Coucher de soleil
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from Blog d'une enfant de ce siècle
Marc Smith est un poète américain qui a grandi à Chicago.
Le slam, selon la Ligue Slam de France, est “Une poésie vivante, un espace de diffusion accessible à tous et un public impliqué donnant directement son avis.
« Slam » terme anglais qui signifie sous forme de verbe « claquer » « gagner une victoire facilement » « critiquer »
« Slam » le nom signifie « bruit violent » « tournois de poésie » « schelem » c’est un mot du 17ème siècle probablement d’origine scandinave “
Les scènes slam ont été créées par Marc Smith... (“So What”/“Et alors?”) Et alors, le slam est régit par quelques règles... Ces règles sont surtout valables pour les tournois de slam de France, et peuvent devenir plus souples sur certaines scènes comme les SPOKEN WORD, où nos mots résonnement avec les notes de musiciens qui jouent sur scène.
Ces règles officielles, les voici:
1.“déclamer son propre poème” (hors tournois, on peut en dire un qui n'est pas de nous, tant qu'on le précise avant ou après l'avoir récité) 2. “déclamer en 3 minutes ou moins” 3. “pas d’accessoires ou de déguisements” 4. “notation par le public de 0 a 10 avec un chiffre après la virgule pour éviter les ex aequo.”
En 1990 le Chicago Slam comité a décidé lors de l’organisation du premier Slam National américain de poser la règle qui”... 5. “interdit les accessoires et la musique”
Et il y a évidemment la question de la langue qui n'est pas citée mais reste implicite: Si certaines phrases sont prononcées dans une langue étrangère c'est toléré en tournois, mais pas tout le texte... Malgré la tolérance dont font preuve plusieurs, j'estime que ça reste un trop grand frein pour la compréhension globale et la capacité de le noter. Donc par déduction, si l'on souhaite concourir pour se voir sélectionné en tournois... 6. texte majoritairement en français.
Certains imposent également à ce que les textes soient conformes à la loi, ce qui mérite éclaircissement à mon sens. Je suppose qu'il s'agit de se référer à ce que signifie légalement la liberté d'expression, et de savoir la distinguer de la discrimination, l'appel à la haine, les fake news... Mais à mon sens si on va jusqu'à dire qu'on ne peut pas dire de gros mots, parler de ses blessures ou râler contre le système, ça n'a plus d'intérêt.
Si je comprends bien, il s'agit de faire claquer vigoureusement les mots dans l'espace, et les laisser entendre par un large public, en acceptant le fait que nos mots et notre manière de les faire claquer soient critiqué.e.s. Mais... qu'en est-il en dehors du jury? Qu'en est-il en dehors des tournois? Quelle différence entre critiquer, et se sentir visé par un texte?
L'idée de blesser quelqu'un sans que cette personne ne se sente légitime à venir me parler pour me le dire iel-même en face, c'est une idée qui me terrifie. Assez pour me sentir illégitime à m'exprimer. Je me suis donc confrontée violemment à cette problématique, jusqu'à envisager d'écrire à Marc Smith lui-même:
DEMANDE DE PRÉCISIONBonjour....
J'aimerais poser une question très personnelle à Marc Smith.
Cela fait trois ans que je m'exprime sur les scènes slam, mais je m'interroge de plus en plus. Suite à une remarque indirecte sur un de mes textes, je ressens un blocage profond et, n'arrive plus dire mes textes individuels depuis presque un an.
C'est important pour les tournois, de pouvoir les dire. J'arrive à dire des coécritures car je ne suis pas seule, et des textes qui ne sont pas de moi car c'est moins personnel, et des textes que j'écris dans une autre langue car ils sont plus durs à comprendre. Mais je ne me sens pas libre de dire mes textes solo dans ma langue, alors que j'en ai envie, et que j'ai envie de participer aux tournois. J'ai réalisé un gouffre entre ce que je dis et ce qui est perçu par l'autre. Avec les blessures de chacun, les émotions, les projections, je peux blesser ou décevoir l'autre sans le vouloir, sans le savoir, sans savoir comment, sans avoir de prise dessus.
C'est pourquoi je vous contacte. Par peur de l'erreur, j'aimerais comprendre mieux les lois qui régissent les scènes slam. Je me permets donc de vous adresser mes questions. Qui d'autre que vous serait le mieux placé pour y répondre?
Personnellement, je me suis fait une règle comme quoi, dès qu'un de mes textes évoque une personne vivante que je connais, je ne donne jamais son prénom. Est-ce que vous envisageriez que cette règle soit générale?
Mais même dans ces conditions, faut-il prévenir une personne quand fait partie du public, si notre texte évoque un souvenir partagé ensemble? Ou bien, si on soupçonne notre texte d'être maladroit, doit-on le faire relire par un tiers qui fait partie du milieu, pour lui demander de valider ou invalider les valeurs que ce texte défend? Ou bien peut-on considérer que notre maladresse fait partie de nous, et nous garantit de rester authentique avec nos failles?
Le “trigger warning” que l'on peut annoncer quand notre texte parle d'un sujet dur à aborder, à quoi sert-il si personne ne décide de sortir pour se préserver? Doit-on parfois (ou toujours) se passer de parler de nos histoires personnelles pour ne pas blesser l'autre, alors qu'elles sont la raison même de notre présence sur les scènes, surtout quand le besoin d'expression est si fort qu'il nous fait souffrir?
Vous avez créé les scènes slam pour que la poésie soit accessible au grand public. Les avez-vous créées aussi pour donner libre court à la liberté d'expression ? Y a-t-il des limites à cette liberté dans ce cadre? Lesquelles précisément ?
Y a-t-il des sujets à ne pas aborder, des mots qu'il ne faut pas employer, des tournures de phrase, des sujets, des gestes, des émotions à censurer dans nos prestations pour qu'elles restent audibles et supportables? Ou bien l'expression lors d'une performance est-elle dévouée totalement à la règle d'or de la fiction, où tous les interdits, tous les tabous, toutes les peurs peuvent être bravé.e.s?
Je ne sais plus où j'en suis. Je m'interroge énormément, et je ne sais pas où regarder pour trouver une issue. L'art a été toute ma vie un moyen pour moi de respirer, d'exister, de créer du lien, de m'apporter du soin. Aujourd'hui je n'arrive plus à éprouver le plaisir d'autrefois à dire un texte solo dans ma langue qui soit de moi, de peur de blesser.
J'espère que vous trouverez le temps de me répondre, au vu du contexte actuel... Pour moi je considère cette question comme vitale... Sans retrouver du sens à cette question, je ne saurai pas comment défendre cette valeur sans quoi je ne trouve pas la vie supportable : la liberté...
Prenez soin de vous... Même s'il est peu probable que je reçoive une réponse, j'attendrai patiemment d'arriver à un éclaircissement.
Merci pour avoir créé ces espaces, même si aujourd'hui j'ai encore du mal à m'y sentir accueillie pour qui je suis... C'était le cas pendant longtemps... Et j'espère que ça le sera de nouveau.
Evidemment, mon mail m'est retourné comme un boomerang, comme l'adresse mail sur le seul site où je pouvais le contacter s'est avérée invalide. J'ai donc fait de ce texte une lettre ouverte, une invitation au débat. Je n'avais aucune réponse, et j'attendais seulement de pouvoir être accueillie dans ce questionnement qui me hante. J'ai obtenu bien davantage.
En transmettant cette lettre ouverte à la Ligue Slam de France, Mr.Zurg m'a donné sa réponse dans un premier temps, et de fil en aiguille j'ai fini par pouvoir adresser mon message à Marc Smith lui-même... Qui lui non plus n'a pas tardé à me répondre. Et sa réponse m'a tirée des larmes, car sa conception du slam était beaucoup plus souple, et me l'a rendu à mes yeux plus fondamental que jamais...
Alors que j'étais en prise avec le silence et le sentiment d'isolement, j'ai fait face à une énorme disponibilité, et un engagement à toute épreuve. J'ai pensé aux anciens temps où les spectateurs qui allaient au théâtre venaient debout et faisaient un grand chahut, quand il m'a évoqué les réactions encouragées du public. Et à la censure actuelle aux US quand il m'a appris que la liberté d'expression peut coûter des vies... Je sentais depuis mes débuts sur la scène que cet élan de s'y exposer était vital sans comprendre pourquoi, aujourd'hui je comprends à quel point ça l'est réellement... Pour arriver jusqu'à mettre sa vie en péril en s'exprimant sur la scène, c'est que le combat qui y est mené a une valeur plus précieuse que la vie. Et avec ça, d'où que nous venions, tout devient possible.
Comme il m'a confirmé que je pouvais la rendre publique pour nourrir les débats, je pose là la traduction de ce qu'il m'a écrit suivi de sa lettre originale:
RÉPONSE DE MARC SMITH EN FRANCAISBonjour Kaena,
Je vais répondre du mieux que je peux. Tout d’abord, il faut garder à l’esprit que les débuts du slam au Get Me High Jazz Club de Chicago n’avaient aucun rapport avec une quelconque compétition, un tournoi ou des règles. Il s’agissait d’une soirée ouverte à tous qui visait à encourager la « mise en scène » de poèmes, ce qui, à l’époque, était considéré comme répréhensible par les cercles poétiques traditionnels. La définition principale de la poésie slam est la suivante :
« Le remariage de l’art d’écrire de la poésie avec l’art de la réciter. »
Les réactions sincères du public étaient également encouragées. Cela prenait parfois la forme de chahut, mais celui-ci devait rester bon enfant et plus intelligent que les mots visés, sous peine de voir le chahuteur lui-même devenir la cible de railleries.
La deuxième définition (tout aussi importante que la première) est la suivante :
« Un événement de “poésie performative” mis en scène avec art.
À l’époque où le spectacle au Get Me High a débuté, la plupart des lectures de poésie étaient des événements ennuyeux, mal conçus et sans art — ouverts à très peu de monde et fréquentés par très peu de personnes. Dans l’ensemble, personne parmi le grand public n’aurait même songé à y assister. C’est ce que nous avons entrepris de changer, et nous y sommes parvenus. À cette époque, avoir 50 personnes dans le public était considéré comme extraordinaire. En attirer des centaines, voire des milliers, comme c’est le cas aujourd’hui, aurait été perçu comme un rêve inaccessible.
Les « compétitions » ne sont qu’une forme parmi d’autres d’« événement de « poésie-spectacle » mis en scène avec art ».
Les règles dont vous parlez ont vu le jour par nécessité, afin de structurer notre premier grand événement de « poésie-performance » : le National Poetry Slam de 1990 à Chicago. Nous devions contrôler la durée des événements et nous conformer aux contraintes des lieux où nous allions les organiser — tout en donnant au « tournoi » une structure raisonnable et équitable. Ces règles ont été mises en place pour répondre à des impératifs de production. Elles n’étaient pas, et ne sont toujours pas, destinées à être des impératifs artistiques.
Ce qui se perd parfois de vue dans le monde du slam aujourd’hui — après 40 ans de diffusion à travers le monde dans des centaines et des centaines de lieux —, c’est que ce que nous avons lancé à Chicago (en 1984) était une révolution. Nous avons décidé de bousculer les règles et les conventions relatives à la manière dont la poésie était présentée sur scène. Musique, costumes, accessoires, mise en scène, collaborations multimédias : tout cela faisait partie du jeu. Et oui, toutes les formes de poésie, des classiques à l’expérimentale, étaient encouragées. Il ne fallait surtout pas ennuyer le public ; on laissait cela aux poètes institutionnels. Et comme nous avions également pour objectif d’être totalement ouverts à l’ensemble de la population (et pas seulement à une partie de celle-ci), nous encouragions aussi tous les thèmes et toutes les personnalités.
Un autre principe du slam poétique, né de son essor, était le suivant :
« Chaque communauté de slam est libre de développer son propre type de spectacle, ses rituels, sa structure, son style et ses règles. »
Faites ce qui fonctionne le mieux pour votre public local.
La plupart de vos interrogations sont celles que tout artiste rencontre lorsqu’il explore en profondeur ses convictions et son besoin de les exprimer aux autres. Se heurter aux conventions d’une époque donnée fait partie, pour le véritable artiste, du parcours. Au cours des premières années à Chicago, nous avons essuyé une avalanche de critiques et d’insultes provenant d’une multitude de voix issues des cercles poétiques « traditionnels », et même de l’avant-garde poétique de l’époque.
C’est le risque que nous prenons tous lorsque nous lançons nos pensées, nos idées et nos mots sur la scène publique.
Nous avons tous pour mission d’apprendre de ce qui nous tient à cœur, d’évoluer à partir de cela et de rester fidèles à ce que nous considérons comme vrai. Ce n’est pas toujours facile.
À Chicago, notre objectif était de créer une scène ouverte à tous, où chacun pourrait présenter toutes les formes de poésie sous forme de spectacle devant le public le plus large possible. C’est ce que nous avons fait et, comme vous le savez, beaucoup d’autres ont suivi notre exemple.
J’espère que cela vous aidera dans votre parcours, quelle que soit votre destination, Marc
Et lorsque j'ai vu l'interview suivante, quel ne fut pas mon éclat de rire, quand j'entendis le créateur du slam lui-même déclarer :
Hello Kaena,
I will respond as best I can. First, you should bare in mind that the beginnings of slam at the Get Me High Jazz Club in Chicago had no connection to any type of competition or tournament or rules. It was a wide open night that sought to encourage the “performance” of poems which at the time was considered a reprehensible thing to do by establishment poetry circles. The primary definition slam poetry is:
“The remarriage of the art of writing poetry with the art of performing poetry.”
Honest feedback from the audience was also encouraged. Sometimes that took the form of heckling, but the heckling had to be good natured and smarter than the words being heckled or else the heckler would be heckled.
The secondary definition (as equally important as the first) is:
“An artfully staged “performance poetry” event.
Back when the show at the Get Me High began most poetry readings were dull, poorly conceived, artless events — open to and attended by very few people. For the most part, no one from the general population would even consider attending one. That's what we set out to change and did. In those early years to have 50 people in the audience was considered extraordinary. To have hundreds and thousands, as we do today, would have been though of as an unattainable fantasy.
What brought a large, general audience of all kinds of people to us was “performance” not competition. “Competitions” are but one form of “an artfully staged 'performance poetry' event.”
The rules you speak of came about through the necessity of structuring our first major “performance poetry” event — 1990 National Poetry Slam in Chicago. We needed to control the length of time of the events and conform to the restrictions the venues we were going hold them in — and to give the “tournament” a reasonable and fair structure. The rules came about to satisfied production considerations. They were not, and are not, meant to be artistic mandates.
What sometimes gets lost in the slam world these days — after 40 years of being spread throughout the world to hundreds and hundreds of locations — is that what we started in Chicago (1984) was a revolution. We set out to break the rules and conventions of how poetry was presented on a stage. Music, costumes, props, dramatics, multi-media collaborations were all part of the game. And yes, all forms of poetry from the classics to the experimental were encouraged. Just don't bore the audience, let the establishments poets do that. And because we also set out to be totally open to the population at large (not just one corner of of it) we also encouraged all themes and personalities.
Another principle of poetry slam that evolved out of its spread was that:
“Every slam community is free to develop its own type of show, rituals, structure, style and rules.”
No slam community is obligated to follow a standardized format. Do what works best for your local audience.
Much of your questioning is what every artist encounters when delving deep into their beliefs and their need to express those beliefs to others. Bumping up against the conventions of a particular moment is for the true artist part of the journey. During the early years in Chicago we experienced cascades of criticism and degradation from a deluge of voices from the “proper” poetry circles, and even from the current poetic avant guard. As we know from reading literary history, new voices and ideas in every art form have been met scorn, ridicule — even incarceration, torture and death. That's the risk we all take when throwing our thoughts, ideas, and words into the public arena.
We are all tasked with learning from, evolving from, and standing by what we hold dear to be true. Not always an easy thing to do.
Our intentions in Chicago were to create an open stage for anyone and everyone to present all forms of poetry in performance to as large an audience as we could muster. We did that and as you know many others have followed suit.
Hope this help you on your journey to wherever has you bound, marc

“Du rêve que fut ma vie, ceci est le cauchemar”
Camille Claudel à Eugène Blot, Asile de Montdevergues
Pour bibi, la rencontre avec Bank Myna et EIMURIA, leur album de 2025, se fait en Île-de-France via la Caroline du Nord... Je n'avais encore jamais jamais fait gaffe à ce quatuor parisien pourtant actif depuis 2016 jusqu'à ce que je me balade sur le site de Scott Spiers, Clean and Sober Stoner, un pilier de la communauté des blogueurs heavy outre-atlantique, et que je tombe sur une brève qui encensait le nouveau LP de nos post-rockers. Non seulement je me suis magné de l'écouter, mais kipluzé les larron·es jouaient en concert à trois pas de chez moi deux semaines plus tard. Ticket, please. Ca s'appellerait pas la sérendipité, ça, les p'tit·es potes ?
Spoiler alert : Mr. Spiers a raison d'être enthousiaste. EIMURIA vous offre 48 minutes de post-rock ténébreux et ample – le versant calme du post-rock, plus proche du drone et de l'ambient que des compositions nerveuses et anguleuses. (J'en ai profité pour découvrir le terme slowcore, comme quoi on en finit jamais d'apprendre des nouveaux trucs, youpi. Si vozigue aussi étiez dans l'ignorance à ce sujet, je vous laisse écluser un godet à la même fontaine de sapience que wam, on sera à égalité) Comme des cieux d'orage, de vastes nappes de son se gonflent et éclatent en riffs doom bien saturés et batterie tonnante. “Éclate” pourrait faire penser à quelque chose de soudain, mais ici tout est lent, tout est inéluctable. L'orage pré-cité est déjà là depuis longtemps et il ne repartira plus, il gronde toujours, dans le fond ou au premier plan. Tout juste y aura t-il quelques accalmies, quelques éclaircies, des instants de lumière qui ne feront que renforcer la profonde noirceur de l'album, musicale et thématique. Le son est étonnament chaleureux : pas volcanique mais plutôt chaud comme des braises qui couvent, et s'éteignent peu à peu. Béhoui, il se trouve qu'“EIMURIA” signifie “braises” en ancien allemand. On est plongé dans une ambiance intime, intérieure -“padded atmosphere”, comme il est chanté sur The Other Faceless Me : une atmosphère capitonnée, comme la cellule du même nom- mais spacieuse en même temps, grâce à la reverb, au delay, et à un chic pour les notes qui s'étirent et qui respirent, et pour les silences qui comptent. L'impression que ça me donne, c'est celle d'un paysage mental plus que d'un espace physique, avec des tensions régulières entre le désir d'envolée et l'appel du vide, le confort et l'enfermement... Le coeur de l'album a été enregistré en live en studio, même si ça n'a pas été le cas pour un certain nombre d'arrangements. Au-delà du goût que mon côté rockiste a pour ce genre de méthode, cela contribue à mon sens à cette atmosphère très immersive et très authentique, qui est de toute façon merveilleusement restituée en concert par les artistes, avec encore un surcroît d'intimité. En live Bank Myna incarne successivement, et même simultanément, l'éléphant et le magasin de porcelaine, sans péter une seule tasse. La classe. Basse et guitare, parfois jouées à l'archet ou de manière percussive, à l'aide de p'tites mailloches, batterie, violon, synthé : iels sont tou·tes excellent·es, habité·es et créatif·ves mais tout en délicatesse malgré le gros son, avec une sobriété qui ne se met jamais en travers de l'émotion. Et rarement l'adjectif “hanté” s'est aussi bien appliqué à une voix qu'à celle de la chanteuse Maud Haribet, qui passe avec fluidité du murmure au cri, de la détresse à la menace jusqu'à la résignation. Bref, c'est du velours. Et mention doit être faite de la sublime oeuvre de Ramona Zordini qui illustre la pochette, ainsi que de l'artwork de l'insert dessiné par Harribey elle-même : musique, paroles, illustrations participent toutes d'une même vision riche et cohérente.
Pour ce qui est du thème : la noirceur d'EIMURIA est loin d'un imaginaire fantaisiste ou horrifique classique : diable il y a, certes, mais ce diable-là est un double, une ombre impalpable et sans visage, la moitié irréconciliable (ou irréconciliée, selon votre optimisme) d'une psyché fracturée, qui menace de consumer peu à peu la santé mentale de la narratrice...Jusqu'au vide, jusqu'au néant et aux ténèbres absolues. Un genre de Horla sous stéroïdes. On fait difficilement plus doom : c'est la folie qui est le fil conducteur du LP. Bank Myna s'est inspiré des vies et œuvres d'Alejandra Pizarnik et de Camille Claudel, deux artistes ayant souffert de graves problèmes psy ; les musicien·nes ont parlé en interview du refoulement, et de l'acceptation de toutes les parts de soi-même, toutes les émotions qu'on porte, y compris les plus sombres. Accrochez-vous, vous allez avoir droit à une mince de catharsis.
Autant je suis peu familier avec Pizarnik, qui n'est plus éditée que marginalement depuis quelques années, autant Claudel je connais et j'admire, et je suis bien au parfum de sa descente aux enfers. Camille Claudel, c'est un talent colossal, développé en partie dans l'atelier du “maître” Auguste Rodin ; elle a une liaison passionnée avec lui qui est de 24 ans son aîné… Lui bien sûr ne veut pas se séparer pour autant de Rose Beuret, sa compagne depuis 20 ans, pour les bozieux de sa jeune amante : triste et sale banalité de vieux baltringue dominant, dynamiques de pouvoir assymétriques bien blèches comme il faut. Leur relation amoureuse s'achève en 1892, année où Camille Claudel avorte clandestinement : Rodin ne voulait pas plus reconnaître l'enfant à venir que lâcher Rose pour épouser Camille. En s'affranchissant de Rodin elle va rencontrer des temps difficiles : elle dépendait financièrement de lui, et elle ne bénéficie plus de l'aura du maître… et être une femme artiste à la fin du XIXe siècle, c'est coton, d'autant que son art est assez peu préoccupé de la morale bourgeoise... La santé mentale de Claudel va se dégrader au début du XXe siècle : elle vit en recluse et pense que Rodin la persécute et mène une cabale d'ennemis contre elle, et elle détruit même ses propres oeuvres dans son atelier en 1912... En 1913, elle est internée en hôpital psychiatrique par sa famille, qui demande à ce que soient restreinte ses visites et sa correspondance : surtout pas de scandale ! Elle restera internée pendant 30 balais, et y mourra misérablement. Contrairement à Rodin qui entre leur rupture et sa propre mort en 1917 essaiera réguliérement et discrétement d'aider Camille, sa famille de petits bourgeois dégueulasses sera bien contente de la laisser moisir dans son trou.
J'ai pris une plombe pour vous raconter tout ça principalement à cause de L'Implorante, ultime morceau du LP. L'Implorante, c'est d'abord une sculpture de Claudel extrêmement autobiographique : jetez y un oeil, puis une oreille attentive vers les paroles du morceau. Il me semble que la plupart des esgourdes critiques vont être attirées par le sinueux et progressif Burn All the Edges, qui est un petit tour de force, changeant plusieurs fois de forme au fil de ses 9 minutes sans jamais me perdre, et permettant à Harribey de déployer toutes les nuances de sa palette vocale. Mais le crépusculaire et feutré The Other Faceless Me, et le dyptique No Ocean of Thoughts/The Shadowed Body, écrasant, desespéré et terrifiant, méritent tout autant l'attention. Pour autant, L'Implorante est le plus déchirant des 5 morceaux d'EIMURIA, et sa beauté cruelle, bien ancrée dans le réel, est sublime : un parfait final. Est-ce in medias res ou bien un regard rétrospectif sur le moment où tout a basculé ? De toute façon la bataille contre l'inéluctable est déjà perdue. Le temps ne se figera pas, qu'importe les prières et les supplications. Tout change après, en pire. J'ai parlé plus haut d'éclaircies et d'instants de lumière : ils ne sont à mon sens ni nombreux ni explicites dans les paroles. Ça en dit peut-être plus sur moi que sur les artistes, mais je trouve qu'iels peignent bien plus et bien mieux l'aliénation que l'acceptation. Sans complaisance, sans misérabilisme, sans romantisme, sans clichés, mais avec empathie et lyrisme. Et musicalement l'album n'est jamais asphyxiant comme peut l'être un doom-sludge craspouille : il y a plein d'endroits où respirer, des envolées des pauses et des intonations qui se prêtent si on le désire à l'injection d'espoir au coeur de la tourmente.
J'ai entendu Bank Myna causer des carcans sociaux et de la nécessité de s'en libérer, avec comme hypothèse : Pizarnik et Claudel ont été bouffées, peut-être s'en seraient-elles mieux tirées en l'an de grâce 2026, où elles auraient peut-être été moins pressurées, mieux acceptées dans leur singularité ? On peut se poser la question. Pour la plupart d'entre nous, le carcan se resserre aussi, ces temps-ci : les personnes non conformes, neuroatypiques, mauvais genre, mauvaise couleur de peau ou mauvaise religion... feraient bien de se faire toutes petites et de ne pas respirer trop fort, insistent certaines âmes brunes qui peinent à ne pas se toucher la nouille en public en rêvant à des enfermements forcés. Pas de bol pour elles, on sait qu'il est possible de vivre mieux, on sait que leurs rêves sont déjà en voie de décomposition, et on ne se laisse pas faire. Même si c'est rude, on lutte, on s'organise et on se soutient, et on se souvient : des traces, des témoignages et de la beauté de celleux qui nous précèdent, qui ont souffert et ont lutté. Bank Myna fait honneur à cette leçon-là. EIMURIA est un plongeon dans les ténèbres qui ne sera pas pour tous les goûts ni toutes les humeurs, mais c'est un majestueux accomplissement. Mangez-en.
Bank Myna, c'est : Maud Harribey – chant, violon & claviers | Fabien Delmas – guitare, lap steel | Daniel Machón – basse, noise box, sampler | Constantin du Closel – batterie, percussions
#Doom #DoomGaze #Drone #PostRock #ProgRock #Slowcore
from adventices
photo © Torben Klint
nous allons sans relâche sur des flots sans relief notre barque en dérive a la lenteur des rêves
les nuages vont si bas qu'ils effleurent leur reflet sur l'autre rive là-bas la lune s'est voilée
from irisdessine
from Tamarin
“Un gagnant est un perdant qui a retenté sa chance.” Ricardo dans “El otro padre”
#Citation #Chance #Gagnant #Perdant #Ricardo #ElOtroPadre #A2026
from Un rat bleu
C’est son nom. La boussole donnée par un enseignant lors de ma dernière formation officielle de spéléonaute numérique. Elle est en anglais, la langue première dans son monde d’origine, après le binaire. – C : Create. – R : Read. – U : Update. – D : Delete.
En français, je le traduis par « CLÉS ».
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Ci‑dessus, le texte brut. Ci‑dessous, le rendu final.
C’est mon premier essai à l’art ASCII. Habituellement, le jeu de caractères est restreint à celui d’ASCII. Pour cet exercice, j’ai ouvert la palette à tout ce qu’un clavier français AZERTY peut offrir.
Ça pourrait s’appeler « FrESCII », prononcé « fresque‑i », pour « FRench Extended Standard Code for Information Interchange ».
De spéléonaute à fresquiste… Que d’aventures !
Espérons que je ne raconte pas trop de salades par la suite.
#ContesDeMathysSille #Dessin #ASCIIArt #FrESCII #Numérique
from Un rat bleu
La première entrée d’une collection de récits, poèmes, et réflexions inspirés par mon apprentissage des mathématiques et des sciences, ainsi que mon regard sur eux à travers les dimensions.
Degré de liberté
Voici un petit point, dévoyé dans ce vaste espace. Un individu venu du vide, dont tout point. Je l’appelle « vierge », vierge de toute trace.
Il y en a d’autres, à côté. C’est vous, c’est moi. C’est nous. Des particularités, des singularités, fixées, épinglées, loin de l’origine, loin de tout.
Une seule envie est couvé : revenir au nid et reformer l’œuf cosmique. Maints chemins les feront dériver, mais seul un permettra de rester droit et authentique.
Mus par ce vecteur, plus ou moins coordonnés, les individus se déplacent. Certains suivent les sillons. D’autres préfèrent être égaux, rassurés dans leur position. Une poignée opte pour l’improvisation et l’heuristique.
Nombreux manquent du premier coup le cœur, basculent de l’autre côté de la linéarité et se perdent dans l’alter polarité ; un domaine sombre, loin du positif, rempli de terreurs.
Conjectures et projections circulent. Beaucoup détournent leur trajectoire. « Il n’y a plus rien à voir dans le noir. Seul le bien‑être compte. », ils stipulent.
Alors je compte : « La moitié d’un axe… Le quart de la surface… Une fraction de l’espace… La limite est l’incomplétude de l’existence ! »
Trop tard. Attirés par des images de félicité, ils ont déjà sautés d’un argument orienté vers le jour maximum, un regard minime pour leur obscurité, tentés par une fuite de leurs antécédents avec facilité.
Certains de mes antécédents sont là‑bas, dans les oubliettes. Il m’arrive d’y replonger, parfois de force, sinon par quête. Chercher l’inconnu, toujours variable, au nom temporaire. Un spectre fréquemment piquant, perceptible par intégration fragmentaire.
Le péril de s’y perdre est invariablement permanent. J’y progresse par petits incréments. Je plante mes racines récursivement. Garder un repère et la stabilité sur un terrain complexe, peu avenant.
Une relation ambigüe… et réciproque. Je peux rayonner dans l’ombre, sans remarque ; elle peut se distribuer en moi, me rendre équivoque. Elle déboussole mes radians, dévie mes arcs.
Notre affinité est fonction de l’épreuve. Plus il y a d’obstacles, plus il y a de frictions. Toujours moduler mon trajet, trouver le bon fleuve. Notre lien produit de l’impétuosité comme de l’exaltation.
Est‑ce rationnel et cohérent ? Un tel engagement ? Serait‑ce démesuré et absurde ? Insalubre ? Brûler mes ailes ou abraser ma surface ? Quelle différence entre ces façons de s’enflammer ?
La tendance reste identique : chuter. La chute libre vers un océan agité, désordonné. Fraîchement déchus, longtemps éparpillés ; encore trop obtus pour optimiser l’entrée.
Isolée de l’instabilité, il y a de la biomasse, organisée en structures entières naturelles efficaces : des arborescences équilibrées pour grimper en un rythme, deux passes. Chaque unité de hauteur s’associe à au moins une de volume de terrasse.
Un rang d’escaladé, trois marches de dégringolées dans le lugubre. Beaucoup d’exposants se présentent à l’élévation en puissance, mais jusqu’où seront‑ils prêts à aller en incandescence pour gagner ne serait‑ce qu’un seul degré de délivrance ?
#ContesDeMathysSille #Poème #Conte #Maths #Sciencesfrom lambdada
Je me souviens de vacances début octobre, il y a peu d'années. Il faisait chaud comme en été, mais pas un été caniculaire. Je logeais à Collioure, à deux minutes quarante-sept secondes du bord de mer, dans un petit appartement d'une résidence quasiment déserte, avec vue sur le moulin, les vignes, et plus haut, le fort Saint-Elme. Ce fut ma première balade hors-Collioure, monter au moulin puis au fort, et redescendre par je ne sais plus où.
Un jour, j'ai pris le car à l'aube jusqu'à Banyuls (le car à 1€ quelle que soit la destination jusqu'à la frontière espagnole), et je suis rentré à pied en passant par le cap Béar (magnifique !) ; une grosse vingtaine de kilomètres par le chemin du littoral, tantôt facile, le long de plages, tantôt sportif (sentier déconseillé aux enfants), où j'étais content d'être muni de grandes jambes aptes à crapahuter dans les rochers. Ce fut la plus longue des randonnées.
L'auto immobile toute la semaine était restée, sauf une fois, parce que pas de car direct, pour aller à Céret, à une quarantaine de minutes de route. J'avais un vague souvenir du village de Céret, de ses platanes, et je voulais y retourner pour son musée d'art moderne ; j'y ai découvert un beau marché s'étalant dans ses rues (un samedi), ce qui s'est ajouté aux plaisirs de la journée…
Comme j’avais encore une semaine de vacances, j’étais rentré en Corrèze en passant par (liste non-exhaustive de lieux où j'aimerais retourner) : la forteresse de Salses, Pézenas, Sainte-Eulalie-d'Olt, Estaing, les gorges du Lot ; puis je n'ai vu que la pluie tomber fortement ; il allait pleuvoir durant quelques mois…
from Chatpey
Comment j'utilise l'intelligence artificielle pour réparer de vieilles machines et pourquoi la question de la confiance est la seule qui compte.
Quiconque a déjà réparé une vieille voiture, un appareil électroménager récalcitrant ou une machine ancienne connaît ce moment : l'information existe, quelque part, mais elle est introuvable. Elle est noyée dans un manuel d'atelier de trois cents pages, dispersée entre un guide technique, une revue spécialisée et dix ans de discussions de forum. On sait que la réponse est là. On ne sait pas où.
C'est un problème très concret, et c'est celui que j'ai voulu attaquer. Pas avec une IA qui « sait tout » (ou pense le savoir) mais avec un assistant modeste, spécialisé sur une machine précise, capable de retrouver la bonne information dans mes propres documents et de me la restituer en citant sa source pour que je puisse vérifier par moi-même.
Aujourd'hui, tout le monde a fait l'expérience d'une IA qui invente. On lui pose une question, elle répond avec aplomb, et la réponse est fausse: une date, un chiffre, une citation qui n'a jamais existé. Dans une conversation banale, c'est agaçant. Pour réparer une machine, c'est dangereux. Une cote inventée, un couple de serrage approximatif, un dosage sorti de nulle part : et c'est la pièce cassée, ou pire.
Donc la question n'a jamais été « est-ce qu'une IA peut répondre à mes questions de mécanique ? ». Bien sûr qu'elle le peut. La vraie question, la seule qui compte, c'est : est-ce que je peux lui faire confiance ?
Et la réponse tient dans une règle que je me suis fixée, et qui guide tous mes projets : la machine propose, l'humain dispose.
Concrètement, ça veut dire trois choses simples.
D'abord, l'assistant ne répond qu'à partir de sources réelles. Il ne puise pas dans un savoir général flou glané sur tout Internet : il lit les documents que je lui ai donnés — le manuel d'atelier, les fiches techniques, les archives — et rien d'autre. Chaque réponse peut être retracée jusqu'au texte d'origine, à la page près.
Ensuite, quand il ne sait pas, il le dit. C'est peut-être le point le plus important, et le plus contre-intuitif. Un assistant utile n'est pas celui qui a toujours une réponse — c'est celui qui reconnaît quand la source est muette, au lieu de combler le vide en inventant. « Je ne trouve pas cette information dans les documents » est une réponse précieuse (ma technique pour l'obtenir fera l'objet d'un billet spécifique). « Voici une valeur plausible » est un piège.
Enfin, c'est moi qui tranche. L'IA prépare, retrouve, propose. La décision finale (appliquer ou non, vérifier, recouper) reste humaine. L'outil ne remplace pas le réparateur ; il lui évite de tourner trois cents pages.
Ma préférence va aux outils qui tournent sur ma propre machine, sans passer par le cloud : c'est plus sobre en énergie, ça garde mes données chez moi, et ça ne dépend d'aucun service qui pourrait fermer ou changer ses règles. Tout le travail de fond (préparer les documents, les indexer, les traduire quand il le faut) se fait localement, chez moi.
Mais je ne suis pas dogmatique. Selon le projet, je choisis l'outil le plus adapté. Pour un assistant que je veux pouvoir consulter une tablette à la main, penché sur un moteur dans le garage, une solution partagée et accessible partout prend le pas sur la pureté architecturale. Le principe reste le même que celui que je défends ailleurs sur ce blog : le bon outil pour le bon usage, pas le plus gros ni le plus tape-à-l'œil. Une IA proportionnée au besoin.
J'applique cette approche à trois terrains, très différents en apparence, mais qui posent la même question de fond.
mecan.IA, mon assistant pour une Datsun 620 de 1977 — un pick-up dont les manuels d'époque, seulement en anglais, se complètent de décennies d'archives de forums. C'est mon terrain de jeu actuel : carburateur, calage d'allumage, remplacement de joints. Opérationnel, et déjà utile sous le capot.
pinball.IA, le même principe appliqué à la réparation d'un flipper Bram Stoker's Dracula — l'électronique des machines à billes des années 90, ses schémas, ses codes d'erreur, ses années de discussions entre passionnés sur les forums. Opérationnel lui aussi, mais pas encore éprouvé la tête sous le plateau.
ArchTech.IA, enfin, le plus ambitieux — et pour l'instant en chantier. Celui-là ne s'attaque pas à une machine, mais à des archives techniques françaises du XIXe siècle, numérisées, pour y retrouver des dispositifs oubliés qui pourraient inspirer des solutions low-tech d'aujourd'hui. Le corpus est immense, l'architecture demande du temps, et je n'ai que deux bras. Il avance lentement, mais il avance.
Ces trois projets ne sont pas trois passe-temps sans rapport. C'est une même conviction, déclinée : que l'intelligence artificielle la plus utile n'est pas forcément la plus grosse, la plus chère ou la plus bavarde. C'est celle qui reste à sa place — un outil cadré, honnête sur ses limites, au service de quelqu'un qui garde la main.
Dans les prochains billets, je détaillerai chacun de ces projets : ce qu'ils savent faire, ce qu'ils ratent encore, et ce que j'ai appris en les construisant.
Ce billet a été rédigé avec l'aide d'un assistant IA, à partir de mes projets et de mes choix. L'angle et la démarche sont les miens.
from Il mio diario
Da quanto ho cominciato a frequentare la Forge non finisco più di scoprire risorse interessanti. Il punto di partenza qualche mese fa era il portale Primaire, una raccolta di applicazioni e risorse, curate da Arnaud Champollion (ho scoperto che è un discendente di quel Champollion che ha scoperto la stele di Rosetta), dedicate principalmente al mondo della scuola primaria.
Ma i colleghi francesi sono infaticabili: è da poco on-line un altro portale molto utile per esplorare tutte le risorse presenti nella Forge: la Ressourcerie. Attraverso la Ressourcerie si può navigare all'interno di tutte le molteplici risorse, filtrando per argomento, per livello scolastico, per tipologia di attività. E così, esplorando, si incontrano materiali molto interessanti. Naturalmente è tutto in francese, ma ho scoperto un'estrema disponibilità a condividere i materiali presenti. Dopo aver richiesto l'apertura di un account nella Forge (è possibile richiederlo seguendo le istruzioni presenti in questa pagina si può anche produrre materiali. La forge è un'istanza di GitLab, quindi valgono tutte le indicazioni e le possibilità proprie di git e di un'istanza che permette di ospitare contenuti sia fissi che interattivi.
Il problema è che trovo troppo materiale e poi comincio a tradurre. Risultato: ho iniziato mille cose qui e la. Spero di riuscire a concluderne qualcuna.
#forge #traduzioni #pensieri
from klerh_veille_pro
Pour les congés d'été, je décide de me familiariser avec la #littérature lilloise contemporaine et féminine.
Je suis depuis longtemps une lectrice de Pauline Harmange.
Je prévois de découvrir : – Dans son propre rôle de Fanny Chiarello – Quelque chose à te dire de Carole Fives – Comme de longs échos, d'Elena Piacentini (polar)
ainsi qu'un texte de Joséphine-Marie De Gaulle (1806-1886), l'une de ces femmes du 19e siècle qui a nourri sa famille avec sa plume mise au service de l'éducation, de l'édification morale et religieuse, voire ici, un [guide touristique] (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k103212q). Son petit-fils ne l'a jamais connue.
#Lille #femmes
from 𝐋🅦🆄𝐢𝖇-ᖆ_🐧
Personnellement j’étais passé à coté, mais ça faisait un moment que les alertes de HTTPS de Firefox sur ma page perso Free m’agaçaient. Comme avec cet hébergement gratuit on a pas la main sur le serveur, il m’était impossible d'obtenir un certificat Let's Encrypt pour que ma page soit en HTTPS.
Il y avait des annonces vagues depuis plusieurs années que Free allez le déployer... Un recherche récente m'a amené à cette page et ça y est c'est déployé, mais il y une subtilité.
Ma page a toujours été http://lwuibr.free.fr, avec https://lwuibr.free.fr ça donne “Échec de la connexion sécurisée“
Maintenant les pages perso Free passent par https://lwuibr.pages-perso.free.fr.
Mais on peut mettre une redirection dans son .htacces pour renvoyer l'adresse d'avant sur la nouvelle.
<If "%{HTTPS} != 'on'">
Redirect 301 "/" "https://*monsite*.pages-perso.free.fr/"
</If>
#EnLigne #Liens #Code
ça faisait quelques années que le festoche Rock In Bourlon était sur mon radar, pour sa programmation pointue, son échelle humaine et son positionnement limpide par rapport aux discriminations, aux violences sexistes et aux fachos... l'anti-Hellfest, en somme. Mais je n'y étais jamais encore allé pour diverses raisons : difficultés d'orga, pas de congés, ou prog qui ne me séduisait pas tout à fait... Cette année, ça me démangeait bien quand même, et j'ai guetté attentivement l'annonce de chaque nouveaux artistes à l'affiche. Ben vlatipa que le RIB a mijoté pour 2026 une prog d'exception, et qu'après écoute, quasi tout sur la petite quarantaine de groupes me bottait bien. Et j'ai sauté le pas ! J'y suis allé seulabre avec ma tente et mon barda, malgré les spasmes d'une SNCF en train de calancher de canicule. Trois jours de festoche, orgie musicale sous le cagnard, et grâce soit rendue à l'armée de bénévoles et leur attirail de pistolets à eau et de pulvérisateurs... Sur 41 concerts (plus la très sympathique fanfare Kick Your Brass), 2 ont été complètement annulés, et j'en ai fait 25. Je vais pas tout raconter par le menu, mais j'ai quand même envie de vous en bonnir 2-3 bricoles.
Sur les 25 concerts faits, il y avait 6 groupes que j'avais déjà vus, et c'était intéressant de constater les différences entre la prestation précédente et celle-ci :
J'ai découvert Bank Myna en fin d'année dernière et c'était une petite claque. L'avis sur leur album EIMURIA est dans les tuyaux mais le live dans la petite salle du Chinois était ténébreux, ample et intimiste à la fois. Sur la grande scène de l'Abreuvoir, en plein soleil, c'était moins évident : y a pas à rougir de la perfo, l'énergie était là, la chanteuse/violoniste/claviériste Maud Harribey m'époustoufle toujours, mais l'enchantement marche moins.
Pour les 3 angliches de Conan, spécialistes du “caveman doom”, comme y disent, c'était le contraire : le concert dans un Backstage bien rempli en octobre dernier était sympatoche mais légèrement décevant ; à Bourlon, en plein air, leur son a pu s'étendre à loisir, et prendre les dimensions de l'univers, comme dirait Giono. Ben c'était une révélation. Brutal, immense.
C'est en première partie de Monkeys On Mars que j'avais vu le duo d'Alber Jupiter, qui fait un space rock batterie/basse avec une saine dose de loops. Il me semble qu'alors un ou deux couacs avaient fait hoqueter le rythme et m'avaient sorti d'hyperespace. Aucun problème de ce genre ici, le cahier des charges space rock était parfaitement rempli, avec enthousiasme et simplicité.
La première fois que j'ai vu Electric Citizen, c'était il y a presque 10 piges. La fois suivante, c'était en février dernier. Et qu'il s'agisse de leurs skeuds ou de leurs performances, c'est un bonheur de voir comment iels ont évolué : pas de révolution, juste... un affinage. Pas un gramme de gimmick, pas d'ésotérisme, juste un doom rock rétro à souhait, complètement authentique. Au Chinois en février, sur la première moitié de leur première tournée européenne de l'année, les Cincinnatiens étaient en forme, zicos imperturbables et chanteuse magnétique, prouvant qu'on peut avoir à la fois une performance très contrôlée et déborder de charisme. A Bourlon, ultime date de leur deuxième tournée Européenne, claqué·es de leur propre aveu, dans la chaleur et avec les festivalièr·es distrait·es par l'heure de la graille, c'était pas la même : Electric Citizen n'a eu ni l'intensité ni le public attentif. Mais jamais de la vie je les blâme.
C'était aussi en février que j'avais vu Coltaine, en première partie de Faetooth. Leur album de l'an passé, BRANDUNG, m'a assez frustré : trop de plages ambiantes, pas assez de riffs, probablement. Mais en concert ça passait choucard, et plus encore sur la petite scène du Paon au RIB, alors que la nuit était tombée et que la pluie s'était enfin décidée à faire de même. Incroyable ambiance. L'adjectif “envoûtante” est plutôt galvaudé, plus encore pour les chanteuses de doom/post, mais il colle parfaitement à la superbe voix de Julia Frasch, qui joue déjà dans la même cour que Dorthia Cottrell (Windhand) ou Sara Bianchin (Messa).
Et puisque j'évoquais Faetooth, j'ai aussi eu une nouvelle dose ! J'aime beaucoup LABYRINTHINE, petit bijou doomgaze/“fae doom”, comme iels disent, sorti en 2025, mais le concert de février m'avait déçu, un peu monotone, un peu approximatif... sur la scène du Paon les petit·es (nulle condescendance : la valeur n'attend pas le nombre des années, pas plus qu'elle ne nécessite un grand gabarit) ont il me semble trouvé leur groove, offrant au public une performance plus pêchue et plus compacte que leurs enregistrements studios, avec une énergie mi-laconique mi-enthousiaste qui m'a semblée très californienne (YMMV).
Canteleu est le groupe avec lequel j'ai commencé les festivités le vendredi. Leur EP éponyme déboîte, et j'attendais leur death rock/“coal wave” (made in le Nord, bien sûr) avec impatience. Je n'ai pas été déçu, bien au contraire. J'espère qu'on aura un LP tantôt.
le samedi était plein jusqu'à la gueule de morceaux de choix, et c'est Teigne qui ouvrait le bal avec leur grindcore/hardcore/powerviolence et la première d'une série de chanteuses qui m'ont complètement soufflé ce jour-là, en la personne de Gaëlle Debra, qui joue même de la contrebasse électrique quand elle ne crache pas ses tripes sur scène. La deuxième chanteuse, c'est Stephanie Brooks de Stress Positions : le groupe de hardcore de Chicago joue à fond la caisse, le set passe à toute vitesse, et Brooks a une patate impressionnante et un enthousiasme contagieux. Mon souffle est coupé sans même s'approcher du mosh pit. Brenna Gowin de Denial of Life complète la série : les métalleux de Tacoma jouent du crossover trash, et si le tempo est soutenu, les riffs ont une sacrée pesanteur. Et ça faisait un moment que je n'avais pas vu une personne autant bicher d'être sur scène que Gowin, qui entraîne tout le public dans un joyeux exutoire, le plus naturellement du monde.
Un mot de plus pour les zigues de Cryptic Shift, dont le deuxième album OVERSPACE & SUPERTIME (death metal technique/progressif) est à l'heure qu'il est un de mes disques favoris de 2026 : leur perfo était très sympa, mention spéciale au jeu implacable du bassiste John Riley (fretless baybay !) mais alors que la production de l'album renforce le côté trippant qui me botte, le concert était plus brut de coffre. Ce qui est juste et normal, mais pas tout à fait aussi cosmique que je le rêvais.
La vraie déception, c'est l'annulation du set de Dame Area, le festoche ayant été évacué lors du concert précédent en raison des risques d'orage. Dire que je suis pas allé les voir sur Paris en mai sachant qu'iels seraient au RIB :'(
le dimanche, j'attendais Håndgemeng et Maquina au tournant, et mes prédictions étaient justes : le “doom'n'roll” de Håndgemeng est bien sûr un concentré de fun en live, et le motorik disco de Maquina est une tuerie sur scène -impossible de ne pas tortiller son poum- alors que leurs albums me passent un peu au-dessus jusqu'à présent. Prix de consolation pour la déception de la veille, Silvia Kostance de Dame Area vient chanter avec le groupe le temps d'un morceau (“dança”, sur le tout fraichement sorti LP BODY TRANSMISSION, en collaboration avec le duo barcelonnais).
...pour conclure : même si Apollon Phoibos était fort justement vénère de l'écocide en cours et nous l'a bien fait sentir (avec un featuring très classe de Zeus Keraunos le samedi soir), ben Bourlon c'était phéno. C'est simple : si la prog est aussi immaculée l'an prochain j'en serai sans férir.
(et bien sûr, le site : https://www.rockinbourlon.com/)
#RockInBourlon #BankMyna #Conan #AlberJupiter #ElectriCitizen #Coltaine #Faetooth #Canteleu #Teigne #StressPositions #DenialOfLife #CrypticShift #DameArea #Håndgemeng #Maquina
from Café noir
Ce ne fut, comme toujours, qu'un croisement succinct et troublant. Une fraction de seconde ouvrant dans le quotidien une brèche par laquelle s'engouffrent tous les possibles lumineux d'une vie différente. Une pause où l'autre cesse d'être tout à fait un autre. Le métro, le train offrent ces moments où deux regards se disent en silence l'étonnement et la certitude qu'autre chose pourrait être vécu, irradiant d'un espoir joyeux toutes les vies, même celles sans regrets.
(4 octobre 2025)
from Depuis les Gorces
#Animaux On reproche souvent au clicker de fabriquer des animaux qui te proposent toujours tout leur répertoire, ce qui est très pénible. Et c'est vrai que c'est un défaut courant du travail avec des friandises mal fait.
Aujourd'hui la plupart des entraîneur·ses utilisent des récompenses alimentaires pour travailler les animaux. Souvent, c'est en plus des techniques classiques d'éducation basées sur la dominance ou la peur. J'ai d'ailleurs commencé comme ça.
Le clicker training est un courant d'éducation des animaux qui est issu d'une application des théories de l'apprentissage aux animaux marins. Ce sont des entraîneuses dans les delphinariums qui ont développé cette méthode d'éducation basée sur l'utilisation de récompenses d'abord alimentaires.
Ce type d'éducation basé sur l'utilisation de friandises s'appuie sur la théorie du renforcement positif :
Renforcement positif : Quand l'animal fait une action qui est suivie d'une récompense, alors il a plus de chance de refaire cette action dans le futur.
Plus un comportement a été récompensé (parfois involontairement par l'humain·e), plus la probabilité que l'animal fasse ce comportement est élevé. C'est pour ça qu'en clicker training, on fait très attention à enseigner rapidement un comportement par défaut que l'on va renforcer énormément pour que ça devienne quasiment un réflexe pour l'animal.
J'aime beaucoup une phrase que dit un éducateur canin américain dont j'ai oublié le nom (peut-être Ken Ramirez ?) :
Tu ne peux pas apprendre à un chien à ne pas quémander, mais tu peux lui apprendre comment tu veux qu'il quémande.
Chez nous, le comportement par défaut c'est :
Iggy était un chien qui ne tenait pas en place quand on l'a récupéré au refuge (dur à croire aujourd'hui) et qui était surexcité en extérieur. On a suivi les conseils de Emilie Larham (Kikopup) dans ces vidéos sur le travail du chien qui fait de la prédation (super excité par le gibier). Elle conseille d'utiliser un tapis pour apprendre au chien à se poser.
On a travaillé ce comportement de plusieurs manières :
Désormais, le tapis est vraiment un comportement par défaut d'Iggy. Dès qu'il voit un truc sur lequel il peut se coucher qui ressemble vaguement à un tapis, il saute dessus et se couche. En général, c'est super pratique. Quand c'est un sac que je veux récupérer, un peu moins !
Voici une vidéo qui illustre bien le comportement par défaut d'Iggy. On le voit vraiment y aller même quand je ne le demande pas (ce qui d'un point de vue éducatif signifie que c'est pas complètement sous code. Mais pour moi c'est OK).
On voit aussi quelques autres codes/comportements appris sur la vidéo :
Le comportement par défaut chez les chevaux, c'est en général la statue. On demande au cheval d'être immobile, la tête dans le prolongement du corps, dans une attitude relâchée, pendant que son humaine est à côté, avec une sacoche pleine de nourriture. Il n'y a pas de code vocal, le code corporel est l'humain·e qui est immobile avec de la nourriture dans la sacoche. Moi je rajoute aussi la main dans la sacoche pour aider à rendre plus clair.
J'ai démarré ce travail il y a très longtemps avec Amalhia. Mais quand j'ai appris le clicker, je faisais très attention au comportement de l'animal, mais moins à ses émotions. L'objectif n'est pas d'avoir un cheval immobile très haut en énergie / émotions qui est dans les starting blocks.
J'ai du reprendre il y a près d'un an tout le travail avec Amalhia pour rechercher plus de décontraction dans son attitude dans le travail à pied. Je suis satisfaite d'où on est en train d'arriver.
Sur cette vidéo avec Amalhia, on voit quelques codes en plus :
Mustang est un papy qui a été racheté au marchand de bêtes (en route pour l'abattoir) par le refuge du Haras des Ilots. Il est arrivé à la maison il y a un mois et demi (ou deux mois ?). Au départ, je ne l'ai pas beaucoup travaillé car j'avais des tonnes de soins à faire pour Amalhia (qui avait un énorme abcès à l'encolure).
Ensuite, on a pris le rythme d'une petite séance de 5-10' matin et soir. J'ai commencé par lui apprendre la statue d'abord en étant moi de l'autre côté de la barrière, puis à côté de lui. Ensuite on a beaucoup travaillé le fait de donner les pieds. En ce moment on travaille le fait de déplacer les épaules et de reculer.
Mustang a bien compris la statue, mais il est encore haut en émotions dans le travail au clicker, partagé entre excitation et inquiétude.
Quelques ressources pour aller plus loin :