En compagnie des mots
Sous ses pieds les pavés de la petite rue le font tantôt légèrement trébucher, tantôt rebondir mollement.
Il est là, dans la rue, au milieu du ballet des passants, mais son esprit danse ailleurs. Les mots l’entourent, espiègles, bavards, jamais fatigués.
Eux ne voient qu'un vieil homme barbu aux longs cheveux blancs, au regard bleu perçant.
Personne ne semble le voir, ne le calcule et n'a l'idée de lui prêter attention. Lui, il se parle à lui-même et il leur parle aussi mentalement.
Ils s'expriment par leur langage corporel, leur mise vestimentaire, leur coiffure, leur démarche, leurs tatoos...
Mais lui préfère les mots.
Il ne se paie pas de mots. Non, il les paie d’attention. Il les goûte, les fait rouler sous sa langue mentalement. Avoir le dernier mot ? Pourquoi pas le premier, ou celui d’après ? Il sourit. Le monde autour de lui, les passants, les vitrines, tout cela n’est qu’un décor en mouvement, une toile qui se déploie sans jamais vraiment exister.
Les mots, eux, sont bien réels. Ils ont du poids, de la texture, parfois même un parfum. Il les connaît depuis toujours, et ils le connaissent mieux encore.
Un enfant passe en courant. Courir après les mots ? Ils sont trop rapides.
Une affiche criarde : trop de mots pour ne rien dire. Quelqu'un l’effleure sans le voir. Lui aussi est un mot. Un mot oublié ?
Il continue. Il n’a pas froid, il n’a pas chaud. Il flotte un peu. Ses pieds avancent d'eux-mêmes. Il trébuche – qu' importe. Tout devient plus doux, plus léger.
Les mots chuchotent autour de lui, comme une brise dans les feuillages. Ils l’enveloppent, l’accompagnent. Plus de poids ni de course. Juste ce glissement naturel, cette caresse du silence.
Il ferme les yeux.
Et les mots, tendrement, l’emportent.
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Le dernier départ
La vie vient d’achever de tout lui prendre. Les êtres aimés, les projets, les illusions, la jeunesse.
– Vous êtes à la retraite, le meilleur des métiers, lui avait dit le jeune commercial chez le concessionnaire auto.
– Tu parles, avait-il pensé. Quand tu en arrives là, il ne te reste déjà presque plus rien. À ce stade, plus rien à fêter, sauf l’oubli.
Pourtant, il a sa petite maison à l’orée d’un bois, à la campagne. Non, ce n’est pas un palais, mais c’était à eux. Un bout de monde planté là, contre les années. Aujourd’hui, il ne ressent plus rien pour ce décor, figé à jamais.
Il tient un sac à dos qu’il attache sur le porte-bagages de son vélo.
Il tourne la clé de la porte d'entrée deux fois, lentement. Comme un rituel. Puis, dans un souffle, il jette le trousseau le plus loin qu’il le peut. Il ne regarde même pas où il tombe.
Sa vieille auto, elle peut rester là.
Puis il se dirige vers le portail et, là, au bord de la route communale, il regarde à gauche et à droite.
– Décide-toi. C’est pour toujours.
Finalement, il prend à gauche, en direction de Ribérac.
Il ne s’est même pas rasé.
Il avait pris son vélo, pensant que la route serait longue. Une vieille bicyclette, fidèle et un peu rouillée, comme lui.
Mais en chemin, un claquement sec. La chaîne s’est brisée. Il a tenté de réparer, puis il a regardé autour de lui.
Rien. Personne. Juste un chemin et un ciel bas.
Alors il l’a laissé là. Contre un arbre, sans un mot.
C’était fini pour le vélo aussi.
Il a repris la route à pied.
Un pas. Puis un autre. Et cette étrange sensation d’être plus léger.
Il pense à Pessoa : « Le chemin n’existe pas… »
Les pas succèdent aux pas. Il trace sa voie.
Ribérac, Saint-Séverin, Barbezieux, Royan, Soulac-sur-Mer.
À présent, il est fatigué, épuisé. Lentement, il a marché de nombreux kilomètres. Sur la carte, cela dessinait un court tracé, mais en réalité…
Sa barbe et ses cheveux ont poussé. Il est plutôt ébouriffé. Les gens qu’il croise n’ont pas un regard bienveillant, ou affectent de ne pas le voir.
Mais il est arrivé jusqu’à la mer. C’est la fin du voyage. Toutes les fibres de son corps le lui disent. Son âme est attirée par l’océan.
Un soir, il s’assoit sur le sable de la plage. Son visage buriné est irradié par le coucher du soleil. Il sourit à la lumière.
Il le sait. À la faveur de la pénombre qui s’avance, il va se lever, laisser son sac, son fardeau, derrière lui, et marcher vers la mer. S’enfoncer encore et encore, jusqu’à être englouti. Comme un retour à la matrice qui lui a donné le jour.
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Flocon
Flocon, tombe ici et là sur mon âme noircie. Un peu par ici, un peu par là.
Appelle tes compères à gonflette pour me recouvrir vite.
Donne‑moi une apparence de pureté, moi qui suis entaché de fautes et d'erreurs charnelles.
Recouvre la terre de ta blancheur. Étouffe les bruits de guerre.
Ralentis mon métabolisme surchauffé. Par ta cryothérapie, rends‑moi insensible à la douleur.
Rappelle‑moi la luge de mon enfance, incontrôlable, qui fonçait droit devant, moi riant sans retenue, emporté par la glisse.
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Vieille branche
– Alors comment ça va vieille branche ?
– Vieille branche toi-même ! Accro branche, va !
– Qu'est-ce que je vois là ? Des petites pousses ? Il va falloir raser tout ça. C'est pas net. Sinon tu vas rater l'embûche.
– Rater l’embûche ? Mais tu rêves en plein bois ! – Et toi tu n'as pas inventé la scie égoïne. Tu as toujours eu des nœuds aux cerneaux !
– Vieille branche, vieille branche… tu sais que j’ai encore tout mon feuillage, moi ! – Oui et bien, vu comment tu trembles quand il y a du vent, tu ressembles plus à un arbre à café qu'à un arbre à pain.
– Allez, on ne va pas se disputer et s'envoyer des copeaux. Au fond, on est du même tronc. Tournons la feuille.
– Viens, on va prendre l’air. J’ai besoin de photosynthèse...
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Carnatique
J'étais jeune infirmier en cardio. Un jour, je suis dans la chambre d’un patient, un jeune homme. Je crois qu’il était journaliste. Il écoutait de la musique indienne : les phrasés, la flûte, les tabla, les tambours…
Je n’y connaissais rien à l’Inde, mais quelque chose m’a touché. J’en ai parlé avec lui, et, dans sa générosité, il m’a offert la K7. Exemplaire unique et non commercial, enregistrée par lui-même avec son matériel pro. Une K7 en or pour moi.
Dès que je l’écoutais, sur mon walkman ou ma chaîne hi-fi à la maison, tout le reste s’effaçait. La fatigue du service, les soucis, le temps… Je me sentais transporté, comme suspendu dans un espace hors du quotidien. Les rythmes répétés, les tabla et les tambours, me mettaient dans une hypnose douce ; la flûte m’élevait, m’emportait dans quelque chose de plus vaste, de plus calme. C’était une musique qui ouvrait le temps, qui le ralentissait, qui me mettait en paix.
Et puis le temps a passé, et d’autres musiques m’ont attiré. Mais un jour, j’ai eu besoin de me reconnecter à l’Inde. Malheur ! je ne retrouvais plus la K7. Je l’avais perdue.
Aujourd’hui encore, je m’en veux.
Mais ce qu’elle m’a donné, je l'ai toujours au fond de moi. Les sons, le frisson, cette sensation mystique et d'élévation… c’est toujours là, intact.
Et ce raga, trouvé aujourd’hui, a ravivé ce souvenir :
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La caverne
Marcher, marcher sans cesse. Quand le sentier est droit ou sinueux, pilotage automatique. À la croisée des chemins, de quel côté sans boussole ? Où est-ce que ça mène ? De toute façon, je me sens perdu. Je ne sais qu’une chose : c’est qu’il faut marcher. Pas d’objectif. Marcher.
Je sais que le chemin lisse autrefois va être rocailleux et glissant. Je chuterai. J’aurai mal. J’aurai des blessures. Marcher sur un chemin désert. Pas âme qui vive. Pas de sourires. Pas de mains tendues. Espérer le soleil.
Les nuages lourds, gris et métalliques s’approchent. Ils portent en eux le grondement, l’éclair, puis la foudre. Je regarde tout autour à la recherche d’un cluseau, d’une caverne pour me mettre à l’abri, dans la pénombre, l’obscurité. De là, au loin, je scruterai le chemin.
Mais personne ne passe. Personne qui aurait le regard attiré vers la caverne. Le chemin, toujours ce chemin. Qu’en ai-je à faire de ce chemin.
Ma vision se brouille. Les pilules ne font plus d’effet. Je les jette loin, comme la Semeuse, pour ne pas les retrouver. Dans ma tête, la nostalgie serait un moindre mal. Perdu le chemin. Perdu la trace de mes pas. Comment retourner en arrière ? Où était ce chemin lumineux ?
Sortir de la caverne. Reprendre ce chemin où les couleurs sont diaphanes et deviennent peu à peu des nuances de gris. Au bout, il y aura un passage.
Derrière ce passage, vais-je trouver la lumière éclatante, des couleurs merveilleuses que je n’ai jamais connues ? Ou le noir total ? Il buio nero ?
Je sais quoi faire. Me coucher sur le côté, sur la roche dure et humide de la caverne. Fermer les yeux…
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Stargate
J'ai une IRM tard cet après-midi.
Ça veut dire Imagerie à Résonance Magnétique. J'ai appris ça.
Je vais entrer en résonance avec mon moi sidéral et quand je sortirai de là j'aurai un magnétisme fou.
Les gens vont se retourner sur mon passage et je marcherai comme une célébrité.
Peut-être que je pourrai gratter un peu de radioactivité et alors je scintillerai dans l'obscurité du soir.
Je serai vraiment pas comme les autres !
Qui sait ? Mon cerveau va se débloquer et j'aurai accès à la totalité de sa capacité phénoménale.
Vrai ! Je vais pouvoir créer des choses que même les plus téméraires n'ont pas osées.
Je sais pas moi... me télétransporter à des milliers de kilomètres et visiter tous les endroits au bout du monde qui sont sur les prospectus des agences de voyage et aller dans les plus beaux hôtels.
Car je serai devenu riche avant évidemment.
Bon ça y est, je suis dans la salle où on attend l'irm.
J'ai un peu le trac ! Il parait que c'est une grosse machine comme dans Stargate. Une porte spatio-temporelle. Mais je suis excité aussi.
Monsieur C ? Une scientifique en blouse blanche s'approche.
Oui C c'est moi.
Veuillez me suivre s'il vous plait. C'est à vous.
Je me lève et je la suis. Elle est mystérieuse et réservée.
On dirait que je me dirige vers un temple sacré. Celui de la science.
Tout ça pour moi. C'est MON TOUR !
Elle m'invite à entrer dans une petite salle.
- Veuillez vous déshabiller s'il vous plait. Ne gardez que le slip et les chaussettes. Ensuite vous passerez cette tunique à usage unique.
Puis elle me pose des questions que je n'ai pas toutes retenues, si j'avais été opéré du cœur, si j'avais du métal dans mon corps, si j'étais allergique... C'est tout je crois.
Je vais vous faire une petite injection intraveineuse pour vous préparer à l'irm.
Ça ne fait pas mal ?
Pas du tout quand c'est moi qui pique elle répond en souriant.
Elle est vraiment sûre d'elle. Tant mieux pour moi.
- À présent, enlevez lunettes, montre et bijoux. Restez assis et attendez ici que je vienne vous chercher.
Je suis un peu impressionné, mais c'est super !
Ça y est elle revient me chercher et me demande de m'allonger sur un chariot.
La Stargate est plus petite que je l'imaginais. Je devrai être couché.
Ah...je comprend...je vais être propulsé comme un obus à travers la porte des étoiles !
Je suis installé et attaché par endroits. Hum il va y avoir de l'accélération dans l'air...
Un casque sur les oreilles pour communiquer avec la base. Allô Cap Carnaveral, vous me recevez ?
On place dans ma main un bouton d'urgence pour annuler la mission si nécessaire.
- Ça va commencer. Ne bougez pas s'il vous plait.
Ça y est. Je suis impressionné. Je ferme les yeux. Le bruit est assourdissant. Je n'entends plus personne. Plus de voix.
Elle est partie ou c'est moi qui suis parti ? Mon cœur bat la chamade tellement je suis excité.
Le temps s'écoule et puis à un certain moment, le bruit s'arrête.
J'ouvre les yeux. La scientifique est revenue vers moi.
Peut-être que je suis parti et revenu? Je n'aurais pas dû fermer les yeux.
Quand même elle me regarde d'un air bizarre, comme si je j'étais plus le même.
Ça y est ! J'ai compris ! Je suis bien parti et revenu ! Mon magnétisme est différent. Je dois être chargé à bloc et peut-être même que je scintille.
Je me sens différent.
Je peux retourner à la petite salle et me rhabiller.
Les formalités sont terminées. Je peux partir.
Enfin je suis à l'extérieur. Je suis le nouvel homme. Celui qui a traversé le temps, la voie lactée, et qui est REVENU !
Prêt pour l'aventure, YES !
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La tente orange
Ils avaient mûrement réfléchi avant de mettre leur plan à exécution.
Leur problème ? La vieillesse.
D'abord, acheter une tente assez grande pour deux. Ils la voulaient voyante, facilement repérable. Pas de vert ni de camouflage. Lui en a trouvé une orange. Sa couleur préférée, en prime.
Ensuite, deux bons sacs de couchage capables de résister aux températures hivernales. Puis des matelas. Trouver l'idéal n'était pas simple, surtout avec leurs dos usés et douloureux.
Enfin, les sacs à dos. De quoi tout porter, avec le reste des accessoires. Ça commençait à peser lourd.
La destination ? Un coin de nature sauvage, quelque part en France. Plutôt dans la moitié sud. Peut-être bien le Nontronais.
Mars pointe son nez.
Bientôt, il sera temps de partir.
Lui veut passer l’été là-bas.
Les gens du coin s’habitueraient à ces deux campeurs insolites. Parfois, on les croiserait à la petite supérette du bourg.
L’été s’étire doucement, réchauffant leurs vieux os. Peu à peu, ils se font plus rares au village. Puis, ils disparaissent.
Pendant ces mois passés dans la nature, ils ont jeûné, perdu du poids. Avec leurs vêtements flottants, personne ne s’en est aperçu.
Un jour, ils ont cessé d’aller à la supérette. On les a un peu oubliés.
Puis vient la saison de la chasse.
Deux hommes du coin, fusils en bandoulière, repèrent une tache orange à quelques centaines de mètres.
– Ce serait pas la tente des deux petits vieux qu’on a vus cet été ?
– Tu crois qu’ils sont partis en laissant tout ça ?
– On va voir de plus près ?
Les chasseurs s’approchent, prudents.
– Ohé ? Il y a quelqu’un ? Vous savez que la chasse a repris ? Camper ici, c’est risqué maintenant !
Silence.
– On regarde à l’intérieur ?
– Ouais, vaut mieux. Soit ils ont laissé leur matériel, soit…
D’un geste lent, ils font glisser la fermeture éclair.
Là, dans le silence, deux corps immobiles, emmitouflés dans leurs sacs de couchage.
Ils ne dorment pas.
Au centre de la tente, une boîte en plastique transparente. À l’intérieur, un vieux téléphone à clapet et une lettre.
– Oh là, Adrien, touche à rien. Faut appeler les gendarmes.
Le cœur serré, les deux hommes comprennent. C’étaient eux, les petits vieux.
Adrien compose le numéro, la voix tremblante.
– On a trouvé… deux personnes décédées.
Les gendarmes arrivent vite. Ils prennent des photos, interrogent les chasseurs, examinent la boîte en plastique.
À l’intérieur, une lettre manuscrite.
L’officier la lit à voix basse. Tout s’éclaire.
Ils voulaient partir ainsi. Dans la nature, à l’abri des regards. Ils avaient cessé de s’alimenter, laissant leur corps s’éteindre petit à petit.
Ils ne voulaient pas finir dans un lit d’hôpital, dans une maison de retraite.
Comme ce vieux couple dans Titanic, allongé l’un contre l’autre, attendant la fin sans panique, dans un calme presque surnaturel.
Dans leur lettre, ils demandent pardon.
À ceux qui les auront découverts.
À leurs enfants.
Mais c’était mieux ainsi, écrivent-ils. Mieux que la déchéance.
Partir sans violence.
À leurs poignets, un bracelet en plastique blanc, comme ceux des hôpitaux.
Un prénom.
Un numéro de téléphone.
Inscrit à l’encre indélébile.
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Principes
Caféine, Tu t’échines.
Mélanine, Tu déclines.
Sérotonine, Tu chagrines.
Dopamine, Tu me mines.
Adrénaline, Tu illumines.
Endorphine, Tu t’obstines.
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Toulon – La Timone
Je crois que j’ai vingt et un ans. Mon stage a commencé il y a une semaine à peine. Je suis à l’hôpital René Sabran, près d’Hyères, dans un service pour enfants handicapés psychomoteurs.
La première fois que je pousse la porte, je suis frappé. Ému. Je suis un tout jeune étudiant, sans expérience, et je n’ai jamais mis les pieds dans un hôpital. Nous sommes en 1979. Et ce que je vois, ce que je ressens, va me rester. Longtemps.
Ils ont pour la plupart l’âge d’écoliers, parfois de pré-ados. Je n’ai pas grand-chose de technique à faire. Un prélèvement sanguin, quand on me le confie. Mais ce n’est pas ça qui compte. Ces enfants-là sont d’une humanité désarmante. Il y a celui qui ne marche pas, celui qui ne parle pas, celui qui porte un casque en cuir parce que l’épilepsie guette. Et il y a les dessins offerts, les sourires, les élans soudains d’affection.
Dans l’établissement, il y a aussi l’école. Et, luxe inattendu, les bains de mer et les jeux sur la plage privée de l’hôpital. Des jeux. Des rires. Une pure humanité, simple et lumineuse. Techniquement, ce stage ne m’a presque rien appris. Humainement, il m’a marqué pour la vie.
Plus tard, fraîchement diplômé, j’ai travaillé dans un hôpital de rééducation fonctionnelle, de cardio, et de chirurgie réparatrice des grands brûlés. Plus de plage juste à côté, mais ma vieille Ami 6 portait toujours ma planche à voile sur le toit, prête à m’emmener me défouler après le service.
Là, j’ai noué ce qu’on peut appeler une amitié. Paul, un patient en cardiologie. Il travaillait dans un magasin de bricolage. Un jour, il m’obtient une réduction pour un établi en bois, parce que je bricolais beaucoup. Je l’invite chez nous un week-end. On discute sérieusement, on rigole franchement.
Les semaines passent. Son état s’aggrave. Le foie lâche. Il est hospitalisé à la Timone.
Un jour de repos, ma jeune épouse et moi prenons le scooter. Toulon – La Timone. Complètement dingue. Juste pour aller le voir, pour lui montrer qu’on est là. Nous étions peut-être ses seules visites.
Et puis il y a eu Dominique, Emmanuel… D’autres que nous avons accueillis, avec qui une amitié s’est tissée, presque naturellement.
Voilà. Un morceau de ma vie qui, lui, n’a jamais vieilli.
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