&#39;est la personne concernée, et j&#39;ai bien l&#39;impression qu&#39;elle ne l&#39;a pas vécu comme ça.</p>

<h3 id="quand-j-ai-bien-réagi" id="quand-j-ai-bien-réagi">Quand j&#39;ai bien réagi</h3>

<p>Il y a quelques temps, un Jean-Michel Boomer a été pénible avec une copine. Rien de très grave, mais un petit <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mansplaining" rel="nofollow">mansplaining</a> comme il sait bien faire.
J&#39;en ai parlé avec la copine et je lui ai demandé si elle voulait que je lui réponde en privé. J&#39;avais le <em>statut</em> dans ce groupe pour le faire, elle m&#39;a dit que oui, ça l&#39;arrangeait si je lui écrivais. J&#39;ai donc écrit à Jean-Michel Boomer un message mesuré car ce n&#39;était pas moi la victime, donc c&#39;était plus facile que pour ma copine. Et j&#39;ai ensuite montré le message à ma copine.</p>

<p>Quelques semaines plus tard, elle m&#39;a dit qu&#39;<em>elle l&#39;avait vraiment vécu cet évènement comme un moment de sororité</em>. Moi j&#39;avais vraiment l&#39;impression de pas avoir fait grand chose.  Ça m&#39;a fait vraiment plaisir d&#39;avoir été sur le coup une bonne alliée.</p>

<h2 id="poser-la-question" id="poser-la-question">Poser la question</h2>

<p>Ces trois petits incidents m&#39;ont fait réaliser deux choses :</p>
<ol><li><strong>Ce n&#39;est pas aux alliés de décider qu&#39;ils sont de bons alliés</strong>.
Ce n&#39;est pas aux hommes de se déclarer féministes : c&#39;est aux femmes autour d&#39;eux qu&#39;il faut le demander.</li>
<li><strong>On devient un·e bon allié·e en demandant leur avis aux victimes d&#39;oppression</strong></li></ol>

<p>Pour être une bonne alliée, je ne dois pas penser à la place des autres. Je dois leur demander :</p>
<ul><li>Comment iels ont perçu mon action ?</li>
<li>Qu&#39;est-ce que je peux faire pour les aider ?</li></ul>

<p>J&#39;espère qu&#39;avoir écrit ce post va m&#39;aider à moins merder dans le futur.</p>

<h1 id="pour-aller-plus-loin" id="pour-aller-plus-loin">Pour aller plus loin</h1>
<ul><li>J&#39;ai récemment découvert <a href="https://lapiscine.substack.com/p/etre-allie-e-kesako-rencontre-avec-magali-milbergue?r=2p9mwm&amp;utm_campaign=post&amp;utm_medium=web&amp;showWelcomeOnShare=false&amp;triedRedirect=true" rel="nofollow">cette newsletter</a> dans laquelle Apolline, l&#39;autrice de PloufLetter, échange avec Magali Milbergue sur « comment être une bonne alliée ».  À la fin de la newsletter, elle donne quelques liens pour aller plus loin et approfondir la question. Cet échange parle beaucoup de posture, et je trouve ça super intéressant. Ça fait écho à beaucoup de mes lectures autour de l&#39;entretien motivationnel... À suivre.</li></ul>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Feminisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Feminisme</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Paternalisme" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Paternalisme</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Sororit%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Sororité</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a></p>
]]></content:encoded>
      <guid>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/qui-decide-quon-a-ete-un-e-bon-ne-allie-e</guid>
      <pubDate>Thu, 08 May 2025 17:39:14 +0200</pubDate>
    </item>
    <item>
      <title>Suis-je (assez) intelligente ? </title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/depuis-les-gorces/suis-je-assez-intelligente</link>
      <description>&lt;![CDATA[#Société #Psycho&#xA;Je me rappelle très bien quand je vivais encore à Lyon, quand j&#39;étais encore étudiante, et que j&#39;étais persuadée d&#39;être une erreur de casting. L&#39;école que j&#39;avais intégrée recrutait des personnes très intelligentes, et j&#39;étais convaincue que ça n&#39;était pas mon cas.&#xA;!--more--&#xA;&#xA;Arrivée à l&#39;ENS par erreur&#xA;Après les classes prépa, j&#39;ai intégré l&#39;ENS de Lyon : une école qui avait la réputation de réunir des gens très intelligents. Je suis rentrée très bien classée au concours. Mais très vite, je me suis rendue compte qu&#39;il y avait eu erreur. &#xA;&#xA;*Je n&#39;étais pas du tout aussi brillante que certains de mes camarades. J&#39;avais juste beaucoup travaillé et j&#39;avais eu de la chance, mais je n&#39;étais pas particulièrement intelligente. Je le savais déjà car en prépa j&#39;avais réussi mais en travaillant régulièrement. L&#39;ENS me l&#39;a rapidement confirmé : j&#39;avais passé 5 ou 6 heures à essayer de faire le premier de TD de physique statistique, et je n&#39;avais rien compris. Je trainais avec quelques garçons qui n&#39;avaient rien préparé, ou bien juste un peu, et qui avaient l&#39;air de maîtriser. &#xA;&#xA;Pendant ces années dorées (payée nourrie logée pour apprendre), j&#39;ai eu un énorme sentiment de ne jamais être à ma place. Je me sentais nulle, j&#39;avais un bon gros a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndromedel%27imposteur&#34;syndrome de l&#39;impostrice/a.&#xA;&#xA;L&#39;échelle de l&#39;intelligence&#xA;J&#39;avais l&#39;impression de partager avec mes camarades une sorte d&#39;échelle d&#39;intelligence sur laquelle on plaçait les gens. On en parlait pas vraiment explicitement, sauf pour mettre en avant une personne vraiment très forte, et systématiquement, c&#39;était un garçon.&#xA;&#xA;Des preuves d&#39;intelligence &#xA;Il y avait plein de signes qui montraient qu&#39;on était, ou pas, très intelligent. &#xA;&#xA;Je me rappelle de ce gars qui ramenait le Cohen-Tanoudji (gros bouquin de mécanique quantique avec plein de maths) au foyer, l&#39;endroit où on venait normalement boire des coups et déconner. Si ça se trouve, il aimait lire des trucs compliqués avec un verre de bière et du bruit autour. Mais peut-être qu&#39;il faisait comme ceux qui mettent des gros livres bien en évidence derrière eux quand ils font des visios. En tous cas, moi ça me renvoyait que je n&#39;étais clairement pas passionnée au point d&#39;amener des livres de sciences au bar, et qu&#39;il me fallait un environnement hyper calme, et tous mes neurones, pour ouvrir ce genre de livre, pas comme lui. J&#39;étais donc moins intelligente. &#xA;&#xA;L&#39;autre preuve d&#39;intelligence, c&#39;était de ne pas travailler, et de réussir les examens quand même. Pas de bol pour moi, c&#39;était réellement ce qui arrivait à mon copain. Il venait en cours où il prenait des notes et posait quelques questions, et puis il ne rouvrait jamais aucun cours. Moi j&#39;étais une laborieuse, j&#39;avais besoin de travailler pour réussir. &#xA;&#xA;J&#39;ai compris plus tard que ce n&#39;est pas pareil de grandir avec un père chercheur ou avec une mère psy, d&#39;avoir fait 3 années de prépa ou seulement deux. Et que si j&#39;étais moins forte en maths, c&#39;était parce que c&#39;était une compétence que j&#39;avais quand même moins travaillé. Il m&#39;a fallu des années pour déconstruire le mythe qui dit que l&#39;intelligence qui fait qu&#39;on réussit en maths est un don. &#xA;&#xA;Sur le sujet du don qui serait inné mais qui en fait ne l&#39;est pas du tout, je recommande l&#39;excellent livre : a href=&#34;https://en.wikipedia.org/wiki/Peak:SecretsfromtheNewScienceof_Expertise&#34;Peak: Secrets from the New Science of Expertise/a de Anders Ericsonn et Robert Pool. &#xA;&#xA;Sexisme intégré&#xA;Je me rappelle des discussions pour savoir qui était le génie, la personne ultra brillante, qui aurait dû intégrer Ulm (l&#39;école encore plus prestigieuse), mais qui avait terminé avec nous, et qui serait le Cédric Villani de notre promotion. Les noms qui circulaient parmi nous n&#39;étaient évidemment que des noms de garçons. Je n&#39;ai jamais pensé pendant ces années que ça aurait pu être l&#39;une d&#39;entre nous, l&#39;une des filles. &#xA;&#xA;Pourtant, on avait une femme enseignante qui était vraiment brillante d&#39;après les autres enseignant·es. Mais elle n&#39;était pas une très bonne enseignant·e, et son mari avait l&#39;air encore plus brillant. Il y avait beaucoup plus de légendes sur l&#39;intelligence de son mari, qui faisait de la physique statistique et qui était méprisant, que sur elle qui faisait de la mécanique des fluides et qui était gentille. &#xA; &#xA;20 ans plus tard, la personne qui me semble avoir eu la carrière scientifique la plus brillante du point de vue de la puissance de l&#39;intelligence scientifique de ma promo, c&#39;est une fille que je ne connaissais pas très bien. Elle était discrète, elle était l&#39;une des rares filles à être allée en M2 recherche, et elle est aujourd&#39;hui médaille de bronze du CNRS. &#xA;&#xA;Et aujourd&#39;hui je suis intiment convaincue que les femmes sont aussi intelligentes que les hommes et qu&#39;il y a des tas de chercheuses brillantissimes. Juste, que le monde de la recherche, et le monde de la communication autour de la recherche, sont des mondes extrêmement sexistes. Les femmes galèrent plus pour réussir, et leurs résultats sont moins valorisés que ceux des hommes. &#xA;&#xA;Pour aller plus loin sur ce qu&#39;on peut faire pour lutter contre le sexisme dans les études de sciences, j&#39;ai adoré l&#39;écoute de l&#39;épisode du podcast « Les couilles sur la table » avec Isabelle Collet : a href=&#34;https://www.binge.audio/podcast/les-couilles-sur-la-table/des-ordis-des-souris-et-des-hommes&#34;Des ordis, des souris et des hommes/a. &#xA;&#xA;Le culte de l&#39;excellence &#xA;Sans le vouloir, l&#39;institution nourrit cette culture toxique. &#xA;&#xA;Classer les élèves &#xA;Je pense que les enseignant·es nourrissent cette culture toxique lorsqu&#39;iels pensent qu&#39;il y a réellement un sens à classer les étudiant·es (et non leurs résultats). &#xA;&#xA;Je me rappelle une copine qui est partie faire un semestre à l&#39;étranger. Elle y a eu des meilleures notes qu&#39;à l&#39;ENS. À son retour les enseignant·es de l&#39;ENS ont décidé de lui baisser sa moyenne de quelques points car elle ne valait pas autant. Il était inconcevable qu&#39;elle aurait pu mieux réussir là-bas car elle avait choisi des matières qui lui convenaient mieux, ou parce que les enseignant·es y étaient meilleurs.&#xA;&#xA;Une seule compétence valorisée &#xA;J&#39;ai eu l&#39;impression qu&#39;il y avait une seule compétence vraiment valorisée : la capacité à mener des raisonnements calculatoires. Cela renforce l&#39;idée qu&#39;il existe une seule compétence qui vaille, et que c&#39;est l&#39;intelligence qui caractérise la valeur d&#39;un·e élève. &#xA;Je me rappelle aussi mon directeur de thèse dépité que je n&#39;arrive pas à mener un gros calcul et me dire : « Mais tu n&#39;as pas eu le concours toi ?? ». « Bah si, mais pas grâce aux épreuves écrites 🫣 »... &#xA;&#xA;À l&#39;inverse, je dois reconnaître qu&#39;il y a eu quelques initiatives chouettes pour valoriser d&#39;autres compétences. &#xA;Je me rappelle ce prof qui nous a dit que l&#39;examen porterait sur notre capacité à comprendre la physique et pas à faire des maths : j&#39;étais super excitée ! Ou ces enseignant·es de M2 qui nous ont interrogé sur un article de recherche et pas sur notre capacité à faire des calculs de bourrin en temps limité. Merci à eux.  &#xA;&#xA;La mécanique du jugement&#xA;Juger celleux qui sont en dessous&#xA;À la différence des maths, quand on dit que Bob est plus intelligent qu&#39;Alice, en général, ce n&#39;est pas neutre. Implicitement, on dit que Bob a plus de valeur qu&#39;Alice. Et puis on va se rattraper en disant que Alice a d&#39;autres qualités hein, elle est très gentille par exemple. (Je hurle intérieurement en écrivant ce paragraphe puant de sexisme).  &#xA;&#xA;Or donc, j&#39;ai l&#39;impression que quand on croit que cette échelle existe, et qu&#39;elle compte pour nous définir, on ne veut pas être trop en bas de l&#39;échelle. Du coup, c&#39;est rassurant de juger que certaines personnes sont moins intelligentes que moi. Ça veut dire que je suis plus haut sur l&#39;échelle avec les gens intelligents, non ? &#xA;&#xA;Un mécanisme pervers &#xA;Mais ces échelles sont perverses. On n&#39;est jamais tout en haut de l&#39;échelle, on est toujours la nulle de quelqu&#39;un d&#39;autre.  &#xA;&#xA;Je pense qu&#39;à cette époque je méprisais celleux que je pensais en dessous, et j&#39;enviais ceux qui étaient au dessus Et je me sentais nulle quand je les regardais. C&#39;était une mécanique vraiment nulle dont je ne suis pas du tout fière. &#xA;&#xA;Je vois encore plusieurs copines qui méprisent vraiment fort les personnes qu&#39;elles considèrent comme moins intelligentes qu&#39;elles. Je suis souvent du côté des personnes qu&#39;elles classent comme &#34; plus intelligentes&#34;. D&#39;un côté c&#39;est flatteur, mais en vrai, c&#39;est merdique. &#xA;&#xA;Ces copines sont souvent condescendantes et parfois maltraitantes avec des personnes qu&#39;elles ne jugent pas assez intelligentes. Et ça me fait mal de voir ça. &#xA;Et surtout, plus égoïstement, elles sont souvent pénibles avec moi. J&#39;ai l&#39;impression qu&#39;elles cherchent à me montrer mes erreurs, ce que je ne sais pas ou que je n&#39;ai pas compris pour pouvoir m&#39;appuyer un peu sur la tête et monter elles un peu plus haut sur l&#39;échelle. &#xA;&#xA;J&#39;ai réalisé assez récemment que j&#39;appréciais ces copines qui souvent me renvoient une image flatteuse, mais que je suis toujours sur le qui-vive de la remarque passive-agressive bien désagréable. Est-ce qu&#39;on peut avoir une amitié entre deux personnes qui se voient à des places différentes sur une échelle de valeur ? Je n&#39;en sais rien...*&#xA;&#xA;Conclusion&#xA;Je me suis fait du mal, et j&#39;en ai fait à d&#39;autres en renforçant cette culture toxique de l&#39;intelligence logico-mathématiques. En fait, je suis convaincue que d&#39;en parler et d&#39;expliquer comment cette mécanique du jugement fonctionne aide à s&#39;en défaire. &#xA;&#xA;J&#39;ai vraiment pris conscience en thèse que je jugeais sur l&#39;intelligence, quand j&#39;étais dans un environnement moins toxique, et que j&#39;ai pu constater la diversité des personnes qui faisaient de la recherche autour de moi. Mon parcours en sciences de l&#39;éducation m&#39;a ensuite convaincue que la performance est le fruit d&#39;autre chose qu&#39;une intelligence qui serait innée. Cet article me permet de rajouter une petite pierre pour : &#xA;&#xA;Déconstruire le mythe de l&#39;intelligence scientifique innée. Il n&#39;y a pas de don qui fait qu&#39;une personne devient Einstein. Il y a certes une petite prédisposition, mais c&#39;est surtout : un environnement qui permet de cultiver la compétence parce qu&#39;on a les bons guides, les bonnes lectures, du temps à y consacrer, une bonne santé physique et mentale, etc. &#xA;Déconstruire l&#39;échelle de valeur associée à cette intelligence scientifique. Ma thèse m&#39;a appris que la recherche était une aventure collective et qu&#39;il y avait besoin de compétences diverses. Mon directeur de thèse est brillant, mais il n&#39;aurait jamais eu cette carrière s&#39;il n&#39;avait pas été entouré de gens moins créatifs/brillants mathématiquement, mais très rigoureux et très patients. Il y a vraiment besoin de tout un tas de qualités et de compétences très différentes en recherche, et c&#39;est encore plus vrai aujourd&#39;hui. &#xA;Nourrir une réflexion plus large sur le poids des jugements de valeur dans nos relations amicales et familiales. Je viens d&#39;une famille grossophobe, classiste, élitiste, sexiste, qui croit en la valeur travail... J&#39;ai mis du temps à voir que j&#39;étais jugeante, à voir que je ne supportais pas être jugée, à comprendre à quel point j&#39;étais construite sur ces jugements. Et à commencer à les déconstruire... &#xA;&#xA;Work In Progress... &#xA;&#xA;Societe &#xA;&#xA;]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Soci%C3%A9t%C3%A9" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Société</span></a> <a href="/depuis-les-gorces/tag:Psycho" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Psycho</span></a>
<em>Je me rappelle très bien quand je vivais encore à Lyon, quand j&#39;étais encore étudiante, et que j&#39;étais persuadée d&#39;être une erreur de casting. L&#39;école que j&#39;avais intégrée recrutait des personnes très intelligentes, et j&#39;étais convaincue que ça n&#39;était pas mon cas.</em>
</p>

<h2 id="arrivée-à-l-ens-par-erreur" id="arrivée-à-l-ens-par-erreur">Arrivée à l&#39;ENS par erreur</h2>

<p>Après les classes prépa, j&#39;ai intégré l&#39;ENS de Lyon : une école qui avait la réputation de réunir des gens très intelligents. Je suis rentrée très bien classée au concours. Mais très vite, je me suis rendue compte qu&#39;il y avait eu erreur.</p>

<p><strong>Je n&#39;étais pas du tout aussi brillante que <em>certains</em> de mes camarades.</strong> J&#39;avais juste beaucoup travaillé et j&#39;avais eu de la chance, mais je n&#39;étais pas particulièrement intelligente. Je le savais déjà car en prépa j&#39;avais réussi mais en travaillant régulièrement. L&#39;ENS me l&#39;a rapidement confirmé : j&#39;avais passé 5 ou 6 heures à essayer de faire le premier de TD de physique statistique, et je n&#39;avais rien compris. Je trainais avec quelques garçons qui n&#39;avaient rien préparé, ou bien juste un peu, et qui avaient l&#39;air de maîtriser.</p>

<p>Pendant ces années dorées (payée nourrie logée pour apprendre), j&#39;ai eu un énorme sentiment de ne jamais être à ma place. Je me sentais nulle, j&#39;avais un bon gros <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_de_l%27imposteur" rel="nofollow">syndrome de l&#39;impostrice</a>.</p>

<h2 id="l-échelle-de-l-intelligence" id="l-échelle-de-l-intelligence">L&#39;échelle de l&#39;intelligence</h2>

<p>J&#39;avais l&#39;impression de partager avec mes camarades une sorte d&#39;échelle d&#39;intelligence sur laquelle on plaçait les gens. On en parlait pas vraiment explicitement, sauf pour mettre en avant une personne vraiment très forte, et systématiquement, c&#39;était un garçon.</p>

<h3 id="des-preuves-d-intelligence" id="des-preuves-d-intelligence">Des preuves d&#39;intelligence</h3>

<p>Il y avait plein de signes qui montraient qu&#39;on était, ou pas, très intelligent.</p>

<p>Je me rappelle de ce gars qui ramenait le Cohen-Tanoudji (gros bouquin de mécanique quantique avec plein de maths) au foyer, l&#39;endroit où on venait normalement boire des coups et déconner. Si ça se trouve, <strong>il aimait lire des trucs compliqués avec un verre de bière et du bruit autour</strong>. Mais peut-être qu&#39;il faisait comme ceux qui mettent des gros livres bien en évidence derrière eux quand ils font des visios. En tous cas, moi ça me renvoyait que je n&#39;étais clairement pas passionnée au point d&#39;amener des livres de sciences au bar, et qu&#39;il me fallait un environnement hyper calme, et tous mes neurones, pour ouvrir ce genre de livre, pas comme lui. J&#39;étais donc moins intelligente.</p>

<p><strong>L&#39;autre preuve d&#39;intelligence, c&#39;était de ne pas travailler, et de réussir les examens quand même</strong>. Pas de bol pour moi, c&#39;était réellement ce qui arrivait à mon copain. Il venait en cours où il prenait des notes et posait quelques questions, et puis il ne rouvrait <em>jamais</em> aucun cours. Moi j&#39;étais une laborieuse, j&#39;avais besoin de travailler pour réussir.</p>

<p>J&#39;ai compris plus tard que ce n&#39;est pas pareil de grandir avec un père chercheur ou avec une mère psy, d&#39;avoir fait 3 années de prépa ou seulement deux. Et que si j&#39;étais moins forte en maths, c&#39;était parce que c&#39;était une compétence que j&#39;avais quand même moins travaillé. Il m&#39;a fallu des années pour déconstruire le mythe qui dit que <strong>l&#39;intelligence qui fait qu&#39;on réussit en maths est un don</strong>.</p>
<ul><li>Sur le sujet du don qui serait inné mais qui en fait ne l&#39;est pas du tout, je recommande l&#39;excellent livre : <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Peak:_Secrets_from_the_New_Science_of_Expertise" rel="nofollow">Peak: Secrets from the New Science of Expertise</a> de Anders Ericsonn et Robert Pool.</li></ul>

<h3 id="sexisme-intégré" id="sexisme-intégré">Sexisme intégré</h3>

<p>Je me rappelle des discussions pour savoir <strong>qui était le génie</strong>, la personne ultra brillante, qui aurait dû intégrer Ulm (l&#39;école encore plus prestigieuse), mais qui avait terminé avec nous, et qui serait le Cédric Villani de notre promotion. Les noms qui circulaient parmi nous n&#39;étaient évidemment <strong>que des noms de garçons</strong>. Je n&#39;ai jamais pensé pendant ces années que ça aurait pu être l&#39;une d&#39;entre nous, l&#39;une des filles.</p>

<p>Pourtant, on avait une femme enseignante qui était vraiment brillante d&#39;après les autres enseignant·es. Mais elle n&#39;était pas une très bonne enseignant·e, et son mari avait l&#39;air encore plus brillant. Il y avait beaucoup plus de légendes sur l&#39;intelligence de son mari, qui faisait de la physique statistique et qui était méprisant, que sur elle qui faisait de la mécanique des fluides et qui était gentille.</p>

<p>20 ans plus tard, la personne qui me semble avoir eu la carrière scientifique la plus brillante du point de vue de <em>la puissance de l&#39;intelligence scientifique</em> de ma promo, c&#39;est une fille que je ne connaissais pas très bien. Elle était discrète, elle était l&#39;une des rares filles à être allée en M2 recherche, et elle est aujourd&#39;hui médaille de bronze du CNRS.</p>

<p>Et aujourd&#39;hui je suis intiment convaincue que <strong>les femmes sont aussi intelligentes que les hommes et qu&#39;il y a des tas de chercheuses brillantissimes</strong>. Juste, que le monde de la recherche, et le monde de la communication autour de la recherche, sont des mondes extrêmement sexistes. Les femmes galèrent plus pour réussir, et leurs résultats sont moins valorisés que ceux des hommes.</p>
<ul><li>Pour aller plus loin sur ce qu&#39;on peut faire pour lutter contre le sexisme dans les études de sciences, j&#39;ai adoré l&#39;écoute de l&#39;épisode du podcast « Les couilles sur la table » avec Isabelle Collet : <a href="https://www.binge.audio/podcast/les-couilles-sur-la-table/des-ordis-des-souris-et-des-hommes" rel="nofollow">Des ordis, des souris et des hommes</a>.</li></ul>

<h3 id="le-culte-de-l-excellence" id="le-culte-de-l-excellence">Le culte de l&#39;excellence</h3>

<p>Sans le vouloir, l&#39;institution nourrit cette culture toxique.</p>

<h4 id="classer-les-élèves" id="classer-les-élèves">Classer les élèves</h4>

<p>Je pense que les enseignant·es nourrissent cette culture toxique lorsqu&#39;iels pensent qu&#39;il y a réellement un sens à classer les étudiant·es (et non leurs résultats).</p>

<p>Je me rappelle une copine qui est partie faire un semestre à l&#39;étranger. Elle y a eu des meilleures notes qu&#39;à l&#39;ENS. À son retour les enseignant·es de l&#39;ENS ont décidé de lui baisser sa moyenne de quelques points car <em>elle ne valait pas autant</em>. Il était inconcevable qu&#39;elle aurait pu mieux réussir là-bas car elle avait choisi des matières qui lui convenaient mieux, ou parce que les enseignant·es y étaient meilleurs.</p>

<h4 id="une-seule-compétence-valorisée" id="une-seule-compétence-valorisée">Une seule compétence valorisée</h4>

<p>J&#39;ai eu l&#39;impression qu&#39;il y avait une seule compétence vraiment valorisée : la capacité à mener des raisonnements calculatoires. Cela renforce l&#39;idée qu&#39;il existe une seule compétence qui vaille, et que c&#39;est l&#39;intelligence qui caractérise la valeur d&#39;un·e élève.
Je me rappelle aussi mon directeur de thèse dépité que je n&#39;arrive pas à mener un gros calcul et me dire : « <em>Mais tu n&#39;as pas eu le concours toi ??</em> ». « <em>Bah si, mais pas grâce aux épreuves écrites</em> 🫣 »...</p>

<p>À l&#39;inverse, je dois reconnaître qu&#39;il y a eu <strong>quelques initiatives chouettes pour valoriser d&#39;autres compétences</strong>.
Je me rappelle ce prof qui nous a dit que l&#39;examen porterait sur notre capacité à comprendre la physique et pas à faire des maths : j&#39;étais super excitée ! Ou ces enseignant·es de M2 qui nous ont interrogé sur un article de recherche et pas sur notre capacité à faire des calculs de bourrin en temps limité. Merci à eux.</p>

<h2 id="la-mécanique-du-jugement" id="la-mécanique-du-jugement">La mécanique du jugement</h2>

<h3 id="juger-celleux-qui-sont-en-dessous" id="juger-celleux-qui-sont-en-dessous">Juger celleux qui sont en dessous</h3>

<p>À la différence des maths, quand on dit que Bob est plus intelligent qu&#39;Alice, en général, ce n&#39;est pas neutre. <strong>Implicitement, on dit que Bob a plus de valeur qu&#39;Alice</strong>. Et puis on va se rattraper en disant que Alice a d&#39;autres qualités hein, elle est très gentille par exemple. <em>(Je hurle intérieurement en écrivant ce paragraphe puant de sexisme)</em>.</p>

<p>Or donc, j&#39;ai l&#39;impression que quand on croit que cette échelle existe, et qu&#39;elle compte pour nous définir, on ne veut pas être trop en bas de l&#39;échelle. Du coup, <strong>c&#39;est rassurant de juger que certaines personnes sont moins intelligentes que moi</strong>. Ça veut dire que je suis plus haut sur l&#39;échelle avec les gens intelligents, non ?</p>

<h3 id="un-mécanisme-pervers" id="un-mécanisme-pervers">Un mécanisme pervers</h3>

<p>Mais ces échelles sont perverses. <strong>On n&#39;est jamais tout en haut de l&#39;échelle, on est toujours la nulle de quelqu&#39;un d&#39;autre</strong>.</p>

<p>Je pense qu&#39;à cette époque je méprisais celleux que je pensais en dessous, et j&#39;enviais ceux qui étaient au dessus Et je me sentais nulle quand je les regardais. C&#39;était une mécanique vraiment nulle dont je ne suis pas du tout fière.</p>

<p>Je vois encore plusieurs copines qui méprisent vraiment fort les personnes qu&#39;elles considèrent comme moins intelligentes qu&#39;elles. Je suis souvent du côté des personnes qu&#39;elles classent comme “ plus intelligentes”. <strong>D&#39;un côté c&#39;est flatteur, mais en vrai, c&#39;est merdique</strong>.</p>
<ul><li>Ces copines sont souvent condescendantes et parfois maltraitantes avec des personnes qu&#39;elles ne jugent pas assez intelligentes. Et ça me fait mal de voir ça.</li>
<li>Et surtout, plus égoïstement, elles sont souvent pénibles avec moi. J&#39;ai l&#39;impression qu&#39;elles cherchent à me montrer mes erreurs, ce que je ne sais pas ou que je n&#39;ai pas compris pour pouvoir m&#39;appuyer un peu sur la tête et monter elles un peu plus haut sur l&#39;échelle.</li></ul>

<p>J&#39;ai réalisé assez récemment que j&#39;appréciais ces copines qui souvent me renvoient une image flatteuse, mais que je suis toujours sur le qui-vive de la remarque passive-agressive bien désagréable. <strong>Est-ce qu&#39;on peut avoir une amitié entre deux personnes qui se voient à des places différentes sur une échelle de valeur ?</strong> <em>Je n&#39;en sais rien...</em></p>

<h2 id="conclusion" id="conclusion">Conclusion</h2>

<p>Je me suis fait du mal, et j&#39;en ai fait à d&#39;autres en renforçant cette culture toxique de l&#39;intelligence logico-mathématiques. En fait, je suis convaincue que d&#39;en parler et d&#39;expliquer comment cette mécanique du jugement fonctionne aide à s&#39;en défaire.</p>

<p>J&#39;ai vraiment pris conscience en thèse que je jugeais sur l&#39;intelligence, quand j&#39;étais dans un environnement moins toxique, et que j&#39;ai pu constater la diversité des personnes qui faisaient de la recherche autour de moi. Mon parcours en sciences de l&#39;éducation m&#39;a ensuite convaincue que la performance est le fruit d&#39;autre chose qu&#39;une intelligence qui serait innée. Cet article me permet de rajouter une petite pierre pour :</p>
<ol><li><strong>Déconstruire le mythe de l&#39;intelligence scientifique innée</strong>. Il n&#39;y a pas de don qui fait qu&#39;une personne devient Einstein. Il y a certes une petite prédisposition, mais c&#39;est surtout : un environnement qui permet de cultiver la compétence parce qu&#39;on a les bons guides, les bonnes lectures, du temps à y consacrer, une bonne santé physique et mentale, etc.</li>
<li><strong>Déconstruire l&#39;échelle de valeur associée à cette intelligence scientifique</strong>. Ma thèse m&#39;a appris que la recherche était une aventure collective et qu&#39;il y avait besoin de compétences diverses. Mon directeur de thèse est brillant, mais il n&#39;aurait jamais eu cette carrière s&#39;il n&#39;avait pas été entouré de gens moins créatifs/brillants mathématiquement, mais très rigoureux et très patients. Il y a vraiment besoin de tout un tas de qualités et de compétences très différentes en recherche, et c&#39;est encore plus vrai aujourd&#39;hui.</li>
<li><strong>Nourrir une réflexion</strong> plus large sur le <strong>poids des jugements de valeur</strong> dans nos relations amicales et familiales. Je viens d&#39;une famille grossophobe, classiste, élitiste, sexiste, qui croit en la valeur travail... J&#39;ai mis du temps à voir que j&#39;étais jugeante, à voir que je ne supportais pas être jugée, à comprendre à quel point j&#39;étais construite sur ces jugements. Et à commencer à les déconstruire...</li></ol>

<p>Work In Progress...</p>

<p><a href="/depuis-les-gorces/tag:Societe" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">Societe</span></a></p>
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      <pubDate>Mon, 28 Apr 2025 11:57:37 +0200</pubDate>
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