De jeunes catholiques mangent des yaourts dans le RER B.
from LegalizeBrain
Scène 1 :
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25 septembre 2026, visite officielle du Pape à Paris. 23 heures passées.
J'attends comme un con sur les rampes de la station La Plaine Stade de France car l'accès aux quais est bloqué par une bande rouge et des gilets rouges. L'un d'eux m'explique très sérieusement que les soirs d'événement au SDF, ils font toujours ça pour éviter des bousculades et que des gens tombent sur la voie.
Je comprends l'idée mais nous sommes à cet instant littéralement trois à poireauter derrière ce ruban rouge.
La dame dans le micro annonce “nous espérons que vous avez passé un bon moment avec le Pape et vous prions d'attendre l'arrivée du train avant d'accéder au quai”
Je grommèle : “Mais j'ai pas passé un bon moment avec le Pape, j'm'en tape du Pape !”
Et c'est vrai, j'ai beau être au mauvais endroit au mauvais moment, j'ai passé un bon moment avec Julie et ceci bien que Ponyō ait généreusement vomi sur le lit.
Une foule commence à monter la rampe et s'agglutine derrière moi.
Scène 2 :
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Monte en même temps que moi dans la rame un groupe de quatre jeunes catholiques. Aucun doute, iels sortent du SDF, iels ont vraiment la gueule de l'emploi. L'une des fille sort de son sac une boîte en pyrex vide qui semble avoir contenu une salade de riz, des yaourts, un mini pot de miel du genre qu'on trouve à un buffet d'hôtel, et des cuillers en bambou (oui, les affreuses qui collent au palais, j'avais la sensation dans ma bouche rien qu'à les voir). Elle distribue des yaourts à ses coreligionnaires.
Iels mangent leur yaourts en discutant, je ne comprends pas grand chose.
Scène 3 :
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Gare du Nord, la fille au pyrex sort du train, une quadra dynamique se glisse dans le carré. Derrière elle, deux meuf sur-maquillées, en bottes, blouson de cuir et jupe-echarpe* passent dans le couloir, dépitées de ne pas avoir pu s'asseoir.
Sur je ne sais quel prétexte elle entame la conversation avec les trois catholiques galactophiles restant.e.s. Iels se mettent à parler de leur toute récente expérience. Je ne comprends pas tout ce qui se dit, mais le jeune qui a une tête de scout en civil répète trois fois “c'était énorme !” puis il explique que quand le Pape parle français spontanément on le comprend très bien, mais quand il lit un texte, pas trop. J'en déduis que c'était énorme même si iels n'ont pas vraiment compris de quoi il était question la moitié du temps. La dame semble dire qu'elle n'est pas catho mais qu'elle partage des “valeurs”. Je me demande si elles sont actuelles.
* : sur l'échelle des jupes, la jupe-écharpe est le stade ultime de la mini-jupe, de la largeur d'une écharpe, elle ne protège la vue de strictement plus rien de tout. ↩
Scène 4 :
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Les cathos descendent à Châtelet. Les deux meufs susmentionnées repassent dans le couloir et s'assoient à la place des cathos. La quadra qui n'a manifestement aucun contrôle cognitif s'exclame “Ah ben vous, vous venez pas de voir le Pape !”.
Moi, à leur place, je lui aurait balancé un truc du genre “Ta gueule la vieille !”, mais non, elles semblent le prendre plutôt bien et engagent la conversation.
Je crois comprendre que la quadra leur explique que juste avant elles il y avait des jeunes cathos qui venaient de voir le Pape, etc. Les meufs, je sais pas trop comment, retournent la conversation, qui initialement était dirigée vers elles et leurs accoutrements, vers la quadra, qui, j'imagine, commence à raconter sa soirée. Elle était a une espèce de cours de danse statique, tu vois, tu écoutes de la musique et ça te rentre dans le corps, c'est un truc ça lui est tombé dessus un peu par hasard, c'était initialement pas prévu, mais tu vois, elle elle est du genre à prendre ce qui vient donc voilà maintenant elle y va régulièrement ça lui fait beaucoup de bien.
Rendu là, je me demande si elle était pas dans un bois avec Deuf y'a quelques semaines. On est sur de la new-age bien perchée.
Les meufs écoutent : au moins on n'est pas en train de commenter indirectement leur look.
Épilogue :
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Pendant ce monologue new age une quatrième meuf s'est installée à la dernière place libre du carré. Elle a un look hardos-goth avec des grosses godasses, un pantalon bouffant de toile noir, un t-shirt noir avec un dessin dessus, je distingue pas trop quoi, et un collier à clous*.
Elle écoute la quadra causer et elle pouffe en essayant de se dissimuler, mais clairement ce qu'elle entend est trop ridicule pour qu'elle arrive à conserver sa poker face.
La quadra voit ça, mais pas vexée pour deux sous, commence à lui expliquer à elle aussi comment c'est trop bien, ça vibre en toi et tout.
Et là la meuf lui repond “Ah ouais je vois, c'est vraiment un truc de darone blanche !”
Mike-drop, à vous les studios, je suis descendu à Denfert-Rochereau et j'ai fini à pieds car il faisait bon et car je devais prendre le temps de réfléchir à ce à quoi j'avais assisté.
* : je vous jure j'invente rien, depuis le début, j'invente rien. C'était magique. ↩



