Ma vie sans lui

Journal intime de la vie d'après

De la normalité du monde

Je me rends compte que j'écris souvent la formule suivante “dans un monde normal” depuis quelques mois. Hier, par exemple, “dans un monde normal, mon amoureux aurait fêté ses 53 ans”. Et cette expression qui m'est devenue familière veut bien dire ce que je pense, profondément. Le monde, là, au dehors, autour de moi, n'est plus “normal” depuis que mon amoureux est mort.

Je me sens en perpétuel déséquilibre, entre la vie quotidienne qui suit son cours avec ses aléas, ses routines et le grand trou qui s'est ouvert sous mes pieds, brusquement et qui m'absorbe parfois, puis me recrache, exténuée de chagrin.

Certains moments me semblent excessivement “normaux” (je ne sais pas bien ce que ce terme recouvre, à vrai dire, dans le monde et la société dans laquelle nous vivons, en 2025) : aller bosser, accueillir des élèves, faire cours, déjeuner avec des collègues, faire du yoga, donner mon avis en réunion, aller à un spectacle et y prendre du bon temps, tout cela n'a pas changé depuis 11 mois. En revanche, d'autres me semblent totalement “anormaux”, voire incongrus : fêter Noël sans lui, ne pas pouvoir lui souhaiter son anniversaire, aller visiter une maison à vendre, programmer des vacances ou un voyage, se recueillir au pied d'un petit chêne vert fraichement planté, prendre l'apéro en solitaire, faire la sieste, regarder une série.

Je n'ai pas eu besoin de réfléchir 107 ans pour trouver le point commun de tous ces moments a-normaux : la solitude. Toutes ces choses que nous faisions ensemble et que je fais désormais seule me paraissent totalement étranges. Étrange au point que je sors parfois de mon corps et je me vois les faire seule, c'est d'une tristesse sans nom.

Je l'ai déjà écrit ici et c'est toujours le cas, il est avec moi, parfois, surtout dans des moments que j'aurais adoré partager avec lui. Quand je sors du collège épuisée mais satisfaite de ce que j'ai fait, quand je viens de faire quelque chose de difficile mais que j'ai réussi. Je l'entends me dire “Petite forte”. Et il m'arrive de le penser, que je suis forte.

Mais il y a aussi des tas de moments où il n'est vraiment plus là, ni en pensée, ni en parole. Il n'est plus là du tout, effacé de ma vie, gommé de cette Terre. C'est effrayant. Et je refuse que le monde l'oublie. Je n'ai plus de nouvelles de son père, ni de ses collègues. Tout le monde a tourné la page. Ma famille n'en parle plus non plus. Je suis la seule à maintenir la flamme du souvenir et elle est parfois lourde à porter. Alors je parle de lui à tous les gens que je croise et tant pis si je passe pour une folle. J'essaie juste de ne pas être trop insistante.

Je pense qu'il serait heureux de voir que je survis, que je me bats avec ce foutu deuil, il serait heureux de savoir que je vais bientôt déménager dans une maison avec un merveilleux jardin et il serait sûrement heureux que je sois heureuse à nouveau, un jour, peut-être. Mais, ne suis-je pas en train d'écrire ça pour me donner une médaille, pour me justifier de ne pas m'être effondrée ? Ne serait-ce pas de la méthode Coué ?

Moi, je serais heureuse que le monde me paraisse de nouveau “normal”. C'est beaucoup demander, je commence même à considérer l'idée que cela n'arrivera plus. Le monde ne sera plus jamais normal après avoir vu mourir dans mes bras, en dix minutes, un homme plein de vie autour duquel mon existence gravitait. J'ai perdu mon soleil, cela peut arriver à n'importe qui d'entre nous alors je ne vois pas comment le monde pourrait être normal à nouveau.

Je vais devoir apprendre à marcher avec ce fardeau qui me déséquilibre, sur ce chemin de deuil, semé de gouffres et d'embûches, je vais devoir apprendre à danser sur cette corde raide, malgré le vent et les nuages, malgré les chaussures pas toujours adaptées, je vais devoir apprendre à vivre avec ce manque qui me fait perdre mes repères, mon cap.

Cela va bientôt faire un an et j'ai pourtant l'impression de tout juste entamer le chemin...

Le chemin

Je pleure moins. Moins souvent, jusqu'à 8 jours d'affilée, ce qui n'était jamais arrivé depuis “le jour où” et moins en quantité. Parfois, les larmes montent aux yeux et elles restent là, en bordure de mes paupières, indécises et fragiles. Je pleure moins, donc. *

Pour autant, je ne sais pas si c'est vraiment un soulagement. Pour ma vie sociale et professionnelle, sans aucun doute. Je peux parler de mon amoureux sans pleurer, je peux parler de nous deux, de notre histoire, de notre amour incroyable, du destin sans pleurer. Je peux parler de sa mort (du moment où il est mort, je veux dire) sans pleurer mais il ne faut pas trop insister. La limite est là. J'imagine que pour mes proches, c'est un vrai mieux.

Pour mon chemin de deuil (parce que je préfère ce mot à celui de travail), je ne sais pas dire si c'est bénéfique, il est sûrement trop tôt pour le dire. Je continue à faire exister mon amoureux à travers mes souvenirs, les objets et les traces qui me restent de lui, je continue à vivre mon chagrin mais d'une autre façon que dans ces torrents de larmes que j'ai versés pendant des mois. Je pense à lui, souvent, surtout en cette période de grands changements (achat d'une maison, préparation de mon déménagement). Mais je lui parle moins à voix haute.

De temps en temps, mes yeux viennent chercher les siens sur l'unique photo de lui que j'ai laissée au mur, au-dessus de mon bureau, les autres ayant rejoint la valise de souvenirs. Sur cette photo, nous posons tous les deux, le long du sentier douanier breton. Derrière nous, la mer et des rochers, et des bruyères en fleur. Le ciel est gris mais nous avons l'air heureux. Et ses yeux se plissent comme pour sourire, c'est tellement lui sur cette photo !

Je le regarde et je soupire. C'était le temps heureux du premier été que nous avons passé ensemble, un temps heureux pour toujours, même s'il n'est plus là maintenant. J'aurai pour toujours ce moment ainsi que tous les autres où nous avons été heureux.

“Pour toujours”, c'est ce qu'il disait depuis le tout début à propos de nous deux. Il ne le savait pas mais pour lui, il avait raison. En ce qui me concerne, mon amour pour lui est encore là, intact (ce qui me laisse parfois sans voix tant cette chose me paraissait impossible les premiers jours), mais “pour toujours”, je ne peux évidemment pas l'affirmer.

Et c'est ce qui me terrifie le plus sur ce chemin de deuil, d'envisager la fin de mon amour pour lui, un jour. Je ne suis pas prête.

  • il va sans dire que j'ai beaucoup pleuré en rédigeant cette note, surtout la fin, ouf !

Les maux du corps

Ce matin, j'en discutais avec un soignant, j'ai comme le sentiment que mon corps me parle. J'ai la chance d'avoir toujours eu une santé plutôt bonne, des petits bobos par ci par là, rien de bien méchant mais depuis quelques mois, j'accumule. A part le problème péricardiaque qui m'a valu une dizaine d'heures aux urgences (finalement assez bénin), ce ne sont pas de gros pépins. Mais j'ai commencé à cesser de les ignorer et à consulter, ce qui n'est pas rien pour moi (je suis une procrastineuse médicale de longue date). Et par conséquent, je passe ma vie chez les toubibs, dentistes, ostéopathes, kinés, radiologues, laboratoires d'analyse et j'en oublie peut-être.

Je gère un truc, un autre survient. Alors je recommence le circuit de prise de rendez-vous et je continue. C'est usant. Encore plus dans la ruralie où je vis, encore que j'ai la chance de ne pas devoir faire 300 km pour trouver un hôpital digne de ce nom.

Je réalise que tous les petits maux délaissés ces dernières années ne se sont pas effacés par miracle et qu'il faut les prendre à bras le corps pour espérer s'en débarrasser. Et je crois que je le fais maintenant parce que je ne veux pas qu'il m'arrive ce qui est arrivé à mon amoureux, qui négligeait les signaux et qui a fini par y laisser sa vie.

Non, je ne veux toujours pas mourir.

Je me bats donc avec “mon” hernie hiatale, “ma” péricardite, “ma” tendinite calcifiante, “mes” infections dentaires, je me bats pour ce corps dont j'ai l'impression qu'il me trahit, parce que je ne veux pas mourir et parce que je veux lui montrer que c'est moi qui ai le contrôle (idée stupide, je le sais).

Tout cela me demande une énergie folle, au bout du compte. D'autant que cela s'ajoute à la charge mentale induite par l'achat de la maison et de la préparation de mon déménagement. Je me rends compte qu'il n'y a quasiment pas de moments où je ne doive pas penser à telle ou telle formalité, telle ou telle chose à faire. Ma vie est devenue une “to-do list” géante. A peine ai-je coché une case qu'une autre apparait.

C'est extrêmement fatigant. J'essaie de ménager des pauses mais c'est compliqué, chaque item de la liste est important et/ou comporte une date butoir.

Je me demande s'il est possible que mon corps soit en train de me crier sa fatigue d'avoir tenu bon depuis “le jour où”. Je ne me suis pas effondrée, je n'ai pas manqué un jour de boulot, j'ai tenu bon pour me relever après ce deuil abominable – certains disent “courageusement” – et maintenant, mon corps serait en train de me renvoyer physiquement la douleur qui est la mienne et que j'avais camouflée jusque là ?

Dieu sait que j'ai pourtant laissé la place à mon chagrin, qu'est-ce que j'ai pu pleurer (et encore maintenant, tous les putains de jours). J'ai écrit ici pour laisser s'exprimer ce qui me traversait, j'ai formulé des choses à voix haute (à la psy, à des amis, à ma frangine), j'ai traversé (et je traverse encore) les étapes du deuil en conscience de ce qui m'arrive, je n'occulte rien, je fais face. J'ai écouté les conseils qui m'étaient donnés, je me suis écoutée, vraiment, comme jamais auparavant et pourtant, mon corps me dit “stop” ?

Je suis un peu perdue.

Mais en parlant avec ce soignant ce matin, j'ai réalisé que je parlais aussi de “mon” deuil, comme je parle de “ma” tendinite. Je l'ai intégré, il fait partie de moi et de mes problèmes. Peut-être devrais-je le considérer lui aussi comme une maladie et m'occuper de le réparer ?

Note à moi-même : quand j'aurai réglé le reste, essayer de trouver un·e psy.

Mon petit fantôme

J'ai l'impression que je n'y arrive plus. Mon amoureux est présent plus que jamais depuis “le jour où”, tel un petit fantôme qui s'accroche et qui ne veut pas lâcher l'affaire. Il est là au boulot, dans les échanges avec les élèves, dans les échanges avec les collègues, il est dans les moments de doute, dans les moments plus légers, il est dans tout ce qui me reste de lui et que je vais devoir déménager, il est surtout dans ma tête, en permanence, tout le temps, partout.

Il est aussi dans l'ironie du fait que je l'appelle mon “petit fantôme” car c'est un terme qu'il m'avait attribué, suite à une séance assez épique de changement de housse de couette où je m'étais retrouvée emberlificotée dedans, et qu'il avait prise en photo, pour se moquer gentiment de mes contorsions.

J'ai l'impression que je n'y arrive plus. Je n'arrive plus à faire comme si j'étais forte, comme si j'étais en train de surmonter ce deuil, je n'arrive plus à me motiver à aller au boulot, je n'arrive plus à penser à autre chose que ce trou qu'il a laissé en moi et à un avenir sans lui. Je n'y arrive plus.

Je n'arrive même plus à lire, ce qui ne s'était jamais produit depuis que je sais lire (soit 50 ans, environ). J'ai eu des périodes où j'ai moins lu (quand mes enfants étaient bébés et/ou petits) mais jamais de moments où je n'arrive plus à me concentrer sur les pages que je lis, sur une histoire, aussi intéressante soit-elle. J'ai essayé les polars, la littérature jeunesse, les essais. Je n'y arrive plus. Quand j'ouvre un livre, mon regard flotte sur les premières lignes et au bout d'un moment, il se floute et passe au travers des mots, à la recherche de qui, de quoi, je ne sais pas mais il se perd dans les lettres écrites ici et qui ne trouvent plus de sens. La BD semble la seule chose qui reste encore à ma portée. C'est frustrant à l'extrême, j'en pleure de rage. Ne plus parvenir à faire ce qui était le pilier de mon existence crée une sorte de second deuil.

Je sais que cela reviendra, qu'il y aura un jour où je parviendrai à nouveau à lire et à y prendre du plaisir mais pour l'instant, l'évasion que procure la lecture n'est plus à ma portée, empêtrée que je suis dans ce chagrin sans fond.

Alors, j'ai commencé à trier les livres de la bibliothèque, ceux de mon amoureux, je veux dire. Il y a en plein que je souhaite garder mais d'autres qui n'ont pas d'intérêt pour moi. Je vais les éparpiller dans des boites à livres, ce sont de bons livres, en bon état. Mais auparavant, j'ai dû les vider car ils sont parsemés de coupures de journaux, en lien avec le thème ou l'auteur. De l'un d'eux, particulièrement chargé, est tombée une photo.

L'image est floue, très floue même, sans doute le résultat d'une expérimentation d'un atelier photo avec les jeunes dont s'occupait mon amoureux (il aimait bien travailler sur l'image avec eux). La photo, en noir et blanc, le montre, assis ou accroupi devant un bâtiment plutôt crasseux. Il porte une de ses chemises à carreaux et tient à la main un livre (?). Il est jeune, ses cheveux sont un peu longs et sa barbe est déjà là. Il me regarde, un peu penché (le cadrage est hasardeux). Il me regarde, à la fois dans le passé et au-delà de la mort, le flou accentuant encore cette impression. On dirait un peu une de ces vieilles images de fantômes prises au début du 20e siècle...

C'est la deuxième fois qu'une photo de lui me tombe dessus, littéralement parlant. La première fois, c'était il y a un mois tout juste, le jour de mon anniversaire. Je commence à me demander si je vais en trouver une troisième le 21 juin. Je ne pourrais sûrement pas m'empêcher d'y voir un signe. Un signe de quoi ? Il n'y a plus rien à attendre.

Je suis fatiguée et il me manque, comme au premier jour. Je n'ai pas avancé d'un pas. J'en suis toujours à la douleur de l'avoir perdu, au sentiment d'injustice qu'un amour aussi intense ait été brisé net, au manque qui se fait ressentir physiquement et à la terreur d'envisager un avenir sans lui.

Je n'ai pas avancé d'un pas.

Un pas en avant, deux pas en arrière

Cette semaine, j'ai eu plein de moments bleus, des coups de tristesse voire des attaques de vrai chagrin. J'ai sangloté dans mes assiettes (cela m'arrive souvent le soir, à table, dans cette cuisine où rôde le souvenir de son corps étendu là, à quelques centimètres, les yeux définitivement clos à la vie, à l'amour, à la joie), j'ai pleuré plus discrètement au collège, au supermarché, au marché, j'ai étouffé des cris de rage dans mon oreiller avant de dormir, seule, toujours et encore seule, sans lui.

Pourquoi cette semaine particulièrement ? Parce que c'était le 9e mois qui commençait, 9 mois d'absence, de désert, de larmes et de regrets. Parce que j'ai bravement donné mon préavis pour quitter cet appartement, que je serai partie avant même l'anniversaire du “jour où” et que c'est à la fois un soulagement et une douleur. Parce que nous avons été si heureux ici et moi si malheureuse ici. Parce que j'ai signé ma demande de prêt pour acheter la maison et qu'il aurait dû être là avec moi, c'était le projet que nous avions commencé à ébaucher ensemble et que je me retrouve seule à signer, malgré ma trouille de ne pas réussir à m'occuper de cette grande maison, de prendre un crédit plus long que prévu, de ne pas supporter cette aventure. Parce que les moments du quotidien où il me manque sont toujours aussi nombreux, malgré toutes les choses auxquelles j'ai à penser actuellement et qui pourraient me distraire un peu de cette mélancolie.

Sa main dans la mienne en attendant notre tour chez le maraîcher de la halle le samedi. Les chatouilles dans le lit au réveil. Sa silhouette dans l'encadrement de la porte de la salle de bain quand je me douche (et sa petite phrase “Tu m'as appelé ?”, prétexte à venir me voir nue). Ses textos du matin quand j'arrive au boulot. Ses baisers avant la sieste du week-end. Son bras autour de moi pendant le sommeil.

Et tout ce qui aurait pu avoir lieu cette semaine, s'il avait été là : son stress avant le rendez-vous à la banque, sa fierté quand je lui aurais montré le livre auquel j'ai collaboré et que j'ai enfin reçu, ses commentaires moqueurs sur mon trop-plein de conscience professionnelle, ses questions impatientes pour savoir si C. ou J. ont réussi leur oral de brevet.

J'avais l'impression, il y a une semaine, d'avoir fait un grand pas en avant dans ce deuil, de commencer à me faire à l'absence, de me projeter efficacement vers l'avenir. Je l'entendais me souffler “Petite forte !” dans l'oreille.

Forte, je ne suis pas. Ni courageuse. Profondément triste encore. Et découragée, et seule, si seule...

Je me suis fait la réflexion ces derniers jours que je n'avais plus eu de nouvelles de ses collègues, pourtant si bouleversés par sa mort, depuis le jour où nous avons dispersé ses cendres. Je n'ai même plus de contacts avec son père, qui ne m'envoie des messages que lorsqu'il y a un truc administratif à régler (avec la déclaration d'impôts 2024, je crois que nous en avons fini avec les paperasseries).

Un grand pas en avant, ça ne suffira pas si je dois faire autant de petits pas en arrière, tout le temps. J'aimerais que le chagrin s'efface, que la douleur s'estompe, que le temps fasse son œuvre mais il ne semble pas pressé, il flâne, il flemmarde, il serpente entre les obstacles, il s'étire indéfiniment. Et moi, j'ai encore mal, si mal...

La valise

Hier, j'ai fini par retirer les portraits de mon amoureux qui étaient dans des cadres à droite à gauche dans mon appartement. Notamment la grande photo de lui qui trônait sur ma table de nuit. Cela faisait un petit moment que je pensais le faire mais j'ai enfin passé le cap de l'action. Je les ai dépoussiérées, caressées, puis j'ai expliqué à mon amoureux – qui me regardait, droit, fier et avec un soupçon de rire au fond des yeux – que je faisais pas cela pour me débarrasser de lui, ni parce que j'avais envie ou besoin de l'oublier mais juste qu'actuellement, le voir tous les matins, tous les soirs, partout, cela ne m'aidait plus à avancer. Cela a été le cas au tout début, quand j'ai fait imprimer ces photos mais c'est terminé. A vrai dire, le voir tous les soirs en me couchant me déchire le cœur...

Alors j'ai rangé toutes ses photos dans la petite valise de souvenirs de lui, avec celle de sa maman (celle qui ne le quittait jamais, elle était au sommet de la Dune du Pyla, 2 jours avant l'AVC qui l'a laissée lourdement handicapée et dont mon amoureux ne s'est jamais vraiment remis non plus). J'en ai profité pour ressortir de la valise le calendrier 2024, celui que je ne n'étais pas parvenue à jeter. Ses illustrations – encadrées – feront sûrement de très chouettes décos dans ma nouvelle maison.

Photo en noir et blanc montrant une valise vintage, ouverte sur un lit. Dedans un spray, des documents noirs sur lesquels on voit une carte postale avec un homme qui écrit. Dans le couvercle, des poches dont dépasse une photo et une autre carte postale, à message.

J'ai aussi fait un peu de ménage par le vide dans ses journaux, ceux qui avaient échappé au premier tri. Ce faisant, j'ai retrouvé un carnet de notes préparatoires à ses émissions de radio. Revoir son écriture, relire ses mots m'a bouleversée. Je sais ce que moi, j'ai perdu (un amour extraordinaire, un homme merveilleux) mais soudain m'est apparu le fait que le monde entier a aussi perdu quelqu'un, un passionné de blues, un être hors du commun qui aimait partager, rire, blaguer, discuter, vivre. C'est absolument déchirant de penser à ça.

Un mot me pèse particulièrement, ces jours-ci, c'est le mot “seule”. “Oui, j'achète seule cette maison”, “Oui, je vis seule”, “Oui, je suis seule à assumer les charges du foyer”, “Non, je n'ai pas besoin de tout, cela fera trop pour moi toute seule”.

Je suis seule, je me sens seule, même bien entourée, par ma famille, par mes collègues, mes ami•e•s, ma petite communauté en ligne. Il y a des tas de moments où je n'y pense pas mais surtout des tas d'autres où cette solitude me fait comme un grand trou dans le ventre.

Mais, à bien y réfléchir, je ne sais pas encore si c'est la solitude en tant que telle qui me pèse ou si c'est l'absence de lui qui est toujours insupportable...

Mourir ? Hors de question !

La semaine dernière, le lendemain de mon anniversaire, je me suis réveillée avec une douleur sourde dans la poitrine. C'était comme si quelqu'un s'était assis dessus et m'empêchait de respirer profondément. Et d'ailleurs, ça faisait mal, d'inspirer. J'ai pris conscience de cette douleur au petit-déjeuner, après une nuit vraiment merdique où je n'avais trouvé aucune position agréable dans laquelle dormir et je me suis donc posée la question : qu'est-ce qu'il m'arrive ?

Un petit tour vite fait sur un moteur de recherche m'a alertée. Douleur thoracique = consulter et vite. Même si ce n'est pas toujours pour une raison grave ou vitale, il faut éliminer ces dernières avant de procrastiner. J'ai donc appelé le 15 et de fil en aiguille, j'ai fini par passer la journée aux urgences de l'hôpital le plus proche pour des examens qui ont révélé une infection du péricarde. Le soir, j'étais rentrée et depuis, je me soigne à grands coups d'anti-inflammatoires.

Ce matin-là, une pensée a traversé mon esprit. Non, plein de pensées, en vrai, mais une tenace : il est hors de question qu'une deuxième personne meure dans cette cuisine. Il est hors de question de mourir pour moi, quels que soient les moments compliqués par lesquels je passe, quelle que soit la tristesse qui est parfois la mienne, quel que soit le manque d'intérêt que j'éprouve pour la vie, il est hors de question que je meure. Je veux vivre.

Et c'est sans doute stupide mais le formuler à voix haute comme je l'ai fait en attendant les ambulanciers, ça m'a aidé à franchir un nouveau cap. J'ai dit à mon amoureux qu'il n'était pas l'heure pour moi de le rejoindre et que cette fois, j'allais m'écouter, écouter ce que mon corps avait à me dire avant qu'il ne soit trop tard. Je lui ai dit que je l'aimais mais qu'il me restait encore des choses à vivre et que je ne lâcherais pas l'affaire.

J'ai beaucoup pleuré dans l'ambulance qui m'emmenait vers la ville voisine. Stress, chagrin, soulagement ? J'ai gentiment craqué, avec la bénédiction de l'ambulancière qui avait l'âge de mon fils cadet. Je me disais que mon cœur avait fini par se briser pour de vrai en mille morceaux sous le chagrin, que la mort de mon amoureux avait fini par me rattraper, moi qui avais l'impression de plutôt bien m'en tirer jusque là. Elle m'a doucement rappelée à la réalité : le chagrin ne part jamais vraiment, on ne se remet jamais vraiment d'un deuil, il ne fait que s'estomper, passer au second plan...

Mon cœur n'est pas cassé. Je ne suis pas cassée. Je suis vivante et je ne veux pas que cela change, mon corps est vivant, il bouge, il vibre, il s'enflamme, il a mal. J'ai signé tout à l'heure le compromis de vente pour la maison que je convoitais. Tout le monde m'a dit “Vous avez eu un “coup de cœur” pour cette maison” et c'est vrai. Mon cœur n'est donc pas cassé, il bat encore et je construis, je fais des projets, je me projette vers l'avenir, j'essaie, en tout cas.

Mon amoureux me manque à en crever, d'accord mais mourir, c'est hors de question !

8 mois

Ce matin, cela fait 8 mois que mon amoureux est mort. C'est étrange comme je me suis attachée à cette date, dont je n'oublie aucune occurrence depuis 8 mois, un peu comme un bébé dont on fête les “moisiversaires”. Je crois que c'est lié à cette idée lue ici et là qu'un deuil dure à peu près un an, 12 mois donc, et je fais mon décompte, l'air de rien. C'est d'autant plus stupide que je sais qu'il n'en sera rien, que parfois c'est moins et souvent aussi beaucoup plus. Et que par conséquent rien ne sert de compter, il me suffit de vivre et c'est déjà pas mal.

Il y a donc 8 mois qu'il est mort et cette semaine, j'ai fait une offre pour acheter une maison, qui a été acceptée. Je ne peux m'empêcher de me demander ce qu'en penserait mon amoureux, de la maison, de l'achat, du fait que je veuille quitter cet appartement où nous avons été si heureux (et moi, si malheureuse depuis qu'il est mort dans la cuisine). Je pense qu'il aurait été terrifié par l'ampleur du projet, qu'il temporiserait au maximum parce que c'est une sacrée dépense. Mais je pense aussi qu'il aurait aimé cette maison, avec ses vieilles pierres, son jardin, sa vue surplombante (il aurait dit “Là, on peut bien être confiné, hein ?”). Je ne peux m'empêcher de me demander s'il m'en voudrait de partir, de tourner une nouvelle page, de construire un nouveau nid.

8 mois après, il est toujours là, dans l'air que je respire, dans les notes de musique du concert d'hier, dans le goût de cette crêpe au chocolat, dans le parfum du lilas, dans mes pensées, tout le temps et même sur le mur du hall de mon collège où les élèves ont graffé cette semaine le titre du journal scolaire dont mon amoureux m'avait soufflé la graphie, pour faire plus moderne.

8 mois après, il est toujours dans mon cœur, dans la forêt de sapins, dans le souvenir de cet amour extraordinaire que nous avons eu la chance de vivre et qui a été si court, putain, c'est pas juste que cela ait été si court.

8 mois après, je pleure toujours sa disparition mais je chéris aussi le souvenir de ce que nous avons eu. Et puis je guette inconsciemment un signe de sa part qui me donnerait sa bénédiction pour les projets que je forme, pour ce que j'ai envie de construire, sans lui désormais. Signe qui peut-être ne viendra jamais, comment, de toute façon ?

Et puis je me dis qu'il n'est plus là pour donner son avis mais qu'il serait sûrement heureux de voir que je me bats et que je suis toujours debout, et qu'il m'a d'ailleurs laissé un peu de bien pour que je poursuive la route sans lui.

Hier, j'ai croisé plusieurs personnes pas vues depuis quelques mois. Toutes m'ont trouvée “rayonnante” (alors que sincèrement, je suis vraiment crevée). Et toutes se sont réjouies que j'aille mieux et que j'aille de l'avant. N'est-ce pas plutôt là le signe que j'attends, la route à suivre ?

Rendre les (l)armes

Voilà, j'ai encore écrit sa mort et à chaque fois que je l'écris ou la relis, c'est le même coup de poignard qui me traverse.

Il me semble que la psy avait dit que pour le deuil, il était bon de revivre encore et encore le traumatisme. Peut-être voulait-elle dire qu'à force, on allait l'épuiser, l'amoindrir. Je n'en suis visiblement pas encore là.

Et pourtant la roue tourne, la vie continue. Cela va bientôt faire 8 mois.

Par moments, comme hier, je suis fatiguée. Pas tant physiquement (encore que) que nerveusement, psychiquement. Je suis fatiguée de “tenir”, d'être “courageuse”, d'être “forte” (tous ces guillemets parce que ce ne sont pas mes mots), fatiguée de faire semblant que tout va bien, fatiguée des projets que je m'efforce de monter et qui me permettent de me projeter dans l'avenir. Tout ça m'épuise au bout d'un moment et je n'ai plus qu'une envie, me calfeutrer chez moi et ne plus sortir, pleurer jusqu'à épuisement, abandonner le champ de la bataille du deuil, rendre les armes.

Cela ne dure jamais bien longtemps, quelques heures au mieux, deux jours au pire et je constate tout de même que ces périodes de découragement sont de plus en plus espacées et que le trou de chagrin dans lequel elles m’entraînent est de moins en moins profond.

J'imagine que c'est ça aussi, faire le deuil. Une sorte de lente guérison par périodes d'à-coups, un manège qui finit par s'épuiser et dont les loopings sont de plus en plus plats.

J'ai changé le fond d'écran d'accueil de mon téléphone et remplacé la photo de mon amoureux par une photo d'un tableau coloré admiré lors des dernières vacances. Je sens que bientôt, le grand portrait de lui qui veille sur moi sur la table de chevet ne va pas tarder à disparaître, lui aussi. Parce que ça me fait mal de le voir là tous les soirs lorsque j'éteins, parce que ça me pinçait le cœur de le voir à chaque fois que je réveillais mon téléphone.

Je n'ai plus écouté sa voix depuis des semaines. Ce n'est pas du tout que j'ai envie d'oublier mon amoureux (ça me paraît impossible) mais j'ai juste besoin de repos “émotionnel” alors je me protège un peu. J'aimerais bien ne plus pleurer aussi mais les attaques de larmes sont imprévisibles et sournoises, bien que plus rares ces derniers temps. Un mot, une phrase, quelques notes de musique suffisent à les déclencher, ou alors la sirène des pompiers.

Il y a plein de moments où je le sens à côté de moi, toujours des moments ordinaires du quotidien : en montant dans ma voiture le soir après le boulot, après avoir discuté avec un voisin, en écoutant les infos à la radio... Ce sont surtout des moments où j'aurais aimé échanger avec lui, des moments de satisfaction ou de colère, des moments dont je sais qu'il aurait lui aussi eu quelque chose à dire.

Je ne suis plus allée rendre visite à l'arbre du souvenir depuis des semaines. En fait, j'ai la trouille d'y retourner, peur de retomber de la falaise sur laquelle j'ai réussi à finalement me hisser, maladroitement, peur de devoir tout recommencer, encore. Alors je me dis que l'arbre est là, à quelques centaines de mètres à vol d'oiseau et qu'il attendra que je sois plus solide sur mes jambes.

Mon amoureux me manque, je n'ai pas de mots suffisamment forts et adaptés pour dire à quel point. C'est un trou au milieu de ma poitrine, là où autrefois battait un cœur.

Je me souviens (4 et fin)

Et puis…

Je me souviens de l’été dernier. Il faut que je me souvienne aussi de l’été dernier.

Je me souviens du moment où nous avons quitté notre village et de la copine que nous avons croisée et à qui tu as fait un grand signe par la portière. Elle se souvient aussi, c’est la dernière fois qu’elle t’a vu.

Je me souviens de la route, calculée par le GPS sans passer par les grands axes pour éviter les bouchons, qui nous a fait passer par des chemins étroits et incroyables, au milieu de nulle part.

Je me souviens de l’arrivée en Lozère, des grandes prairies herbeuses et des cailloux. Je me souviens de notre petit gîte, loin de tout.

Je me souviens de nos balades, toujours main dans la main, sauf s’il faisait très chaud. Je me souviens de la fraicheur sous les arbres, des oiseaux, des vaches de l’Aubrac.

Je me souviens que nous nous sommes perdus parce que le sentier était mal balisé mais heureusement nous avions le GPS, enfin moi surtout.

Je me souviens du chien foufou qui nous a suivi à partir d’un village pendant près de 9 km et qui ne voulait pas monter dans la voiture pour que nous le ramenions chez lui. Je me souviens de son nom, Vaillant. Il était jeune et complètement dingue.

Je me souviens que tu as marché comme d’habitude, que tu étais moins essoufflé que moi et pourtant tu avais déjà fait une embolie pulmonaire, sans le savoir et des caillots de sang se baladaient déjà dans ton corps, si on avait su.

Je me souviens de notre dernière balade, il faisait chaud et le sentier passait beaucoup sur la route. Il n’y avait personne mais tu râlais, tu n’aimais pas marcher sur le bitume. Mais je me souviens aussi des bâtons que nous avons trouvés, abandonnés par d’autres marcheurs et que nous avons taillés, à l’ombre d’un bois, pour nous reposer.

Je me souviens que je suis allée prendre ma douche en rentrant, nous étions fourbus mais je suis passée nue devant toi alors tu m’as rejoint et voilà. Je me souviens de la dernière fois que nous avons fait l’amour, nous étions fatigués mais nous avions faim l'un de l'autre, je me souviens.

Je me souviens du lendemain, lorsque nous avons traversé la Margeride pour aller voir ton cousin. Je me souviens de ses mots quand il a ouvert la porte, «Le voilà, le barbu !» et de son accent chantant. Je me souviens de sa femme et des ses mots, presque tout de suite, pour essayer de comprendre ce qui avait causé ce silence si long entre vous.

Je me souviens de ton bonheur le soir en rentrant, d’avoir renoué avec ta famille pour la première fois depuis la mort de ta maman. Je me souviens du soleil couchant qui mettait de l’or dans les herbes et qui caressait nos visages. Je me souviens de la beauté stupéfiante de ce paysage.

Je me souviens de la route vers le Cantal jusqu’au moment où la voiture a émis un bip qui voulait dire stop. Je me souviens que ce n’était pas le moment, qu’il n’y avait pas d’endroit pour s’arrêter sur cette route de montagne mais après c’était trop tard.

Je me souviens que tu es tout de suite entré en mode hyper négatif, les vacances étaient foutues. Je ne souviens n’avoir même pas essayé de te contredire, je te connaissais trop bien à présent pour savoir que c’était peine perdue, tu ne bougerais pas d’un iota.

Je me souviens de ton stress palpable quand tu causais avec ton assureur. Je me souviens avoir failli prendre les choses en main parce que tu n’étais pas en état mais tu n’as pas voulu, tu étais si fermé.

Je me souviens du trajet dans la dépanneuse, la route était somptueuse. Puis je me souviens de ces longues heures passées au garage, en pleine canicule, à attendre une solution. Je me souviens que tu étais énervé et fermé, je n’aimais pas ça mais je me suis tue.

Je me souviens du trajet de retour chez nous en taxi, le gars était très sympa et il a passé du blues. Je me souviens que tu étais assis devant avec lui, vous avez discuté tout le long du trajet de musique, de boulot, de politique et moi, je regardais le paysage, à l’arrière.

Je me souviens de notre arrivée à la maison, fourbus, à la nuit. On est partis se coucher directement. Et je me souviens du lendemain, tu étais encore crevé, vidé physiquement et nerveusement alors on a comaté toute la journée.

Et bien sûr, je me souviens du jour d’après parce que cela a été ton dernier jour, non, tes dernières heures.

Je me souviens de moi contre ton dos si doux, si chaud, dans le lit ce matin-là. Je me souviens t’avoir fait une pluie de petits baisers dans la nuque avant que nous nous levions.

Je me souviens du thé dans la théière sur la table du balcon, des tranches de brioche industrielle dans le grille-pain, de la confiture aux abricots que nous avions faite deux semaines auparavant. Je me souviens que j’ai ouvert le parasol pour protéger la table, il faisait déjà chaud.

Je me souviens de tes yeux inquiets, de tes mots «Chérie, je me sens pas bien» et de ton malaise sur la chaise du balcon.

Je me souviens de ton corps qui devient lourd, de ton visage qui devient rouge puis bleu, je me souviens t’avoir allongé comme je pouvais par terre et parlé parlé parlé sans jamais m’arrêter. Je me souviens de la terreur que j’ai ressentie en réalisant que ce n’était pas un simple petit malaise vagal mais il ne fallait pas flancher.

Je me souviens t’avoir tourné en PLS, d’avoir soupiré de soulagement en t’entendant respirer à nouveau et en voyant les couleurs revenir sur ton visage.

Je me souviens avoir appelé alors les pompiers et t’avoir répété les questions du régulateur. Je me souviens avoir été chercher un oreiller pour que tu sois mieux en attendant les secours qui arrivaient.

Je me souviens avoir entendu la sirène au loin mais à ce moment, tu t’es retourné sur le dos, tu as dit “Désolé...” et tu as commencé à respirer fort, les yeux mi-clos. Je me souviens avoir pris cette respiration lourde comme un bon signe car moins saccadée qu’avant mais je ne savais pas que tu étais en train de partir, non je ne savais pas, je croyais que tout irait bien quand les pompiers seraient là, ils arrivaient, tiens bon.

Je me souviendrai toujours de ton dernier souffle, si léger.

Je me souviens avoir commencé un massage cardiaque quand j’ai réalisé que tu ne respirais plus, je me souviens être allée chercher les pompiers sur le palier en courant, je me souviens avoir crié «Il ne respire plus, venez vite» et je me souviens de tout ce qui a suivi, le défibrillateur avec sa voix synthétique, les voisins qui sont venus voir ce qui se passait, l’hélicoptère jaune qui a survolé l’immeuble, les gens qui se sont massés dans la rue, le médecin en blouse blanche qui arrivait de Lyon, les gendarmes, les questions pendant que tu étais allongé dans la cuisine, l’avertissement que c’était mal engagé, les pompiers qui ont déménagé les meubles pour avoir plus de place et enfin, l’annonce que c’était fini malgré tout ce que les secours avaient entrepris.

Je me souviens quand ils m’ont dit que tu étais mort, le vide, l’incrédulité, le chagrin, les larmes qui ont fini dans des cris. Je me souviens du souffle coupé, pendant une seconde, moi aussi j'étais morte.

Je me souviens. Tu es mort, je me souviens.

Et aujourd'hui, tu es toujours mort.