Un gagnant
from Tamarin
“Un gagnant est un perdant qui a retenté sa chance.” Ricardo dans “El otro padre”
#Citation #Chance #Gagnant #Perdant #Ricardo #ElOtroPadre #A2026
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from Tamarin
“Un gagnant est un perdant qui a retenté sa chance.” Ricardo dans “El otro padre”
#Citation #Chance #Gagnant #Perdant #Ricardo #ElOtroPadre #A2026
from Un rat bleu
C’est son nom. La boussole donnée par un enseignant lors de ma dernière formation officielle de spéléonaute numérique. Elle est en anglais, la langue première dans son monde d’origine, après le binaire. – C : Create. – R : Read. – U : Update. – D : Delete.
En français, je le traduis par « CLÉS ».
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Ci‑dessus, le texte brut. Ci‑dessous, le rendu final.
C’est mon premier essai à l’art ASCII. Habituellement, le jeu de caractères est restreint à celui d’ASCII. Pour cet exercice, j’ai ouvert la palette à tout ce qu’un clavier français AZERTY peut offrir.
Ça pourrait s’appeler « FrESCII », prononcé « fresque‑i », pour « FRench Extended Standard Code for Information Interchange ».
De spéléonaute à fresquiste… Que d’aventures !
Espérons que je ne raconte pas trop de salades par la suite.
#ContesDeMathysSille #Dessin #ASCIIArt #FrESCII #Numérique
from irisdessine
from Un rat bleu
La première entrée d’une collection de récits, poèmes, et réflexions inspirés par mon apprentissage des mathématiques et des sciences, ainsi que mon regard sur eux à travers les dimensions.
Degré de liberté
Voici un petit point, dévoyé dans ce vaste espace. Un individu venu du vide, dont tout point. Je l’appelle « vierge », vierge de toute trace.
Il y en a d’autres, à côté. C’est vous, c’est moi. C’est nous. Des particularités, des singularités, fixées, épinglées, loin de l’origine, loin de tout.
Une seule envie est couvé : revenir au nid et reformer l’œuf cosmique. Maints chemins les feront dériver, mais seul un permettra de rester droit et authentique.
Mus par ce vecteur, plus ou moins coordonnés, les individus se déplacent. Certains suivent les sillons. D’autres préfèrent être égaux, rassurés dans leur position. Une poignée opte pour l’improvisation et l’heuristique.
Nombreux manquent du premier coup le cœur, basculent de l’autre côté de la linéarité et se perdent dans l’alter polarité ; un domaine sombre, loin du positif, rempli de terreurs.
Conjectures et projections circulent. Beaucoup détournent leur trajectoire. « Il n’y a plus rien à voir dans le noir. Seul le bien‑être compte. », ils stipulent.
Alors je compte : « La moitié d’un axe… Le quart de la surface… Une fraction de l’espace… La limite est l’incomplétude de l’existence ! »
Trop tard. Attirés par des images de félicité, ils ont déjà sautés d’un argument orienté vers le jour maximum, un regard minime pour leur obscurité, tentés par une fuite de leurs antécédents avec facilité.
Certains de mes antécédents sont là‑bas, dans les oubliettes. Il m’arrive d’y replonger, parfois de force, sinon par quête. Chercher l’inconnu, toujours variable, au nom temporaire. Un spectre fréquemment piquant, perceptible par intégration fragmentaire.
Le péril de s’y perdre est invariablement permanent. J’y progresse par petits incréments. Je plante mes racines récursivement. Garder un repère et la stabilité sur un terrain complexe, peu avenant.
Une relation ambigüe… et réciproque. Je peux rayonner dans l’ombre, sans remarque ; elle peut se distribuer en moi, me rendre équivoque. Elle déboussole mes radians, dévie mes arcs.
Notre affinité est fonction de l’épreuve. Plus il y a d’obstacles, plus il y a de frictions. Toujours moduler mon trajet, trouver le bon fleuve. Notre lien produit de l’impétuosité comme de l’exaltation.
Est‑ce rationnel et cohérent ? Un tel engagement ? Serait‑ce démesuré et absurde ? Insalubre ? Brûler mes ailes ou abraser ma surface ? Quelle différence entre ces façons de s’enflammer ?
La tendance reste identique : chuter. La chute libre vers un océan agité, désordonné. Fraîchement déchus, longtemps éparpillés ; encore trop obtus pour optimiser l’entrée.
Isolée de l’instabilité, il y a de la biomasse, organisée en structures entières naturelles efficaces : des arborescences équilibrées pour grimper en un rythme, deux passes. Chaque unité de hauteur s’associe à au moins une de volume de terrasse.
Un rang d’escaladé, trois marches de dégringolées dans le lugubre. Beaucoup d’exposants se présentent à l’élévation en puissance, mais jusqu’où seront‑ils prêts à aller en incandescence pour gagner ne serait‑ce qu’un seul degré de délivrance ?
#ContesDeMathysSille #Poème #Conte #Maths #Sciencesfrom lambdada
Je me souviens de vacances début octobre, il y a peu d'années. Il faisait chaud comme en été, mais pas un été caniculaire. Je logeais à Collioure, à deux minutes quarante-sept secondes du bord de mer, dans un petit appartement d'une résidence quasiment déserte, avec vue sur le moulin, les vignes, et plus haut, le fort Saint-Elme. Ce fut ma première balade hors-Collioure, monter au moulin puis au fort, et redescendre par je ne sais plus où.
Un jour, j'ai pris le car à l'aube jusqu'à Banyuls (le car à 1€ quelle que soit la destination jusqu'à la frontière espagnole), et je suis rentré à pied en passant par le cap Béar (magnifique !) ; une grosse vingtaine de kilomètres par le chemin du littoral, tantôt facile, le long de plages, tantôt sportif (sentier déconseillé aux enfants), où j'étais content d'être muni de grandes jambes aptes à crapahuter dans les rochers. Ce fut la plus longue des randonnées.
L'auto immobile toute la semaine était restée, sauf une fois, parce que pas de car direct, pour aller à Céret, à une quarantaine de minutes de route. J'avais un vague souvenir du village de Céret, de ses platanes, et je voulais y retourner pour son musée d'art moderne ; j'y ai découvert un beau marché s'étalant dans ses rues (un samedi), ce qui s'est ajouté aux plaisirs de la journée…
Comme j’avais encore une semaine de vacances, j’étais rentré en Corrèze en passant par (liste non-exhaustive de lieux où j'aimerais retourner) : la forteresse de Salses, Pézenas, Sainte-Eulalie-d'Olt, Estaing, les gorges du Lot ; puis je n'ai vu que la pluie tomber fortement ; il allait pleuvoir durant quelques mois…
from Chatpey
Comment j'utilise l'intelligence artificielle pour réparer de vieilles machines et pourquoi la question de la confiance est la seule qui compte.
Quiconque a déjà réparé une vieille voiture, un appareil électroménager récalcitrant ou une machine ancienne connaît ce moment : l'information existe, quelque part, mais elle est introuvable. Elle est noyée dans un manuel d'atelier de trois cents pages, dispersée entre un guide technique, une revue spécialisée et dix ans de discussions de forum. On sait que la réponse est là. On ne sait pas où.
C'est un problème très concret, et c'est celui que j'ai voulu attaquer. Pas avec une IA qui « sait tout » (ou pense le savoir) mais avec un assistant modeste, spécialisé sur une machine précise, capable de retrouver la bonne information dans mes propres documents et de me la restituer en citant sa source pour que je puisse vérifier par moi-même.
Aujourd'hui, tout le monde a fait l'expérience d'une IA qui invente. On lui pose une question, elle répond avec aplomb, et la réponse est fausse: une date, un chiffre, une citation qui n'a jamais existé. Dans une conversation banale, c'est agaçant. Pour réparer une machine, c'est dangereux. Une cote inventée, un couple de serrage approximatif, un dosage sorti de nulle part : et c'est la pièce cassée, ou pire.
Donc la question n'a jamais été « est-ce qu'une IA peut répondre à mes questions de mécanique ? ». Bien sûr qu'elle le peut. La vraie question, la seule qui compte, c'est : est-ce que je peux lui faire confiance ?
Et la réponse tient dans une règle que je me suis fixée, et qui guide tous mes projets : la machine propose, l'humain dispose.
Concrètement, ça veut dire trois choses simples.
D'abord, l'assistant ne répond qu'à partir de sources réelles. Il ne puise pas dans un savoir général flou glané sur tout Internet : il lit les documents que je lui ai donnés — le manuel d'atelier, les fiches techniques, les archives — et rien d'autre. Chaque réponse peut être retracée jusqu'au texte d'origine, à la page près.
Ensuite, quand il ne sait pas, il le dit. C'est peut-être le point le plus important, et le plus contre-intuitif. Un assistant utile n'est pas celui qui a toujours une réponse — c'est celui qui reconnaît quand la source est muette, au lieu de combler le vide en inventant. « Je ne trouve pas cette information dans les documents » est une réponse précieuse (ma technique pour l'obtenir fera l'objet d'un billet spécifique). « Voici une valeur plausible » est un piège.
Enfin, c'est moi qui tranche. L'IA prépare, retrouve, propose. La décision finale (appliquer ou non, vérifier, recouper) reste humaine. L'outil ne remplace pas le réparateur ; il lui évite de tourner trois cents pages.
Ma préférence va aux outils qui tournent sur ma propre machine, sans passer par le cloud : c'est plus sobre en énergie, ça garde mes données chez moi, et ça ne dépend d'aucun service qui pourrait fermer ou changer ses règles. Tout le travail de fond (préparer les documents, les indexer, les traduire quand il le faut) se fait localement, chez moi.
Mais je ne suis pas dogmatique. Selon le projet, je choisis l'outil le plus adapté. Pour un assistant que je veux pouvoir consulter une tablette à la main, penché sur un moteur dans le garage, une solution partagée et accessible partout prend le pas sur la pureté architecturale. Le principe reste le même que celui que je défends ailleurs sur ce blog : le bon outil pour le bon usage, pas le plus gros ni le plus tape-à-l'œil. Une IA proportionnée au besoin.
J'applique cette approche à trois terrains, très différents en apparence, mais qui posent la même question de fond.
mecan.IA, mon assistant pour une Datsun 620 de 1977 — un pick-up dont les manuels d'époque, seulement en anglais, se complètent de décennies d'archives de forums. C'est mon terrain de jeu actuel : carburateur, calage d'allumage, remplacement de joints. Opérationnel, et déjà utile sous le capot.
pinball.IA, le même principe appliqué à la réparation d'un flipper Bram Stoker's Dracula — l'électronique des machines à billes des années 90, ses schémas, ses codes d'erreur, ses années de discussions entre passionnés sur les forums. Opérationnel lui aussi, mais pas encore éprouvé la tête sous le plateau.
ArchTech.IA, enfin, le plus ambitieux — et pour l'instant en chantier. Celui-là ne s'attaque pas à une machine, mais à des archives techniques françaises du XIXe siècle, numérisées, pour y retrouver des dispositifs oubliés qui pourraient inspirer des solutions low-tech d'aujourd'hui. Le corpus est immense, l'architecture demande du temps, et je n'ai que deux bras. Il avance lentement, mais il avance.
Ces trois projets ne sont pas trois passe-temps sans rapport. C'est une même conviction, déclinée : que l'intelligence artificielle la plus utile n'est pas forcément la plus grosse, la plus chère ou la plus bavarde. C'est celle qui reste à sa place — un outil cadré, honnête sur ses limites, au service de quelqu'un qui garde la main.
Dans les prochains billets, je détaillerai chacun de ces projets : ce qu'ils savent faire, ce qu'ils ratent encore, et ce que j'ai appris en les construisant.
Ce billet a été rédigé avec l'aide d'un assistant IA, à partir de mes projets et de mes choix. L'angle et la démarche sont les miens.
from Il mio diario
Da quanto ho cominciato a frequentare la Forge non finisco più di scoprire risorse interessanti. Il punto di partenza qualche mese fa era il portale Primaire, una raccolta di applicazioni e risorse, curate da Arnaud Champollion (ho scoperto che è un discendente di quel Champollion che ha scoperto la stele di Rosetta), dedicate principalmente al mondo della scuola primaria.
Ma i colleghi francesi sono infaticabili: è da poco on-line un altro portale molto utile per esplorare tutte le risorse presenti nella Forge: la Ressourcerie. Attraverso la Ressourcerie si può navigare all'interno di tutte le molteplici risorse, filtrando per argomento, per livello scolastico, per tipologia di attività. E così, esplorando, si incontrano materiali molto interessanti. Naturalmente è tutto in francese, ma ho scoperto un'estrema disponibilità a condividere i materiali presenti. Dopo aver richiesto l'apertura di un account nella Forge (è possibile richiederlo seguendo le istruzioni presenti in questa pagina si può anche produrre materiali. La forge è un'istanza di GitLab, quindi valgono tutte le indicazioni e le possibilità proprie di git e di un'istanza che permette di ospitare contenuti sia fissi che interattivi.
Il problema è che trovo troppo materiale e poi comincio a tradurre. Risultato: ho iniziato mille cose qui e la. Spero di riuscire a concluderne qualcuna.
#forge #traduzioni #pensieri
from klerh_veille_pro
Pour les congés d'été, je décide de me familiariser avec la #littérature lilloise contemporaine et féminine.
Je suis depuis longtemps une lectrice de Pauline Harmange.
Je prévois de découvrir : – Dans son propre rôle de Fanny Chiarello – Quelque chose à te dire de Carole Fives – Comme de longs échos, d'Elena Piacentini (polar)
ainsi qu'un texte de Joséphine-Marie De Gaulle (1806-1886), l'une de ces femmes du 19e siècle qui a nourri sa famille avec sa plume mise au service de l'éducation, de l'édification morale et religieuse, voire ici, un [guide touristique] (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k103212q). Son petit-fils ne l'a jamais connue.
#Lille #femmes
from 𝐋🅦🆄𝐢𝖇-ᖆ_🐧
Personnellement j’étais passé à coté, mais ça faisait un moment que les alertes de HTTPS de Firefox sur ma page perso Free m’agaçaient. Comme avec cet hébergement gratuit on a pas la main sur le serveur, il m’était impossible d'obtenir un certificat Let's Encrypt pour que ma page soit en HTTPS.
Il y avait des annonces vagues depuis plusieurs années que Free allez le déployer... Un recherche récente m'a amené à cette page et ça y est c'est déployé, mais il y une subtilité.
Ma page a toujours été http://lwuibr.free.fr, avec https://lwuibr.free.fr ça donne “Échec de la connexion sécurisée“
Maintenant les pages perso Free passent par https://lwuibr.pages-perso.free.fr.
Mais on peut mettre une redirection dans son .htacces pour renvoyer l'adresse d'avant sur la nouvelle.
<If "%{HTTPS} != 'on'">
Redirect 301 "/" "https://*monsite*.pages-perso.free.fr/"
</If>
#EnLigne #Liens #Code
ça faisait quelques années que le festoche Rock In Bourlon était sur mon radar, pour sa programmation pointue, son échelle humaine et son positionnement limpide par rapport aux discriminations, aux violences sexistes et aux fachos... l'anti-Hellfest, en somme. Mais je n'y étais jamais encore allé pour diverses raisons : difficultés d'orga, pas de congés, ou prog qui ne me séduisait pas tout à fait... Cette année, ça me démangeait bien quand même, et j'ai guetté attentivement l'annonce de chaque nouveaux artistes à l'affiche. Ben vlatipa que le RIB a mijoté pour 2026 une prog d'exception, et qu'après écoute, quasi tout sur la petite quarantaine de groupes me bottait bien. Et j'ai sauté le pas ! J'y suis allé seulabre avec ma tente et mon barda, malgré les spasmes d'une SNCF en train de calancher de canicule. Trois jours de festoche, orgie musicale sous le cagnard, et grâce soit rendue à l'armée de bénévoles et leur attirail de pistolets à eau et de pulvérisateurs... Sur 41 concerts (plus la très sympathique fanfare Kick Your Brass), 2 ont été complètement annulés, et j'en ai fait 25. Je vais pas tout raconter par le menu, mais j'ai quand même envie de vous en bonnir 2-3 bricoles.
Sur les 25 concerts faits, il y avait 6 groupes que j'avais déjà vus, et c'était intéressant de constater les différences entre la prestation précédente et celle-ci :
J'ai découvert Bank Myna en fin d'année dernière et c'était une petite claque. L'avis sur leur album EIMURIA est dans les tuyaux mais le live dans la petite salle du Chinois était ténébreux, ample et intimiste à la fois. Sur la grande scène de l'Abreuvoir, en plein soleil, c'était moins évident : y a pas à rougir de la perfo, l'énergie était là, la chanteuse/violoniste/claviériste Maud Harribey m'époustoufle toujours, mais l'enchantement marche moins.
Pour les 3 angliches de Conan, spécialistes du “caveman doom”, comme y disent, c'était le contraire : le concert dans un Backstage bien rempli en octobre dernier était sympatoche mais légèrement décevant ; à Bourlon, en plein air, leur son a pu s'étendre à loisir, et prendre les dimensions de l'univers, comme dirait Giono. Ben c'était une révélation. Brutal, immense.
C'est en première partie de Monkeys On Mars que j'avais vu le duo d'Alber Jupiter, qui fait un space rock batterie/basse avec une saine dose de loops. Il me semble qu'alors un ou deux couacs avaient fait hoqueter le rythme et m'avaient sorti d'hyperespace. Aucun problème de ce genre ici, le cahier des charges space rock était parfaitement rempli, avec enthousiasme et simplicité.
La première fois que j'ai vu Electric Citizen, c'était il y a presque 10 piges. La fois suivante, c'était en février dernier. Et qu'il s'agisse de leurs skeuds ou de leurs performances, c'est un bonheur de voir comment iels ont évolué : pas de révolution, juste... un affinage. Pas un gramme de gimmick, pas d'ésotérisme, juste un doom rock rétro à souhait, complètement authentique. Au Chinois en février, sur la première moitié de leur première tournée européenne de l'année, les Cincinnatiens étaient en forme, zicos imperturbables et chanteuse magnétique, prouvant qu'on peut avoir à la fois une performance très contrôlée et déborder de charisme. A Bourlon, ultime date de leur deuxième tournée Européenne, claqué·es de leur propre aveu, dans la chaleur et avec les festivalièr·es distrait·es par l'heure de la graille, c'était pas la même : Electric Citizen n'a eu ni l'intensité ni le public attentif. Mais jamais de la vie je les blâme.
C'était aussi en février que j'avais vu Coltaine, en première partie de Faetooth. Leur album de l'an passé, BRANDUNG, m'a assez frustré : trop de plages ambiantes, pas assez de riffs, probablement. Mais en concert ça passait choucard, et plus encore sur la petite scène du Paon au RIB, alors que la nuit était tombée et que la pluie s'était enfin décidée à faire de même. Incroyable ambiance. L'adjectif “envoûtante” est plutôt galvaudé, plus encore pour les chanteuses de doom/post, mais il colle parfaitement à la superbe voix de Julia Frasch, qui joue déjà dans la même cour que Dorthia Cottrell (Windhand) ou Sara Bianchin (Messa).
Et puisque j'évoquais Faetooth, j'ai aussi eu une nouvelle dose ! J'aime beaucoup LABYRINTHINE, petit bijou doomgaze/“fae doom”, comme iels disent, sorti en 2025, mais le concert de février m'avait déçu, un peu monotone, un peu approximatif... sur la scène du Paon les petit·es (nulle condescendance : la valeur n'attend pas le nombre des années, pas plus qu'elle ne nécessite un grand gabarit) ont il me semble trouvé leur groove, offrant au public une performance plus pêchue et plus compacte que leurs enregistrements studios, avec une énergie mi-laconique mi-enthousiaste qui m'a semblée très californienne (YMMV).
Canteleu est le groupe avec lequel j'ai commencé les festivités le vendredi. Leur EP éponyme déboîte, et j'attendais leur death rock/“coal wave” (made in le Nord, bien sûr) avec impatience. Je n'ai pas été déçu, bien au contraire. J'espère qu'on aura un LP tantôt.
le samedi était plein jusqu'à la gueule de morceaux de choix, et c'est Teigne qui ouvrait le bal avec leur grindcore/hardcore/powerviolence et la première d'une série de chanteuses qui m'ont complètement soufflé ce jour-là, en la personne de Gaëlle Debra, qui joue même de la contrebasse électrique quand elle ne crache pas ses tripes sur scène. La deuxième chanteuse, c'est Stephanie Brooks de Stress Positions : le groupe de hardcore de Chicago joue à fond la caisse, le set passe à toute vitesse, et Brooks a une patate impressionnante et un enthousiasme contagieux. Mon souffle est coupé sans même s'approcher du mosh pit. Brenna Gowin de Denial of Life complète la série : les métalleux de Tacoma jouent du crossover trash, et si le tempo est soutenu, les riffs ont une sacrée pesanteur. Et ça faisait un moment que je n'avais pas vu une personne autant bicher d'être sur scène que Gowin, qui entraîne tout le public dans un joyeux exutoire, le plus naturellement du monde.
Un mot de plus pour les zigues de Cryptic Shift, dont le deuxième album OVERSPACE & SUPERTIME (death metal technique/progressif) est à l'heure qu'il est un de mes disques favoris de 2026 : leur perfo était très sympa, mention spéciale au jeu implacable du bassiste John Riley (fretless baybay !) mais alors que la production de l'album renforce le côté trippant qui me botte, le concert était plus brut de coffre. Ce qui est juste et normal, mais pas tout à fait aussi cosmique que je le rêvais.
La vraie déception, c'est l'annulation du set de Dame Area, le festoche ayant été évacué lors du concert précédent en raison des risques d'orage. Dire que je suis pas allé les voir sur Paris en mai sachant qu'iels seraient au RIB :'(
le dimanche, j'attendais Håndgemeng et Maquina au tournant, et mes prédictions étaient justes : le “doom'n'roll” de Håndgemeng est bien sûr un concentré de fun en live, et le motorik disco de Maquina est une tuerie sur scène -impossible de ne pas tortiller son poum- alors que leurs albums me passent un peu au-dessus jusqu'à présent. Prix de consolation pour la déception de la veille, Silvia Kostance de Dame Area vient chanter avec le groupe le temps d'un morceau (“dança”, sur le tout fraichement sorti LP BODY TRANSMISSION, en collaboration avec le duo barcelonnais).
...pour conclure : même si Apollon Phoibos était fort justement vénère de l'écocide en cours et nous l'a bien fait sentir (avec un featuring très classe de Zeus Keraunos le samedi soir), ben Bourlon c'était phéno. C'est simple : si la prog est aussi immaculée l'an prochain j'en serai sans férir.
(et bien sûr, le site : https://www.rockinbourlon.com/)
#RockInBourlon #BankMyna #Conan #AlberJupiter #ElectriCitizen #Coltaine #Faetooth #Canteleu #Teigne #StressPositions #DenialOfLife #CrypticShift #DameArea #Håndgemeng #Maquina
from Café noir
Ce ne fut, comme toujours, qu'un croisement succinct et troublant. Une fraction de seconde ouvrant dans le quotidien une brèche par laquelle s'engouffrent tous les possibles lumineux d'une vie différente. Une pause où l'autre cesse d'être tout à fait un autre. Le métro, le train offrent ces moments où deux regards se disent en silence l'étonnement et la certitude qu'autre chose pourrait être vécu, irradiant d'un espoir joyeux toutes les vies, même celles sans regrets.
(4 octobre 2025)
from Depuis les Gorces
#Animaux On reproche souvent au clicker de fabriquer des animaux qui te proposent toujours tout leur répertoire, ce qui est très pénible. Et c'est vrai que c'est un défaut courant du travail avec des friandises mal fait.
Aujourd'hui la plupart des entraîneur·ses utilisent des récompenses alimentaires pour travailler les animaux. Souvent, c'est en plus des techniques classiques d'éducation basées sur la dominance ou la peur. J'ai d'ailleurs commencé comme ça.
Le clicker training est un courant d'éducation des animaux qui est issu d'une application des théories de l'apprentissage aux animaux marins. Ce sont des entraîneuses dans les delphinariums qui ont développé cette méthode d'éducation basée sur l'utilisation de récompenses d'abord alimentaires.
Ce type d'éducation basé sur l'utilisation de friandises s'appuie sur la théorie du renforcement positif :
Renforcement positif : Quand l'animal fait une action qui est suivie d'une récompense, alors il a plus de chance de refaire cette action dans le futur.
Plus un comportement a été récompensé (parfois involontairement par l'humain·e), plus la probabilité que l'animal fasse ce comportement est élevé. C'est pour ça qu'en clicker training, on fait très attention à enseigner rapidement un comportement par défaut que l'on va renforcer énormément pour que ça devienne quasiment un réflexe pour l'animal.
J'aime beaucoup une phrase que dit un éducateur canin américain dont j'ai oublié le nom (peut-être Ken Ramirez ?) :
Tu ne peux pas apprendre à un chien à ne pas quémander, mais tu peux lui apprendre comment tu veux qu'il quémande.
Chez nous, le comportement par défaut c'est :
Iggy était un chien qui ne tenait pas en place quand on l'a récupéré au refuge (dur à croire aujourd'hui) et qui était surexcité en extérieur. On a suivi les conseils de Emilie Larham (Kikopup) dans ces vidéos sur le travail du chien qui fait de la prédation (super excité par le gibier). Elle conseille d'utiliser un tapis pour apprendre au chien à se poser.
On a travaillé ce comportement de plusieurs manières :
Désormais, le tapis est vraiment un comportement par défaut d'Iggy. Dès qu'il voit un truc sur lequel il peut se coucher qui ressemble vaguement à un tapis, il saute dessus et se couche. En général, c'est super pratique. Quand c'est un sac que je veux récupérer, un peu moins !
Voici une vidéo qui illustre bien le comportement par défaut d'Iggy. On le voit vraiment y aller même quand je ne le demande pas (ce qui d'un point de vue éducatif signifie que c'est pas complètement sous code. Mais pour moi c'est OK).
On voit aussi quelques autres codes/comportements appris sur la vidéo :
Le comportement par défaut chez les chevaux, c'est en général la statue. On demande au cheval d'être immobile, la tête dans le prolongement du corps, dans une attitude relâchée, pendant que son humaine est à côté, avec une sacoche pleine de nourriture. Il n'y a pas de code vocal, le code corporel est l'humain·e qui est immobile avec de la nourriture dans la sacoche. Moi je rajoute aussi la main dans la sacoche pour aider à rendre plus clair.
J'ai démarré ce travail il y a très longtemps avec Amalhia. Mais quand j'ai appris le clicker, je faisais très attention au comportement de l'animal, mais moins à ses émotions. L'objectif n'est pas d'avoir un cheval immobile très haut en énergie / émotions qui est dans les starting blocks.
J'ai du reprendre il y a près d'un an tout le travail avec Amalhia pour rechercher plus de décontraction dans son attitude dans le travail à pied. Je suis satisfaite d'où on est en train d'arriver.
Sur cette vidéo avec Amalhia, on voit quelques codes en plus :
Mustang est un papy qui a été racheté au marchand de bêtes (en route pour l'abattoir) par le refuge du Haras des Ilots. Il est arrivé à la maison il y a un mois et demi (ou deux mois ?). Au départ, je ne l'ai pas beaucoup travaillé car j'avais des tonnes de soins à faire pour Amalhia (qui avait un énorme abcès à l'encolure).
Ensuite, on a pris le rythme d'une petite séance de 5-10' matin et soir. J'ai commencé par lui apprendre la statue d'abord en étant moi de l'autre côté de la barrière, puis à côté de lui. Ensuite on a beaucoup travaillé le fait de donner les pieds. En ce moment on travaille le fait de déplacer les épaules et de reculer.
Mustang a bien compris la statue, mais il est encore haut en émotions dans le travail au clicker, partagé entre excitation et inquiétude.
Quelques ressources pour aller plus loin :
from Un rat bleu
Une « recette » pour l’élément le plus important d’un plat à mes yeux : la sauce.
À vos partitions et instruments !
Tout ce que la sauce n’a pas, la partie solide peut l’amener. Et réciproquement.
#AcoustiqueCulinaire #Cuisine #Recette #Sauce
from klerh_veille_pro
Collectif Degeyter, Sociologie de Lille, 2017. Il commence à être daté mais il reste pertinent pour comprendre des éléments de fonctionnement de la Ville, de la Métropole et des collectifs politiques, plus que la sociologie de la population. Pour celle-ci, la Ville édite des portraits sociaux plus intéressants, et surtout, à jour.
M. Bachir et R. Lefebvre, « La fabrique des publics de la participation : l’aléatoire et l’obligatoire dans la constitution des conseils citoyens à Amiens et Lille », Participations, vol. 24, nᵒ 2, p. 167‑194, oct. 2019. Le titre parle de lui-même, pour une nouvelle analyse du fonctionnement politique de deux grandes villes du Nord de la France.
Natalia Leclerc, “Des risques pour le pluralisme et la liberté des médias en France. Quels enjeux pour les bibliothèques ?”, Veille métiers et transitions #7, BBF, 23 juillet 2026. Un constat dramatique sur les biais, l'ignorance et l'inaccessibilité même à l'information de presse écrite par les Français. En 2 pages, une véritable mine d'idées et d'argumentaire #EMI. Nettement plus stimulant que 2 jours de formation.
« France services dans les #QPV : un succès opérationnel qui nécessite une nouvelle ambition », Maire info, 15 juillet 2026. Un site que j'aime bien consulter de temps en temps, avec des articles de synthèse de bonne facture. Ici un point sur la nécessité des Maisons France services en quartiers Politique de la ville, mais la maladaptation du dispositif à cet environnement urbain engendre un coût important ; le dispositif est donc à revoir.
Les 2 thèmes de la semaine se réconcilient dans cette interview de Pierre Molager, sous-préfet de Lille chargé des services publics : « La présence des services publics est un fondement de notre socle républicain », DITP, 15 juillet 2026.
from Chatpey
Ce que le krach ferroviaire de 1873 ne nous dit pas
Tout le monde se demande si l'intelligence artificielle tiendra ses promesses. C'est la mauvaise question. La bonne est plus prosaïque : que deviendront, dans trois ans, les centaines de milliards d'euros de puces électroniques qu'on installe aujourd'hui dans les centres de données ? Car contrairement à tous les épisodes de fièvre spéculative que l'histoire a connus, celui-ci bâtit une infrastructure qui s'autodétruit.
Reprenons depuis le début. Les sept géants qui mènent la course — Amazon, Microsoft, Google, Meta, Oracle, auxquels s'ajoutent OpenAI et Anthropic — prévoient de dépenser autour de 700 milliards de dollars cette année dans les machines qui font tourner l'IA[^1]. Pour donner une idée, c'est près du double de l'an dernier, et l'équivalent du produit intérieur brut de pays entiers. Ce niveau de dépense privée dans une technologie nouvelle n'a que de rares précédents : la fibre optique à la fin des années 1990, l'électrification des années 1920, et surtout la fièvre ferroviaire américaine des années 1870.
Ce parallèle ferroviaire est devenu le préféré des observateurs inquiets. Il est juste, mais seulement à moitié. En 1873, le banquier le plus puissant des États-Unis, Jay Cooke, s'était engagé à financer une ligne transcontinentale. Il n'y parvint pas : les capitaux européens se tarirent à cause d'une guerre, et pour ne pas avouer l'échec, il puisa dans les dépôts de sa propre banque. Quand elle s'effondra, la panique gela tout. En deux ans, un tiers des obligations ferroviaires du pays cessèrent de verser des intérêts. La leçon habituelle : une vague d'investissement financée par la dette est fragile, et il suffit d'un effondrement spectaculaire pour que les attentes de tous se retournent d'un coup.
Cette leçon est de plus en plus applicable à l'IA. Pendant longtemps, on s'est rassuré en disant que les géants finançaient leurs investissements sur leurs propres profits, à l'abri des humeurs des marchés. Ce n'est plus vrai. Pour soutenir des dépenses qui atteignent désormais la moitié de leurs revenus, ils empruntent : plus de cent milliards de dollars de dette levés rien qu'en 2025, et des montages de plus en plus complexes. Le financement de l'IA est redescendu dans l'arène des marchés financiers, avec toute la vulnérabilité que cela implique. Les gérants de fonds ne s'y trompent pas : début 2026, pour la première fois depuis que l'on pose la question, une majorité d'entre eux jugeait que les entreprises surinvestissent dans l'IA[^3]. Fait remarquable, ils le pensent tout en restant investis. Ce n'est pas de l'aveuglement, mais une forme de lucidité contrainte: mieux vaut se tromper avec tout le monde qu'avoir raison seul mais trop tôt.
Mais voici où le parallèle ferroviaire cesse d'éclairer et se met à tromper. Un rail posé à mauvais escient dans une plaine désertique reste un rail. Il ne coûte rien à ne pas être utilisé ; il attend, il rouille lentement, il pourra servir des décennies plus tard. L'actif ferroviaire est patient. Une puce d'IA, non. Soumise à pleine charge, elle a une durée de vie utile que les estimations les plus citées situent entre un et trois ans[^2], même si le chiffre reste débattu. Passé ce délai, elle ne rouille pas lentement : elle devient soit défaillante, soit si gourmande en électricité au regard de ce qu'elle produit qu'il revient moins cher de la remplacer que de l'alimenter.
Cette différence, qui semble technique, change toute la dynamique. Une vague d'investissement portée par un actif durable peut tenir longtemps en silence, parce que rien ne presse. Une vague portée par un actif périssable porte en elle une horloge. Si le matériel doit être renouvelé tous les deux ou trois ans, et que les revenus tirés de l'IA ne suffisent pas à payer ce renouvellement, alors il faudra, à chaque cycle, retourner voir les bailleurs de fonds et leur demander de remettre au pot. Et là, quelque chose de subtil se produit.
Le premier chèque se signe sur une promesse : « nous bâtissons l'infrastructure du siècle. » Le deuxième se signe sur des résultats. Le premier excite les investisseurs ; le second les fatigue.
Avançons donc une hypothèse, présentée comme telle et non comme une certitude : cette mort programmée des machines fixe une échéance approximative. L'essentiel du déploiement actuel datant de 2024 et 2025, le premier grand rendez-vous de renouvellement tomberait vers 2027 ou 2028 — précisément le moment où il faudra à la fois rééquiper et démontrer les revenus. Ce n'est pas une date épinglée au calendrier : on peut dire que c'est la période où la tension devient maximale, sans pouvoir prédire l'événement qui déclenchera la crise, ni le jour exact où il surviendra.
Les optimistes répondront qu'une puce ne meurt pas en fin de course : elle « cascade ». Trop ancienne pour entraîner les modèles de pointe, elle sert encore à les faire fonctionner pour les utilisateurs, puis à des tâches plus modestes — une vie qui peut alors s'étendre à cinq ou six ans. C'est partiellement vrai. Mais cette cascade suppose un marché capable d'absorber ces puces vieillissantes, et elle bute sur un mur physique : dans un centre de données dont la consommation électrique est déjà saturée, conserver une vieille puce qui coûte plus en courant qu'elle ne rapporte à l'utilisation n'a aucun sens. La cascade ne supprime pas le problème, elle le suppose résolu.
Reste la question qui décide de tout : d'où viendra l'argent ? Pour que cet investissement colossal se justifie, il faut qu'il produise des revenus à sa hauteur. Or les trois sources de revenu possibles déçoivent chacune à leur manière. L'abonnement d'abord : à la différence d'un logiciel classique, où servir un client de plus ne coûte presque rien, chaque réponse d'une IA consomme du calcul, donc de l'argent. Les comptes d'OpenAI le montrent crûment — une marge brute d'environ un tiers, et des pertes qui se chiffrent en milliards malgré une croissance fulgurante[^4].
La publicité ensuite, réflexe historique pour rentabiliser une masse d'utilisateurs gratuits. Mais c'est ici que se referme un piège que l'on voit rarement nommé. En répondant directement au lieu de renvoyer vers des sites, l'IA assèche le trafic web — et donc la valeur de la publicité affichée sur des pages que plus personne ne visite. Autrement dit, elle détruit le modèle publicitaire existant avant d'avoir prouvé qu'elle saura en bâtir un autre à la même échelle. Or sa propre régie publicitaire est balbutiante : les projections les plus optimistes la situent, à la fin de la décennie, loin derrière ce que rapporte la recherche en ligne aujourd'hui. Et son format résiste à la publicité, car la valeur d'un assistant tient à la confiance qu'on accorde à sa réponse — le jour où l'on soupçonne qu'une recommandation est payée, cette réponse perd ce qui la rendait utile. L'IA casse un modèle qui marchait en pariant qu'elle saura le reconstruire : un pari de plus, empilé sur les autres.
Reste la vente aux entreprises, le débouché le plus défendable — mais qui ferait de l'IA un outil professionnel de niche, plus rentable et bien plus petit que la promesse universelle qui justifie aujourd'hui les dépenses.
C'est ici qu'intervient un grain de sable que les marchés sous-estiment, et qui vient du logiciel libre. Une part croissante de ce que les gens demandent à l'IA n'exige pas les modèles géants et coûteux des grands acteurs. Résumer un texte, corriger une lettre, classer des fichiers, retrouver un document, enrichir les métadonnées d'une photothèque, écrire du code courant : pour tout cela, des modèles ouverts, gratuits, tournant sur un ordinateur personnel ordinaire, font déjà très bien l'affaire. Mieux : ils le font frugalement. Une requête de ce genre, exécutée localement, consomme l'équivalent d'une à trois secondes de jeu vidéo[^5]. Le poids énergétique de l'IA ne vient pas de l'usage que vous en faites sur votre machine, mais de l'usage de masse concentré dans les centres de données — des milliards de requêtes par jour sur de gros modèles. Le jour où une solution grand public rendra leur installation aussi simple qu'installer un lecteur vidéo, une part entière des usages n'aura plus aucune raison de passer par un service payant — ni de regarder la moindre publicité puisque l'outil sera hébergé gratuitement chez soi.
On objectera que les modèles libres courent toujours derrière les modèles de pointe, et c'est exact pour les tâches les plus exigeantes — le raisonnement complexe, les agents autonomes de longue haleine. Là, le service payant gardera une clientèle. Mais pour tout le reste, le gratuit « suffisant » fait l'affaire — parce que ces tâches courantes ont un plafond : une fois qu'elles sont bien faites, payer pour « le meilleur » n'apporte rien de perceptible. Or ces tâches-là sont justement celles qu'effectuent des centaines de millions d'utilisateurs gratuits — ceux que l'abonnement de masse et la publicité étaient censés, un jour, transformer en clients payants. Si le gratuit local les satisfait, ils ne deviendront jamais payants.
Le logiciel libre ne menace pas les modèles de pointe. Il assèche la nappe de revenus ordinaires censée amortir les machines — et il le fait au moment précis où il faudra les renouveler.
Une force des GAFAM pourrait toutefois freiner ce grain de sable : ils contrôlent les portes d'entrée — systèmes d'exploitation, navigateurs, téléphones — et peuvent y installer leur IA payante par défaut, là où l'alternative libre demande une démarche volontaire. Le « par défaut » est une arme puissante. Mais un défaut ne retient que l'utilisateur indifférent, pas celui qui a une raison de basculer. Et la facture énergétique, la confidentialité des données, le coût zéro sont précisément des raisons de basculer d'autant plus fortes que le matériel devient cher à renouveler et que la pression à monétiser se fait sentir.
Ainsi le logiciel libre n'est pas, dans cette histoire, l'adversaire frontal des géants. Il ne les attaque pas, il avance simplement l'heure des comptes. Il rapproche le moment où il faudra constater que l'usage réellement solvable de l'IA est plus petit qu'on ne l'a parié.
Une objection plus sérieuse mérite d'être pesée : et si les États prenaient le relais ? Plusieurs gouvernements traitent désormais l'IA comme une infrastructure de souveraineté, qu'on finance comme un porte-avions sans s'attendre à ce qu'elle « rapporte ». Un tel bailleur, mû par la nécessité stratégique plutôt que par le rendement, pourrait découpler le renouvellement du matériel de la loi du marché — et désamorcer ainsi l'horloge décrite plus haut. L'objection est réelle, mais elle se heurte à deux limites.
D'abord l'échelle : un seul des géants dépense en une année davantage en infrastructure que les plus gros plans publics étalés sur une décennie. La Commission européenne elle-même reconnaît que ses ambitions reposent « majoritairement sur des capitaux privés », l'argent public ne comblant qu'une fraction d'un gouffre chiffré en centaines de milliards[^6].
Ensuite la méthode employée : l'intervention étatique dominante aujourd'hui n'est pas la subvention qui prolonge la dépense, mais le contrôle des exportations et le filtrage des accès — restreindre la vente de puces à un rival, réserver le calcul à ses ressortissants. Or fragmenter le marché mondial en blocs étanches ne stabilise pas l'investissement : cela le rend plus fragile, en privant chaque bloc des économies d'échelle qui justifiaient les montants engagés. Loin de fluidifier la machine, l'État jette plutôt du sable dans les rouages.
Que l'on s'entende : rien de tout ceci ne signifie que l'IA ne vaut rien. Comme les chemins de fer, qui survécurent à 1873 pour porter un demi-siècle de croissance, l'IA est là pour des décennies et transformera des pans entiers de l'économie. La formation d'une bulle ne dit pas que son support est sans valeur. Elle dit qu'on a investi en pariant que tout le monde paierait, beaucoup, et longtemps.
La leçon de toutes les fièvres spéculatives, de la tulipomanie néerlandaise à la crise du chemin de fer de 1873, demeure : la frontière entre l'investissement visionnaire et l'excès de confiance ruineux est invisible tant qu'on ne l'a pas franchie. Ce que l'IA ajoute, et qu'aucune bulle avant elle n'avait connu, c'est qu'un mécanisme physique — l'usure programmée du silicium — fixe une date à laquelle il faudra bien, bilans comptables en main, regarder où passe cette frontière et s'assurer qu'on est du bon côté.
Ce texte a été rédigé avec l'aide d'un assistant IA, à partir d'une discussion où j'apportais l'analyse, les objections et les arbitrages ; l'outil tenait la plume et vérifiait les sources. C'est, accessoirement, une illustration de la thèse : l'IA excelle à structurer un raisonnement qu'on lui fournit, et ne le remplace pas.
[^1]: Estimations agrégées des dépenses d'investissement 2026 des cinq grands acteurs (Amazon, Microsoft, Alphabet, Meta, Oracle) ; fourchette d'environ 660 à 725 milliards de dollars selon les sources, révisée à la hausse après les résultats du premier trimestre, dont à peu près 75 % attribués à l'IA.
[^2]: Estimation débattue, et la plus incertaine de cet article — celle dont dépend l'échéance de 2027-2028. La fourchette de un à trois ans provient d'analyses de durée de vie sous forte charge thermique (CNBC, CITP de Princeton, fin 2025) ; un architecte de Google y avance un à deux ans pour des puces utilisées à 60-70 %. Les hyperscalers amortissent comptablement sur cinq à six ans, et une thèse concurrente, dite du « value cascade », défend une vie économique de cinq à sept ans par réaffectation à des tâches moins exigeantes.
[^3]: Enquête Bank of America auprès des gérants de fonds, début 2026 : première lecture majoritaire « les entreprises surinvestissent dans l'IA » depuis le début de cette série de données en 2005.
[^4]: Estimations 2025-2026 (Sacra, Value Add VC) : marge brute de l'ordre de 33 %, perte d'environ 14 milliards de dollars en 2026, coûts d'inférence en forte hausse. Chiffres d'une entreprise non cotée, à manier avec prudence.
[^5]: Mesures au wattmètre sur matériel grand public (Ollama, 2026) : une requête courante sur petit modèle consomme de l'ordre de 0,05 à 0,4 Wh, soit une à trois secondes de jeu vidéo sur PC dédié. L'inférence locale se fait par à-coups — un pic bref suivi d'un retour au repos. L'essentiel de l'empreinte énergétique de l'IA ne tient pas à l'usage individuel mais à l'inférence de masse : une requête modeste, multipliée par des milliards d'appels par jour sur de gros modèles dans les centres de données.
[^6]: Paquet « souveraineté technologique » de la Commission européenne, juin 2026 : environ 200 milliards d'euros pour les data centers d'ici 2036, « majoritairement privés » de l'aveu même de la Commission. À comparer aux plus de 100 milliards de dollars de capex d'un seul hyperscaler en 2025. Plan français de février 2025 : 109 milliards d'euros annoncés, dont une part publique minoritaire.
from FAUT L'FER

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