from Blog d'une enfant de ce siècle

21 septembre 2023
Voici un aperçu des 10 jours de stage que j’ai passé avec l’association des Amis du Jeudi Dimanche, avec un résumé du périple (tout est véridique).
Ce séjour d'une semaine à bord du Bel Espoir pour moi, c’était :
Se faire réveiller en sursaut parce qu’on n’a pas vu la veille sur la liste des tâches communes qu’on était de cuisine Se lever chaque matin dans un horizon ouvert sur l’infini Oublier qu’il faut garder le bouchon des tomates pour faire des tomates farcies Prendre de super douches froides avec le sourire aux lèvres Nager dans les yeux de chaque passager qui te raconte son histoire Apprendre à gérer le mal de mer ou le subir en grimaçant comme un chat mouillé Tomber deux fois amoureuse des 6 dauphins qui nagent à 3m de nous sous la proue Pendre tout son poids à la drisse de l’artimon comme pour faire sonner des cloches de cathédrale Tirer le bout en tête de groupe pour hisser La Fortune jusqu’à ne plus avoir de bras Étarquer pour tendre La Trinquette au point de se faire dire « là si on continue on coupe la voile » Serrer les nœuds de taquet autour des cabillauds aussi fort qu’on serre les nœuds de 8 en escalade Lover et ranger le moindre bout qui traîne pour que personne ne se prenne les pieds dedans Tenir la barre pour aller droit contre les courants Affaler les voiles et les plier à six donc pas comme on plie du linge Passer la serpillère en chantant à tue-tête par-dessus le son du moteur parce qu’il n’y a pas de vent Déserter les manœuvres pour aller lire « Bridget Jones » dans le roof alors qu’on n’a pas vraiment lu grand-chose de nouveau depuis sept ans Apprendre à pratiquer la boxe chinoise sur le pont Plonger à la moindre occasion avec les bottes de sept lieues de la mer (les palmes) même quand il n’y a ni sol ni plancton Ramasser sous l’eau un ormeau brûlant de lumière bleue Sauter en trapèze depuis le navire pour se choper une douleur temporaire dans la mâchoire Se tenir debout sur la vergue la plus haute du navire (environ 35 mètres) Rester là-haut pour jouer de la flûte irlandaise assise sur les chouques Finir par monter jusqu’en haut des enfléchures sans regarder où on met les pieds parce qu’on est médusé par la lumière qui tombe sur les tas de poids de chaque côté du navire Pousser des cris d’indien et pleurer parce qu’on est à leur hauteur quand le navire les dépasse comme entre Charybde et Scylla alors qu’on part de la presqu’île de Creuzon Glisser le long d’un bout comme une vraie pirate (avec des gants quand même) Faire corps avec la moindre parcelle du navire de la proue à la poupe de bâbord à tribord et du sommet de l’unier au fond de la coque Sentir la demi-seconde où une grande vague qui vient de face nous garde en suspension dans l’air Se faire tremper les pieds par la houle alors qu’on est sur le pont Être inspirée par la manière dont un capitaine pisse par-dessus bord Dormir dans le filet de la proue Voir son camarade mettre en évidence son derrière en se renversant sur le zodiaque Se rétamer sur les galets en se trempant des pieds à la tête alors qu’on gagne le rivage Se remercier intérieurement d’avoir laissé son portable éteint à bord Se perdre seule à Ouessan et se faire aider par l’interdépendance entre les êtres humains et sa confiance au destin Raconter la légende de la cité d’Ys en pleine mini-randonnée Être initiée par ses camarades aux bases du rugby à l’occasion du match France-Uruguay qui passe sur l’écran d’un bistrot isolé Respirer les pierres de la chapelle de Camarez Initier par accident la première scène ouverte sur le Bel Espoir sans avoir besoin de l’animer Découvrir le son d’un « guitajon » lors d’une kermesse à Tinduff Écouter des contes en breton dans une petite caravane avec des enfants de 4 ans Tenir son journal et son carnet de bord comme un moine Se demander combien tout ça vaut de poèmes S’entraîner à « quitter son ami sans verser de larmes » puis en compter 8 sur ses joues face au large Se réveiller dans sa maison en se disant qu’on a surement encore besoin de bras pour hisser les voiles
Le partage de cette aventure n'est pas innocent. Le nom de ce navire même est une porte ouverte sur l'horizon. Je veux faire connaître les actions de cette association, aux vertues émancipatrices, qui ont aidé tant de jeunes à trouver leur place dans ce monde confus.
Pour faire partie de l’équipage du Bel Espoir en tant que marin ou prendre soin des bateaux, l’association reçoit les CV et lettres de motivation d’absolument tous les profils… Vous pouvez contacter l’association pour avoir plus de renseignements.