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    <title>fictions &amp;mdash; Fils et Mailles </title>
    <link>https://blogz.zaclys.com/fils-et-mailles/tag:fictions</link>
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    <pubDate>Sun, 03 May 2026 11:22:14 +0200</pubDate>
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      <title>TiLi</title>
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      <description>&lt;![CDATA[Amateur de nouveautés, Julien entre dans le TiLi.&#xA;&#xA;– C&#39;est un truc de dingue, un multivers puissance mille ! lui a dit son meilleur pote.&#xA;&#xA;Grande salle au décor futuriste, avec une centaine de fauteuils alignés comme dans le compartiment d&#39;hibernation d&#39;un vaisseau spatial. Il n&#39;est pas le premier arrivé, c&#39;est sûr. Il ne reste que quatre ou cinq places à vue de nez.&#xA;&#xA;Fauteuils hyper confort. Bracelets connectés et casque neuronal intégral souple avec isolation sensorielle. La fille de l&#39;accueil s&#39;approche. Plutôt mignonne. Ils n&#39;ont pas lésiné chez TiLi !&#xA;&#xA;– Julien, c&#39;est ça ? Moi c&#39;est Sarah. C&#39;est ta première fois ? dit-elle en faisant danser ses doigts sur l&#39;écran tactile. Je vais t&#39;installer au G20.&#xA;&#xA;Julien ouvre de grands yeux.&#xA;&#xA;– Oh non, pas le G20, ça fait un peu forum économique. J&#39;ai l&#39;impression d&#39;être en cours d&#39;histoire.&#xA;– Hahaha, s&#39;esclaffe Sarah. Si tu es un peu allergique à l&#39;histoire, je peux te proposer un emplacement plus extrême… Le Z13 ? Ou le X69 ? humm… — petit sourire et haussement de sourcils.&#xA;&#xA;– Le dernier, le X... 69, tu dis ? Il semble plein de promesses, haha.&#xA;&#xA;– Tu aimes les symboles, je vois — clin d&#39;œil.&#xA;&#xA;La température de la salle est adéquate, pourtant Julien sent une vague de chaleur lui monter au visage. Pourvu que ça passe inaperçu !&#xA;&#xA;– Il va nous falloir ton empreinte ADN. Indispensable pour la connexion. Ah... mais je détecte que tu as déjà une puce ID implantée. Donc c&#39;est OK ! On y va ?&#xA;&#xA;Sarah lui fait signe de la suivre. Le cœur de Julien s&#39;accélère légèrement. Un peu l&#39;excitation de la nouveauté — un peu Sarah aussi...&#xA;&#xA;– Et voilà le X69 ! Installe-toi bien confortablement.&#xA;&#xA;Le fauteuil est vraiment hyper confortable. Sitôt installé, les coussins se gonflent et laissent passer un flux d&#39;air qui le porte littéralement sur chaque centimètre carré de son corps. Il se croit en apesanteur. Sarah se penche pour lui positionner le bracelet connecté. Son parfum, mêlé à celui de sa peau, porte une signature unique. Il se projette un instant dans l’après-séance TiLi.&#xA;&#xA;– Et maintenant le casque neuronal complet avec l&#39;écran in-té-gré.&#xA;&#xA;Elle prend le casque en main et tend ses bras afin de l&#39;ajuster sur la tête de Julien. Au passage, son regard glisse sur les formes parfaites de Sarah… Déconcentration totale.&#xA;&#xA;– Tu m’as entendu ?&#xA;– Oh… excuses. J&#39;ai eu la tête ailleurs à un moment…&#xA;– Je disais qu&#39;une fois le casque en place tu ne m&#39;entendras plus que dans les écouteurs. Isolation sensorielle oblige. D&#39;accord ?&#xA;– Ok, prêt pour l&#39;aventure !&#xA;&#xA;Dans le casque, la voix de Sarah le rassure. Il hoche la tête, le cœur battant…&#xA;&#xA;Soudain, c’est le noir.&#xA;&#xA;– Ok, Julien. L’écran ne montre rien. C’est normal. Maintenant, tu vas chercher dans ta mémoire. Pourquoi pas un souvenir agréable ?&#xA;&#xA;Julien hoche la tête. Ça y est.&#xA;&#xA;Le long du trottoir qui mène à l’entrée du lycée, marche une déesse aux cheveux blonds qui lui descendent jusqu’aux hanches. Elle ne sait pas qu’elle est si belle. L’air sent le bitume chauffé par le soleil de juin. Un scooter passe au loin. Des rires éclatent.&#xA;&#xA;D’un pouce levé, Julien signale à Sarah que tout est OK.&#xA;&#xA;– Grâce au casque neuronal, tu n’as aucun geste à faire. Tu pilotes par la pensée. Il n&#39;y a pas plus simple. Bonne séance. Et tu peux m’appeler à tout moment.&#xA;&#xA;L’émotion lui revient en pleine figure. Brutale. Vivante. L’image gagne en précision. Elle devient 3D. Comme si on passait du 480px au 16K.&#xA;&#xA;La lycéenne qu’il matait de loin, trop timide pour l’aborder… maintenant, il peut tourner autour d’elle. S’approcher si près qu’il distingue le grain de sa peau. Une mèche collée à sa joue. Il pourrait presque l’embrasser.&#xA;Il tend la main. Elle passe à travers. Il réalise qu&#39;il n’est qu’un regard.&#xA;&#xA;Il se voit, quelques mètres plus loin. Lui. Dix-sept ans. Les épaules rentrées. Le regard fuyant. Ridiculement amoureux. À quoi bon se rappeler tout ça maintenant ?&#xA;&#xA;Un autre souvenir surgit. Alain. Au début, ils s’étaient pris la tête. Puis il était devenu son plus grand soutien. Un frère. Julien décide d’essayer autre chose. Ne plus subir les souvenirs. Les diriger. Explorer.&#xA;&#xA;– Notre voyage improvisé vers Florence. Une vieille fourgonnette avec trois potes. Libres comme des feuilles au vent.&#xA;&#xA;Momo, en athlète affûté, fait son show à la piscine, marchant sur les mains jusqu au bord avant de plonger la tête la première. L’odeur du chlore. Le carrelage brûlant sous les pieds. Derrière Momo, une fille ne le quitte pas des yeux. Elle pose la main sur la cuisse de sa copine. Incline légèrement le menton vers lui.&#xA;&#xA;Elle avait un kiff pour moi… Et je ne m’en suis même pas aperçu !&#xA;&#xA;Il voudrait ralentir l’instant. Revenir une seconde en arrière. Tester un autre choix. Pas possible. On ne peut rien changer.&#xA;&#xA;Pris par la découverte, il remarque enfin sa TL, tout en bas de son champ de vision. Une ligne horizontale, comme sur les applis de montage vidéo. Il la fait défiler doucement. Les scènes s’enchaînent. Il accélère. Ralentit. Zoom avant. Zoom arrière. C&#39;est géant. Sans même toucher une manette.&#xA;&#xA;Bientôt, Julien, les yeux sur la TL, avance doucement car TiLi se révèle être un vrai bolide. Comme sur une moto racée, quand tu ouvres à peine les gaz, elle se dresse d&#39;un coup.&#xA;&#xA;– Ah oui ! Les résultats du bac !&#xA;&#xA;Le pass vers la liberté, l&#39;éloignement du cocon familial. Respirer enfin. TiLi lit sa pensée et il assiste à ce moment où, sur le PC, il se connecte au site de l&#39;académie de Bordeaux. Derrière lui, son équipe de supporters : Dad, Mum and Sister Team !&#xA;&#xA;La souris se déplace vite. Dans tous les sens. Ça mouline comme sur tous les sites .gouv, évidemment... Mais Julien, qui maîtrise maintenant TiLi comme son game favori, avance au moment recherché, celui où il scrolle sur la liste des admis. Il la fait défiler à toute vitesse jusqu&#39;à la lettre P...&#xA;&#xA;Et là, victoire ! Son nom ! Mention passable. Il s&#39;en fout. Il a son PASS !&#xA;&#xA;Il revit cette joie intacte. Avec TiLi, il fait le tour pour revivre aussi l&#39;allégresse sur les visages de la team. Sa sœur sautille. Sa mère lui passe la main dans les cheveux, les ébouriffe – sa façon à elle d’exprimer sa fierté.&#xA;&#xA;Mais son père, derrière lui, fait la moue. Sans doute à cause de la mention. Ce jour-là, il n&#39;avait rien remarqué, tout emballé qu&#39;il était. Soudain, il regrette que TiLi lui ait montré ça. Son souvenir se ternit. Une petite fissure vient de se glisser dans sa victoire.&#xA;&#xA;Malgré ce bémol, Julien décide de passer outre. Il veut remonter à son origine, à sa naissance. Curieux de savoir quand et comment il a pris conscience du monde qui l&#39;entoure.&#xA;&#xA;TiLi est déjà en mouvement. Objectif : le point zéro. Sa sortie en scène, ses poumons qui se gonflent, son cri. Après une première accélération, TiLi ralentit avec souplesse. Julien observe attentivement. Des images floues ressemblent aux fenêtres d&#39;un métro passant à toute vitesse. La station Point Zéro approche.&#xA;&#xA;Mais TiLi ne s&#39;arrête pas... il continue sa régression ! Il flotte maintenant dans le ventre de sa mère. Chaleur. Battements sourds. Liquide. Suspension. Julien sent un léger vertige. Ce n’est pas ce qu’il voulait.&#xA;&#xA;Il baisse les yeux vers la TL. Et là, SURPRISE ! La ligne se divise en deux trajectoires parallèles. Sa mère et son père !&#xA;&#xA;Avant même la conception. Avant qu’ils ne se connaissent. Avant qu’ils ne pensent à lui. Il sent deux rythmes distincts, deux forces en attente. Il n’est pas encore un corps, pas encore un souffle. Il est présence en devenir, vibration dispersée.&#xA;&#xA;Puis vient le moment de l’union. Les deux TL se rapprochent, se superposent et se fondent. Soudain… une troisième ligne surgit. Fine. Neuve. Unique. La sienne.&#xA;&#xA;LE POINT ZÉRO !&#xA;&#xA;Julien n’est plus en devenir. Il est. Autonome. Voilà sa trajectoire. Sa propre existence. TiLi avance doucement. Julien sent le monde s’ouvrir autour de lui. L’air vibre de sons inconnus. Des images floues se précisent. Il perçoit la pression des mains, celle de son propre poids. Ses poumons se gonflent, un vertige palpitant l&#39;envahit.&#xA;&#xA;Enfin, il pousse le CRI ! Il est né… ou re-né dans sa TL. Il comprend alors, au plus profond de lui : il est la synthèse de deux trajectoires qui s’étaient toujours cherchées. Il n’est pas un hasard. Il est attendu. Il est.&#xA;&#xA;Pourtant, Julien sent qu&#39;il a atteint la limite avec TiLi. Étonnement, découvertes, goût amer… il a le sentiment d&#39;avoir sorti de vieilles photos d&#39;une boîte en carton. Vouloir revivre le passé était-ce une bonne idée ? Nostalgie. Malaise.&#xA;&#xA;Les souvenirs étaient plus beaux dans sa mémoire. La moue de son père, l&#39;occasion manquée avec cette fille… Continuer ? Combien de déconvenues encore ? L&#39;écran affiche qu&#39;il lui reste vingt-cinq minutes, mais il en a assez vu. Il veut sortir de là.&#xA;&#xA;– Sarah ? Tu es là ?&#xA;– Oui Julien, je t&#39;écoute. Tout se passe bien ?&#xA;– Oui, c&#39;est une expérience extraordinaire. Mais j&#39;en ai fait le tour et je voudrais revenir à ici et maintenant. Tu peux venir me délivrer ?&#xA;– Oui Julien, je viens te débarrasser de l&#39;équipement.&#xA;&#xA;Le casque s&#39;efface. La lumière de la salle revient, un peu trop blanche, pique les yeux de Julien, mais c&#39;est le visage de Sarah qui redonne du contraste au monde. Elle se penche pour défaire le bracelet, et cette fois, son parfum n&#39;est plus une donnée TiLi : c’est une présence. Julien la regarde, pour de vrai. Ses gestes, son look, ce petit kiff qu&#39;il ressent dans le creux de l&#39;estomac... tout est plus vibrant que n&#39;importe quelle simulation en 16K.&#xA;&#xA;— Alors, ce voyage ? sourit-elle en rangeant le matériel. Pas trop secoué ?&#xA;&#xA;Julien se lève, un peu lourd sur ses jambes, savourant justement cette pesanteur retrouvée.&#xA;&#xA;— C’était... instructif. Mais je crois que je préfère les versions originales aux rediffusions. Dis-moi, tu finis à quelle heure ?&#xA;&#xA;Sarah marque un temps d&#39;arrêt, surprise, puis son sourire s&#39;étire.&#xA;&#xA;— Dans vingt minutes. Pourquoi ? Tu veux aller voir un film ?&#xA;&#xA;Julien éclate de rire. Un film ? Encore un écran, encore des images qu&#39;on ne peut pas toucher ?&#xA;&#xA;— Oh non, pitié ! Surtout pas d&#39;écran. Je t&#39;emmène au pub au coin de la rue. On va s&#39;attabler dans le bruit, commander des burgers qui coulent, boire un coup. On devra hurler pour s&#39;entendre au-dessus de la musique, ou se rapprocher un peu plus...&#xA;&#xA;Il plonge son regard dans le sien, cherchant cette étincelle qu&#39;aucune TL ne pourra jamais reproduire.&#xA;&#xA;— On va faire un truc révolutionnaire, Sarah : on va vivre l&#39;instant présent.&#xA;&#xA;#fictions #nouvelles&#xA;]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>Amateur de nouveautés, Julien entre dans le TiLi.</p>

<p>– C&#39;est un truc de dingue, un multivers puissance mille ! lui a dit son meilleur pote.</p>

<p>Grande salle au décor futuriste, avec une centaine de fauteuils alignés comme dans le compartiment d&#39;hibernation d&#39;un vaisseau spatial. Il n&#39;est pas le premier arrivé, c&#39;est sûr. Il ne reste que quatre ou cinq places à vue de nez.</p>

<p>Fauteuils hyper confort. Bracelets connectés et casque neuronal intégral souple avec isolation sensorielle. La fille de l&#39;accueil s&#39;approche. Plutôt mignonne. Ils n&#39;ont pas lésiné chez TiLi !</p>

<p>– Julien, c&#39;est ça ? Moi c&#39;est Sarah. C&#39;est ta première fois ? dit-elle en faisant danser ses doigts sur l&#39;écran tactile. Je vais t&#39;installer au G20.</p>

<p>Julien ouvre de grands yeux.</p>

<p>– Oh non, pas le G20, ça fait un peu forum économique. J&#39;ai l&#39;impression d&#39;être en cours d&#39;histoire.
– Hahaha, s&#39;esclaffe Sarah. Si tu es un peu allergique à l&#39;histoire, je peux te proposer un emplacement plus extrême… Le Z13 ? Ou le X69 ? humm… — petit sourire et haussement de sourcils.</p>

<p>– Le dernier, le X... 69, tu dis ? Il semble plein de promesses, haha.</p>

<p>– Tu aimes les symboles, je vois — clin d&#39;œil.</p>

<p>La température de la salle est adéquate, pourtant Julien sent une vague de chaleur lui monter au visage. Pourvu que ça passe inaperçu !</p>

<p>– Il va nous falloir ton empreinte ADN. Indispensable pour la connexion. Ah... mais je détecte que tu as déjà une puce ID implantée. Donc c&#39;est OK ! On y va ?</p>

<p>Sarah lui fait signe de la suivre. Le cœur de Julien s&#39;accélère légèrement. Un peu l&#39;excitation de la nouveauté — un peu Sarah aussi...</p>

<p>– Et voilà le X69 ! Installe-toi bien confortablement.</p>

<p>Le fauteuil est vraiment hyper confortable. Sitôt installé, les coussins se gonflent et laissent passer un flux d&#39;air qui le porte littéralement sur chaque centimètre carré de son corps. Il se croit en apesanteur. Sarah se penche pour lui positionner le bracelet connecté. Son parfum, mêlé à celui de sa peau, porte une signature unique. Il se projette un instant dans l’après-séance TiLi.</p>

<p>– Et maintenant le casque neuronal complet avec l&#39;écran in-té-gré.</p>

<p>Elle prend le casque en main et tend ses bras afin de l&#39;ajuster sur la tête de Julien. Au passage, son regard glisse sur les formes parfaites de Sarah… Déconcentration totale.</p>

<p>– Tu m’as entendu ?
– Oh… excuses. J&#39;ai eu la tête ailleurs à un moment…
– Je disais qu&#39;une fois le casque en place tu ne m&#39;entendras plus que dans les écouteurs. Isolation sensorielle oblige. D&#39;accord ?
– Ok, prêt pour l&#39;aventure !</p>

<p>Dans le casque, la voix de Sarah le rassure. Il hoche la tête, le cœur battant…</p>

<p>Soudain, c’est le noir.</p>

<p>– Ok, Julien. L’écran ne montre rien. C’est normal. Maintenant, tu vas chercher dans ta mémoire. Pourquoi pas un souvenir agréable ?</p>

<p>Julien hoche la tête. Ça y est.</p>

<p>Le long du trottoir qui mène à l’entrée du lycée, marche une déesse aux cheveux blonds qui lui descendent jusqu’aux hanches. Elle ne sait pas qu’elle est si belle. L’air sent le bitume chauffé par le soleil de juin. Un scooter passe au loin. Des rires éclatent.</p>

<p>D’un pouce levé, Julien signale à Sarah que tout est OK.</p>

<p>– Grâce au casque neuronal, tu n’as aucun geste à faire. Tu pilotes par la pensée. Il n&#39;y a pas plus simple. Bonne séance. Et tu peux m’appeler à tout moment.</p>

<p>L’émotion lui revient en pleine figure. Brutale. Vivante. L’image gagne en précision. Elle devient 3D. Comme si on passait du 480px au 16K.</p>

<p>La lycéenne qu’il matait de loin, trop timide pour l’aborder… maintenant, il peut tourner autour d’elle. S’approcher si près qu’il distingue le grain de sa peau. Une mèche collée à sa joue. Il pourrait presque l’embrasser.
Il tend la main. Elle passe à travers. Il réalise qu&#39;il n’est qu’un regard.</p>

<p>Il se voit, quelques mètres plus loin. Lui. Dix-sept ans. Les épaules rentrées. Le regard fuyant. Ridiculement amoureux. À quoi bon se rappeler tout ça maintenant ?</p>

<p>Un autre souvenir surgit. Alain. Au début, ils s’étaient pris la tête. Puis il était devenu son plus grand soutien. Un frère. Julien décide d’essayer autre chose. Ne plus subir les souvenirs. Les diriger. Explorer.</p>

<p>– Notre voyage improvisé vers Florence. Une vieille fourgonnette avec trois potes. Libres comme des feuilles au vent.</p>

<p>Momo, en athlète affûté, fait son show à la piscine, marchant sur les mains jusqu au bord avant de plonger la tête la première. L’odeur du chlore. Le carrelage brûlant sous les pieds. Derrière Momo, une fille ne le quitte pas des yeux. Elle pose la main sur la cuisse de sa copine. Incline légèrement le menton vers lui.</p>

<p><em>Elle avait un kiff pour moi… Et je ne m’en suis même pas aperçu !</em></p>

<p>Il voudrait ralentir l’instant. Revenir une seconde en arrière. Tester un autre choix. Pas possible. On ne peut rien changer.</p>

<p>Pris par la découverte, il remarque enfin sa TL, tout en bas de son champ de vision. Une ligne horizontale, comme sur les applis de montage vidéo. Il la fait défiler doucement. Les scènes s’enchaînent. Il accélère. Ralentit. Zoom avant. Zoom arrière. C&#39;est géant. Sans même toucher une manette.</p>

<p>Bientôt, Julien, les yeux sur la TL, avance doucement car TiLi se révèle être un vrai bolide. Comme sur une moto racée, quand tu ouvres à peine les gaz, elle se dresse d&#39;un coup.</p>

<p>– Ah oui ! Les résultats du bac !</p>

<p>Le pass vers la liberté, l&#39;éloignement du cocon familial. Respirer enfin. TiLi lit sa pensée et il assiste à ce moment où, sur le PC, il se connecte au site de l&#39;académie de Bordeaux. Derrière lui, son équipe de supporters : Dad, Mum and Sister Team !</p>

<p>La souris se déplace vite. Dans tous les sens. Ça mouline comme sur tous les sites <em>.gouv</em>, évidemment... Mais Julien, qui maîtrise maintenant TiLi comme son game favori, avance au moment recherché, celui où il scrolle sur la liste des admis. Il la fait défiler à toute vitesse jusqu&#39;à la lettre P...</p>

<p>Et là, victoire ! Son nom ! Mention passable. Il s&#39;en fout. Il a son PASS !</p>

<p>Il revit cette joie intacte. Avec TiLi, il fait le tour pour revivre aussi l&#39;allégresse sur les visages de la team. Sa sœur sautille. Sa mère lui passe la main dans les cheveux, les ébouriffe – sa façon à elle d’exprimer sa fierté.</p>

<p>Mais son père, derrière lui, fait la moue. Sans doute à cause de la mention. Ce jour-là, il n&#39;avait rien remarqué, tout emballé qu&#39;il était. Soudain, il regrette que TiLi lui ait montré ça. Son souvenir se ternit. Une petite fissure vient de se glisser dans sa victoire.</p>

<p>Malgré ce bémol, Julien décide de passer outre. Il veut remonter à son origine, à sa naissance. Curieux de savoir quand et comment il a pris conscience du monde qui l&#39;entoure.</p>

<p>TiLi est déjà en mouvement. Objectif : le point zéro. Sa sortie en scène, ses poumons qui se gonflent, son cri. Après une première accélération, TiLi ralentit avec souplesse. Julien observe attentivement. Des images floues ressemblent aux fenêtres d&#39;un métro passant à toute vitesse. La station Point Zéro approche.</p>

<p>Mais TiLi ne s&#39;arrête pas... il continue sa régression ! Il flotte maintenant dans le ventre de sa mère. Chaleur. Battements sourds. Liquide. Suspension. Julien sent un léger vertige. Ce n’est pas ce qu’il voulait.</p>

<p>Il baisse les yeux vers la TL. Et là, SURPRISE ! La ligne se divise en deux trajectoires parallèles. Sa mère et son père !</p>

<p>Avant même la conception. Avant qu’ils ne se connaissent. Avant qu’ils ne pensent à lui. Il sent deux rythmes distincts, deux forces en attente. Il n’est pas encore un corps, pas encore un souffle. Il est présence en devenir, vibration dispersée.</p>

<p>Puis vient le moment de l’union. Les deux TL se rapprochent, se superposent et se fondent. Soudain… une troisième ligne surgit. Fine. Neuve. Unique. La sienne.</p>

<p><strong>LE POINT ZÉRO !</strong></p>

<p>Julien n’est plus en devenir. Il est. Autonome. Voilà sa trajectoire. Sa propre existence. TiLi avance doucement. Julien sent le monde s’ouvrir autour de lui. L’air vibre de sons inconnus. Des images floues se précisent. Il perçoit la pression des mains, celle de son propre poids. Ses poumons se gonflent, un vertige palpitant l&#39;envahit.</p>

<p>Enfin, il pousse le CRI ! Il est né… ou re-né dans sa TL. Il comprend alors, au plus profond de lui : il est la synthèse de deux trajectoires qui s’étaient toujours cherchées. Il n’est pas un hasard. Il est attendu. Il est.</p>

<p>Pourtant, Julien sent qu&#39;il a atteint la limite avec TiLi. Étonnement, découvertes, goût amer… il a le sentiment d&#39;avoir sorti de vieilles photos d&#39;une boîte en carton. Vouloir revivre le passé était-ce une bonne idée ? Nostalgie. Malaise.</p>

<p>Les souvenirs étaient plus beaux dans sa mémoire. La moue de son père, l&#39;occasion manquée avec cette fille… Continuer ? Combien de déconvenues encore ? L&#39;écran affiche qu&#39;il lui reste vingt-cinq minutes, mais il en a assez vu. Il veut sortir de là.</p>

<p>– Sarah ? Tu es là ?
– Oui Julien, je t&#39;écoute. Tout se passe bien ?
– Oui, c&#39;est une expérience extraordinaire. Mais j&#39;en ai fait le tour et je voudrais revenir à ici et maintenant. Tu peux venir me délivrer ?
– Oui Julien, je viens te débarrasser de l&#39;équipement.</p>

<p>Le casque s&#39;efface. La lumière de la salle revient, un peu trop blanche, pique les yeux de Julien, mais c&#39;est le visage de Sarah qui redonne du contraste au monde. Elle se penche pour défaire le bracelet, et cette fois, son parfum n&#39;est plus une donnée TiLi : c’est une présence. Julien la regarde, pour de vrai. Ses gestes, son look, ce petit kiff qu&#39;il ressent dans le creux de l&#39;estomac... tout est plus vibrant que n&#39;importe quelle simulation en 16K.</p>

<p>— Alors, ce voyage ? sourit-elle en rangeant le matériel. Pas trop secoué ?</p>

<p>Julien se lève, un peu lourd sur ses jambes, savourant justement cette pesanteur retrouvée.</p>

<p>— C’était... instructif. Mais je crois que je préfère les versions originales aux rediffusions. Dis-moi, tu finis à quelle heure ?</p>

<p>Sarah marque un temps d&#39;arrêt, surprise, puis son sourire s&#39;étire.</p>

<p>— Dans vingt minutes. Pourquoi ? Tu veux aller voir un film ?</p>

<p>Julien éclate de rire. Un film ? Encore un écran, encore des images qu&#39;on ne peut pas toucher ?</p>

<p>— Oh non, pitié ! Surtout pas d&#39;écran. Je t&#39;emmène au pub au coin de la rue. On va s&#39;attabler dans le bruit, commander des burgers qui coulent, boire un coup. On devra hurler pour s&#39;entendre au-dessus de la musique, ou se rapprocher un peu plus...</p>

<p>Il plonge son regard dans le sien, cherchant cette étincelle qu&#39;aucune TL ne pourra jamais reproduire.</p>

<p>— On va faire un truc révolutionnaire, Sarah : on va vivre l&#39;instant présent.</p>

<p><a href="/fils-et-mailles/tag:fictions" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">fictions</span></a> <a href="/fils-et-mailles/tag:nouvelles" class="hashtag" rel="nofollow"><span>#</span><span class="p-category">nouvelles</span></a></p>
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      <guid>https://blogz.zaclys.com/fils-et-mailles/tili</guid>
      <pubDate>Thu, 19 Feb 2026 15:04:05 +0100</pubDate>
    </item>
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      <title>Proumeyssac</title>
      <link>https://blogz.zaclys.com/fils-et-mailles/proumeyssac</link>
      <description>&lt;![CDATA[C&#39;est une après-midi de juillet étouffante. Le soleil darde.  &#xA;La procession des touristes, tous couverts de polaires, suit la guide dans le tunnel qui descend progressivement vers le gouffre.&#xA;&#xA;De petite taille, il s&#39;est faufilé et s&#39;est placé tout près d&#39;une famille avec deux jeunes enfants.&#xA;&#xA;La lumière du tunnel est faible, un peu tamisée, tout juste de quoi se déplacer en sécurité.&#xA;&#xA;La voix de la guide résonne. Elle raconte la découverte du gouffre, le nom qu’on lui a donné – la cathédrale de cristal.&#xA;&#xA;La procession s&#39;arrête. Il ne reste plus qu&#39;une porte à franchir.  &#xA;Ils vont entrer, se placer comme pour un spectacle, dans une pénombre quasi totale.&#xA;&#xA;Lui ne quitte pas la famille d&#39;une semelle. Il se sent une affinité avec elle. Un sentiment d&#39;appartenance.&#xA;&#xA;Tout le monde est en place. Le spectacle peut commencer.&#xA;&#xA;Lumière féerique, jeux d&#39;orgue.  &#xA;Une nacelle, suspendue par des cordes et des poulies, descend avec lenteur.  &#xA;À l&#39;intérieur, quelques privilégiés – le point de vue d&#39;en haut, comme les découvreurs autrefois.&#xA;&#xA;Tout le monde s&#39;esclame :&#xA;&#xA;– WOUAH !&#xA;&#xA;C&#39;est un émerveillement.&#xA;&#xA;Pas pour lui.&#xA;&#xA;Tous ces artifices ne sont là que pour embellir le gouffre.&#xA;&#xA;Lui se souvient du trou du diable.  &#xA;De la fumée qui s&#39;en échappait.  &#xA;Du bruit des flammes à l&#39;intérieur, qu&#39;on entendait déjà en s&#39;approchant.&#xA;&#xA;Cette immense voûte, semblable au dôme d&#39;une cathédrale.  &#xA;Les concrétions, tuyaux d&#39;une orgue minérale imaginaire.&#xA;&#xA;Des jeux d&#39;ombres et de lumières à couper le souffle.&#xA;&#xA;Mais là-bas, à cet endroit précis, il est le seul à reconnaître cette forme particulière, recouverte de calcaire et de cristaux.  &#xA;Sous cette forme git, insoupçonnée de tous, son corps naissant, jeté dans la fournaise du trou du diable.  &#xA;Ce noir abyssal qui a ouvert sa gueule et l&#39;a broyé.  &#xA;Ce noir qui l&#39;a soustrait à la vie d&#39;en haut, à la lumière.&#xA;&#xA;Il est alors saisi d&#39;une grande, si grande tristesse.&#xA;&#xA;Le spectacle s’achève. Les voix se tournent déjà vers la sortie, commentant la beauté du lieu.&#xA;&#xA;La procession s&#39;apprête à faire demi-tour, à rejoindre la lumière du jour, ce bel été.&#xA;&#xA;Il se rapproche de la petite fille de cette famille qu&#39;il aurait aimé être la sienne.  &#xA;Il veut lui prendre la main, comme si elle était sa sœur.  &#xA;Mais ses doigts n&#39;attrapent que du vide.&#xA;&#xA;– Il peut venir avec nous le petit garçon, papa ?  &#xA;– Quel petit garçon, ma chérie ?  &#xA;– Mais papa… tu ne le vois pas ?  &#xA;– Non. Allez, viens. Tu ralentis tout le monde.&#xA;&#xA;La petite accélère le pas, puis se retourne une dernière fois.  &#xA;Elle fait un signe d’au revoir, discret, au petit garçon resté derrière.&#xA;&#xA;Il le sait.  &#xA;Jamais il ne pourra repasser de l’autre côté.&#xA;&#xA;Le temps ne compte plus pour lui.  &#xA;Pas d’horloge. Pas de soleil.  &#xA;Seulement l’éternité.&#xA;&#xA;Alors, triste, il retourne prendre sa place  &#xA;dans cette forme minéralisée,  &#xA;insoupçonnée des autres.&#xA;&#xA;Les visiteurs ressortent du tunnel. Plein soleil.&#xA;&#xA;La guide évoque la suite de la visite,  &#xA;la boutique, l’exposition attenante.&#xA;&#xA;Elle explique que l’on a retrouvé, au fil du temps,  &#xA;des os d’animaux jetés dans le gouffre.  &#xA;Et parfois aussi, des ossements humains.&#xA;&#xA;Lui, on ne l&#39;a pas trouvé.  &#xA;La roche l’a saisi et gardé caché.&#xA;&#xA;fictions]]&gt;</description>
      <content:encoded><![CDATA[<p>C&#39;est une après-midi de juillet étouffante. Le soleil darde.<br>
La procession des touristes, tous couverts de polaires, suit la guide dans le tunnel qui descend progressivement vers le gouffre.</p>

<p>De petite taille, il s&#39;est faufilé et s&#39;est placé tout près d&#39;une famille avec deux jeunes enfants.</p>

<p>La lumière du tunnel est faible, un peu tamisée, tout juste de quoi se déplacer en sécurité.</p>

<p>La voix de la guide résonne. Elle raconte la découverte du gouffre, le nom qu’on lui a donné – la cathédrale de cristal.</p>

<p>La procession s&#39;arrête. Il ne reste plus qu&#39;une porte à franchir.<br>
Ils vont entrer, se placer comme pour un spectacle, dans une pénombre quasi totale.</p>

<p>Lui ne quitte pas la famille d&#39;une semelle. Il se sent une affinité avec elle. Un sentiment d&#39;appartenance.</p>

<p>Tout le monde est en place. Le spectacle peut commencer.</p>

<p>Lumière féerique, jeux d&#39;orgue.<br>
Une nacelle, suspendue par des cordes et des poulies, descend avec lenteur.<br>
À l&#39;intérieur, quelques privilégiés – le point de vue d&#39;en haut, comme les découvreurs autrefois.</p>

<p>Tout le monde s&#39;esclame :</p>

<p><strong>– WOUAH !</strong></p>

<p>C&#39;est un émerveillement.</p>

<p>Pas pour lui.</p>

<p>Tous ces artifices ne sont là que pour embellir le gouffre.</p>

<p>Lui se souvient du trou du diable.<br>
De la fumée qui s&#39;en échappait.<br>
Du bruit des flammes à l&#39;intérieur, qu&#39;on entendait déjà en s&#39;approchant.</p>

<p>Cette immense voûte, semblable au dôme d&#39;une cathédrale.<br>
Les concrétions, tuyaux d&#39;une orgue minérale imaginaire.</p>

<p>Des jeux d&#39;ombres et de lumières à couper le souffle.</p>

<p>Mais là-bas, à cet endroit précis, il est le seul à reconnaître cette forme particulière, recouverte de calcaire et de cristaux.<br>
Sous cette forme git, insoupçonnée de tous, son corps naissant, jeté dans la fournaise du trou du diable.<br>
Ce noir abyssal qui a ouvert sa gueule et l&#39;a broyé.<br>
Ce noir qui l&#39;a soustrait à la vie d&#39;en haut, à la lumière.</p>

<p>Il est alors saisi d&#39;une grande, si grande tristesse.</p>

<p>Le spectacle s’achève. Les voix se tournent déjà vers la sortie, commentant la beauté du lieu.</p>

<p>La procession s&#39;apprête à faire demi-tour, à rejoindre la lumière du jour, ce bel été.</p>

<p>Il se rapproche de la petite fille de cette famille qu&#39;il aurait aimé être la sienne.<br>
Il veut lui prendre la main, comme si elle était sa sœur.<br>
Mais ses doigts n&#39;attrapent que du vide.</p>

<p>– Il peut venir avec nous le petit garçon, papa ?<br>
– Quel petit garçon, ma chérie ?<br>
– Mais papa… tu ne le vois pas ?<br>
– Non. Allez, viens. Tu ralentis tout le monde.</p>

<p>La petite accélère le pas, puis se retourne une dernière fois.<br>
Elle fait un signe d’au revoir, discret, au petit garçon resté derrière.</p>

<p>Il le sait.<br>
Jamais il ne pourra repasser de l’autre côté.</p>

<p>Le temps ne compte plus pour lui.<br>
Pas d’horloge. Pas de soleil.<br>
Seulement l’éternité.</p>

<p>Alors, triste, il retourne prendre sa place<br>
dans cette forme minéralisée,<br>
insoupçonnée des autres.</p>

<p>Les visiteurs ressortent du tunnel. Plein soleil.</p>

<p>La guide évoque la suite de la visite,<br>
la boutique, l’exposition attenante.</p>

<p>Elle explique que l’on a retrouvé, au fil du temps,<br>
des os d’animaux jetés dans le gouffre.<br>
Et parfois aussi, des ossements humains.</p>

<p>Lui, on ne l&#39;a pas trouvé.<br>
La roche l’a saisi et gardé caché.</p>

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      <pubDate>Tue, 20 Jan 2026 23:49:26 +0100</pubDate>
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