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from adventices

depuis le pont

lourdes eaux limoneuses du fleuve furieux

remous incessants courants bouillonnants dans toutes les directions

œil hypnotisé cœur penché au ras des eaux des heures à les surprendre et à les perdre pour d'autres tourbillons

une journée bien employée

 
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from valvin

En écrivant le titre je sais par avance que beaucoup ne seront pas du même avis que moi sur le sujet. Sur le Fédiverse, je voies de nombreux messages, articles qui s’inquiètent de cette technologie en se limitant trop vite aux promesses de grandes sociétés du numériques.

On parle beaucoup de l'intelligence artificielle (IA) qui fascine, effraie ou bien simplement intéresse. Je fais partie de cette troisième catégorie. Et donc oui, cet article ne se résumera à aller dans le sens où il faut vite tout mettre à la poubelle.

Tout d'abord précisons une chose, l'IA n'est pas intelligente. Il s'agit d'un modèle statistique. Donc une IA est aussi intelligente que nos prévisions météo. A partir de ses données d'apprentissage et du contexte d’exécution, il ne produira pas forcément le même résultat et la réponse bien que vraisemblable pourra être fausse. Rappelons que l'IA ne date pas d'il y a un peu plus d'un an avec l'arrivée de ChatGPT, Dall-E et autres solutions où avant tout l'objectif est qu'on parle d'eux. Et on parle d'ailleurs plus en bien ou en mal de ce que promettent, vendent les équipes marketing de ces sociétés plutôt que de réellement s'intéresser à la technologie.

L'IA ne se limite pas à la génération de texte ou d'images. Depuis de nombreuses années, on la retrouve dans notre messagerie pour classer certains messages comme spam ou dans d'autres catégories (“réseaux sociaux”, “promotions”...). Pour les spams, on a déjà tous était confronté aux faux-positifs et qui mettent en évidence que ça n'est pas fiable à 100%. Pour la reconnaissance vocale, les voix synthétiques des GPS ou assistants vocaux, la traduction de texte, l'analyse d'images et dans bien d'autres situations nous utilisons aussi des modèles statistiques que l'on peut qualifier d'IA.

Comme toute technologie, si celle-ci est mal employée, son effet est désastreux. L'informatique même la plus simple et au sens noble du terme a été employé pour des choses que l'on rejette forcément. Elle a supprimé des emplois, permis de mener des guerres, de faire souffrir des personnes et bien d'autres choses auxquelles je n'ose pas penser. Cependant est-ce que j'imagine un monde sans l'informatique? Non. Tout d'abord, je serais sans emploi car c'est à peu près la seule chose que je sais faire et pour laquelle un employeur souhaite me rémunérer. Je n'aurais plus accès à toute cette source d'information qu'Internet fournie. Et je ne pourrais pas non plus partager cet écrit ou tout du moins bien plus difficilement.

Il ne faut pas non plus se voiler la face. Certaines inquiétudes autour de l'IA sont fondées. Notamment la source des données d'entrainements des modèles d'IA génératives qui sont principalement d'origines numériques sont collectées sans toujours respecter l'usage réglementaire de celles-ci quelle soit d'ordre privée ou soumise à une licence (libre ou non). Je pense notamment aux créateurs de contenus que ce soit textuels ou graphiques qui se sont fait piller leur travail sans leur accord et que l'on retrouve indirectement et parfois même directement dans le résultat d'IA génératives peu scrupuleuses.

La consommation en électricité pour l'entrainement de certains gros modèles comme ChatGPT est gargantuesque. Leur utilisation peut l'être aussi. Mais soulignons aussi que pour ses raisons les poids de ces modèles sont aussi partagés et sont souvent la base pour de nouveaux entrainements afin de ne pas tout recommencer de zéro. N'oublions pas aussi que nombreux modèles plus petits nécessitent beaucoup moins d'énergie que quelques heures d'un jeu vidéo aux beaux graphismes ou à la réalisation d'un rendu 3D de plusieurs dizaines minutes d'un animé.

Mon optimisme me laisse espérer qu'on peut avoir des modèles entrainés avec des données dont la source est respectueuse de ceux qui les ont produit. Que ceux-ci consommeront de moins en moins d'énergie pour leur entrainement ou leur usage. Et que nous nous intéresserons plus facilement à ces modèles qui ont un réel intérêt pour tous. Bien plus intéressant que ceux promus par des sociétés dont leur seul objectif est de faire fructifier l'argent de leurs actionnaires.

Tout n'est pas à mettre à la poubelle.

 
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from adventices

au creux des marais

obstinés fouillant les flaques

les deux oiseaux blancs     le vent achève sa conquête

sur nos sombres eaux ridées

   
Photo “Two White Egrets” par Mike Boswell, licence CC BY 2.0.

 
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from adventices

il y a toujours un passage ouvert le temps d'un souffle entre deux eaux qui menacent

on se tord les pieds sur de gros galets entre les rochers

sur cette autre terre la vie qu'on espère

là-bas d'autres anses d'autres falaises et le seul horizon d'une mer grande ouverte

il y a toujours un passage

 
Photo par Ian Cylkowski, licence CC BY-NC-SA 4.0


 
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from dessine moi un vélo

Un jour j'ai dessiné

un vélo

tout entier

Pièce après pièce il s'est construit

Et ensemble On est parti

dessin d'un vélo

Illustration pour le merveilleux atelier participatif d'auto...rep – mais bien de biclous – La P'tite Rustine. Réalisée en 2021, modulo un souvenir en vadrouille.

 
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from adventices

ma mue de printemps

je deviens lourdes eaux limoneuses

à ma surface mouvante reflets dorés du soleil de mars

je deviens amère amande blanche

par mon poison rapide les lèvres se révulsent en un crachat

je deviens sciure de bois tendre

ma poussière retombée boit la boue noire d'une flaque

 


 
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from Du cauchemar éveillé au rêve d'un autre monde

Hier, une sortie avec quelques membres de ma famille a engendré un échange courtois mais animé sur la société consumériste et la nécessité de changer d'orientation. Si nous étions d'accord sur les constats, l'argument constamment avancé pour défendre l'idée qu’« on ne peut rien y faire » me hérisse. Cet argument consiste à pointer la nature humaine comme la cause de notre incapacité à changer de direction. Or donc, tous ceux qui sont prêts à se contenter de moins pour que chacun puisse vivre décemment ne seraient pas naturels? C’est en réalité une manière commode de masquer sa propre résistance au changement. Il serait plus honnête de reconnaître que le problème relève de l’acquis plutôt que de l’inné. Apparaît dès lors une possibilité embarrassante, celle de pouvoir « y faire quelque chose » à condition de se libérer de l’emprise consumériste qu’exerce la société sur nos esprits.

Les intérêts politiques et financiers étant ce qu'ils sont, et les mass-médias trop dépendants d'eux pour jouer le rôle d'éveilleurs de consciences, j'ai pris mon parti du fait que la société court droit vers son effondrement. J’en vois tous les jours la progression, avec résignation, à peine étonné par la vitesse du processus. Ce qui aurait pu être une opportunité vers une société du mieux-être sera malheureusement source de souffrances et de mort faute d'avoir choisi et préparé sa mutation. Il est maintenant clair que la société ne se remettra en question que bien trop tard, si elle y arrive un jour.

Contre toute attente ma résignation ne touche pas mon moral, peut-être parce qu'ayant entamé le deuil de la société de consommation depuis plusieurs années, je dépasse maintenant le stade de la colère pour atteindre l'acceptation. Celle-ci me pousse à vouloir profiter du bonheur de vivre tant que c'est possible dans un environnement social et écologique qui tient encore debout. Elle me conduit aussi à accepter l'incapacité de mes proches à dépasser le discours bien-pensant du développement durable et à laisser ma déception au vestiaire pour mieux pouvoir leur dire: “Je vous aime”. Qu’ils sachent cependant que mon mode de vie, bien qu’il leur paraisse radical, reste tout-à-fait confortable. Il ne me manque que le sentiment d’être autant à ma place parmi eux que dans d’autres cercles plus engagés que j’ai la chance de fréquenter.

 
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from adventices

bravement elles poussent dans le désordre du bord — fleurs de rien du tout

sur la pierraille des jours minuscules éclats de ciel

 


Photo jbm CC0

 
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from Strafanici

Eduardo Galeano, La historia que pudo ser

EduardoGaleano

Cristóbal Colón no consiguió descubrir América, porque no tenía visa y ni siquiera tenía pasaporte. A Pedro Alvares Cabral le prohibieron desembarcar en Brasil, porque podía contagi ar la viruela, el sarampión, la gripe y otras pestes desconocidas en el país. Hernán Cortés y Francisco Pizarro se quedaron con las ganas de conquistar México y Perú, porque carecían de permiso de trabajo. Pedro de Alvarado rebotó en Guatemala y Pedro de Valdivia no pudo entrar en Chile, porque no llevaban certificados policiales de buena conducta. Los peregrinos del Mayflower fueron devueltos a la mar, porque en las costas de Massachusetts no había cuotas abiertas de inmigración.

Eduardo Galeano, Bocas del tiempo, 2004

Bocas del tiempo

La storia che avrebbe potuto essere

Cristoforo Colombo non riuscì a scoprire l'America perché non aveva il visto e nemmeno il passaporto. A Pedro Alvares Cabral vietarono di sbarcare in Brasile perché avrebbe potuto diffondere il vaiolo, il morbillo, l'influenza e altre malattie sconosciute nel paese. Hernan Cortés e Francisco Pizarro rimasero con la voglia di conquistare il Messico e il Perù, perché non avevano il permesso di lavoro. Pedro de Alvarado in Guatemala venne respinto e Pedro de Valdivia non potè entrare in Cile perché non avevano i certificati di buona condotta rilasciati dalla polizia. I pellegrini del Mayflower vennero restituiti al mare, perché sulle coste del Massachusetts non c'erano più quote d'immigrazione disponibili.

Eduardo Galeano, Le labbra del tempo, Sperling & Kupfer, 2006

La historia que pudo ser letta da Eduardo Galeano

#Letture #Galeano #LatinoAmerica #migranti #storia #colonialismo

 
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from ngzr

Trouvé par hasard en rangeant le rayon philo de la bibliothèque, intriguée par ce titre... Très intéressante réflexion sur la façon dont les cultures se mélangent et s'hybrident à travers le temps, la “modernité”, les colonisations, la mondialisation et la numérisation de l'information.

p.41 : des risques inhérents à la diversité culturelle

La diversité culturelle doit éviter un piège majeur : celui de l'exclusivité et du ressentiment ; elle ne peut s'articuler qu'à l'intérieur d'une civilisation ouverte où les règles démocratiques sont respectées, où les rapports entre les êtres et les cultures qu'ils véhiculent sont non pas monologiques, comme pour la plupart des civilisations anciennes et traditionnelles, mais dialogiques. Mais le rapport dialogique n'est pas évident, tant s'en faut.

p.43 : l'inéluctabilité du métissage

Accepter la diversité culturelle ne veut point dire que nous avons affaire à des cultures “autonomes”, en dehors de l'interconnectivité qui nous relie tous dans une civilisation mondialisée. Cela veut dire que les cultures sont des continents de sensibilité particulière, des climats d'êtres qui, pour vivre et s'épanouir, se nourrissent du dialogue de l'homme avec lui-même, avec son âme, avec son passé immémorial ; que ce dialogue puise sa matière et ses arguments dans l'humus fécond de la zone d'hybridation où toutes les identités se croisent pour créer des configurations nouvelles : des identités multiples, frontalières et des métissages inouïs ; et qu'enfin cet état de choses annonce un phénomène nouveau : le bricolage, l'art combinatoire des relations multiples à tous les niveaux et le jeu des miroirs croisés.

Le jeu des miroirs croisés

Ce qui caractérise notre monde, avec ses incertitudes, ses confusions de toutes sortes, c'est l'état chaotique qu'il manifeste au point que personne ne sait plus àquel saint se vouer. On dirait que la boîte de Pandore s'est ouverte ou que tous les génies sont sortis de la lampe magique, des plus anciens aux plus récents. Mais pourquoi cette résurgence des voix oubliées et cette explosion archaïque de toutes les sensibilités refoulées ? La mémoire récapitulative a préparé de longue date cette ouverture qui était inscrite, comme je l'ai dit, dans la nature de notre civilisation planétaire. Nous sommes condamnés à enrichir sans cesse notre palette de connaissances, à élargir l'éventail de nos sensibilités, à puiser dans d'autres mémoires culturelles, à nous munir de clefs nouvelles.

p.51 : il utilise le terme d'idéologisation de la tradition pour décrire certains phénomènes de “radicalisation”

Il y a déjà presque trente ans, j'évoquais l'idéologisation de la tradition, lorsque la religion se laisse embarquer dans l'aventure de la modernité dont elleignore les conséquences catastrophiques et puis se trouve captive dans le piège de la “ruse de la raison”, comme dirait Hegel. Je n'ai rien à changer à cette analyse. Ignorant les règles et n'étant pas équipée pour affronter ce genre de défi, elle se laisse imprégner passivement par toutes les idées révolutionnaires qui flottaient dans l'air comme une idéologie diffuse, c'est-à-dire la vulgate marxiste, déformée par le léninisme et le stanlinisme. Elle se bolchévisa à son insu et le resta.

p.59 :

Et cela parce que les vieilles traditions religieuses, surtout les monothéistes, n'arrivent plus à répondre aux besoins diversifiés et souvent indéterminés de l'homme moderne. Les structures fortes du sacré se sont dissoutes, nous vivons, comme dit le philosophe italien Gianni Vattimo, dans un monde d'“ontologie faible”. Les religions et les traditions classiques sont inaptes à satisfaire les identités plurielles des êtres qui sont devenus des migrants de la pensée nomade et qui passent d'une culture à l'autre avec l'aisance des funambules. Chacun est à sa façon un bricoleur capable d'aménager et de manipuler des idées et des croyances, personne ne se limite plus, à moins qu'il ne soit exceptionnellement traditionnel ou particulièrement fanatique, à une seule culture.

 
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from Strafanici

José Saramago, Responsabilità

Le miserie del mondo sono lì e ci sono solo due modi di affrontarle: o pensare che non ne abbiamo colpa e perciò stringersi nelle spalle e dire che non è in nostro potere porvi rimedio – e questo è sicuro –, oppure accettare che, anche quando non è in nostro potere risolverle, dobbiamo comportarci come se lo fosse.

José Saramago La Jornada, México, 3 dicembre 1998

Responsabilidad Las miserias del mundo están ahí, y sólo hay dos modos de reaccionar ante ellas: o entender que uno no tiene la culpa y por tanto encogerse de hombros y decir que no está en sus manos remediarlo –y esto es cierto –, o bien asumir que, aún cuando no está en nuestras manos resolverlo, hay que comportarnos como si así lo fuera”.

José Saramago La Jornada, México, 3 de diciembre de 1998

L'illustrazione di Daniel Paz è tratta dal suo blog: https://danielpaz.com.ar/blog/2010/06/jose-saramago-1922-2010/

#Saramago #letture #responsabilità

 
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from De tout un peu

Cet article est initialement paru ici sous le pseudo de Radagast

Vers la fin des an­nées 80, je li­sais as­si­du­ment la revue Strange et ses pe­tites sœurs. J’étais ab­so­lu­ment fondu de bandes des­si­nées de super héros et je com­men­çais à m’in­té­res­ser à tout ce qui gé­né­ra­le­ment avait trait à la BD. Je m’étais acheté un livre de poche qui s’ap­pe­lait 93 ans de bandes des­si­nées par Jacques Sa­doul. Ce livre for­mi­dable dres­sait une his­toire in­ter­na­tio­nale de la BD et par­lait éga­le­ment des œuvres les plus ré­centes et mar­quantes pour l’époque. Parmi celles qui m’avaient in­ter­pelé se trou­vait la pré­sen­ta­tion de Bat­man, the Dark Knight re­turn, par Frank Mil­ler. Ce der­nier était à l’époque en France sur­tout connu des lec­teurs de Strange pour avoir ré­vo­lu­tionné Da­re­de­vil, le su­per­hé­ros de chez Mar­vel, avec des his­toires net­te­ment plus sombres et réa­listes (au­tant que c’est pos­sible dans des his­toires de ce genre). Frank Mil­ler s’at­ta­quait à Bat­man, je ne pou­vais pas rater ça. Et pour un choc, ce fut un choc.

Tout, dans le scé­na­rio et le des­sin (la mise en scène ?), rom­pait avec l’ap­proche tra­di­tion­nelle du per­son­nage en pous­sant au bout la lo­gique du su­per­hé­ros. C’était à la fois un récit hé­roïque, une cri­tique au vi­triol de la so­ciété amé­ri­caine et aussi une vi­sion assez ef­frayante de l’idéo­lo­gie du su­per­hé­ros.

Je ne sais pas si je vais par­ve­nir à vous le choc que ce fût pour l’ado­les­cent de 15 ans que j’étais. Ni Bat­man ni moi ne nous en sommes remis.

La série de 4 épi­sodes dé­bute dans un futur proche où Bat­man a dé­cro­ché et où Bruce Wayne s’étour­dit de loi­sirs dan­ge­reux. L’homme semble avoir la cin­quan­taine, il fête avec le com­mis­saire Gor­don l’an­ni­ver­saire de la re­traite de Bat­man. On ap­prend qu’il s’est fâché avec Robin et qu’il n’a plus de contact avec lui. La ville de Go­tham City est de­ve­nue un enfer où la vio­lence et la peur sont le quo­ti­dien des ha­bi­tants. Les images sont en an­glais, mon vieux scan­ner m’a lâché jus­te­ment au­jour­d’hui où j’en avais be­soin…

Vous de­vi­nez assez vite ce qui va se pas­ser, Bruce va re­mettre le masque… Oui, sauf que psy­cho­lo­gi­que­ment, on com­prend assez vite que le vrai masque est celui de Bruce Wayne et que Bat­man est sa vé­ri­table per­son­na­lité et qu’elle lutte pour se li­bé­rer. Une schi­zo­phré­nie contrô­lée qui, face à la vio­lence alen­tour va voler en éclat et nous ré­vé­ler tout ce qu’est Bat­man et com­ment il sus­cite l’exis­tence de ses en­ne­mis, le Joker en tête qui sort de son état ca­ta­to­nique en voyant Bat­man à la té­lé­vi­sion.
La té­lé­vi­sion est om­ni­pré­sente, al­ter­nant faits di­vers sor­dides et ex­perts pour les ana­ly­ser (toute res­sem­blance avec notre époque est for­tuite… ou vi­sion­naire). La ville est ter­ro­ri­sée par le gang des mu­tants, des jeunes gens pau­més qui se cherchent un guide et com­mettent des crimes atroces.

Bat­man est un vieil homme et son re­tour va être phy­si­que­ment très dif­fi­cile : Son cœur souffre, il prend des coups, saigne et ses ad­ver­saires sont ont la force de la jeu­nesse. Il y a un peu de Clint East­wood dans ce Bat­man. Un super héros res­tant super par na­ture, il va vaincre de­vant tout le monde le chef des mu­tants. Les jeunes se re­con­ver­tissent en chantres de la jus­tice ex­pé­di­tive et se font dé­sor­mais ap­pe­ler les fils de Bat­man.

Bat­man est oc­cupé à pour­chas­ser le Joker et per­sonne ne sait ce qu’il en pense. À la té­lé­vi­sion, les ex­perts dé­battent du fas­cisme sup­posé de ce héros qui com­bat le crime, mais s’af­fran­chit des lois. Les dé­bats sont hou­leux et Bat­man sus­cite à la fois es­poir et ad­mi­ra­tion à Go­tham. Em­ballé par une his­toire ha­le­tante de son héros, le lec­teur va cher­cher à dif­fé­rer sa propre ré­ponse et sa­chant qu’il ne pourra pas tou­jours l’élu­der, tremble un peu.
Pa­ral­lè­le­ment à ce qui se passe à Go­tham, la guerre froide entre Amé­ri­cains et Russes va connaitre un épi­logue nu­cléaire, mais l’in­ter­ven­tion de ce qui se fait de mieux après Dieu selon un Rea­gan qui os­cille entre ca­bo­ti­nage et té­lé­van­gé­lisme va per­mettre d’in­tro­duire un su­per­man à la solde de l’oncle Sam dans notre his­toire.

L’apo­ca­lypse nu­cléaire plus ou moins évi­tée, Su­per­man va être chargé de par­ler à Bat­man pour le convaincre d’ar­rê­ter, sinon il sera en­voyé pour le stop­per. Bat­man, qui a main­tenu l’ordre dans Go­tham pen­dant les per­tur­ba­tions nu­cléaires en fé­dé­rant au­tour de lui et de sa cause la jeu­nesse per­due de Go­tham re­fuse. Le duel sera bien­tôt in­évi­table. Bat­man gagne, mais ma­quille sa mort. Il aban­donne son cos­tume et fonde une sorte de mi­lice à qui il va ap­prendre à pro­té­ger la ville selon ses pré­ceptes : sans armes, mais avec des gnons… et bien sûr en de­hors de tout cadre légal. Le tout avec la bé­né­dic­tion de Su­per­man et du gou­ver­ne­ment qui ferme les yeux tant que c’est dis­cret.

Ce qui est très fort dans cette mi­ni­sé­rie, c’est que l’idéo­lo­gie très droi­tière ap­pa­rait clai­re­ment, mais sans être as­sé­née. Lue au pre­mier degré, c’est une très bonne his­toire de super héros. Au se­cond degré, c’est, au choix une glo­ri­fi­ca­tion des mé­thodes de Bat­man ou un pam­phlet qui les dé­nonce. L’évo­lu­tion d’un au­teur comme Frank Mil­ler oblige à se poser la ques­tion. Le ri­di­cule de Rea­gan dans l’œuvre a long­temps conduit à pen­ser que c’était un pam­phlet à charge contre les ré­pu­bli­cains. Les dis­cours et l’évo­lu­tion de l’œuvre de Mil­l­ler ces der­nières an­nées rendent cette ana­lyse plus dif­fi­ci­le­ment te­nable.

Il n’en reste pas moins que l’œuvre est ébou­rif­fante par les ques­tions qu’elle sou­lève, son in­ten­sité dra­ma­tique, sa dé­me­sure gra­phique son dé­cou­page et son éner­gie. Presque trente ans après, le Dark knight a pro­fon­dé­ment mar­qué le per­son­nage et son ca­rac­tère, le genre des super héros éga­le­ment.
Voilà pour au­jour­d’hui, j’es­père vous avoir donné envie de la dé­cou­vrir. Le livre est dis­po­nible chez Urban co­mics.

 
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from De tout un peu

Cet article est initialement paru ici sous le pseudo de Radagast

Il y a quelques années , de pas­sage à Col­mar les Alpes pour quelques jours, j’en ai pro­fité pour me rendre dans ce rêve de li­brai­rie que sont Les Pléiades . J’avais eu l’oc­ca­sion d’évo­quer cette toute pe­tite li­brai­rie dans cet ar­ticle(http://​www.​cuk.​ch/​articles/​17887) sur les cartes de Plonk et Re­plonk. La par­ti­cu­la­rité du lieu tient dans le fait qu’il y a assez peu de livres pré­sen­tés, mais qu’on a envie de tous les ache­ter. Sou­vent, on pré­juge de la qua­lité de l’échoppe en fonc­tion de sa ca­pa­cité à pro­po­ser un choix in­fini. Ici, il me semble que c’est l’in­verse, peu de livres, mais des choix ori­gi­naux qui donnent vé­ri­ta­ble­ment l’im­pres­sion d’avoir de la chance, rien qu’à les contem­pler sur les éta­lages.

Or, ce jour d’été, je tombe sur un titre ex­tra­or­di­naire qui m’a as­piré com­plè­te­ment : Qui­conque nour­rit un homme est son maître. De son au­teur, Jack Lon­don, je n’avais lu que Croc-Blanc en­fant et le livre m’avait beau­coup mar­qué. J’en étais resté là pour­tant de la dé­cou­verte de Jack Lon­don. J’ai en­tendu jadis une émis­sion sur France Inter qui par­lait de lui, avec cette phrase qui cor­res­pond bien à ce que le titre a eu comme effet sur moi et à cette li­brai­rie : Sur les rayons des bi­blio­thèques, je vis un monde sur­gir de l’ho­ri­zon.

Le livre parle de l’écri­vain can­di­dat à la lit­té­ra­ture qui doit ré­soudre le pa­ra­doxe sui­vant : man­ger de son tra­vail ou faire vé­ri­ta­ble­ment de l’art. Lon­don va en­tre­prendre de dé­mon­trer pour­quoi le sys­tème, fondé sur la va­leur ar­gent, rend qua­si­ment im­pos­sible toute so­lu­tion à ce di­lemme. Pour lui, l’écri­vain can­di­dat à la gloire ne peut épan­cher son âme d’ar­tiste dans un tra­vail et échan­ger ce tra­vail contre du pain et de la viande.

Si les ma­ga­zines pré­fèrent vendre du scan­dale et du ra­co­leur, c’est parce que la pu­bli­cité fait ren­trer de l’ar­gent, le ti­rage condi­tionne la pu­bli­cité et le ma­ga­zine existe par son ti­rage. Dès lors, qu’im­pri­mer dans le ma­ga­zine qui puisse in­duire un gros ti­rage qui ap­porte la pu­bli­cité qui fait ren­trer l’ar­gent ? Dans ces condi­tions, on n’im­prime que ce que le lec­teur veut lire, sans cher­cher à l’éle­ver, on le flatte pour s’as­su­rer qu’il re­vienne.

Or, selon l’au­teur, un des pro­blèmes pro­vient du fait que l’éman­ci­pa­tion ré­cente des pauvres par l’ob­ten­tion du droit de vote ne veut pas dire que la po­pu­la­tion juste de­ve­nue ci­toyenne est de­ve­nue culti­vée en même temps. Un ou­vrier de­venu un homme libre, mais à qui on a à peine ap­pris à lire et à pen­ser, et à qui on donne 3 $ par jour pour le tra­vail de ses bras, n’a pas une de­mande cultu­relle très exi­geante au dé­part.

Comme la so­ciété re­pose sur l’ar­gent, Lon­don ré­flé­chit aussi sur le rap­port des masses avec ce­lui-ci. Des po­pu­la­tions pré­caires doivent faire le choix entre consa­crer tout leur ar­gent à des be­soins pri­maires (se nour­rir, se vêtir, se loger) ou bien de consa­crer une part de cet ar­gent à l’achat d’un ma­ga­zine. Dans l’hy­po­thèse de cette se­conde op­tion, quelle somme peuvent-ils consa­crer à cet achat ? Et com­ment les convaincre d’ache­ter votre ma­ga­zine ? En de­ve­nant le porte-pa­role de ces gens. Ces lec­teurs sont l’es­sen­tiel du ti­rage et comme Qui­conque nour­rit un homme est son maître, on leur donne ce qu’ils veulent lire.

Enfin, Jack Lon­don parle des cri­tiques éclai­rés, ceux qu’il com­pare au maître d’école d’un ni­veau moyen. Les élèves ont beau trou­ver plus de plai­sir au bour­don­ne­ment d’une mouche verte qu’à la ra­cine cu­bique, le maître d’école mar­tèle, mar­tèle, mar­tèle jus­qu’à leur faire en­trer la ra­cine cu­bique dans la tête. Le cri­tique doit avoir une vi­sion de long terme. Jack Lon­don consi­dère ces cri­tiques rares, puisque, comme les can­di­dats à la lit­té­ra­ture, ceux-ci doivent sou­vent cri­ti­quer des œuvres qui sont en pu­bli­cité quelques pages plus loin...

L’au­teur est-il condamné à pro­po­ser une vé­rité at­té­nuée, une vé­rité di­luée, une vé­rité in­si­pide, in­of­fen­sive, une vé­rité conven­tion­nelle, une vé­rité éla­guée pour être lu ? Peut-être ou peut-être pas, c’est le pro­blème de l’écri­vain, pas celui du ré­dac­teur en chef du ma­ga­zine.
Ce qui m’a frappé dans ce petit texte, c’est son ac­tua­lité et son acuité. On re­trouve avec cent ans d’avance des thèmes comme le temps de cer­veau dis­po­nible pour Coca-Cola cher à Pa­trick Le Lay, la cri­tique que l’on peut faire d’émis­sions à fortes au­diences comme celles de Cyril Ha­nouna, voire celles d’émis­sions sa­ti­riques qui ont lar­ge­ment pris le pas sur des émis­sions de fond. Quelques chaînes ou jour­naux ont le luxe (ou le mé­rite) de s’af­fran­chir de la pu­bli­cité et de la dic­ta­ture de l’au­dience, mais cela de­meure somme toute mar­gi­nal. En un sens, la ré­flexion de Jack Lon­don pré­fi­gure une par­tie de la pen­sée de Noam Chom­sky dans La fa­brique du consen­te­ment.

À l’époque de Lon­don, l’écri­vain est pu­blié dans les ma­ga­zines, mais ce qu’il ex­plique est lar­ge­ment trans­po­sable à notre belle époque, à la té­lé­vi­sion et aux ré­seaux so­ciaux de type Fa­ce­book.

Vous l’au­rez com­pris, je vous re­com­mande chau­de­ment la lec­ture de ce petit livre dont voici la cou­ver­ture :
quiconque-nourrit-un-homme

 
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