Nok - FetM

dépression

Avant la porte d’entrée, la véranda est un espace intermédiaire.
Ni vraiment dehors, ni vraiment dedans.
La grande baie coulissante d'accès est verrouillable. À l'opposé, une fenêtre à deux ventaux.

Puis la vraie porte. Elle ouvre directement sur la chambre.

Ces derniers jours, les voisins parlent de cambriolages dans le quartier.

Deux heures du matin.
Des frottements discrets.
Ça s’arrête. Ça reprend.
Quelqu’un ? Le bois ? Le vent ? Ou autre chose ? La peur, la nuit, choisit toujours l’hypothèse la plus hostile.

Alors grand éclairage dissuasif. Puis la porte s’ouvre... Ce n’est pas un intrus. C’est un petit oiseau. Affolé. Il tente de fuir.

Il se jette sur les parois vitrées. Se heurte au verre. Rebondit. Recommence.

La lumière qui éclaire l’extérieur révèle le jardin, les arbres, la nuit dégagée. Mais la paroi transparente s’est transformée en prison. Permissive le jour, elle est devenue infranchissable la nuit.

L’oiseau veut accéder à l’espace.
Il voit la liberté. Il ne voit pas la limite.

Alors il tente.
Encore et encore, dans un réflexe de panique. Il accélère. Et il se casse le nez.

Mais il recommence.
Parce que l’urgence ne raisonne pas. Elle cherche désespérément à sortir.

...

La dépression ressemble à cela.

Entrer quelque part quand tout semblait possible. Un projet, une relation... Tout à coup le tableau s'obscurcit. Les issues se referment sans qu’on comprenne comment. On se heurte à des parois invisibles. On répète les mêmes tentatives de sortie. On se cogne à ses propres pensées.

La panique monte. Le corps s’emballe. Le bon sens se désorganise. Cela devient un enjeu vital. La vie ou la mort.

Plus on veut sortir, plus on se blesse.

De l’extérieur, quelqu’un pourrait penser qu’il suffit d’ouvrir. Mais on ne voit que le verre. Toujours le verre. Jusqu’à l’épuisement.

...

Mais, quelque part, une lumière s’allume. Une porte s’entrouvre, une main se tend, une oreille attentive et bienveillante écoute. Une relation d'aide s'engage.

La parole encourage et aide à se relever...

#dépression

Quand je me sonde intérieurement, je m’émerveille encore.

Je suis une créature étonnante. Non pas moi en tant que personne, mais ce corps qui se meut, ce cerveau qui pense. Une architecture d’une précision vertigineuse.

Et pourtant… aujourd’hui, le ciel en moi est bas et lourd. Comme si une pluie invisible tombait dans mes veines.

On dit qu’un manque de sérotonine m’ôte la lumière. Peut-être. Pourtant, même avec le traitement, il reste ce vide sans mesure, cet espace où tout fonctionne mais où rien ne m’appelle.

Je ne suis qu’un organisme qui marche et respire, un assemblage de chair et de molécules. Et pourtant, il y a des élans, des étincelles, des frissons.

D’où viennent mes pensées ? D’où vient la chaleur qui, parfois, se glisse dans le froid des jours ?

La joie. La peur. Le courage. Le lien avec les autres. Des mots qui se lèvent comme des oiseaux, parfois sans raison.

Il y a, quelque part, une clef que je ne trouve pas. Comme un enfant qui démonte un jouet et découvre qu’il ne sait pas où naît la musique.

Alors je reste là, à écouter mon propre mystère.

#errances #dépression