Fils et Mailles

L'écriture à l'enclume

Tantôt tout noir, tantôt tout blanc Le monde tangue Entre absence et éclat

En nuances de gris Entre-deux prudent Je marche en silence

Noir, blanc, gris – C’est ma vie

Puis, sans prévenir, Les couleurs Traversent mon ciel

Le temps d’un arc-en-ciel Fragile Mais infiniment vivant

Comme un malvoyant Prisonnier du noir ou du blanc

Qui, avec effort, Distingue les gris

Et voit, dans ses rêves, Les couleurs éclatantes

#poésies #dépression

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Avant la porte d’entrée, la véranda est un espace intermédiaire.
Ni vraiment dehors, ni vraiment dedans.
La grande baie coulissante d'accès est verrouillable. À l'opposé, une fenêtre à deux ventaux.

Puis la vraie porte. Elle ouvre directement sur la chambre.

Ces derniers jours, les voisins parlent de cambriolages dans le quartier.

Deux heures du matin.
Des frottements discrets.
Ça s’arrête. Ça reprend.
Quelqu’un ? Le bois ? Le vent ? Ou autre chose ? La peur, la nuit, choisit toujours l’hypothèse la plus hostile.

Alors grand éclairage dissuasif. Puis la porte s’ouvre... Ce n’est pas un intrus. C’est un petit oiseau. Affolé. Il tente de fuir.

Il se jette sur les parois vitrées. Se heurte au verre. Rebondit. Recommence.

La lumière qui éclaire l’extérieur révèle le jardin, les arbres, la nuit dégagée. Mais la paroi transparente s’est transformée en prison. Permissive le jour, elle est devenue infranchissable la nuit.

L’oiseau veut accéder à l’espace.
Il voit la liberté. Il ne voit pas la limite.

Alors il tente.
Encore et encore, dans un réflexe de panique. Il accélère. Et il se casse le nez.

Mais il recommence.
Parce que l’urgence ne raisonne pas. Elle cherche désespérément à sortir.

...

La dépression ressemble à cela.

Entrer quelque part quand tout semblait possible. Un projet, une relation... Tout à coup le tableau s'obscurcit. Les issues se referment sans qu’on comprenne comment. On se heurte à des parois invisibles. On répète les mêmes tentatives de sortie. On se cogne à ses propres pensées.

La panique monte. Le corps s’emballe. Le bon sens se désorganise. Cela devient un enjeu vital. La vie ou la mort.

Plus on veut sortir, plus on se blesse.

De l’extérieur, quelqu’un pourrait penser qu’il suffit d’ouvrir. Mais on ne voit que le verre. Toujours le verre. Jusqu’à l’épuisement.

...

Mais, quelque part, une lumière s’allume. Une porte s’entrouvre, une main se tend, une oreille attentive et bienveillante écoute. Une relation d'aide s'engage.

La parole encourage et aide à se relever...

#dépression

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Publié en 2022, prix du meilleur premier polar par le comédien, scénariste et metteur en scène Ulf Kvensler.

Un polar nordique.

Un huit-clos qui se déroule dans le grand parc naturel du Sarek en Suède.

L'auteur raconte avoir effectué une grande randonnée dans ce parc à l'âge de la cinquantaine avec deux amis pour se documenter sur ce lieu mythique. Ce fut tellement difficile et épuisant qu'il dit s'être senti comme un septuagénaire à la fin du parcours.

Grands espaces, suspense et l'art du metteur en scène...

#lectures

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Albert, une nouvelle écrite en 1857, marque les débuts littéraires de Léon Tolstoï, alors âgé de 29 ans.

En janvier 1857, à Saint-Pétersbourg, Tolstoï découvre un violiniste d’exception, Kizewetter. Fasciné par son talent, il le rencontre à plusieurs reprises et écoute son histoire. Le destin tragique de cet “artiste génial mais tourmenté” – comme Tolstoï le décrit dans son journal – le bouleverse profondément.

“À travers la puissance de la musique, une phrase résonnait sans cesse en lui : ‘Le passé est révolu. Il ne reviendra jamais. Pleure-le. Laisse couler toutes les larmes de ton âme. Car rien, jamais, ne t’apportera un bonheur plus grand.’ Et il pleurait. Ces larmes étaient libératrices.”


Source : Bibliothèque Russe et Slave (BRS)

#lectures

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Le carillon sonne à la porte. Un dring-dring ou des notes accueillantes. Les visiteurs sont arrivés. Ils ont été invités pour la première fois.

Une bonne bouteille à la main. C’est le minimum. Ou autre chose qui montre la bonne disposition de cœur, la bonne intention, la bonne éducation.

Un laisser passer vers l’intimité de l’autre. On entre. On découvre. Comme dans un musée. Il y a une atmosphère. Un décor.

Une bibliothèque, un tableau, une affiche, des objets symboliques porteurs de sens, pour montrer la direction. Playlist choisie. Lumière choisie elle aussi.

Salon est parfumé. Cône odoriférant. Un bouquet délicat. Le parfum sur la peau. Le déodorant.

Les sourires font l’ambiance. La tenue vestimentaire. Tout. Tout ici parle de l’hôte.

C’est mon havre de paix. Là je me sens bien…

Tout se déroule bien en principe. La prochaine fois, il y aura réciprocité.

Mais cette maison, comme toutes les autres, a sa porte dérobée que seul l’hôte connaît. Un corridor sombre qui mène à une chambre noire, éclairée d’une lumière rouge sang.

Là, pendent les souvenirs révélés et dissimulés. D’autres attendent, trempent encore dans des bacs. Ils montreront leur laideur en leur temps et rejoindront ceux suspendus.

Cette chambre n’était pas dans les plans. On aimerait qu’elle n’existe pas. Elle s’impose. Elle ouvre sa porte et appelle. Impossible de résister.

– Venez voir et bouchez-vous le nez. C’est ici l’envers du décor. Le musée de la mauvaise conscience et de la culpabilité.

“Il n`y a point de juste, pas même un seul…”

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Si je parle de toi, Je fais le vide autour de moi. Je passe à côté de toi, Je feins de ne pas te voir Et j'ai honte de moi.

Tu m'as donné la joie, Une joie d'enfant, Des larmes aux yeux, Un cœur débordant Et léger comme l'hélium.

Choyé, comblé, Entouré de ton amour, Flottant, les pieds légers, J'ai consumé mon plaisir Sans plus un regard pour toi.

Et toi, tu veilles sur moi. Bien que je te tourne le dos, Ton amour est si grand Tu ne t'outrages pas, Patient et encore patient.

Tu guettes le moment Où enfin je me retournerai Pour poser mon regard sur toi Et pleurer à nouveau, Mais de t'avoir tenu loin de moi.

Qu'ai-je gagné ainsi ? Qu'ai-je perdu ainsi ? Ai-je connu plus fort ? Ton amour jusqu'à la mort ? Tu m'attends de là-bas.

Comme par un aimant, Mes pas sont attirés vers toi. De honte, mes yeux baissés, Par la puissance de ton amour, Se relèvent vers ta lumière.

Je retourne vers toi. Sur ton visage, Un sourire aimant, Sans reproche, Tes bras largement ouverts.

Après m'être égaré, Je retourne vers toi. Je reviens du désert, Où tout n'était que mirages Et oasis à l'eau empoisonnée.

#poésies

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Amateur de nouveautés, Julien entre dans le TiLi.

– C'est un truc de dingue, un multivers puissance mille ! lui a dit son meilleur pote.

Grande salle au décor futuriste, avec une centaine de fauteuils alignés comme dans le compartiment d'hibernation d'un vaisseau spatial. Il n'est pas le premier arrivé, c'est sûr. Il ne reste que quatre ou cinq places à vue de nez.

Fauteuils hyper confort. Bracelets connectés et casque neuronal intégral souple avec isolation sensorielle. La fille de l'accueil s'approche. Plutôt mignonne. Ils n'ont pas lésiné chez TiLi !

– Julien, c'est ça ? Moi c'est Sarah. C'est ta première fois ? dit-elle en faisant danser ses doigts sur l'écran tactile. Je vais t'installer au G20.

Julien ouvre de grands yeux.

– Oh non, pas le G20, ça fait un peu forum économique. J'ai l'impression d'être en cours d'histoire. – Hahaha, s'esclaffe Sarah. Si tu es un peu allergique à l'histoire, je peux te proposer un emplacement plus extrême… Le Z13 ? Ou le X69 ? humm… — petit sourire et haussement de sourcils.

– Le dernier, le X... 69, tu dis ? Il semble plein de promesses, haha.

– Tu aimes les symboles, je vois — clin d'œil.

La température de la salle est adéquate, pourtant Julien sent une vague de chaleur lui monter au visage. Pourvu que ça passe inaperçu !

– Il va nous falloir ton empreinte ADN. Indispensable pour la connexion. Ah... mais je détecte que tu as déjà une puce ID implantée. Donc c'est OK ! On y va ?

Sarah lui fait signe de la suivre. Le cœur de Julien s'accélère légèrement. Un peu l'excitation de la nouveauté — un peu Sarah aussi...

– Et voilà le X69 ! Installe-toi bien confortablement.

Le fauteuil est vraiment hyper confortable. Sitôt installé, les coussins se gonflent et laissent passer un flux d'air qui le porte littéralement sur chaque centimètre carré de son corps. Il se croit en apesanteur. Sarah se penche pour lui positionner le bracelet connecté. Son parfum, mêlé à celui de sa peau, porte une signature unique. Il se projette un instant dans l’après-séance TiLi.

– Et maintenant le casque neuronal complet avec l'écran in-té-gré.

Elle prend le casque en main et tend ses bras afin de l'ajuster sur la tête de Julien. Au passage, son regard glisse sur les formes parfaites de Sarah… Déconcentration totale.

– Tu m’as entendu ? – Oh… excuses. J'ai eu la tête ailleurs à un moment… – Je disais qu'une fois le casque en place tu ne m'entendras plus que dans les écouteurs. Isolation sensorielle oblige. D'accord ? – Ok, prêt pour l'aventure !

Dans le casque, la voix de Sarah le rassure. Il hoche la tête, le cœur battant…

Soudain, c’est le noir.

– Ok, Julien. L’écran ne montre rien. C’est normal. Maintenant, tu vas chercher dans ta mémoire. Pourquoi pas un souvenir agréable ?

Julien hoche la tête. Ça y est.

Le long du trottoir qui mène à l’entrée du lycée, marche une déesse aux cheveux blonds qui lui descendent jusqu’aux hanches. Elle ne sait pas qu’elle est si belle. L’air sent le bitume chauffé par le soleil de juin. Un scooter passe au loin. Des rires éclatent.

D’un pouce levé, Julien signale à Sarah que tout est OK.

– Grâce au casque neuronal, tu n’as aucun geste à faire. Tu pilotes par la pensée. Il n'y a pas plus simple. Bonne séance. Et tu peux m’appeler à tout moment.

L’émotion lui revient en pleine figure. Brutale. Vivante. L’image gagne en précision. Elle devient 3D. Comme si on passait du 480px au 16K.

La lycéenne qu’il matait de loin, trop timide pour l’aborder… maintenant, il peut tourner autour d’elle. S’approcher si près qu’il distingue le grain de sa peau. Une mèche collée à sa joue. Il pourrait presque l’embrasser. Il tend la main. Elle passe à travers. Il réalise qu'il n’est qu’un regard.

Il se voit, quelques mètres plus loin. Lui. Dix-sept ans. Les épaules rentrées. Le regard fuyant. Ridiculement amoureux. À quoi bon se rappeler tout ça maintenant ?

Un autre souvenir surgit. Alain. Au début, ils s’étaient pris la tête. Puis il était devenu son plus grand soutien. Un frère. Julien décide d’essayer autre chose. Ne plus subir les souvenirs. Les diriger. Explorer.

– Notre voyage improvisé vers Florence. Une vieille fourgonnette avec trois potes. Libres comme des feuilles au vent.

Momo, en athlète affûté, fait son show à la piscine, marchant sur les mains jusqu au bord avant de plonger la tête la première. L’odeur du chlore. Le carrelage brûlant sous les pieds. Derrière Momo, une fille ne le quitte pas des yeux. Elle pose la main sur la cuisse de sa copine. Incline légèrement le menton vers lui.

Elle avait un kiff pour moi… Et je ne m’en suis même pas aperçu !

Il voudrait ralentir l’instant. Revenir une seconde en arrière. Tester un autre choix. Pas possible. On ne peut rien changer.

Pris par la découverte, il remarque enfin sa TL, tout en bas de son champ de vision. Une ligne horizontale, comme sur les applis de montage vidéo. Il la fait défiler doucement. Les scènes s’enchaînent. Il accélère. Ralentit. Zoom avant. Zoom arrière. C'est géant. Sans même toucher une manette.

Bientôt, Julien, les yeux sur la TL, avance doucement car TiLi se révèle être un vrai bolide. Comme sur une moto racée, quand tu ouvres à peine les gaz, elle se dresse d'un coup.

– Ah oui ! Les résultats du bac !

Le pass vers la liberté, l'éloignement du cocon familial. Respirer enfin. TiLi lit sa pensée et il assiste à ce moment où, sur le PC, il se connecte au site de l'académie de Bordeaux. Derrière lui, son équipe de supporters : Dad, Mum and Sister Team !

La souris se déplace vite. Dans tous les sens. Ça mouline comme sur tous les sites .gouv, évidemment... Mais Julien, qui maîtrise maintenant TiLi comme son game favori, avance au moment recherché, celui où il scrolle sur la liste des admis. Il la fait défiler à toute vitesse jusqu'à la lettre P...

Et là, victoire ! Son nom ! Mention passable. Il s'en fout. Il a son PASS !

Il revit cette joie intacte. Avec TiLi, il fait le tour pour revivre aussi l'allégresse sur les visages de la team. Sa sœur sautille. Sa mère lui passe la main dans les cheveux, les ébouriffe – sa façon à elle d’exprimer sa fierté.

Mais son père, derrière lui, fait la moue. Sans doute à cause de la mention. Ce jour-là, il n'avait rien remarqué, tout emballé qu'il était. Soudain, il regrette que TiLi lui ait montré ça. Son souvenir se ternit. Une petite fissure vient de se glisser dans sa victoire.

Malgré ce bémol, Julien décide de passer outre. Il veut remonter à son origine, à sa naissance. Curieux de savoir quand et comment il a pris conscience du monde qui l'entoure.

TiLi est déjà en mouvement. Objectif : le point zéro. Sa sortie en scène, ses poumons qui se gonflent, son cri. Après une première accélération, TiLi ralentit avec souplesse. Julien observe attentivement. Des images floues ressemblent aux fenêtres d'un métro passant à toute vitesse. La station Point Zéro approche.

Mais TiLi ne s'arrête pas... il continue sa régression ! Il flotte maintenant dans le ventre de sa mère. Chaleur. Battements sourds. Liquide. Suspension. Julien sent un léger vertige. Ce n’est pas ce qu’il voulait.

Il baisse les yeux vers la TL. Et là, SURPRISE ! La ligne se divise en deux trajectoires parallèles. Sa mère et son père !

Avant même la conception. Avant qu’ils ne se connaissent. Avant qu’ils ne pensent à lui. Il sent deux rythmes distincts, deux forces en attente. Il n’est pas encore un corps, pas encore un souffle. Il est présence en devenir, vibration dispersée.

Puis vient le moment de l’union. Les deux TL se rapprochent, se superposent et se fondent. Soudain… une troisième ligne surgit. Fine. Neuve. Unique. La sienne.

LE POINT ZÉRO !

Julien n’est plus en devenir. Il est. Autonome. Voilà sa trajectoire. Sa propre existence. TiLi avance doucement. Julien sent le monde s’ouvrir autour de lui. L’air vibre de sons inconnus. Des images floues se précisent. Il perçoit la pression des mains, celle de son propre poids. Ses poumons se gonflent, un vertige palpitant l'envahit.

Enfin, il pousse le CRI ! Il est né… ou re-né dans sa TL. Il comprend alors, au plus profond de lui : il est la synthèse de deux trajectoires qui s’étaient toujours cherchées. Il n’est pas un hasard. Il est attendu. Il est.

Pourtant, Julien sent qu'il a atteint la limite avec TiLi. Étonnement, découvertes, goût amer… il a le sentiment d'avoir sorti de vieilles photos d'une boîte en carton. Vouloir revivre le passé était-ce une bonne idée ? Nostalgie. Malaise.

Les souvenirs étaient plus beaux dans sa mémoire. La moue de son père, l'occasion manquée avec cette fille… Continuer ? Combien de déconvenues encore ? L'écran affiche qu'il lui reste vingt-cinq minutes, mais il en a assez vu. Il veut sortir de là.

– Sarah ? Tu es là ? – Oui Julien, je t'écoute. Tout se passe bien ? – Oui, c'est une expérience extraordinaire. Mais j'en ai fait le tour et je voudrais revenir à ici et maintenant. Tu peux venir me délivrer ? – Oui Julien, je viens te débarrasser de l'équipement.

Le casque s'efface. La lumière de la salle revient, un peu trop blanche, pique les yeux de Julien, mais c'est le visage de Sarah qui redonne du contraste au monde. Elle se penche pour défaire le bracelet, et cette fois, son parfum n'est plus une donnée TiLi : c’est une présence. Julien la regarde, pour de vrai. Ses gestes, son look, ce petit kiff qu'il ressent dans le creux de l'estomac... tout est plus vibrant que n'importe quelle simulation en 16K.

— Alors, ce voyage ? sourit-elle en rangeant le matériel. Pas trop secoué ?

Julien se lève, un peu lourd sur ses jambes, savourant justement cette pesanteur retrouvée.

— C’était... instructif. Mais je crois que je préfère les versions originales aux rediffusions. Dis-moi, tu finis à quelle heure ?

Sarah marque un temps d'arrêt, surprise, puis son sourire s'étire.

— Dans vingt minutes. Pourquoi ? Tu veux aller voir un film ?

Julien éclate de rire. Un film ? Encore un écran, encore des images qu'on ne peut pas toucher ?

— Oh non, pitié ! Surtout pas d'écran. Je t'emmène au pub au coin de la rue. On va s'attabler dans le bruit, commander des burgers qui coulent, boire un coup. On devra hurler pour s'entendre au-dessus de la musique, ou se rapprocher un peu plus...

Il plonge son regard dans le sien, cherchant cette étincelle qu'aucune TL ne pourra jamais reproduire.

— On va faire un truc révolutionnaire, Sarah : on va vivre l'instant présent.

#fictions #nouvelles

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On dit que la vie est un long fleuve tranquille. Pour moi, elle est un ruisseau.

Ce ruisseau du sud-ouest, tantôt aride, tantôt rendu impétueux par la pluie diluvienne.

Un bouchon de liège est piégé là, dans son lit. Une main invisible l’a lancé là, après avoir été expulsé d’une bouteille.
C’était une nuit, à quatre heures du matin.

Depuis ce temps-là, dans la chaleur torride d'août, il aspire à un peu d’eau tombée du ciel pour que ça bouge.

Parfois une averse arrive.

La voilà enfin. Mais le temps capricieux s’acharne.

Les trombes d’eau s’abattent sur lui, le transportent brutalement dans toutes les directions, le privent d’air – comme si cette main qui l’avait expulsé s’amusait à le tourmenter.

Projeté sur les aspérités rugueuses, il perd peu à peu sa substance.

Jadis, il côtoyait le vin, la joie, le bonheur. Il essaie de s’en souvenir, croyant faire revenir les temps où tout pétillait autour de lui.

Mais c’en est trop. Trop puissant, ce flot, cette fois.
L’eau et le vin ne se mélangent pas.

Il aperçoit, non loin, le récif – son salut qu’il ne pourra atteindre.

Soudain, un violent remous, les chocs, le tourbillon ont raison de lui.

Perdu pour toujours. Qui s’en soucie ?

Quelqu’un passe là et ne voit rien d’intéressant. Rien qui accroche le regard.

...

L’été a chassé de nouveau les nuages. Un petit garçon joue près du ruisseau asséché et trouve un bouchon qui attire son attention.

Il le saisit et, curieux, le tourne dans tous les sens. Il reconnaît, encore un peu visibles, des lettres qu’il a apprises à l’école.
Elles sont râpées, mais il lit à haute voix :

N… puis o… puis k…

Il a fièrement déchiffré le mot :

Nok !

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Je viens chez maman.
La télé tourne.
Et je suis dégoûté.

On ne sait plus où finit le programme et où commence la pub.
Pubs en rafales, destruction massive du cerveau, annihilation douce et insistante.
Le volume monte au bon moment, pile quand la pub éclate, pour que le cerveau sursaute et que l’œil reste collé.
Propagande, tampons, déodorants, caries, sourires béats, images qui frappent là où les mots ne suffisent plus.
Séries sans fin, programmes creux, bruit, fureur, rien que bruit.

Tout pour que tu restes éveillé pour la pub.
Pour que tes yeux suivent, que ton esprit se laisse happer.
Pour que tu consommes, que tu avales, que tu encaisses.

Dégoûté.

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Sur l’application Kiff Market, il fait défiler les images. La caméra du smartphone suit, attentive, son regard, à l’affût d’un signe dans ses pupilles ou son fond d’œil. Puis il se dirige vers le sas d’entrée de son appartement. Le sas est vide. Il ne trouve pas l’objet qui a activé sa convoitise sur le site. Décidément, leur slogan – sitôt kiffé, sitôt livré – ne marche pas.

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