Un Spicilège

Moi, Oméga

Après en avoir lu de belles critiques, j'ai rapidement été séduite par le point de départ de Moi, Oméga d'Erwan Barillot. J'ai une certaine affection pour les récits qui prennent appui sur notre monde contemporain et imagine ce qu'il pourrait devenir s'il se poursuivait sur sa lancée. Avec ses promesses de réflexion sur le transhumanisme et sur notre rapport à la technologie (deux sujets qui me passionnent), ce roman avait tout pour me plaire.

Moi, Oméga suit la trajectoire d'un homme en quête de pouvoir, obsédé à l'idée de repousser sans cesse les limites de sa condition humaine (toute ressemblance avec des milliardaires à la tête de grosses entreprises et de gros réseaux sociaux est sans doute tout à fait assumée). Dans une société toujours plus connectée, où les progrès technologiques définissent les rapports de domination et l'idée même d'humanité, sa quête de dépassement prend peu à peu des proportions vertigineuses.

Le plus grand intérêt du livre est sans nul doute la richesse des thèmes qu'il aborde. Le transhumanisme est évidemment au cœur du récit, mais il n'est qu'une porte d'entrée vers des réflexions plus larges sur notre humanité, l'omniprésence de l'intelligence artificielle, les dérives d'une société hyperconnectée ou encore les différentes formes de pouvoir : celui qui est imposé, mais aussi, et surtout, celui auquel nous renonçons volontairement en échange d'un peu plus de confort, de praticité ou d'économie de moyen. La fuite en avant du personnage principal, animé par un désir insatiable de devenir toujours davantage jusqu'à vouloir incarner une forme de totalité, est aussi impressionnante que dérangeante. C'est un protagoniste profondément antipathique pour lequel on ne peut s'empêcher de ressentir une véritable fascination.

En revanche, j'ai trouvé que le style ne rendait pas pleinement justice à ces excellentes idées. Le récit avance à un rythme très soutenu, parfois précipité. Pendant les premières pages, j'avais l'impression de lire une longue introduction, avant de réaliser que le roman conserverait cette cadence jusqu'au bout. C'est dommage, car un sujet aussi riche aurait gagné à être davantage développé. Certaines pistes, notamment autour de la paternité, m'ont semblé largement sous-exploitées.

Au final, Moi, Oméga est un roman qui m'a davantage séduite par ses idées que par leur développement. Erwan Barillot pose des questions passionnantes mais il les effleure là où j'aurais aimé qu'il prenne le temps de les explorer. C'est sans doute ce qui m'a rendu cette lecture si frustrante : j'ai senti tout le potentiel du propos, deviné des réflexions qu'il aurait pu susciter, mais le récit a choisi constamment d'aller de l'avant plutôt que de me laisser m'y attarder. Reste un roman accessible, actuel et stimulant, qui donne envie de poursuivre ces questionnements bien après la dernière page.


Moi, Oméga | Erwan Barillot | Bouquins

Géographie zombie, les ruines du capitalisme

J'ai malheureusement oublié où j'avais entendu parler de Géographie zombie, mais je ne pouvais pas passer à côté tant son sujet m'a paru original. Mélanger pop-culture, géographie et sociologie autour de la figure du zombie, on peut dire que ça n'est pas banal.

Dans cet essai, Manouk Borzakian (docteur en géographie) explore l'évolution de la figure du zombie et quelle indication elle donne sur nos peurs contemporaines. Au fil de cette analyse, il s'intéresse plus particulièrement à notre rapport aux lieux (villes et autres territoires) et à la manière dont les récits de zombies mettent en scène les fractures de nos sociétés.

Avec un tel sous-titre Les ruines du capitalisme , je pensais que l'ouvrage s'attarderait plus sur la critique du système économique, mais ce n'est finalement pas son véritable point d'ancrage. Si cette réflexion est tout de même présente, elle est contenue dans une analyse plus large, centrée sur les espaces, la manière dont on les perçoit et comment ils ont été transformés. C'est un point de vue auquel je n'avais jamais songé et qui s'avère absolument captivant. L'auteur montre comment les films de zombies transforment des lieux familiers en territoires hostiles, comment les survivants tentent de reconstruire un “chez-soi” face à un extérieur perçu comme menaçant, et comment ces tentatives de repli finissent presque toujours par échouer. Derrière les hordes de morts-vivants se dessinent alors des réflexions passionnantes sur l'altérité, l'urbanophobie ou encore la nécessité de « refaire lieu » pour reconstruire une société.

Cette approche géographique apporte un regard beaucoup plus original et renouvelle réellement la lecture des oeuvres autour des zombies. A un tel point que cette lecture m'a donné envie de revoir les classiques de Romero et même de découvrir plusieurs films cités (pourtant dieu sait que j'en ai soupé, des zombies !).

Tout ceci est porté par une écriture remarquablement claire. Les concepts les plus théoriques restent très accessibles et Manouk Borzakian parvient à ne jamais perdre le lecteur. Si je devais trouver un bémol, c'est plus qu'il vaut mieux posséder une solide culture du cinéma de zombies : les références sont nombreuses et plusieurs intrigues sont dévoilées.

Géographie zombie démontre avec beaucoup d'intelligence qu'une figure emblématique de la pop culture peut devenir un formidable outil pour penser nos sociétés et notre manière d'habiter les espaces qui nous entourent. Une lecture aussi stimulante qu'inattendue.


Géographie zombie, les ruines du capitalisme | Manouk Borzakian | Playlist Society

Le système

Cet été j'ai écouté Le Système, un podcast d'Elise Costa et Mathilde Largeteau qui nous plonge dans l’univers carcéral à travers plusieurs témoignages : détenu, famille, surveillante pénitentiaire... Un croisement des regards particulièrement efficace : il permet de mieux comprendre la complexité et la réalité de la prison. Le témoignage de Karim est particulièrement marquant dans son récit d’un système qu’il connaît parfaitement et qu’il décrit comme intenable. Celui de sa sœur apporte également beaucoup d’émotion : l'enfer de la prison touche aussi les familles. Passionnant et instructif, le podcast est aussi très qualitatif. La réalisation est soignée et le rythme parfaitement maîtrisé. Un sujet qui m’intéresse beaucoup et une écoute que je recommande vivement.


Le système | Elise Costa et Mathilde Largeteau | 2021

Evil Dead Burn

J'ai bien aimé Evil Dead Burn que j'ai trouvé bien réussi. Sébastien Vanicek (qui m'avait déjà convaincue avec Vermines), confirme tout le bien que je pense de son travail avec un film fidèle à l'esprit de la saga : gore, intense et sans concession (bien qu'un peu plus sombre et moins loufoque que certains opus).

Avec son scénariste, il apporte une vraie french touch qui insuffle un peu de subtilité à une formule pourtant très codifiée. La réalisation est moderne, avec certains plans particulièrement inspirés et des transitions pleines d'humour qui apportent une vraie personnalité au film. Souheila Yacoub est franchement impeccable dans le rôle principal, et gros coup de cœur pour Erroll Shand, formidablement effrayant en père de famille détraqué.


Evil Dead Burn | Sébastien Vanicek | 2026

L'effacement progressif des consignes de sécurité

Lorsque Christophe Siébert a recommandé L'effacement progressif des consignes de sécurité dans sa newsletter, on peut dire qu'il m'a immédiatement convaincue. Je ne connaissais absolument pas Vincent Ravalec, ni ses œuvres, mais la promesse d'un bouquin hors normes a suffit. Hors normes, c'est bien le qualificatif le plus approprié pour ce monument de près de sept cents pages.

Le roman suit les pérégrinations de Louis Dieutre, qui travaille dans l'art contemporain, et dont la vie bascule progressivement dans une succession d'événements étranges et hallucinants. Entre complots, rêves, expériences spirituelles et aventures improbables, le récit nous entraîne dans un voyage dont il devient impossible de distinguer la réalité du fantasme.

Il m'a tout de même fallu quelques dizaines de pages pour tenter de m'y retrouver dans cet univers et pour me faire au style foisonnant de Ravalec. Ceci dit, une fois entrée dans le rythme, une fois accordée aux errances de l'auteur, je me suis laissée emporter. L'intrigue est prolifique, imprévisible, parfois vraiment incompréhensible, mais c'est précisément ce qui fait son charme et qui la rend drôle. Vincent Ravalec nous refuse des explications simples et préfère multiplier les pistes, les symboles et toutes les interprétations possibles et imaginables. On avance donc dans un état de doute permanent, toujours à se demander ce qui relève du réel, du rêve ou d'une forme d'expérience spirituelle plus profonde.

Le roman est en outre traversé par une critique du monde de l'art contemporain et de l'élitisme culturel absolument sublime : mordante, diablement drôle et si juste! Quant à Louis Dieutre, on ne peut pas dire que je l'ai trouvé attachant, mais il fonctionne parfaitement comme guide involontaire dans ce chaos organisé. Son incompréhension face aux événements est le miroir de la nôtre, ce qui renforce encore l'immersion.

Le style de Ravalec constitue sans doute ce qui m'a le plus fasciné. J'aime les bavards quand ils ont des choses à dire, j'ai donc été comblée. Son écriture est singulière, ambitieuse et totalement décomplexée. Il construit un récit qui ne ressemble à aucun autre, oscillant entre aventure, fantastique, satire et délire mystique. Même le mauvais goût, lorsqu'il surgit, est si parfaitement calibré qu'il participe à l'identité du roman.

L'effacement progressif des consignes de sécurité est un livre étrange, déroutant et profondément original. Il ne plaira probablement pas à tout le monde, mais si on accepte de s'abandonner un peu, on y trouve une expérience de lecture rare. C'est un roman qui rappelle qu'il est parfois possible d'éprouver un immense plaisir à suivre un récit sans jamais parvenir à l'expliquer complètement.


L'effacement progressif des consignes de sécurité | Vincent Ravalec | J'ai lu

Chez les fous

Après ma lecture, il y a quelques temps, de 10 jours dans un asile de Nellie Bly, je souhaitais vraiment poursuivre cette plongée dans l'histoire de la psychiatrie et de l'enfermement des personnes considérées comme « folles ». Sachant qu'Albert Londres avait écrit sur le sujet, c'est tout naturellement que cela m'a conduite vers Chez les fous, reportage publié en 1925, que j'ai découvert ici dans la très belle édition numérique des Éditions de Londres. Le texte y est accompagné d'une préface de qualité qui permet de le replacer autant dans son contexte historique que dans la carrière du journaliste.

Albert Londres y visite plusieurs asiles en ne s'intéressant pas uniquement à la maladie, mais également et surtout aux personnes qui se cachent derrière l'étiquette de « fou ». Il raconte les vies brisées, les internements abusifs, les familles qui abandonnent parfois un proche devenu encombrant, mais aussi un corps médical parfois maltraitant, tandis que certains médecins tentent de comprendre plutôt que simplement enfermer.

— La folie, me disait une Sœur, est une punition de Dieu.Les hommes y ajoutent la leur.

Certaines histoires sont particulièrement touchantes : une jeune femme, enfermée car jugée trop simple pour vivre seule qui n'a pourtant aucune raison valable d'être internée, un homme guéri de sa dépression qui retrouve enfin son village pour y découvrir que la maladie l'a stigmatisé durablement aux yeux des autres ou encore ces nombreux pensionnaires qui ne souffrent plus d'aucun trouble mais restent enfermés, faute de solution extérieure.

Autant d'exemples qui laissent à penser que les murs des asiles servaient moins à soigner qu'à dissimuler. Les personnes atteintes de troubles mentaux étaient avant tout tenues à l'écart du regard de la société, comme une réalité gênante que l'on préférait cacher. Albert Londres ne se contente pas de montrer cette réalité : il accuse la société, en questionne certaines lois absurdes et dénonce l'ignorance médicale d'une psychiatrie encore balbutiante et les injustices qu'elle produit.

Un siècle plus tard, on ne peut s'empêcher de penser que ce témoignage reste malheureusement d'une actualité troublante. Bien sûr, la psychiatrie a évolué, pourtant, le stigmate qui entoure les troubles psychiques demeure puissant. On continue parfois à éloigner de l'espace commun celles et ceux qui sortent de la norme : les personnes en situation de handicap placées dans des institutions spécialisées, les enfants qui peinent encore à trouver une place réelle dans une école pourtant “inclusive”, les adultes dont les troubles sont tus par peur du regard des autres. Les formes changent, mais la tentation de rendre invisible ce qui nous dérange ne disparaît pas.

L'écriture d'Albert Londres, vivante, accessible et profondément engagée m'a beaucoup plu. Il n'hésite en effet pas à prendre parti face à l'injustice. Cette indignation donne alors toute sa force au texte.

Chez les fous est donc bien plus qu'un document historique sur la psychiatrie du début du XXᵉ siècle. C'est une réflexion universelle sur la manière dont notre société traite les plus vulnérables et sur ce que nous choisissons, ou non, de regarder en face.


Chez les fous | Albert Londres | Les éditions de Londres

Backrooms

Je connaissais déjà l'univers des Backrooms à travers les vidéos de Kane Parsons (Kane Pixels sur Youtube) et j'étais curieuse de voir s'il allait réussir son passage au format long métrage.La réponse est franchement oui! Le film conserve tout ce qui faisait la force des courts métrages : des déambulations fascinantes dans des lieux hostiles et incompréhensibles, une tension permanente et surtout un univers visuel profondément dérangeant. Le scénario a trouvé de bonnes idées pour relier ces séquences au sein d'un récit plus ambitieux, et ça marche. Ajoutez à cela une réalisation impressionnante (plusieurs plans sont particulièrement inspirés !) et une excellente bande originale signée Kane Parsons (décidément) et Edo van Breemen, et vous obtenez une adaptation pleinement réussie. A tout juste 21 ans... Pffff...


Backrooms | Kane Parsons | 2026

Symposium, Inc.

La collection Une Heure-lumière du Belial' est vraiment une valeur sûre quand il s'agit de se lancer dans un format court (format que j'apprécie particulièrement tant il oblige les auteurs à faire preuve d'inventivité et d'efficacité). Dès lors, quand l'un des volumes a une quatrième de couverture aussi alléchante que Symposium, Inc., il y a de fortes chances qu’il finisse rapidement entre mes mains. Je ne connaissais pas du tout Olivier Caruso avant cette lecture, mais le résumé de Symposium, Inc. était suffisant pour éveiller ma curiosité.

Dans un futur proche où les neurosciences permettent d’explorer et d'exposer toujours plus profondément l’esprit humain, une affaire de meurtre particulièrement sensible attire l’attention du public. Entre stratégies médiatiques, manipulations de l’opinion et enjeux politiques, la vérité devient un objet de lutte bien plus qu’une question de justice.

Ce texte ne pouvait pas être plus à même de me séduire. Je me passionne en effet pour les récits qui interrogent le fonctionnement de la justice, et Olivier Caruso s’empare de cette thématique avec beaucoup d’intelligence. Il reprend des figures familières du genre (l’avocate expérimentée prête à repousser certaines limites pour défendre son client, le magistrat ambitieux, les jeux d’influence et de pouvoir...) tout en leur apportant une dimension résolument futuriste. Dans cet univers, la justice ne se joue plus seulement dans les tribunaux : elle se joue aussi et surtout auprès du public. Celui qui parvient à conquérir son opinion dispose déjà de la victoire.

L’autre grande réussite du texte réside dans la crédibilité de son univers. Le futur imaginé par l’auteur paraît suffisamment proche et cohérent pour sembler plausible, ce qui le rend d’autant plus inquiétant. L’exploitation croissante des données personnelles, ici biologiques et neurologiques, soulève des questions passionnantes sur la vie privée, la responsabilité individuelle et le libre arbitre. Caruso montre avec finesse comment ces évolutions technologiques modifient les comportements et les rapports sociaux.

Les personnages également participent pleinement à donner à ce texte son efficacité. Loin d'être attachants, ils sont cependant remarquablement construits et convaincants. Malgré le format court, chacun bénéficie d’un véritable développement facilité par une intrigue riche en rebondissements.

Difficile, en effet, de ne pas souligner l’intensité du récit. Le rythme est parfaitement maîtrisé, le suspense fonctionne de bout en bout et l’ensemble se révèle particulièrement addictif. Symposium, Inc. est une excellente découverte, un thriller d’anticipation aussi captivant que pertinent, qui confirme une nouvelle fois la capacité de la collection Une Heure-Lumière à proposer des textes courts d’une remarquable qualité.

Et je vais de ce pas me pencher un peu plus sur les productions d'Olivier Caruso...


Symposium, Inc. | Olivier Caruso | Le Bélial'

Obsession

J'ai vu pour vous : Obsession de Curry Barker. C'est une très belle surprise et une proposition qui change du paysage horrifique actuel. Derrière une idée de départ simple mais originale, le film construit un véritable malaise et déploie une approche surprenante ! Porté par une réalisation inventive et de belles trouvailles de mise en scène, il installe une angoisse qui monte progressivement jusqu'à une fin particulièrement réussie. (Une nouvelle preuve, au passage, de la qualité des choix de distribution du Pacte, qui continue de mettre en lumière des œuvres singulières et de qualité).


Obsession | Curry Barker| 2026

Flatland

Je suis tombée sur cette adaptation de Flatland sur une table de librairie et j'ai tout de suite été attirée par sa couverture qui m'a séduite par son esthétique très graphique. Je connaissais déjà le roman de réputation, sans l'avoir jamais lu, et plusieurs de ses aspects m'intriguaient : son statut de classique, sa dimension satirique et surtout cette fascinante expérience de pensée consistant à imaginer un monde à deux dimensions. Passionnée de mathématiques comme je suis, c'est avec une grande curiosité que j'ai voulu savoir comment cette histoire allait articuler spéculation géométrique et critique sociale.

Flatland raconte l'histoire de Mr Square, un carré habitant d'un univers bidimensionnel dans lequel chaque individu est défini par sa forme géométrique. Lorsque celui-ci est abordé par un être de dimension supérieure, sa compréhension du monde se trouve totalement bouleversée.

Autant le dire, je ne m'attendais pas à une satire aussi pertinente. Le monde décrit par Square est en effet profondément misogyne, rigidement hiérarchisé et traversé par un mépris de classe assumé. Je me suis parfois sentie révoltée tant les injustices paraissent institutionnalisées. Pourtant, c'est précisément ce qui rend le récit si intéressant : derrière son apparence de curiosité mathématique se cache une réflexion toujours actuelle sur les mécanismes de domination sociale et les limites de notre vision du monde. Les œillères les plus évidentes ne sont pas forcément les plus redoutables.

Ceci étant, l'incroyable dispositif intellectuel proposé par l'auteur reste particulièrement brillant. En focalisant notre attention sur la compréhension profonde du fonctionnement d'un univers à deux dimensions, le récit nous pousse ensuite à envisager ce que pourrait être un monde à quatre dimensions, voire davantage. Cette gymnastique mentale est absolument saisissante. Elle transforme un concept abstrait en expérience concrète et donne à réfléchir bien au-delà de la simple lecture : ouvrir son esprit à un autre point de vue, quel qu'il soit.

L'adaptation de Danicollaterale s'avère particulièrement adéquate. La bande dessinée est sans doute l'un des meilleurs médiums possibles pour représenter ces concepts géométriques. Son dessin minimaliste et épuré pourra rebuter certains lecteurs, il me semble pourtant parfaitement cohérent avec le propos. Cette austérité graphique met les idées au premier plan et renforce la singularité de l'ensemble. Les planches consacrées à la découverte du Spaceland, peuplé de formes géométriques en volume, sont d'ailleurs particulièrement marquantes et d'une beauté abstraite mémorable.

Je recommande donc cette lecture, avec une petite réserve : il faut accepter son caractère parfois aride et daté. Flatland n'est pas une œuvre facile, mais cette adaptation démontre pleinement pourquoi le roman original est devenu un classique de la littérature spéculative.


Flatland | Danicollaterale | Delcourt