Un Spicilège

Affiche-le tout nouveau testament

Dieu existe, il habite à Bruxelles

Par cette accroche, ce film de Jaco Van Dormael a immédiatement capté mon attention : Dieu existe et c'est un sale type. Sa fille décide donc de mettre la pagaille dans son travail avant de se barrer sur Terre.

On aurait pu s'attendre à une comédie à grosse ficelle, pourtant, le réalisateur à su faire du scénario qu'il a coécrit avec Thomas Gunzig (Tiens tiens...) une œuvre hors norme, un objet difficile à décrire si ce n'est que sa poésie transparaît à chaque instant. Dans des portraits de personnages inattendus, dans un jeu d'acteur atypique (mis à part Yolande Moreau, qui méritait mieux), dans la photographie d'une clarté irréelle, dans la musique, surtout, signée An Pierlé et véritablement sublime.

Une petite bulle tantôt cruelle, tantôt absurde, jolie avant tout.


Le Tout nouveau Testament | Jaco Van Dormael | 2015


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Le Roi Arthur, un mythe contemporain

J'ai toujours été très intéressée par les légendes arthuriennes. Peut-être parce qu'une partie de mes études m'a amenée à résider en forêt de Paimpont et que je sentais déjà poindre, dans son assimilation à la forêt de Brocéliande, dans les invitations à y découvrir le tombeau de Merlin et autre Val sans retour, un opportunisme touristique dont je ne savais évaluer la légitimité. Je me suis depuis penchée sur l'histoire de la création de ces légendes, leurs textes fondateurs (gallois, anglais, avant d'être français), leurs innpmbrables adaptations (aux qualités disparates) en cherchant avant tout à en connaître au mieux le contenu.

Avec ce livre de William Blanc, on s'attaque à un autre sujet tout aussi passionnant : l'influence qu'ont pu avoir ces légendes, et plus particulièrement la figure du roi Arthur, et de quelle manière elles ont été utilisées.

Grâce au travail extrêmement détaillé et richement documenté et sourcé de cet historien, on découvre non seulement l'évolution des mythes au fur et à mesure de l'ajout de nouveaux textes à son canon, mais également à quel point la figure d'Arthur a pu permettre d'asseoir la légitimité et de servir le propos de ceux qui se la sont appropriée. Tour à tour serviteur de la cause des rois d'Angleterre (de par sa lignée, puis sa figure de conquérant de l'Europe), promoteur de leurs idées colonialistes, il apparaît ensuite comme une grande figure populaire aux États-Unis qui mettra en avant tantôt son côté guerrier et chevaleresque, tantôt son côté pacifique, voire anticapitaliste ou écologiste.

En resituant ces différentes facettes du mythe dans l'histoire et dans les courants de pensées qu'elles servent, William Blanc nous dresse un panorama de l'ancrage de la figure arthurienne dans les époques anciennes et contemporaines et surtout dans la pop culture, qui s'en est abondamment servie.

À travers l'utilisation de ces légendes que je connais un peu il a été extrêmement intéressant pour moi d'avoir une illustration concrète du fait qu'une histoire, quelle qu'elle soit, peut permettre de consolider n'importe quel propos ou presque selon ce que l'on choisit de garder, de mettre en avant ou de passer sous silence.

J'ai énormément apprécié cette lecture tant ce livre va loin dans les détails et dans les analyses, avec une écriture limpide et particulièrement accrocheuse. Une iconographie diverse permet en plus de parfaitement illustrer les propos.


Le Roi Arthur, un mythe contemporain | William Blanc | Libertalia

Célèbre

J'étais très très pressée de lire Célèbre tant le sujet m'interpelle. L'histoire de cette jeune femme souhaitant plus que tout la célébrité quitte à blesser les autres, voire elle-même s'annonçait en effet jubilatoire pour quelqu'un comme moi, qui a du mal à comprendre les envies de célébrité des autres. Le livre de Maud Ventura est en effet jubilatoire par bien des aspects : dans sa course à la surenchère, dans sa construction exponentielle, dans sa folie crue.

Le seul moteur des grandes réussites est la frustration. Pour avoir les crocs, il faut un certain degré d'inconfort, ne pas se satisfaire du monde tel qu'il est. Bien sûr, une bonne dose de privilèges est nécessaire pour partir du bon pied, mais sans excès.

Le personnage principal, Cléo, surtout, m'a fascinée. Je l'ai souvent dit, je suis particulièrement sensible à tout ce qui tourne autour de l'obsession. En cela, Cléo est un parfait sujet d'attention, l'obsession étant au cœur même de sa vie : obsession de la célébrité, bien sûr, mais également de la perfection.

Je n'ai cependant pas été entièrement convaincue par le roman, celui-ci finissant par perdre une partie de son attrait dans sa course effrénée. On ne s'est pas suffisamment attardé sur la motivation première du personnage à mon goût, pour s'abîmer dans ses actions. Que dire de la toute fin, enfin, qui m'a laissée au mieux dubitative par son invraisemblance, tout en notant cependant qu'elle ne constitue pas l'essence du récit, dont la conclusion arrive avant celle-ci.

Ces quelques ombres ne m'ont pas empêchée d'apprécier en grande partie cette lecture. Je remercie l'auteur de s'être attaquée si frontalement et avec tant de justesse à ce sujet brûlant. L'acuité de sa plume a permis certaines envolées d'une vérité incroyable.


Célèbre | Maud Ventura | L’Iconoclaste

Je n'ai rien contre la foi des gens, c'est même quelque chose qu'il m'arrive d'admirer. J'ai cependant un vrai problème avec le prosélytisme quel qu'il soit, et celui des religion est tout de même top niveau. Dans ce documentaire signé Darius Kaufmann et Eytan Jan, grâce à de nombreux entretiens et quelques immersions, on plonge dans les relations qu'entretient l'Église avec le cinéma américain, devenu l'eldorado des prêcheurs de la bonne parole. Le fond est saisissant, la réalisation percutante, on y découvre des réalités insoupçonnées.


Le phénomène Godlywood | Darius Kaufmann et Eytan Jan | 2023

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équation chauve-souris

Ce n'est pas le premier livre de Mickaël Launay que je lis (je les ai tous lus), mais c'est le premier dont je parle sur Un Spicilège. Pour ceux qui ne connaissent pas mon admiration pour le travail de cet auteur, je vous préviens : je considère Mickaël Launay comme l'un des meilleurs vulgarisateurs que je connaisse. Je vous invite d'ailleurs à jeter un œil à sa chaîne Youtube, et à mon avis sur un autre de ses ouvrages (Le théorème du parapluie) sur mon ancien blog.

On retrouve la même structure dans L'équation de la chauve-souris que dans Le théorème du parapluie : 5 parties, chacune abordant un grand thème scientifique, qui commencent toujours par une anecdote de la vie courante qui fait se poser des questions théoriques à l'auteur. Par exemple que peut nous apprendre la cuisson des coquillettes sur la théorie du chaos ? (Si, si, il y a bien un rapport !)

Ce qui est flagrant à la lecture des livres de cet auteur, c'est à quel point il a à cœur non pas de présenter les principes physiques qui expliquent les observations que l'on peut tous faire au quotidien, mais de les concrétiser. Je vous assure que la première partie consacrée à la pression et autre poussée d'Archimède est la plus brillante que j'ai jamais lu sur le sujet. Jamais vous ne vous sentirez plus perspicace qu'après la lecture de ce livre et jamais une courbe de Gauss ou une équation des ondes ne vous auront si peu effrayé (en cela, les brillantes illustrations de Chloé Bouchaour aident également). Mickaël Launay possède cette faculté propre aux bons vulgarisateurs qui est d'inscrire dans le réel, dans le palpable, une notion théorique. En repartant souvent de l'origine d'une découverte, il parcourt certaines scènes de l'histoire des sciences (discipline qui est malheureusement trop peu enseignée), nous permettant de nous mettre à la place de ceux qui, en leur temps, ont résolu l'énigme, et tout à coup, tout devient limpide.

Un livre à conseiller à tous, dès l'adolescence, surtout les personnes fâchées avec les équations.


L'équation de la chauve-souris | Mickaël Launay | Illustrations de Chloé Bouchaour | Hugo Doc

sinumonstrus

Ce qui est épatant avec ce genre de projet, c'est de l'avoir vu prendre forme sur les réseaux. Boulet est en effet un auteur que je suis depuis très longtemps. Son blog BD a d'ailleurs pas moins de 20 ans, ce qui est assez troublant !

Pas étonnant, donc, que je sois parmi ceux qui ont commencé à voir fleurir sur son Instagram d'étranges monstres dessinés sur photo, avec en légende des textes de plus en plus inquiétants. Nous sommes alors en pleine folie du fameux jeu en réalité augmentée à base de monstres à attraper et sortir de cet univers gentillet pour passer à quelque chose de plus angoissant n'est vraiment pas pour me déplaire.

Peu à peu, une histoire se profile, une histoire lugubre et tragique, et j'en viens à attendre impatiemment la suite. Je ne me rappelle pas avoir vu la conclusion de tout ça sur les réseaux, mais quand j'ai appris qu'un livre allait être édité, j'étais plus que ravie.

C'est vers les Éditions Exemplaire que l'auteur s'est tourné. C'est une maison à laquelle je m'intéresse de plus en plus, son credo étant une meilleure rémunération des auteurs. Elle permet également, grâce entre autres à un système de financement participatif, de donner sa chance à des projets un peu foutraques tels que celui-ci.

Il résulte de cette collaboration un livre qui est tout d'abord un très bel objet : couverture rigide, titre doré. Il est ensuite une oeuvre à part entière : des dessins délicieusement hideux, des textes savamment ténébreux, au service d'une histoire trouble, dans laquelle on décèle, au fur et à mesure de la lecture, la mise en place d'un univers vaste et parfaitement inquiétant !

J'ai pris beaucoup de plaisir à retrouver ce projet un peu hors norme et à le voir trouver sa cohérence. On ne pouvait rêver meilleur écrin !


Sinumonstrus | Boulet | Exemplaire Éditions

Big Sur

Quand je vous dis qu'il faut s'intéresser au travail des éditions 1115, c'est d'autant plus vrai s'ils se mettent à éditer mes auteurs de prédilection, tel Laurent Queyssi. Après le très très réussi Trystero, il revient en effet avec un texte plus court, une novella en forme de road trip halluciné, un vibrant hommage à la littérature pulp, avec ce qu'il faut de profondeur en plus pour en faire un livre à ne pas louper.

L'histoire de Big Sur met en scène Scott Pulver, un écrivain en pleine réflexion sur sa créativité (tiens donc...). Lui qui, jadis, pondait du roman d'horreur un peu cheap à un rythme effréné se retrouve en panne d'écriture, lassé de cette facilité. Alors que son éditeur actuel se fait défenestrer presque sous ses yeux, il entame un périple jusqu'en Californie, poursuivi par des malfrats, pour apporter à une vieille connaissance devenue éditeur son prochain chef-d'œuvre, écrit sur la route.

-Je sais bien que tu as aimé The Shadowman ou Hellhound, Nick, et si c'est pas rien, c'est quand même pas grand-chose. J'écris de l'horreur au kilomètre sous pseudonyme. -Et moi je dépose du bitume sur les routes depuis mon camion. Dans les deux cas, ce qu'on fait est important pour des gens.

L'histoire prête à sourire, le rythme est follement distrayant, les références à l'horreur et à la littérature de gare sont jouissives. Il y a cependant dans Big Sur une dimension réflexive qui va bien au-delà du divertissement. Variation sur des thèmes chers à l'auteur (le rôle réel ou supposé de l'imagination, la culture populaire...), le texte porte également une sincérité, une luminosité qui rappelle celle des paysages californiens.

Je me suis rapidement attachée à ce personnage complètement perdu, guidé par sa muse et soumis à moult péripéties aussi fantastiques qu'incompréhensives. Sa quête de sincérité, son envie de se retrouver sont particulièrement touchantes, et je l'ai accompagné avec grand plaisir sur ces routes mal fréquentées.

C'est avec mélancolie que je l'ai laissé à la fin de ce livre décidément trop court.


Big Sur | Laurent Queyssi | Éditions 1115

le voleur d'art

Il y a quelque chose de fascinant dans la figure du voleur en série. Stéphane Breitwieser, dont il est question ici, a par exemple commis en 7 ans pas moins de 239 vols dans des musées européens. Comment a-t-il pu mener à bien autant de larcins sans être ne serait-ce que soupçonné ? Que faisait-il d'un si important butin ? Jusqu'où serait-il allé s'il n'avait pas été confondu par la police Suisse alors qu'il a fait l'erreur de revenir sur le lieu de son dernier crime ? Avant tout : qu'est-ce qui peut motiver un homme à accomplir un méfait de telle importance ?

L'appât du gain ? Non. Il n'a jamais revendu les œuvres volées. L'envie de célébrité ? Non. Il n'a jamais revendiqué ses vols, il était même si discret qu'il n'a presque jamais éveillé de soupçons. L'amour alors ? Comme le suggère le sous-titre du livre “une histoire d'amour et de crime” ? En effet, Stéphane a commis la plupart de ses vols avec la complicité de sa compagne de l'époque. Cela ne m'a pas convaincu. L'amour de l'art, avant tout ? Est-ce que les œuvres en question étaient irrésistibles ?

Dans ce récit richement documenté, Michael Finkel retrace minutieusement le parcours de ce voleur hors norme, de par le nombre d'œuvres volées, l'efficacité de son mode opératoire et surtout, de par sa personnalité complexe. Il brosse le tableau d'un homme solitaire, vivant dans le grenier de la maison de sa mère, fou amoureux de sa compagne qu'il initie à sa passion illégale. Il détaille toute l'évolution de leur carrière, le perfectionnement de leur technique, à quel point ces activités ont fini par guider l'ensemble de leur vie, jusqu'à la chute. On découvre au fur et à mesure du récit comment ces actes qualifiés d'actes “d'amour” relèvent finalement plutôt d'une profonde obsession, d'un besoin de contrôle, d'un orgueil excessif. Comment ces agissements, loin de rendre heureux qui que ce soit, finissaient par les dévorer entièrement.

Enquête passionnante dans les méandres de personnalités complexes, Le voleur d'art séduit par le sérieux et la soif de comprendre avec laquelle l'auteur a abordé ce cas. Empathique sans être complaisant, il dresse un tableau qui semble le plus fidèle possible d'un homme éternellement insatisfait.


Le Voleur d'art | Michael Finkel | Traduit par Julie Sibony | Marchialy

trilogie du singe

Trilogie du singe est un recueil de 3 nouvelles signé Pierre Léauté (dont le Je n'aime pas les grands m'a fait grande impression) paru aux Éditions 1115 (maison d'édition à laquelle je m'intéresse de plus en plus, spécialisée dans les littératures de l'imaginaire au format poche – 11 par 15, toi-même tu as compris).

Tout au long de la lecture, alors que la figure du singe sert de fil d'ariane, nous allons tour à tour croiser un royaume de Bretagne séparé de la France par un tremblement de terre au XVème siècle, un King-Kong ressuscité par un descendant de Frankenstein, l'interview d'un Mesrine prenant part au cœur d'une France ségrégationniste.

Tu l'auras compris, Pierre Léauté explore toujours ici les infinies possibilités qu'offre l'uchronie, en répondant de manière intelligente à des questions débutant par “Et si... ?”. J'ai toujours aimé l'uchronie dans ce qu'elle me fait penser à la théorie des multivers et à celle du chaos. C'est un genre qui peut prendre beaucoup de formes différentes, des petites modifications (“Et si ce personnage part à gauche au lieu d'aller à droite ?”) aux grands bouleversements (le très classique “Et si l'Allemagne Nazie avait gagné la seconde guerre mondiale ?” – Le Maître du Haut Château de Philipp K. Dick, entre autres), mais nécessite pour être crédible une excellente maîtrise de la situation de départ.

En cela, Pierre Léauté réussi parfaitement à rendre vraisemblables en quelques pages (et elles sont petites, les pages, 11 par 15, rappelle-toi !) ses univers alternatifs, nous entraînant dans des histoires captivantes. C'est lorsqu'on comprend qu'au delà du singe, d'autres thématiques viennent donner une cohérence à l'ensemble des textes qu'on se rend compte du talent de l'auteur (ou plutôt qu'on s'en rappelle, puisqu'on s'est déjà fait la même réflexion en lisant son roman). En effet, la soumission à l'ordre, l'indépendantisme, sont les véritables thèmes du recueil et s'il peut faire sourire de retrouver des noms familiers dans des drôles de postures, c'est avant tout de lire des histoires rendant rageusement hommage à la quête de liberté qui m'a séduite.

J'ai retrouvé la plume de Pierre Léauté avec beaucoup de plaisir, et, en moins de 2 heures de lecture, il a su m'enrichir de beaucoup de perspectives nouvelles.


Trilogie du singe | Pierre Léauté | Éditions 1115

nouvelles de la mère patrie

Savez-vous ce qui a causé la chute de l'Union soviétique ? -Non, répondit honnêtement le Président. -C'est la sobriété générale, fit amèrement l'homme en noir. J'avais prévenu Andropov que l'homme russe retourne à l'état animal sans vodka... Sans elle, il a une conscience aiguë du vide existentiel.

De Dmitri Gluckhovsky, je connais surtout le magistral Futu.re, dont la lecture m'a fait l'effet d'une claque. Dans Nouvelles de la mère patrie, il combine ses talents d'écrivain avec ceux de journaliste. En effet, ce livre est un recueil de textes initialement parus dans la presse russe.
De mes yeux d'occidentale, cela paraît d'ailleurs étonnant tant les 16 nouvelles proposées dépeignent une critique acerbe du pays, de ses dirigeants corrompus, de ses oligarques tous permis, de sa classe laborieuse exploitée, de son racisme...

Dmitri Gluckhovsky ne fait pas dans la dentelle, sans doute en partie contraint par le format, se servant du fantastique pour imaginer des histoires exacerbant les travers qu'il dénonce. Procédé classique mais foutrement efficace dans les mains d'un auteur aussi talentueux.

Je suis passée de la révolte au malaise, du malaise au rire, du rire à l'émotion, sans toujours comprendre les références d'une société que je connais peu et sur laquelle j'ai forcément un certain nombre d'a priori. Sur ce sujet, le point de vue de Dmitri Gluckhovsky ne va pas m'aider à nuancer mon jugement.

Cependant, il est également impossible d'oublier qu'il est avant tout un excellent écrivain, et même en mettant de côté l'aspect politique des récits, il reste de toute façon un paquet d'histoires extrêmement bien taillées, portées par une plume efficace. De parfaites nouvelles, rythmées et prenantes, aux personnages immédiatement caractérisés.


Nouvelle de la mère patrie | Dmitri Glukhovsky | Traduit par Denis E. Savine | L'Atalante